Bernard Pivot : Au secours ! Les mots m'ont mangé !

Trousses de secours, saison 3 : Rattraper la langue

On déguste des phrases. On savoure des textes. On boit des paroles. On dévore des livres. On s'empiffre de mots. Écriture et lecture relèvent de l'alimentation. Mais la vérité est tout autre : ce sont les mots qui nous grignotent, ce sont les livres qui nous avalent. Voici le récit de la vie périlleuse, burlesque et navrante d'un homme mangé par les mots.

Enregistré le 23 mai 2015 dans la salle Jean Tardieu Théâtre du Rond-Point.

Durée : 01:06:00

> les autres Trousses de secours dédiées à la langue



Place aux poètes, aux créolisants, aux corsaires du langage, place aux passeurs et aux décrypteurs de paroles, place aux cracheurs d'avenir.
Pauvre langue. Réduite en « éléments de langage ». Qui nous parle de plus en plus petit. Pasteurisée, simplifiée, désertifiée par les stratèges en communication. Confisquée par les adeptes du pugilat médiatique, de la harangue haineuse et du bashing. Nos paroles, nos pensées, les mots avec lesquels nous rêvons n'ont jamais été si convoités. Le langage est notre bien le plus précieux. Alors rattrapons ce qui nous échappe peu à peu. Ce langage qui nous façonne. Et qui façonne le monde. Toutes nos infinies façons de dire.

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Le 16 mai 2015 à 11:09

Bernard Pivot : "Au secours! les mots m'ont mangé"

Bernard Pivot revient "rattraper la langue" au Rond-Point. Ce sera du 19 au 23 mai, avec sa conférence-performance où il raconte la vie improbable d'un homme mangé par les mots. Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Bernard Pivot - Notre rapport à la langue est moqueur si la langue est tirée, gourmand si la langue sait claquer, et amoureux si la langue établit un contact avec une autre langue. – Selon vous, qu’est-ce qui menace la langue et qu’est-ce qui la « sauve » ?– Ce qui menace la langue française est le pidgin anglo-américano-techno-intello-bobo-twitto-mcDo-imbroglio. Ce qui sauve la langue est notre amour des mots, de la littérature et des écrivains, d’hier et d’aujourd’hui. – Et votre propre langue, qu’avez-vous à en dire ?– Je dis de ma langue que je suis son humble serviteur et aussi son amant de jour et de nuit. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu’est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Un professeur du Centre de Formation des Journalistes, Michel Chrestien, m’a rendu exigeant et enjoué dans l’usage de la langue et le choix des mots. Il n’y a pas de jour que je ne consulte un dictionnaire. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point « rattraper la langue »… Comment allez-vous vous y prendre ?– Je ne rattraperai pas la langue, elle va trop vite. Je me contenterai de l’attraper en jouant avec les mots comme un enfant, comme un jongleur, comme un fou. Au secours ! les mots m’ont mangé. > plus sur la conférence-performance de Bernard Pivot

Le 23 novembre 2014 à 09:21

Nathalie Quintane : "Il n'y a pas qu'une seule manière de vivre"

Editée chez P.O.L. et à la Fabrique, Nathalie Quintane viendra le 31 janvier au Rond-Point faire le récit d’un épisode malheureux, tendancieux, un peu des deux, observé dans une ville de province (12 000 habitants max) : une belle femme blonde à la voix de bluesman menant campagne et serrant la pogne à quelques commerçants qui parfois la refusent. Pour cette fois, il est possible qu'on l'appelle Bip, ou Toi, ou Moi. Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Nathalie Quintane — Tout dépend du "nous" et tout dépend de la langue en question ! S'il s'agit du nous général des citoyens dans la langue générale de communication : Français, encore un effort ! Pour être vraiment démocrates, on pourrait commencer par concevoir ce rapport à la langue comme quelque chose qui n'a rien de naturel, et se dire que, pour parler de choses publiques, il n'est pas forcément nécessaire de reprendre tel quel, clé en main, les éléments de langage fournis par les communicants ou "décideurs".   – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Ce qui menace la langue, ce ne sont pas ses "incorrections", ce ne sont pas les slangs, argots, emprunts divers au rom, à l'arabe, à l'anglais même, qui sont en mesure de conférer au français une vivacité, et surtout d'autres points de vue — jusqu'à ce qu'ils soient à leur tour dévitalisés par trop d'usage, jusqu'à ce qu'ils deviennent des clichés de la langue parlée, des lieux communs plus que des lieux où une communauté est en création continue et en reconnaissance d'elle-même. Ce qui la menace, c'est cette perpétuelle sauce à laquelle on nous mange, jour après jour — celle d'un libéralisme généralisable, comme s'il n'y avait qu'un seul courant dans l'économie et qu'une seule manière de vivre. Je ne suis pas sûre que la langue demande à être "sauvée" ! Mais ce serait bien qu'elle soit un peu mieux connue, aimée.  – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Celle que je parle est celle que nous parlons tous. Celle que j'écris inclut celle que je parle en la malmenant, en la farcissant d'autres.  – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Lautréamont, puis Ducasse (mais là, il s'agit autant de langue que d'une forme d'intelligence du jeu, comme on dit dans le sport). Et ensuite, pas mal d'écrivains, qui ne s'en sont jamais laissé conter sur ce qu'il convient de dire et d'écrire. Swift, par exemple. Et puis, partout, les mots que je ne connais pas, les tournures bizarres, les phrases que je ne comprends pas, le français au Québec, au Maroc ou en Belgique.  – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue".... Comment allez-vous vous y prendre ?– En tentant un "stand up" poétique ! En désarmant le bagout — si c'est possible.

Le 10 juin 2014 à 12:04

Agnès Giard / Sex in Japan #1

Ventscontraires.net a interviewé l'écrivain et journaliste Agnès Giard, spécialisée dans les questions de la sexualité, en particulier au Japon. On lui doit notamment Les Histoires d’amour au Japon. Des mythes fondateurs aux fables contemporaines (Glénat), Les objets du désir au Japon (Glénat) et L'imaginaire érotique au Japon (Albin Michel). Embarquement immédiat pour une première escale au Pays du Soleil Levant. Depuis 1997, vous avez consacré de nombreux articles et ouvrages à la sexualité au Japon. Qu'est-ce qui vous amenée à vous intéresser à cette question ? Le renversement des perspectives. J’avais 9 ans lorsque les premiers épisodes du dessin animé Captain Harlock (Albator, de Leiji Matsumoto) ont été diffusés à la TV en France, diffusant l’idée que le bien et le mal sont des données réversibles. La réalité… une superposition de possibles, un espace indéterminé, comme un jeu vidéo qui possède plusieurs fins. Prenons un exemple concret : les poupées gonflables. Les poupées gonflables occidentales sont vendues nues et servent d’exutoire sexuel au rabais, c’est à dire qu’elles sont défigurées. La présence sur leur face d’une bouche en O destinée à servir d’orifice sexuel limite presque à zéro la possibilité de déployer un travail imaginaire. C’est très révélateur de la place que nous accordons à la sexualité dans notre culture. Les poupées gonflables japonaises, elles, mettent la nudité à distance derrière un jeu de rôle et leur visage, préservé, arbore une expression souvent énigmatique. Mieux : aucune expression, car elles sont en plastique transparent et prennent l'aspect presque fantomatique d’une zone d'absence à remplir. La poupée, rendue «  abstraite », sortant du cadre étroit des outils sexuels, s'offre alors comme espace de projection à la fois immatériel (les scénarios, les sentiments) et physique (les couches de tissu dont on la recouvre). Paradoxalement, plus cette poupée «  disparaît  », escamotée derrière sa transparence et ses voiles, plus elle conviée à s'incarner… Pour lui donner un supplément de chair, ses parties intimes sont personnalisées. Le vagin de la « Love body Risa », par exemple, baptisé Seventeen, qui «  avale jusqu'à la garde et vous fait venir en 10 minutes  » est présenté comme «  un trou d'un réalisme tel qu'il donne véritablement à la poupée une présence supérieure. » Il est doué de sa propre vie. «  Il est tellement réel que cela procure vraiment une émotion profonde  », affirme l’argumentaire commercial. Afin de lui donner plus de présence, les utilisateurs peuvent l'enduire d'un lubrifiant composé spécialement pour imiter l'  «  odeur de la  sueur d'une vierge  ». Son avatar (« Love body Miyu ») est également vendue comme dress up doll (kisekae ningyô)  : on peut la déguiser avec des vêtements destinés à «  multiplier par deux sa beauté. » «  Avec la mini jupe elle est très attractive. Vous pouvez jouer avec elle au peloteur !  », suggère l'argumentaire qui montre ensuite un garçon, la tête glissée sous la jupe de Miyu, en train de la «  lécher en profondeur  ». La poupée non seulement est présentée comme une partenaire de jeu, capable d'emprunter des identités factices, mais comme un être sensible aux caresses, doué de conscience, et ses utilisateurs sont invités à succomber au «  charme  » de sa «  présence irrésistible  » (ôja no kanroku). Il en est de ces poupées programmatiques comme de tout le reste au Japon : aucun objet, fut-il baudruche n’est méprisé, parce que mépriser l’objet revient à se mépriser soi-même.   Qu'est-ce qui caractérise, selon vous, le rapport des Japonais à la sexualité ? Les mythes fondateurs du Japon disent que le monde n’a pas été créé mais procréé. Dans le Kojiki (711 après J.-C.), il y a donc deux dieux, un mâle et une femelle, qui, chargés d’inventer le monde, en sont réduits à s’examiner mutuellement pour essayer de comprendre comment fonctionnent les seuls outils dont ils disposent. Ils n’ont que leur corps sous la main. Alors ils cherchent et ils trouvent : la seule et unique différence entre eux se trouve être à cet endroit… qui s’emboîte. Alors ils emboitent le lieu concave de l’un avec le lieu convexe de l’autre. Au préalable, ils miment une première rencontre. De ce mythe, que déduire ? Que l’univers dérive d’une expérience corporelle, peut-être. Que la sexualité est une question d’ajustement. Qu’il faut d’abord exécuter la petite danse de la séduction… Les dieux étant considérés comme les géniteurs des humains, la mission des humains sur terre consiste à perpétuer cette danse sans laquelle rien n’existerait. En Occident, nous avons donné le nom d’Eros à la force agissante du désir qui détermine la naissance même de l’Univers. Au Japon, le mot sei désigne à la fois la sexualité et la vie. Pour obtenir le bonheur, le premier jour du nouvel an, on mange des aliments synonymes de sexe : du konnyaku (amorphophallus konjak) au piment, des patates douces (qui ressemblent aux kintama, les « boules d’or), des racines aux formes suggestives et toutes sortes d’autres aliments permettant de faire une promesse de bonheur à son propre corps. Quand on veut des enfants, on va caresser les testicules géants des sculptures de tanuki (chiens viverins). Pendant les fêtes liées au repiquage du riz et aux récoltes, on offre des sucettes en forme de vulve et de pénis aux enfants. Dans les estampes érotiques du XVIIIe, les organes génitaux, grossis à la loupe, prennent des dimensions cosmogoniques. En nous confrontant à ces organes de la vie, le Japon nous met en face de nos responsabilités  : nous avons le devoir d'être plus grands que nature, nous aussi. Nous avons le devoir de développer nos envies à outrance, parce que la surabondance est la seule garantie de la survie du groupe dans ce pays sans cesse frappé par les catastrophes naturelles.   On a l'impression que la culture du sexe y est totalement différente de la nôtre (les poupées, les pratiques...), trouvez-vous des points communs malgré tout ? La sexualité, en tant que « fait de culture », se manifeste dans les autres civilisations sous des formes qui peuvent paraître étrangères… Mais pas tant que ça. Il suffit de se demander à quoi elle sert… Qu’est-ce qui nous excite ? La sexualité repose sur la mise en scène de choses effrayantes, humiliantes ou troublantes. C'est un petit théâtre de la cruauté qui nous force à affronter ce qui nous fait peur, afin d'en triompher. C'est aussi un moyen de repousser sans cesse nos limites et de cicatriser nos blessures en érotisant la violence que nous subissons dans le monde réel. Au Japon, cet aspect «  guérisseur  » de la sexualité se manifeste sous la forme de scripts conjuratoires  : beaucoup de productions érotiques mettent en scène des beautés enlevées par des céphalopodes, inséminées de force ou victimes de sévices… auxquels elles survivent toujours. L'art érotique japonais tourne souvent autour de ces images de convulsion, de visages traversés par des palpitations, de yeux humides et de bouches crispées sur des cris de refus ou de douleur… à moins qu'il ne s'agisse pas de douleur. Au bout d'un moment, on ne sait plus très bien. Cette ambiguité inquiète beaucoup les Occidentaux. En Occident pourtant, il ne me semble pas que la sexualité soit autre chose qu’une forme de duel, un combat avec l'ange, avec sa part d’extase inhérente… Nous assumons probablement moins que les Japonais l’aspect noir et brutal de nos pulsions, parce que nous avons été éduqué à croire que la sexualité c’était de l’amour, rien que de l’amour. Au Japon, la sexualité évoque plutôt l’idée de la purification. Donc de la catharsis. Donc de la violence. > Suite de l'interview

Le 4 mars 2013 à 19:38

Christian Salmon : Ces histoires qui nous gouvernent #2

George W Bush et Ashley Faulkner / L'étreinte

> Premier épisode                   > Episode suivant Dans sa conférence-performance "Ces histoires qui nous gouvernent", l'écrivain et journaliste Christian Salmon poursuit son salutaire travail d'analyse du story-telling. Dans cet extrait, il revient sur un récit édifiant mais fictif qui a joué un rôle décisif dans l'intervention américaine en Afghanistan et même au-delà. "Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une « arme de distraction massive ».L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré. Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine. " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

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