Pacôme Thiellement : La Société secrète du spectacle

Trousses de secours, saison 3 : Rattraper la langue

À partir d'une exégèse de Tod Browning, et plus particulièrement de son film Freaks, ainsi que par un détour par l'histoire des freak shows, nous explorerons la communauté des monstres et son langage secret, comme conjuration prophétique et rédemption carnavalesque de la société moderne, de son appétit de transparence et de sa parole enchaînée. Car les freaks ont toujours eu la clé de ce que nous avons, à tort, pris pour une porte hermétiquement close.

Enregistré le 29 novembre 2014 dans la salle Roland Topor Théâtre du Rond-Point.

Durée : 00:38:02

> les autres Trousses de secours dédiées à la langue



Place aux poètes, aux créolisants, aux corsaires du langage, place aux passeurs et aux décrypteurs de paroles, place aux cracheurs d'avenir.
Pauvre langue. Réduite en « éléments de langage ». Qui nous parle de plus en plus petit. Pasteurisée, simplifiée, désertifiée par les stratèges en communication. Confisquée par les adeptes du pugilat médiatique, de la harangue haineuse et du bashing. Nos paroles, nos pensées, les mots avec lesquels nous rêvons n'ont jamais été si convoités. Le langage est notre bien le plus précieux. Alors rattrapons ce qui nous échappe peu à peu. Ce langage qui nous façonne. Et qui façonne le monde. Toutes nos infinies façons de dire.

> le programme complet

 

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Le 8 novembre 2014 à 09:26

Pacôme Thiellement : Le Langage secret des monstres

Essayiste navigant entre pop culture et tradition ésotérique, Pacôme Thiellement vient au Rond-Point le 29 novembre desceller chez les Freaks une conjuration prophétique de la société moderne, la rédemption carnavalesque de son appétit de transparence et de sa parole enchaînée. Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue . Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Pacôme Thiellement – Extrêmement technique. Et avec une obsession de l'efficacité qui confine à l'obscénité.  – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Question très hölderlinienne — du coup je répondrai : la même chose. On sauve une langue en donnant un chatoiement poétique à ce qui la menace. On menace une langue en donnant une fadeur prosaïque - un souci de rentabilité et une vulgarité de slogan - à ce qui la sauve.   – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Je l'acquiers lentement. Je l'use trop vite. Je la régénère le plus régulièrement possible.  – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Pour la logique, René Daumal ; pour la poétique, Gérard de Nerval ; pour la métaphysique, René Guénon ;  contre tout le reste : Alfred Jarry. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue"... Comment allez-vous vous y prendre ?– En la relâchant, pour qu'elle retombe d'elle-même sur ses pattes ; comme le chat à qui je l'ai donnée ! Illustration : Freaks (la Monstrueuse Parade), de Tod Browning

Le 15 janvier 2015 à 17:47

Christophe Fiat : "La peur empêche d'entendre et de parler"

Trousses de secours, saison 3 : Rattraper la langue

Écrivain, auteur dramatique, metteur en scène et poète électrique, Christophe Fiat vient au Rond-Point le 22 janvier nous raconter... Marcel Pagnol ! Ou comment le monde entier découvre le premier film français parlant et son accent marseillais. Une performance loin des clichés provençaux, avec guitare électrique et batterie. Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Christophe  Fiat – Si j’en avais une idée précise, je ne serais pas écrivain. Je n’essayerais pas d’inventer des récits, dont j’espère qu’ils nous libèrent du cynisme décomplexé de notre époque. – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Tout menace la langue : les injonctions, la mauvaise foi, le mensonge, bien sûr mais surtout la peur. La peur empêche d’entendre et de parler. Sans doute que la littérature a toujours été là pour nous libérer de ça. Si ce n’est qu’aujourd’hui, elle retrouve ses origines orales, épiques dans l’art de la performance ou de la poésie sonore, et parfois même dans le théâtre. – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– C’est une langue à la fois écrite et orale. Elle est faite pour être lue dans les livres que je publie et aussi pour être écoutée dans mes pièces de théâtre comme La Jeune Fille à la Bombe en 2007 au Festival d’Avignon ou L’Indestructible Madame Richard Wagner au Théâtre de Gennevilliers en 2011 mais aussi dans des fictions radiophoniques comme Spirit of Marcel Pagnol réalisée par Blandine Masson et interprété par Stanislas Nordey ou Sur les traces de Godzilla réalisé par Jacques Taroni. C’est donc une langue à deux vitesses, langue accessible mais inappropriable, pleine d’énergie. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Thomas Bernardt pour l’exagération, William Burroughs pour la paranoïa, Baudelaire pour la délicatesse, Shakespeare pour ses chansons, Philippe Sollers pour la légèreté apparente, Claude Louis-Combet pour le mystère et le dark continent féminin.Tout me nourrit au quotidien. Mais à en juger par mes livres, c’est certainement les figures légendaires et pop qui m’inspirent : Batman, Stephen King, La Comtesse de Ségur et celles que j’ai intitulé Héroïnes (Al Dante 2005) : Courtney Love, Sissi, Isadora Duncan, la Wanda de Sacher Masoch et Madame Mao.Certains événements agissent aussi sur moi comme des révélateurs : le 11 septembre dans mon livre New York 2001 (Al Dante, 2002), le 11 mars au Japon dans Retour d’Iwaki (Gallimard, 2011) et bientôt sans doute – j’y travaille – les attentats à Paris de janvier 2015. Comment les nommer ? C’est impossible à dire, à l’heure qu’il est. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue".... Comment allez-vous vous y prendre ?– Le plus simplement du monde. En musique. Ce qui fait le lien entre mon écriture et la scène est la culture rock. Culture suspecte au plus haut point parce que : 1. dévorée de l’extérieur par la société de consommation (ou ce qu’il en reste, étant donné qu’on va vers une société de la pénurie et de la gratuité) et 2. dévorée de l’intérieur par la prédication protestante non dite, en tout cas non suffisamment identifiée par ceux qui se prétendent critiques de rock.Ceci dit le rock m’intéresse parce qu’il est un puissant vecteur d’émotions (à canaliser) Rien n’arrête Marcel Pagnol donc. Au travers de textes chantés et lus sur des riffs grinçants et des rythmes psychédéliques, Pagnol va apparaître sous un nouveau jour. Aventurier obstiné et artiste aux multiples facettes (dramaturge, cinéaste, écrivain). Finis le mythe provençal et les souvenirs d’école, Pagnol c’est rock’n’roll !Je ne sais pas si la langue peut être rattrapée. Attrapons-là déjà et on verra bien. Nicolas Fenouillat, artiste qui m’accompagne à la batterie électronique dans le groupe POETRY sera à mes côtés.      

Le 5 mai 2014 à 09:46

Famille recomposée

– Le week-end, tu vas chez ton schtroumpf ou chez ta schtroumpf ? – Ça dépend. Le plus souvent je vais chez mon schtroumpf, mais je vais chez ma schtroumpf aussi, seulement c’est plus petit – C’est plus loin aussi ? – Mais je peux aussi bien aller chez le schtroumpf de mon schtroumpf. C’est là que je vais le plus souvent en fait. Il a une grande baraque. – C’est vrai que ton schtroumpf a un nouveau schtroumpf. J’avais oublié. Ca fait longtemps qu’ils sont ensemble ? – Assez. – Et tu t’entends bien avec le schtroumpf de ton schtroumpf ? – Pas vraiment. – Tu t’entends mieux avec le schtroumpf de ta schtroumpf ? – Pas vraiment non plus. J’aimais mieux quand mon schtroumpf était avec ma schtroumpf. – C’était plus simple. – Pas vraiment parce que je n’étais pas certain que mon schtroumpf était vraiment mon schtroumpf, si tu vois ce que je veux dire. J’ai eu des doutes dès le début. – Mais tu es le schtroumpf de ta schtroumpf au moins ? – En principe. – Pourquoi « en principe » ? – Parce que je sais qu’il y a une schtroumpf porteuse dans ma schtroumpf. – Mais alors, dans ce cas, même si tout le monde croit qu’elle est ta demie schtroumpf, la Schtroumpfette n’est peut-être que ta quart de schtroumpf ? – C’est possible. Il faudrait vérifier auprès du schtroumpf de mon schtroumpf. Il doit le savoir, mais il n’en parle jamais. – Tu t’entends bien avec lui pourtant… – C’est un bon schtroumpf, mais je préfère mon vrai schtroumpf. Tout ce monde autour de son schtroumpf fait beaucoup trop de bruit. Il ne faut pas oublier qu’il a cinq schtroumpfs de son côté. – Tu as ta chambre à toi, au moins ? – J’en ai six. Bien équipées. Une dans chaque maison. – Tu partages avec ta demie schtroumpf ? – Ou avec un de mes schtroumpfs, ça dépend. – Et ça se passe bien ? – Oh oui. Ce qui est dur c’est quand mon schtroumpf s’allume avec le schtroumpf de mon schtroumpf. Ils ont du mal à se supporter. – Mais c’est pourtant son schtroumpf ! – Justement ! Ca serait trop simple. Si tu crois que les schtroumpfs s’entendent simplement parce qu’ils ont le même schtroumpf, tu rêves ! Il n’y a pas pire schtroumpf que le schtroumpf légitime. Je ne peux pas supporter le petit schtroumpf à son schtroumpf, par exemple. « Mon petit schtroumpf » par-ci, « mon schtroumpfinet » par là… Et c’est pourtant le plus gentil ! Ma demie-Schtroumpf l’adore ce schtroumpfion. – Mais toi au milieu de tout ça, tu te sens comment ? Extérieurement, ça a l’air très compliqué, mais intérieurement ? – Je me sens schtroumpf.

Le 11 mars 2013 à 14:34

Christian Salmon : Ces histoires qui nous gouvernent #3

La révolution de la subjectivité

> Premier épisode                > Episode suivant Dans sa conférence-performance "Ces histoires qui nous gouvernent", l'écrivain et journaliste Christian Salmon poursuit son salutaire travail d'analyse du story-telling. Dans cet extrait, il revient sur un récit édifiant mais fictif qui a joué un rôle décisif dans l'intervention américaine en Afghanistan et même au-delà. "Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une « arme de distraction massive ».L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré. Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine. " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

Le 1 juin 2015 à 14:39

Pacôme Thiellement : Progressivement la solitude a commencé à s'imposer

La Société secrète du spectacle #4

La communauté des monstres et son langage secret : 5. Etre chez soi dans l'errance enfin Après le mouvement "freaks" lancé par Zappa vient le mouvement hippie : un retour vers l'Homme, le beautiful, le mignon. Le monstrueux se retire à nouveau et donc ne peut pas ne pas reparaître ailleurs d'une façon extrêmement menaçante. Aujourd'hui on semble si loin de ces saturnales, de l'Âge d'or, de toutes les fêtes carnavalesques. On est passé du spectacle avec des humains en scène aux images animées du cinéma, puis à la vision de ces images depuis chez soi avec la télévision. Progressivement la solitude a commencé à s'imposer. La séparation est devenue de plus en plus grande. C'est à ce moment-là que le combat entre la forme monstrueuse et la forme humaine devient le combat de chacun. Pas besoin de s'en rendre compte. Les corps s'en rendent compte. Ils deviennent monstrueux. Tous les progrès de la science pour éradiquer les formes monstrueuses en produisent de nouvelles. On empêche les monstres de naître, mais on le devient mentalement et physiquement en devenant de plus en plus vieux. A mesure que le carnavalesque disparaît, l'apocalyptique s'impose. L'Apocalypse est le moment où il n'y a plus de procédures carnavalesque pour la régler. L'Apocalypse arrive dès lors qu'on ne peut plus faire ressurgir la vie. Quand elle est entrée dans un processus de mort. Mais la part lumineuse de l'Apocalypse — car vous le savez l'Apocalypse est aussi une mariée qui retire son voile — c'est le moment du combat intérieur où on découvre son vrai visage. Il y a une série qui a très bien parlé de tout ça : La Caravane de l'étrange (Carnivàle). Après la résurgence des freakshows avec Zappa ou sous un aspect mélancolique dans les disques des Residents, il y a eu le roman de Teodore Sturgeon, Cristal qui songe (un enfant rejoint un groupe de monstres pour devenir l'un d'entre eux), qui raconte comment transformer sa vie en œuvre d'art, à la manière de la dissonance qui nous rappelle que le système tonal est  extrêmement récent et moderne – artificiel, imposé, pour faire disparaître toute la microtonalité. Dans le roman l'enfant se rend compte que la forme freaks est originelle et que la forme humaine à laquelle il a essayé de se conformer est extrêmement récente. La série Carnivàle s'est arrêtée après deux saisons (alors que 6 étaient prévues). Elle suit deux lignes de récit. 1° Le voyage d'un cirque de monstres dans les Etats-Unis, qui traverse d'abord des villes réelles, puis des villes imaginaires. 2° L'ascension d'un prêtre méthodiste qui va devenir énorme à travers l'église des ondes : la radio. Il est un avatar des forces destructrices, "La Main gauche de Dieu" ou "Le Passeur de destruction". L'idée de la série : la vérité est protégée par l'illusion, elle est détruite par la transparence. C'est la première fois qu'on trouve une fiction qui réunit la pensée traditionnelle et tous les apports de la modernité — c'est une réflexion sur le pouvoir pastoral : ça peut être entre les mains des prêtres que le mal se transmet. La série se déroule pendant la Grande Dépression et se présente comme une apocalypse : la fin des freakshowes a lieu au moment de la prise du pouvoir de la radio chez les gens. Lorsqu'on invente un nouveau rapport à la solitude. Le monde qui s'invite chez vous par les moyens de communication n'est pas du tout le monde de l'illusion. Ce qu'il a de positif, c'est qu'il fait de vous-même — de votre corps — le lieu même du combat, le lieu de l'Apocalypse. Il est important aujourd'hui d'arriver à concevoir sa propre personne comme un lieu de combat entre les forces de l'homme et les forces des freaks… d'être chez soi dans l'errance enfin. Mais pour cela il faut parvenir à recréer cette forme d'amitié qu'ont les freaks entre eux en sortant de l'esprit de concurrence propre à l'Homme. Chez les freaks, il n'y a que des singularités, personne ne peut dire : "Je suis Schlitze à la place de Schlitze." > écouter le podcast audio complet

Le 16 mai 2015 à 08:15

Pacôme Thiellement : Le mouvement freaks lancé par Zappa

La Société secrète du spectacle #4

La communauté des monstres et son langage secret : 4. Le retour des freaks dans un monde trop humain Il faudra un certain développement de la télévision pour qu'on retourne la caméra vers nous, avec l'arrivée des émissions de téléréalité. Ce qui se donne à voir avec Le Loft, a écrit Baudrillard en 2001 dans son texte L'Elevage de poussière, c'est qu'on voit qu'il n'y a rien à voir : on observe qu'on n'y voit rien, rien hormis ce qu'il y a de pire, le vide. Ou, comme le disait déjà Benjamin : "vivre sa propre destruction comme une sensation esthétique de premier ordre." La disparition des freaks – qui nous disaient l'étendue infinie de la création –, laisse un vide immense à combler. Le film, qui date de 1932, reparaît dans les années soixante. Frank Zappa le voit et lance le mouvement  "freaks" qui précède celui des hippies : il s'agit de devenir monstre, de fonder une société de freaks, pour sauver l'Humanité. Déguisés ils s'en vont danser bizarrement dans les fêtes d'Hollywood. Ils sont les premiers à se rendre compte que les films d'horreur devaient être réinvestis sous forme carnavalesque. C'est que les anciens dieux abandonnés demandent à revenir dans le monde des hommes, par exemple sous la forme des monstres des romans gothiques du XIXe siècle. King Kong, qui fascinait Zappa, représente bien ces puissances qui nous aidaient à vivre et qui se retournent contre nous quand on ne les accepte plus. > écouter le podcast audio complet  

Le 23 novembre 2014 à 09:21

Nathalie Quintane : "Il n'y a pas qu'une seule manière de vivre"

Editée chez P.O.L. et à la Fabrique, Nathalie Quintane viendra le 31 janvier au Rond-Point faire le récit d’un épisode malheureux, tendancieux, un peu des deux, observé dans une ville de province (12 000 habitants max) : une belle femme blonde à la voix de bluesman menant campagne et serrant la pogne à quelques commerçants qui parfois la refusent. Pour cette fois, il est possible qu'on l'appelle Bip, ou Toi, ou Moi. Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Nathalie Quintane — Tout dépend du "nous" et tout dépend de la langue en question ! S'il s'agit du nous général des citoyens dans la langue générale de communication : Français, encore un effort ! Pour être vraiment démocrates, on pourrait commencer par concevoir ce rapport à la langue comme quelque chose qui n'a rien de naturel, et se dire que, pour parler de choses publiques, il n'est pas forcément nécessaire de reprendre tel quel, clé en main, les éléments de langage fournis par les communicants ou "décideurs".   – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Ce qui menace la langue, ce ne sont pas ses "incorrections", ce ne sont pas les slangs, argots, emprunts divers au rom, à l'arabe, à l'anglais même, qui sont en mesure de conférer au français une vivacité, et surtout d'autres points de vue — jusqu'à ce qu'ils soient à leur tour dévitalisés par trop d'usage, jusqu'à ce qu'ils deviennent des clichés de la langue parlée, des lieux communs plus que des lieux où une communauté est en création continue et en reconnaissance d'elle-même. Ce qui la menace, c'est cette perpétuelle sauce à laquelle on nous mange, jour après jour — celle d'un libéralisme généralisable, comme s'il n'y avait qu'un seul courant dans l'économie et qu'une seule manière de vivre. Je ne suis pas sûre que la langue demande à être "sauvée" ! Mais ce serait bien qu'elle soit un peu mieux connue, aimée.  – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Celle que je parle est celle que nous parlons tous. Celle que j'écris inclut celle que je parle en la malmenant, en la farcissant d'autres.  – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Lautréamont, puis Ducasse (mais là, il s'agit autant de langue que d'une forme d'intelligence du jeu, comme on dit dans le sport). Et ensuite, pas mal d'écrivains, qui ne s'en sont jamais laissé conter sur ce qu'il convient de dire et d'écrire. Swift, par exemple. Et puis, partout, les mots que je ne connais pas, les tournures bizarres, les phrases que je ne comprends pas, le français au Québec, au Maroc ou en Belgique.  – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue".... Comment allez-vous vous y prendre ?– En tentant un "stand up" poétique ! En désarmant le bagout — si c'est possible.

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