Micaël
Publié le 14/01/2015

Radical


Micaël naît à Paris en 1982. Après avoir passé 20 ans à Buenos Aires, il revient à Paris, la ville où il vit et travaille actuellement. Droitier sur le terrain de foot et gaucher pour le dessin, il décide sa vocation à l’âge de 5 ans, lorsque sa maîtresse remarque qu’il est le seul de la classe capable de dessiner des visages de trois-quarts. Ses deux ouvrages en France "Un Argentin à Paris" et "L'Air du Temps" ont été publiés dans la collection Les Cahiers Dessinés.

 

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Le 25 avril 2012 à 08:38

Non, je n'irai pas voir la mer.

J’y serais bien allée, pourtant, j’aurais enlevé mes chaussures, puis mes chaussettes (si jamais j’en avais porté, ce qui se fait rare au fur et à mesure que le printemps prend sa place), et j’aurais posé mes orteils sur le sable humide et froid d’une quelconque plage grise du Calvados. J’aurais foui doucement le sable avec mon gros orteil, sentant les grains sous mes ongles ébréchés au vernis écaillé couleur coquelicot. Puis je crois que j’aurais remonté mon pantalon, le retournant sur mes chevilles, après une hésitation, sur mes mollets, et j’aurais avancé vers les vagues, à tout petits pas. De la pointe du pied, j’aurais laissé une vague me lécher de ses papilles salées ; frissonnante, j’aurais laissé le froid s’emparer de mon pied lentement. Un sourire un peu malin aux lèvres, j’aurais sauté, dans un élan puéril, à pieds joints, dans l’eau verte à l’écume un peu jaune et senti mon pantalon se mouiller et se plaquer sur mes tibias. J’aurais peut-être ri, puis soupiré certainement. J’aurais relevé la tête, que j’avais baissé pour fixer intensivement l’eau, dans l’espoir très naïf d’apercevoir quelque chose à travers le liquide troublé, et j’aurais regardé au loin, soit vers l’Angleterre (ou vers l’endroit où j’aurais pensé qu’elle devait être), soit vers les terres normandes. J’aurais pensé à un thé bien chaud, à du vin blanc et à des crevettes (je ne mange pas de fruits de mer, je n’aime pas ça) (excepté les moules) (mais uniquement avec des frites). Mes chaussures à la main, je serais remontée vers une digue, m’y serais assise et aurais frotté mes pieds couverts par du sable collant, soufflant un peu parce qu’il reste toujours des grains, et ensuite ça gratte, alors c’est un peu agaçant. Mes pieds de nouveau bien au chaud, le sable crissant entre ma peau et le coton de mes tennis, j’aurais repris la route.

Le 17 février 2015 à 08:40

Maman reste en tête des sondages avec ses frites au four maison

Avignon – Mme Sabrina Guérin occupe toujours la place de membre préféré de la famille Guérin selon un sondage mené par l’institut SOFRES auprès d’un panel représentatif de toute la famille1. La mère de famille récolte plus de 75% d’opinions favorables, et reste donc grande favorite pour les prochains conseils de famille. Sabrina Guérin n’a pas souhaité réagir à ce nouveau sondage qui la place en tête dans le cœur de la famille Guérin. Contactée par téléphone, la jeune femme déclare ne vouloir « ni commenter, ni organiser son planning en fonction des sondages auxquels on peut toujours faire dire tout et son contraire ». La jeune femme continue donc de caracoler en tête des sondages malgré une cure d’austérité mise en place depuis la rentrée de septembre. Les membres de la famille Guérin justifient leur choix en invoquant la cuisine de Sabrina, et notamment ses frites au four maison du dimanche midi, mais semblent aussi apprécier son impartialité quant à la prise de décision concernant toute la famille. Des frites maison dénoncées par l’opposition en la personne de Sacha, le mari de Sabrina qui parle d’une « vieille recette que tout le monde connaît ». Le père de famille accuse le coup avec une baisse de 8 points et passe en troisième position du classement, dépassé par la cadette de la famille, Aurore, auréolée de ses bons résultats scolaires. Sacha paie sans doute son manque de transparence quant à son emploi du temps et ses retards inexpliqués à la sortie du boulot le soir. Enfin rien ne va plus pour le petit Nicolas. Empêtré dans un scandale d’évasion fiscale depuis qu’il a été surpris en possession de devises du trésor familial à l’extérieur de la maison, le benjamin de la famille plonge à la dernière place du classement. A douze jours du prochain conseil de famille, il se murmure dans les rangs de l’opposition qu’une entente entre Sacha et son fils Nicolas pourrait être envisagée en vue d’une coalition visant à déstabiliser le pouvoir en place. Une rumeur qui ne semble pas inquiéter outre mesure Sabrina Guérin, qui assure avoir toute confiance dans le front républicain mis en place avec sa fille Aurore. *Enquête réalisée auprès des quatre membres de la famille Guérin Le Gorafi Photo: iStock  

Le 12 août 2010 à 10:00

Toujours au-delà : le froid

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Mon nom est Claude-Achille de Bussy, mais au conservatoire, ils m’ont appelé Claude Debussy. Ce n’est pas tellement que je ne supporte pas les règles, les codes, les conventions. Je les traverse pour mieux m’en défaire, pour mieux les dépasser. Ce n’est pas tellement que j’entretiens mon image d’homme étrange. Ce sont mes pièces qui sont étranges, pas moi. Cela n’a même rien à voir avec mes pièces, c’est juste qu’il faut un petit temps pour s’habituer à l’étrangeté. J’aime aussi les mots mystère, intériorité, lointain et parfois même incompréhension. Les mots s’arrêtent trop vite, même s’ils sont bien plus nombreux que les quelques notes dont je dispose pour écrire un opéra. J’aimerais bien écrire un opéra. Comment faire ? Je ne sais pas encore, je vais voir. Il n’y a aucun concept dans mon écriture, je n’ai que faire des questions intellectuelles, je ne cherche que l’immédiateté d’une sensation pour qu’elle s’évapore seule, apaisée, reposée. Je m’appuie sur un ensemble de régulations intimes, denses qui me permettent d’aller plus loin, vers d’autres strates musicales. Je cherche, je me heurte, j’écris, je réécris, je m’arrête et je repars ailleurs, parfois, je ne fais rien, j’attends. Je sais que mes désirs ont des routes longues et tenaces et des chemins qui s’explorent à mon insu. Un jour, je tombe sur Pelléas et Mélisande, écrit par Maeterlinck. Est-ce parce que les personnages sont dans un pur état de folie ? Est-ce parce que Maeterlinck me donne toute latitude pour maltraiter son texte ? Je vais écrire un opéra. Des années, des années durant, je coupe, je taille, je relègue le texte, je mets en avant la musique, ou l’inverse. Pendant dix ans, je cherche, je me heurte, j’écris, je réécris, je doute. Je ne doute plus. Je me défais, je me répands, je saisis, j’apaise, j’apaise encore. J’invente le silence, du silence, le mien. Mélisande meurt, j’ai fini, j’ai écrit un opéra.  GOLAUD. Quel âge avez-vous ? MELISANDE. Je commence à avoir froid. Pelléas et Mélisande, I, 1.

Le 28 mars 2012 à 17:20

Y'a-t-il un pilote dans l'avion ?

« Hélas oui ! » auraient pu répondre en choeur les passagers d'un vol reliant New York à Las Vegas ce 27 mars. En effet le commandant de bord, dans un état proche de l'Ohio, a surgi des toilettes aux cris de : « Irak, Al-Qaïda, terrorisme, nous allons tous nous écraser ! » Côté cabine ça a plombé l'ambiance. D'autant qu'il a ensuite sonné à pleins poumons l'alerte à la bombe avec menace d'explosion imminente. Entre-temps le co-pilote, s'étant aperçu que le boss avait un peu trop tiré sur le manche, voire sur le joint, avait verrouillé de l'intérieur la porte du cockpit, laissant son supérieur vociférer parmi les passagers. Ces derniers parvinrent à le ceinturer tandis que le co-pilote réussissait un atterrissage d'urgence. Je ne sais pas vous, mais ce fait divers me rappelle le « vol » que notre beau pays, aussi complexe à manoeuvrer qu'un avion, effectue depuis cinq ans. Régulièrement notre commandant, qu'il sorte de l'Elysée ou du salon de l'Agriculture, beugle un étrange refrain : « Immigrés, chômeurs, sans-papiers, nous allons tous vous écraser ! » Pourtant, à la différence de ce qui vient de se passer aux Etats-Unis, les Français ne bronchent guère en cabine. Ceux de la classe affaires ou de la première passe encore, ils sont trop occupés à étendre leurs jambes en sirotant du champagne. Mais les autres, ceux de la classe éco tendance bétaillère, pourquoi ne se lèvent-ils pas ? Ils attendent quoi, de finir recroquevillés dans la soute ? Pendant ce temps le pilote multiplie les loopings pour laisser croire qu'une « bombe » nous anéantira si on ne le reconduit pas bientôt dans le cockpit pour le vol retour, avec les honneurs qui lui sont dus. Alors je vous le demande, et pour ce faire j'emprunte à son style inimitable : « Quand c'est qu'on le neutralise ? »

Le 10 juillet 2012 à 09:42
Le 22 juillet 2012 à 11:13
Le 17 mai 2010 à 17:32

Manifestez en restant dans votre lit

Conseil citoyen 5

Quand ta profession se décide à la grèveTu savoures avec joie cette journée de trêveQui permet de rester chez soi à se détendreTout seul, pour une fois, sans aucun compte à rendre.Mais comment faire face aux autres syndiquésQui ne manqueront pas de venir critiquer,Le lendemain matin, ton absence notoireEt feront circuler à travers les couloirsQue tu as désiré, en n’allant pas au front,Montrer ton allégeance à l’égard du patron. Pour éviter, l’ami, cette mise au placardDevance la mêlée comme tout bon briscard.Fais-toi des tous premiers, au mot d’ordre lancé,A saisir cette info pour la faire passer.Fais suivre les e-mails, mais surtout improviseUn accompagnement qui les personnalise ;Un petit mot de toi : « Amis et camarades,Plus on sera nombreux…» Ce genre de salade.Ayant montré ainsi ton implicationQui pourra se douter de ta défectionEt si tu mobilises et que la foule est denseBien malin qui pourra affirmer ton absence. Remets-en une couche à deux jours d’y allerEn prenant soin surtout de ne pas étaler.Il serait, en effet, tout à fait embêtantD’être soudain perçu comme un grand militant.On te ferait marcher aux côtés des ténorsEt tu dirais adieu à ton jour de confortOu pire et ce serait, avoue-le, pas de bolIl te faudrait, l’ami, porter la banderole. Venons-en maintenant au jour de la manif.Bien qu’au chaud dans ton lit, tu dois rester actif.En fin d’après-midi, appelle un vieux copain.Un de ces bons grognards qui sont sur le terrain ;Distributeurs de tracts, adhérents de toujoursQui mangent la saucisse au moment des discours.Tu lui demandes alors ce qu’il en a penséEt tu as les détails de ce qui s’est passé,De quoi, le lendemain, tenir la dragée hauteA tous ceux qui pourraient vouloir te mettre en faute.

Le 7 décembre 2012 à 08:41

Sperme de mammouth congelé

Histoires d'os 36

Professeur de zoologie à l'université de Kagoshima, Kazufumi Goto caresse un grand rêve un peu fou : celui de ressusciter le mammouth, ce géant poilu de l'ère glaciaire.   L'idée est assez simple. Pour ne pas dire assez simpliste. Et du point de vue technique, elle peut se comparer à une procréation assistée. Il suffit d'aller dénicher dans le permafrost de Sibérie quelque bel étalon congelé, de prélever gentiment un échantillon de son sperme et d'en féconder in vitro des ovules d'éléphante. Dame nature fera le reste, si elle veut bien se montrer un tantinet coopérative et dans une bonne vingtaine de mois, les caméras du monde entier filmeront la naissance d'un adorable mammouphanteau qui fera la fierté et la gloire de son géniteur japonais.   Du point de vue génétique, le projet semble réalistes. Mammouths et éléphants sont des cousins germains d'Afrique et de Sibérie et partagent un ancêtreéteint depuis cinq millions d'années. Ils sont donc aussi proches que la jument peut l'être de l'âne ou la tigresse du lion. Et le professeur Goto n'a t-il pas réussi, il y a quelques années, de féconder une vache vivante avec du sperme de taureau mort ?   Mais déjà des esprits goguenards ricanent. Ils proclament avec suffisance qu'au terme de plus de 10 000 ans, il semble exclu de retrouver de la semence de mammouth en bon état de conservation. Il paraîtrait que le permafrost soit un médiocre congélateur comparé à l'azote liquide de nos laboratoires. Mais qu'en pense l'éventuel papa, lui qui se gèle les testicules en attendant de se reproduire ?

Le 26 octobre 2014 à 08:34
Le 16 décembre 2014 à 09:36
Le 8 août 2011 à 08:29

Lavons notre linge sale en famille

Pubologie pour tous

Je ne sais pas pour vous, mais moi, cette pub me donne une impression de déjà-vu. Là.Sauf que là, le héros est en plein bad trip. Je ne sais pas vous, mais moi je ne suis pas en plein bad trip. Et pourtant je vois ça.Ca, c’est une famille absolument normale. Le papa s’appelle John-John et la mère s’appelle Becky. Ils se sont rencontrés en 1992 sur une croisière dans le Pacifique, et dès le premier coup d’œil ils ont su qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. John-John était aventurier, il chassait des trésors, mais pour Becky il a accepté de se ranger et il est devenu astrophysicien à mi-temps (l’autre moitié du temps, il est maître-nageur bénévole à Lampedusa et il passe ses nuits à cuisiner du riz arborio pour envoyer du risotto aux courgettes à la Somalie). Ils se sont installés à Meudon où ils ont acheté une maison avec la dot de Becky. Ils ont eu leurs deux enfants du premier coup et coup sur coup, car Becky était très fertile. Ils ont appelé l’aîné Bernard et la cadette Emmy. Emmy parlait 3 langues à l’âge de 4 ans et aime par-dessus tout Bach et le mouvement dada, tandis que Bernard ne s’intéresse qu’au foot et aux équations du 3ème degré.Mais Becky s’ennuie dans cette vie trop parfaite. John-John l’aime-t-elle toujours autant depuis qu’elle a pris 544 grammes avec ses deux grossesses ? Peut-être réalise-t-elle aussi que sa lessive ne respecte pas les couleurs, et que les vêtements de sa famille ont tendance à devenir ternes au fil des lavages. Ca la rend triste.Heureusement pour son anniversaire, John-John décide de la surprendre : il lui achète Grup, une lessive en bulles pour un linge aux couleurs éclatantes. Betty est heureuse : ça y est c’est sûr, John-John est toujours fou d’elle. Pour fêter ça, toute la famille se retrouve au milieu de son jardin (John-John a ramené cette variété de gazon vert fluo de Patagonie) en se tenant la main pour regarder Bernard renvoyer leur ballon de foot aux voisins.L’important vous comprenez, c’est qu’on puisse s’identifier.

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