Vincent Lévêque
Publié le 14/01/2015

Entre ici, Charlie...


Vincent Lévêque porte des lunettes et participe à toutes sortes de projets et revues (pour enfants, pour ados, pour adultes voire même pour ragondins géants albinos).

Il aime instiller de bonnes doses de "hahaha" et de dérision dérisoire dans ses images histoire de souligner l'absurdité de tout ce qui nous entoure.

 

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Le 30 juillet 2015 à 09:17

Poule de luxe

Pubologie pour tous

Dans chaque foyer, il y a un RDA. Rien à voir avec la République Démocratique Allemande, même si dans certaines familles l’ambiance n’est pas franchement plus folichonne et qu’on aurait bien besoin d’un mur pour ne pas se taper sur la gueule. Non, de nos jours, ironie de l’Histoire, le RDA, c’est le Responsable Des Achats. Celui qui fait les courses quoi. En d’autres termes, la ménagère de moins de 50 ans. En d’autres termes Bobonne. Donc, se dit le publicitaire, il faut parler à Bobonne : celle qui repasse en regardant Plus Belle La Vie, un fichu imbibé d’huile de friture sur ses cheveux bicolores (sa dernière coloration date de 6 mois et elle n’a pas eu le temps de refaire les racines). Bobonne est un peu concon, alors Bobonne, quand elle fait les courses, elle choisit du poulet pas cher. Qu’est-ce qu’elle est terre-à-terre, Bobonne, c’est terrible ça, pas une once de folie consommatrice dans les habitudes d’achat de Bobonne. Sous prétexte que c’est difficile de vivre à 5 sur le SMIC de Monsieur, non mais on en entend de belles. Bref, il faut vendre du poulet cher à Bobonne qui achète des marques distributeur et porte ses culottes 3 jours pour économiser l’eau et la lessive. Comment faire ? C’est simple : il faut la faire rêver, Bobonne. L’emmener loin, lui permettre de s’évader de sa triste vie. Lui parler de choses qui la concernent en tant que femme. C’est donc tout naturellement qu’on en arrive à lui parler de sac à main. On lui dit, Bobonne, vas-y, fais-toi plaisir, pour une fois, tu peux : offre-toi un poulet Schmilbluc. C’est un peu plus cher (si peu) mais tu le mérites. Je dirais même, tu le vaux bien.

Le 13 juillet 2012 à 10:48
Le 3 novembre 2011 à 07:12
Le 22 décembre 2013 à 10:24

L'homme aux rubans verts

C'est ainsi que, en 1666, Molière appelle Alceste dans Le Misanthrope. Le vert était la couleur préférée de Moilère. Les inventaires après décès ont montré que là où il vivait avec Armande Béjart, la fille de Madeleine, la literie était verte, de même que les rideaux garnis de passementerie dorée et de soie verte. Tout y était vert et or. On peut donc supposer que la superstition liée au vert, dans un contexte théâtral, n'a pas une origine aussi lointaine que la tradition veut bien le dire. Même si, au Moyen-Âge, l'amateur qui interprétait le rôle du traitre Judas dans les Passions, portant un costume vert, était malmené à l'issue des représentations. En 1675, les affiches étaient vertes pour l'Hôtel de la rue Mazarine et le velours des théâtres était vert ou bleu au XVIIIe siècle. Ce n'est qu'au siècle suivant qu'un certain rouge fut privilégié, le rouge-théâtre. Il apparaît que c'est au XIXe siècle que la méfiance à l'égard du vert est née. Un comédien serait mort après avoir porté, à même la peau, un costume vert. Sous les effets conjugués de la transpiration et de l'oxyde de cuivre contenu dans la teinture verte, il serait mort par empoisonnement. En fait, le vert entre dans la symbolique théâtre. D'une part, le vert est la couleur du vampire, même si c'est un vert blême. De par le rythme même de leur profession, les comédiens sont des noctambules. Tels des vampires, ils sortent la nuit. Le matin, ils dorment ; l'après-midi, ils répètent ; le soir, ils jouent. Puis, ils s'en vont souper. D'autre part, le vert est la couleur de l'aléatoire. C'est une feutrine verte qui recouvre les tables de jeu. Et le théâtre, parce qu'il se donne en direct, n'échappe pas à ses aléas. On l'aura remarqué : les chirurgiens portent une blouse et une calotte vertes. Un vert qui tend, de plus en plus, vers le bleu, la chirurgie se percevant comme de moins en moins aléatoire. Le vert, prohibé sur une scène de théâtre, aurait donc des origines plus symboliques qu'événementielles. Quoi qu'il en soit, la méfiance demeure : le comédien Pierre Dux (1908-1990), qui fut l'administrateur de la Comédie-Française, ne supportait même pas un dossier vert dans son bureau. Lors d'une tournée, il serait allé jusqu'à faire repeindre les murs de la chambre d'hôtel qui lui avait été attribuée. Quand Le Misanthrope est donné, les rubans verts d'Alceste comme ceux des petits marquis sont rouges et jaunes. Quand Patrice Chéreau, en 1976, fait scandale avec sa mise en scène de La Tétralogie à Bayreuth, les sifflets sont, en partie, attribués au vert de la forêt du Siegfried, composée d'arbres prélevés dans la verdure de la Franconie. Est-ce par provocation et par superstition inversée que Bruno Coquatrix, le directeur de l'Olympia, n'hésitait pas à exhiber une veste verte ?

Le 30 mai 2012 à 09:29

Poke menteur

On m'a demandé une chronique « plus facebookienne ». J'aime ça. Je ne sais pas si vous en avez entendu parler, mais Facebook est entré en bourse. Et ça ne s'est pas très bien passé. C'est normal. Facebook, c'est simple. On aime, on partage, on remet à jour ses 4280 paramètres de sécurité pour éviter que le monde ne sache qu'on aime, on se fait spammer parce qu'on a voulu savoir ce qui est arrivé à cette malheureuse qui a bêtement oublié d'éteindre sa cam sur msn :D. La bourse, en revanche, c'est compliqué. « Le Libor a clôturé à la baisse en raison d'incertitudes sur le marché des changes liées à la publication des chiffres du chômage nord-américain », c'est quand même moins efficace que « 42 personnes aiment ça ». Et surtout, ça ne fait pas très sérieux. J'imagine un peu les traders et dans leurs foulée les boursicoteurs se dire : « Zut, Joe Smith de Tallahassee vient d'annoncer sur son profil Facebook que son entretien d'embauche s'était mal passé, allez hop, je revends toutes mes actions Nestlé ! » et, franchement, je me demande si on a été bien raisonnables de laisser ces gens-là diriger le monde. Mais peut-être que je ne comprends pas bien les rouages de l'économie mondialisée. Et du coup, ça aurait beaucoup mieux marché si la Bourse était entrée en Facebook, plutôt que le contraire. « Le CAC40 a perdu 4 fans aujourd'hui, alors que le Daxx a fait le buzz grâce à sa vidéo d'un chaton avec un haut-de-forme », tout de suite, ça parle aux gens.

Le 19 juin 2014 à 10:11
Le 16 octobre 2013 à 08:48

Jérôme Deshusses

En compagnie de Max Stirner (L'Unique et sa propriété), de Valérie Solanas (Scum Manifesto), de Raymond Borde (L'Extricable), le petit Suisse Jérôme Deshusses fait partie du grain fin des polémistes kamikazes qui ont réussi à « mettre en panique la surface des choses » (comme disait Borde) avec un seul et unique brûlot autoricide. La fort estimable et assez drôlette œuvre séditieuse passée du bonhomme Deshusses (Sodome-Ouest en 1965, et son remake Le Grand Soir en 1971, chez Flammarion tous les deux ; La Gauche réactionnaire en 1969 chez Laffont) n'annonçait pas vraiment à vrai dire le frénétique chef-d'œuvre de la subversion cravachante qu'est Délivrez Prométhée(Flammarion) qui allait nous tomber sur la bouillotte en 1978 et dont l'exceptionnelle puissance de feu dévastatrice n'a pas diminué dune pichenette. Sans se payer de mots ni « se perdre dans le labyrinthe des ergoteries causales », en ne graciant rien ni personne (et surtout pas les honnêtes ouvriers abrutis ou les braves mères de famille pète-sec), l'auteur y fait très savamment « manger du potage aux moules » à « tout ce qui nous aide à passer notre vie à devenir vieux » (René Crevel). C'est ainsi que sont tour à tour réduits en cannelloni par Deshusses : 1. Les principes de l'économie marchande. « Croissance et plein emploi à tout prix et dans tous les sens : l'idéal de Keynes est aussi la devise des cellules cancéreuses. » 2. L'autogestion comme remède miracle. « Des ouvriers qui possèderaient en commun une cimenterie ne le lui donneraient pas un sens nouveau et leur idéal resterait le même ; plus dynamiques, ils viseraient directement le profit au lieu de s'en tenir à leurs salaires. L'autogestion peut bien changer le personnel d'une usine, pour un temps, en une troupe de boyscouts égalitaires et intéressés, libérés de la tutelle patronale et soumis à celle de la concurrence, mais elle ne changera pas une fabrique d'obus en œuvre de paix. Les travailleurs possèderaient-ils tous leurs moyens de production, ni le profit, ni la croissance, ni l'ennui au travail, ni bien entendu la pollution, ne cesseraient d'être des règles. » 3. La sujétion aux pollutions. « Le même public qui déteste qu'on lui parle de pollution demande qu'on la supprime tout en réclamant ce qui la crée : du veau blanc, des fruits plus sucrés que nature, des aérosols, des avions surpersoniques, du plastique partout, du papier en quantités croissantes, bref, la production industrielle tout entière. Il y a quelques années, les usines Ford avaient mis au point un véhicule dans lequel il devenait presque impossible de se tuer ; la voiture ressemblait autant à un œuf mollet qu'à un engin lunaire, et le public la refusa dès les premiers sondages. » 4. « La parade lugubre » de la publicité « qui n'est horrible que par sa ressemblance quasi parodique avec ceux qu'elle convainc. » 5. La misère du couple capsulé, « chaste et productif ». 6. Le mythe du travail crétin désaliéné. « Notre travail, dit-on, serait aliéné par ce qu'il ne nous permet plus de signer nos œuvres, ni de créer au lieu de les produire, ni d'en suivre le développement de leur genèse à leur finition ; tronçonné en mille parties dont aucunes séparément n'a de sens, il nous condamnerait à mille gestes identiques et insignifiants, nous empêchant de voir ce que nous faisons, etc. Mais quel genre de foi devrions-nous avoir pour éprouver quelque réconfort à signer des poupées-gigogne, des brosses à dent, des fers à repasser ou des boîtes de sardines, et que gagnerions-nous en noblesse à suivre ces nobles objets de leur naissance à leur accomplissement comme si nous en étions les créateurs ? (…) La vraie aliénation est là : signé ou non, confectionné par une chaîne d'ouvriers ou par une chapelle artisanale, un fusil-mitrailleur est un fusil-mitrailleur. Gérée par des patrons ou par ses ouvriers mêmes, une usine de plastique est une entreprise polluante, profiteuse et en général inutile. L'ouvrier qui produit en chaîne des carabines à répétition tout en maudissant son travail sauve du moins son âme, quand l'artisan qui fignole les mêmes carabines en chantonnant déshonore la sienne. Taper des factures pour de l'argent est moins ridicule que de les taper par idéal. L'usine-famille est une escroquerie bien pire que l'usine-pensum et il faut avoir une identité servile, c'est-à-dire nulle, pour s'identifier aux services comptables d'une fabrique de café en poudre. » 7. Les attrape-gogos religieux. « Être petit, se faire pardonner, louer sans fin une autorité qui dispense de réfléchir et une omnipotence qui dispense des dangers dans l'action, accumuler le bien commun comme un à-valoir et les sacrifices comme une rente, feindre de voir un but dans le salut des autres pris comme un moyen de réaliser le sien propre, qu'on situera après la mort afin de mieux pouvoir faire le mort pendant la vie : telles sont toutes les religions, telle est, partout, l'idéologie humble. » 8. Les crises d'orgueil national. « Une nation n'est rien d'autre qu'une immense entreprise commerciale envenimée de patriotisme. » 9. Les joyeusetés de la boxe. « Ainsi la boxe s'intitule “ noble art ” : art parce qu'elle se vend mieux que les tableaux, noble parce qu'elle a pour but le coma post-traumatique. » 10. La mystique de la défonce. « L'avantage du psychédélisme est d'offrir tout le bazar religieux, déjà bon marché en soi, avec un supplément de délire et un rabais d'exercice. » 11. Le culte de l'automobile. « Non seulement la voiture avilit tout et tout le monde, non seulement elle est sale, non seulement elle pue, mais encore elle est laide dans tous les tons et de toutes les manières possibles. On nomme beauté d'une voiture son prix, sa vitesse et son confort, soit, dans l'ordre, le fric, la compétition et l'épate. » 12. L'ABC de l'éducastration. « Si l'école est une préparation à la vie sociale, c'est qu'elle donne les mêmes encouragements à la fraude, aux faux-semblants, au conformisme, à la bassesse ; le bon élève ne peut être rien d'autre que le prototype du lâche besogneux et du larbin compétitif. » 13. L'aberration de « la dette d'amour envers les parents ». « Cet amour est aveugle, mais comme l'obéissance militaire ; il a la réputation d'un instinct “ qui ne se commande pas ”, alors qu'il est lui-même de commande. Il se présente comme universel alors qu'il est la partialité même, comme une justice alors qu'il est inique, et comme une dette alors qu'il est indu. Les liens du sang relient autant que la noblesse de sang ennoblit. » 14. La duperie de la révolution marxiste. « Grâce au marxisme, toute la séculaire rancœur humble passe d'une religion à une autre : même culte de la discipline et de l'autorité, même pudibonderie, même matérialisme sournois, même messianisme vulgaire, même… Grâce au marxisme, nous savons maintenant que Marx, et avec lui tous les schémas de révolutions calculées, avaient tort dans tous les domaines et sur tous les points. D'abolition de la famille, du couple, de la censure, de l'ordre militaire, de la rentabilité, pas question ; d'égalité réelle, absolue, pas question ; de société non hiérarchique, d'enseignement non disciplinaire, de travail non aliéné, de philosophie non conforme, pas question ; la révolution, donc la grande différence entre régimes, ne portera pour commencer que sur le reste ; et on n'aura plus qu'à voir que ce reste ne consiste en rien. »   Depuis 1978, plus de nouvelle de Jérôme Deshusses. Lors de ma prochaine escapade en Helvétie, je me lancerai sur ses traces.

Le 5 décembre 2012 à 08:19

Victor Hugo, premier jet

Nous connaissons tous le célèbre poème de Victor Hugo…     Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit. Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombeUn bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.   Mais ce poème a subi plusieurs réécritures du maître avant d’arriver à cette version définitive. Nous venons de retrouver le manuscrit du premier jet de Totor et nous le livrons à votre avide appétit.     Demain ou après-demain, bref quand je serais peinardJe partirai. Du calme, je sais bien que tu m’attends.Mais c’te putain d’forêt et mes très vieux panardsFont que je risque de mettre un peu plus longtemps.Je marcherai les yeux baissés pour éviter les barbelésSans rien voir vu le maudit brouillard du jour d’huiSeul, les mains nues, le nez glacé, les couilles geléesPutain, pourquoi m’as-tu dit de partir la nuit !Je ne regarderai ni la lune ni le cul d’l’épagneulCelui qui puait la vase dans le marais d’HarfleurEt quand j’arriverai, j’te foutrai sur la gueuleTu verras, ma souillon, tu sentiras ta douleur.

Le 20 juillet 2015 à 10:19

De ces petits riens du tout qui nous gâchent nos soirées dansantes

Parmi les désagréments récurrents de leur vie quotidienne, les femmes subissent les types qui les tripotent sans leur consentement. Et ceux qui les insultent. Et ceux qui, sans mots orduriers, les insultent plus encore. Et c’est de cela dont je vais te parler aujourd’hui. J’appartiens à ce que les sociologues ont nommé jenesaisplustropcomment, mais tu sais cette nouvelle catégorie socio-professionnelle : milieu culturellement privilégié mais économiquement pas super à l’aise*. Je te raconte ma vie pour t’expliquer mon contexte. Donc je fréquente tout un tas de personnes de même catégorie socio-professionnelle (grosso modo), je vis en province (au fin fond du monde pour tout dire) et je ne suis pas confrontée au « harcèlement de rue » tel qu’il existe dans les grandes villes. Non, je suis confrontée au mec super lourd, sexiste, cultivé, de classe moyenne à moyenne supérieure. Alors je ne sais pas comment ça se passe rapport au harcèlement de rue, mais celui que je viens de décrire, c’est une plaie.   Parce qu’il a raison. Parce qu’il a fait des études supérieures ou qu’il a un job socialement valorisé. Parce que tout le monde sait, mais que personne n’en parle. L’omerta. Parce que franchement, tu pourrais rigoler, quoi. C’est pas méchant. Oh ça va, n’en fais pas tout un pataquès.   Ras le bonbon. Et c’est vraiment le cas de le dire. Ce qui n’est pas supportable dans certains quartiers ne l’est pas plus un cocktail à la main. L’argent n’achète pas tout (tu le vois là, le Carlton qui se rapproche, mais je ne sombrerai pas dans cette facilité). Ma problématique face à cette espèce de néandertalien, c’est que je m’en veux. Beaucoup. Par mon manque de réaction, à chaud. Par cet effarement qui a chaque fois me prend à la gorge et m’empêche de renvoyer droit dans ses cordes l’importun. - « Comment un homme cultivé peut se comporter ainsi au 21ème siècle ? » - « Peut-être qu’il rigolait en fait ? » - « C’est moi qui suis trop réactive… » Etc. Etc. Etc. Culpabilisation culturelle et éducative (et pourtant vis-à-vis de cette dernière, j’ai plutôt été bien instruite). Finalement, « je dois bien la chercher » cette façon de faire chez l’homo erectus qui me fait face. Et puis j’apprends au fil des conversations, des bavardages des uns et des autres, qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Qu’untel est très connu pour avoir la main leste sur toute rotondité qui passe à sa portée, que tel autre aime bien coincer les filles dans des coins sombres « sans vraiment leur faire de mal, hein ». Ah ? Et il commence où « le mal » que l’on fait à un être humain ? Là où les autres ont décidé qu’il devait l’être pour leur propre confort moral ? Il commence là où il y a plainte. Où la personne (homme, femme) incriminée dans une relation subie – même « uniquement » verbale – dit qu’elle a vécu cela de façon négative, humiliante, qu’elle s’est sentie salie. Et si elle n’est pas reconnue comme victime (« Oui, c’est un connard, non ce n’est pas de ta faute » fait déjà l’affaire pour moi) il y a fort à parier que la prochaine fois elle laissera de nouveau passer le harceleur, sans le faire trépasser (métaphoriquement, je suis pour la non-violence). Enfin, lui ou un de ses congénères. Et culpabilisera encore. Et le cercle vicieux, blablabli. Alors, toi, homme égalitariste, féministe, du 21ème siècle, s’il te plaît, quand tu es au courant qu’un type n’est pas bien reluisant dans ses attitudes avec la gent féminine, aucune d’entre nous ne te demande d’aller lui casser le nez APRES qu’il se soit comporté comme le dernier des Cro-Magnon. En revanche, n’hésite pas à nous mettre en garde AVANT. On y gagnera tous du temps, de l’énergie et du LOVE sur cette planète. Parce que ce Cro-Magnon-là, il te fait du mal à toi aussi, à ton genre, à ton sexe, à ce que les femmes pourraient trimballer comme préjugés et réactions, par défense. Give Peace a Chance. Mais Fuck les affreux.   * « Intellos précaires » me souffle l’oreillette. Dessin : James

Le 16 octobre 2012 à 08:35
Le 28 septembre 2014 à 09:24
Le 1 mars 2013 à 10:15

Je ne m'aime pas

Je suis comme plein de gens, je ne m’aime pas. Mieux : je me déteste. Or, pour vous, c’est simple : vous vous détestez, bon, voilà, c’est dit. Mais pour moi, c’est terrible ! Car je suis juif ! Et je ne peux pas me piffer. Je ne peux pas me voir en peinture, je me hais, je me conchie. De nos jours, c’est ultra-grave : Je suis juif, je ne m’aime pas, DONC je n’aime pas les juifs. C’est de l’antisémitisme primaire ! Ça tombe sous le coup de la loi ! C’est très grave ! Oh, j’ai bien essayé de tourner la chose différemment : Je ne m’aime pas, mais c’est pas parce que je suis juif ! Hum… Ça revient exactement au même ! je ne m’aime pas mais quoi que j’en dise, je suis juif DONC je n’aime pas le juif que je suis DONC je n’aime pas les juifs. Il n’y a pas moyen de sortir de ça avec ce putain de syllogisme !Que faire ? C’est extrêmement dangereux, ces idées là ! On sait où ça mène ! Dans un train ! Et pas en première classe ! Et si j’étais arabe ? Vous imaginez ? On me collerait vite fait l’étiquette d’islamophobe ! Ou noir ? Pof, raciste ! C’est vite fait de vous cataloguer… Par contre, handicapé, femme, myope, nain, c’est déjà moins grave. Y a pas de lobby.Mais juif ! Cependant, moi, qui suis juif et qui ne m’aime pas, j’ai une chance, oh toute petite, de ne pas être poursuivi pour antisémitisme : Je ne suis pas circoncis, oui, un accident. Ah pardon, ce n’est pas un détail. Car je peux dire en toute innocence : je ne m’aime pas mais rassurez-vous : je ne suis pas circoncis !

Le 4 novembre 2015 à 14:02

Les scientifiques proposent de placer la banquise dans une glacière géante en attendant de trouver une solution

Une équipe de chercheurs norvégiens vient de dévoiler les plans d’une glacière géante destinée à recueillir provisoirement la banquise menacée de fonte. Le dispositif aux dimensions pharaoniques pourrait être mis en service d’ici la fin de l’année. Reportage. Le chantier qui devrait débuter dès le mois prochain va voir l’installation dans l’océan Arctique d’une plate-forme de plus de 100 000 hectares pour accueillir la glacière géante. « Cela représente plus de 52 millions de terrains de curling » se targuait Erik Sorensen, qui pilote le projet depuis le début. Le chercheur précise que si le projet prévoit de sauver environ 200 milliards de mètres cubes de glace, il n’offre aucune résolution durable au problème du réchauffement climatique. « Nous agissons juste sur un symptôme, mais le mal reste toujours là. Il est donc toujours urgent d’agir et de continuer à trouver d’autres solutions » rappelle le scientifique en précisant que le chantier démesuré risquait d’augmenter de 0,2 degrés les températures dans la zone. De nombreux pays voisins ont salué l’initiative des chercheurs norvégiens, certains annonçant qu’ils étaient prêts à apporter leur contribution au projet. Les Suédois devrait suivre avec un dispositif complémentaire au Norvégien. Trois millions de ventilateurs devraient être installés dans l’Arctique, dès que la construction de la centrale nucléaire qui les fera fonctionner sera achevée.

Le 6 novembre 2014 à 06:43

Péril en la grammaire

Le problème avec les changements, c'est qu'on ne les repère jamais du premier coup. Moi, au départ, je n'ai rien remarqué. Vraiment. C'est arrivé subitement. J'étais à la cantine et j'avançais mollement dans la queue pour le plat de spaghettis. Quand la serveuse me demande : – Et pour vous Monsieur ? – Je vais prendre les spaghettis à la Bolognaise s'il vous plaît. Sans fromage. – Très bien, monsieur, spaghettis bolo et supplément de fromage ! – Non, repris-je l'employée, j'ai dit sans fromage. – Ah pardon. J'avais mal compris. Elle finit de servir mon assiette et prend une pince avec laquelle elle racle le fond du bol à parmesan. Au moment où le kilo de fromage allait s'abattre impitoyablement dans mon assiette, je hurle : - Mais non, non, non, non. Je n'en veux pas ! Dans la cantine, plus un bruit. Un silence qu'aurait fui Cousteau. L'air effrayée, elle me tend le plat et passe au client suivant. Je traverse la salle sous les regards interloqués de mes collègues. Quelques jours après, j'arrive au bureau quand ma chef me dit : – Martin ! Je t'offre un café à la machine. – Ah c'est gentil, merci, mais je vais plutôt prendre un thé. – Bien sûr, Martin. Tiens, choisis ton nombre de sucre. Une fois servi, je porte le gobelet à mes lèvres, mais une forte odeur de caféine me saisit les narines : c'est du jus marron. Du café. Mais je déteste le café. – Tu le bois pas ? – En fait, je voulais un thé. – Pourquoi tu m'as demandé un allongé alors ? La panique. Et l'évidence. Je ne dis pas les mots auxquels je pense. C'est une maladie, j'en suis sûr. Ça doit avoir un nom. Un nom en "oque" ou en "ilis". Un truc putain de grave. Je cherche sur Doctissimo, la bible médicale en ligne, mais rien. Nib. Queue dalle. Et puis, hier. – Bonjour, c'est pour prendre une brioche façon pain perdu. "Brioche façon pain perdu", ça ne laisse pas beaucoup de marges de manoeuvre aux interprétations. Le caissier prépare ma commande : – Ça fait 7 euros 50. C'est quoi votre prénom ?  – C'est Martin. Parfait. Le serveur se penche pour prendre la pâtisserie, mais se relève. – Vous m'aviez bien dit un donut ? – Non. MAIS NON. J'ai dit une brioche. Je nage dans une piscine de transpiration. – Oui, me dit-il d'un air navré, j'ai bien compris : un donut. – Ahhhhh ! Je crie. Je m'enfuis. Je cours chez moi. Je fonce dans le frigidaire. Je prends une meule. Il faut que je couche cette histoire sur le drapier. Sur le drapier ? Une meule ? Le frigidaire ? Mais non Martin ! Le papier. Une feuille. Le secrétaire. Mon pieu, je le sentais, la maladie se propage. Dorénavant, même ce que j'écris se transforme. Et dans quelques virgules, plus carbone ne saura jamais ce que j'ai à cuire.

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