Pacôme Thiellement : La Société secrète du spectacle

Trousses de secours, saison 3 : Rattraper la langue

À partir d'une exégèse de Tod Browning, et plus particulièrement de son film Freaks, ainsi que par un détour par l'histoire des freak shows, nous explorerons la communauté des monstres et son langage secret, comme conjuration prophétique et rédemption carnavalesque de la société moderne, de son appétit de transparence et de sa parole enchaînée. Car les freaks ont toujours eu la clé de ce que nous avons, à tort, pris pour une porte hermétiquement close.

Enregistré le 29 novembre 2014 dans la salle Roland Topor Théâtre du Rond-Point.

Durée : 00:38:02

> les autres Trousses de secours dédiées à la langue



Place aux poètes, aux créolisants, aux corsaires du langage, place aux passeurs et aux décrypteurs de paroles, place aux cracheurs d'avenir.
Pauvre langue. Réduite en « éléments de langage ». Qui nous parle de plus en plus petit. Pasteurisée, simplifiée, désertifiée par les stratèges en communication. Confisquée par les adeptes du pugilat médiatique, de la harangue haineuse et du bashing. Nos paroles, nos pensées, les mots avec lesquels nous rêvons n'ont jamais été si convoités. Le langage est notre bien le plus précieux. Alors rattrapons ce qui nous échappe peu à peu. Ce langage qui nous façonne. Et qui façonne le monde. Toutes nos infinies façons de dire.

> le programme complet

 

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Le 6 novembre 2014 à 07:02

Olivier Salon : "Il n'y a rien de secret à l'Oulipo"

Marcel Bénabou, Paul Fournel, Hervé Le Tellier, Olivier Salon, le quarteron d'attaque de l'OuLiPo, revient au Rond-Point avec une conférence-performance gargantuesque : Dis-moi quelle langue tu manges – langue crue, langue cuite et recuite, tranches de littérature mangées vivantes, vieux boucanés, langue fumée, langue plagiée chère aux vautours et autres charognards… Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Olivier Salon – Notre langue est un muscle mobile, agile, fertile, en mouvement permanent. Il convient de l’entretenir, ce muscle, mais aussi de le retenir, car il aurait tendance à s’égarer dans tous les recoins que le journalisme, le langage rapide, l’écriture texto, la technologie détournent sans pudeur aucune. Restons explorateurs, certes, mais explorateurs avertis. Un explorateur averti en vaut deux. Buvons et voyons double. Fréquentons les lieux d’expression poétique ou artistique, lisons et relisons, car c’est en lisant qu’on devient liseron. – Selon vous, qu’est-ce qui menace la langue et qu’est-ce qui la « sauve » ?– L’une des menaces principales de la langue est la banalisation de mots importants, le dévoiement de concepts, l’oubli des origines et des valeurs des mots. Ainsi l’adjectif poétique est-il utilisé en lieu et place de émouvant, sans aucun rapport avec la poésie ; l’adjectif surréaliste remplace le mot extravagant, sans aucun rapport avec la révolution du surréalisme. Par ailleurs, de bien vilains mots issus en général de la technologie se sont imposés : le verbe impacter, par exemple, qu’on utilise à toute sauce, y compris vinaigrée ; ou bien générer en lieu et place d’engendrer.Mais ce qui sauve notre langue, c’est le plaisir toujours intact dans toutes les couches de la société de l’utiliser à des fins littéraires, la jouissance qu’elle procure à tant de ses utilisateurs. Il n’est qu’à voir le nombre considérable d’ateliers d’écriture, et le plaisir que ces derniers procurent au nombre toujours croissant de ses participants. L’écriture en atelier tisse un lien social, fondé sur ce partage de la langue et de l’expression.Vivent les écriverons et les liserons ! – Et votre propre langue, qu’avez-vous à en dire ?– Quant à ma propre langue, elle évolue également, mais reste constamment dans la recherche de constructions nouvelles, dans l’invention et l’utilisation de formes d’expression neuves ; elle reste sujette au plaisir des jeux de mots, des jeux de langage, de la connivence qu’elle permet d’établir avec l’interlocuteur, le lecteur, l’auditeur. Quel plaisir inouï que d’imaginer seulement un lecteur éventuel en train de comprendre un jeu de mots abandonné, hasardeux, inattendu, au fil des pages. Ce partage in absentia est l’un des miracles de la littérature. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu’est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Étant devenu membre de l’Oulipo en l’an 2000, cette cooptation m’a fait entièrement reconsidérer mon rapport à la langue. Je n’ai jamais été aussi sensible à l’alexandrin classique que depuis que je pratique l’écriture oulipienne. Car cette dernière, pour novatrice qu’elle soit, reste ancrée dans l’histoire de la littérature, dans l’aventure historique des formes littéraires, et me permet de jouir beaucoup plus qu’auparavant des grands poètes et écrivains du passé, d’admirer les formidables inventeurs, les façonneurs de notre langue. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point « rattraper la langue »… Comment allez-vous vous y prendre ?– Ne comptez pas sur moi pour dévoiler ici l’un quelconque de nos secrets. Au demeurant, il n’y a rien de secret à l’Oulipo : toute invention oulipienne appartient aussitôt à tous, à tous ceux qui souhaitent s’en emparer. Pas de copyright, pas de droit d’exploitation, mais bien au contraire, une libre circulation. Ce qui est sûr, c’est que la langue commune a du retard. Et ce retard, nous allons le rattraper le plus vite possible. Alors ce muscle bien vivant qu’elle la langue, et cette langue elle-même, nous allons l’accommoder vigoureusement, nous allons la saupoudrer de salpêtre et de jeux de mots, nous allons la laisser égorger sans rendre lame toutefois, pardon, dégorger sans rendre l’âme toutefois, et nous allons la déguster ensemble, accompagnée de cornichons, de lipogrammes, de câpres et de contrepets, le tout servi avec un petit vin blanc, je ne vous dis que cela : au fait, aimez-vous le goût du blanc ? > plus sur la conférence-performance de l'OuLiPo

Le 16 mai 2015 à 08:15

Pacôme Thiellement : Le mouvement freaks lancé par Zappa

La Société secrète du spectacle #4

La communauté des monstres et son langage secret : 4. Le retour des freaks dans un monde trop humain Il faudra un certain développement de la télévision pour qu'on retourne la caméra vers nous, avec l'arrivée des émissions de téléréalité. Ce qui se donne à voir avec Le Loft, a écrit Baudrillard en 2001 dans son texte L'Elevage de poussière, c'est qu'on voit qu'il n'y a rien à voir : on observe qu'on n'y voit rien, rien hormis ce qu'il y a de pire, le vide. Ou, comme le disait déjà Benjamin : "vivre sa propre destruction comme une sensation esthétique de premier ordre." La disparition des freaks – qui nous disaient l'étendue infinie de la création –, laisse un vide immense à combler. Le film, qui date de 1932, reparaît dans les années soixante. Frank Zappa le voit et lance le mouvement  "freaks" qui précède celui des hippies : il s'agit de devenir monstre, de fonder une société de freaks, pour sauver l'Humanité. Déguisés ils s'en vont danser bizarrement dans les fêtes d'Hollywood. Ils sont les premiers à se rendre compte que les films d'horreur devaient être réinvestis sous forme carnavalesque. C'est que les anciens dieux abandonnés demandent à revenir dans le monde des hommes, par exemple sous la forme des monstres des romans gothiques du XIXe siècle. King Kong, qui fascinait Zappa, représente bien ces puissances qui nous aidaient à vivre et qui se retournent contre nous quand on ne les accepte plus. > écouter le podcast audio complet  

Le 4 novembre 2014 à 10:55

Le Poème du Management et de la Mort

Article paru conjointement dans Le 1 n°30

La vie d’une langue ne dépend pas de ceux qui la parlent mais de ceux à qui elle s’adresse. La chaîne des causes et des conséquences y est inversée comme dans l’amour – où la puissance tantrique dépend moins de la finesse d’émission de ceux qui désirent que de la force de réception de ceux qui sont désirés. La langue n’est un outil de communication que secondairement ; elle est d’abord une maille pour attraper les êtres invisibles, un masque à pensées et une boîte à rêves. C’est pour ça que nous pouvons lire Finnegans Wake, alors que Joyce écrit dans une langue qui n’est parlée par personne. A la source de chaque langue, il y a sa relation avec la « langue des oiseaux », c’est-à-dire la façon dont elle entre en relation avec d’autres états de notre être – ceux que l’on appelle, à défaut d’un meilleur terme, les Anges. Ceux qui parlent « la Langue des Oiseaux » parlent secondairement aux hommes. A travers les hommes, ils s’adressent toujours aux êtres invisibles, aux animaux, aux âmes ou aux forces. Et tous les poètes parlent la « langue des oiseaux », qui n’est pas seulement une question de jargon secret mais parfois la simple découverte d’un rythme ou d’une syntaxe émotive inédite. Toute parole poétique, comme tout amour, est un passage vers l’au-delà. Ce n’est pas son mélange avec les autres langues qui appauvrit le français ; même celui de l’anglais des films et de la musique pop. Come on, dudes ! C’est sa contamination par le langage de l’entreprise, le jargon des publicitaires et politiques, la langue de l’information et de la communication. Ce qui tue une langue c’est son usage « de communication », c’est sa volonté d’être « comprise » à tout prix, son obsession à pénétrer dans le cerveau de son interlocuteur. Cette langue-là, qu’on voit à l’œuvre dans n’importe quel débat d’idées, on peut franchement la haïr comme un viol, parce qu’elle ne s’adresse qu’à ce qui nous rabaisse. Elle ne nous perçoit que comme de la viande à voter, acheter, se faire bien baiser, payer le prix fort et recommencer. Elle ne s’adresse jamais à l’Ange ou à l’Animal qui est en nous, mais toujours à cette sous-merde à laquelle nous voudrions échapper. Et on ne peut jamais lui répondre, puisque c’est à cet usage polémique qu’elle cherche toujours à nous rabaisser. C’est comme les oiseaux mécaniques qui pourrissent la vie du président Schreber : ça ne fait pas « débat » qu’il ne sert à rien de les insulter ou de les frapper ; le névropathe doit leur répondre par d’étranges variations homophoniques pour qu’ils se taisent : il doit les « confondre », les « rendre idiots ». On doit faire pareil avec les managers, les publicitaires, les chroniqueurs et les experts : seule l’interruption poétique pourra mettre fin à leur règne. On doit les tuer par un mystère qui les enferme et les dépasse. La presse quotidienne devrait ouvrir des pages « rebonds » aux écrivains asilaires, aux excentriques scientifiques, aux messies sans disciples : ce sont eux qui commenteraient l’actualité. Eux, mieux que personne, vivent dans les ténèbres de leur chair ce que nous expérimentons superficiellement à l’air libre. Comme Renfield dans Dracula, leur angoissant délire n’est jamais que la vision prophétique de l’apparition imminente d’un Maître de mort. Qui mieux que Jean-Pierre-Aimé Lucas, auteur d’un invraisemblable Traité d’application des tracés géométriques dans lequel il nie l’existence de l’hyperbole ou dissèque la charpente osseuse du cercle dans lequel il découvre quatre carrés de parfaite égalité, a décrit la folie extrême des instituts scientifiques du XIXe siècle ? Les affirmations de la linguistique furent explosées par les visions de Jean-Pierre Brisset, pour qui toutes les langues descendent du bassin d’Anjou, lorsque la grenouille se transforma en homme à l’apparition de son sexe. Le grotesque inhérent à l’appréciation esthétique est démontré par la Balance de la nature de Marie Le Masson Le Golft, qui donnait des notes au cyclamen, au jaguar, à la saveur du crabe ou à l’odeur du laurier rose. Aujourd’hui, les hollow men du monde de la politique et des médias, comme les storytellings épuisants et insistants de leurs spin-doctors, devraient être analysés par les descendants de Berbiguier de Terre-Neuve du Thym qui voyait dans les moindres actions des hommes la main des Farfadets, « perturbateurs du repos et du bonheur du genre humain ». Qui écrira enfin Le poème du management et de la mort ? Car c’est ainsi que prend fin le monde. Pas sur un boum ni sur un murmure. Sur une émission de BFM-TV. On dit que les hommes d’autrefois, menés par Nemrod, le roi-chasseur, avaient construit une Tour pour accéder au ciel. Le démiurge la détruisit ; et de cette destruction provint la multiplicité des langues. Franz Kafka et Raymond Abellio ont tous deux parlé de la Fosse de Babel. Mais le monde de la communication et du management nous apprend que Babel n’est ni une tour ni une fosse. C’est une plateforme – et c’est sur la Plateforme de Babel que nous marchons tous aujourd’hui, priant pour qu’un démiurge revienne afin de la mettre en pièces une bonne fois pour toutes. Car on ne meurt ni dans l’unification titanesque des Anciens, ni dans la dissémination des Modernes. On meurt dans la langue aplatie des ministres et des hommes d’affaire, des technocrates et des chroniqueurs télévisuels. Une langue que tout le monde parle, mais que personne n’écoute. > Retrouvez Pacôme Thiellement au Théâtre du Rond-Point le samedi 29 novembre à 18h30 : La Société secrète du spectacle Cet article est parudans une version plus courte dans le n°30 de l'hebdo Le 1partenaire de ventscontraireset du Théâtre du Rond-Point

Le 27 octobre 2014 à 18:41

L'hebdo Le 1 fait son numéro au Rond-Point

En décembre 2013 j'avais croisé Eric Fottorino dans un discret salon du 1er arrondissement et pu échanger avec lui sur la révolution éditoriale qu'il préparait avec ses complices dans le plus grand secret. Il m'a confirmé qu'il réfléchissait à un hebdo d'un type nouveau, chaque numéro tournerait autour d'une seule question, mais chut, impossible d'en savoir plus. Je l'informais que de notre côté nous étions en train de faire évoluer la revue collaborative du Rond-Point dans le même sens – une question centrale, qui serait mensuelle, et j'évoquais notre envie de parler du langage lors de notre prochain cycle de conférences-performances, de la langue qu'il fallait rattraper si on ne voulait pas la voir confisquée, des cracheurs d'avenir qui toujours sauront inventer le monde... Même si tout cela était encore bien flou, j'avais l'impression que mon interlocuteur voyait parfaitement ce dont je voulais parler, et d'ailleurs il m'a serré la main en me proposant de nous retrouver quand nos deux projets seraient réalisés, il y aurait sans doute des choses à faire ensemble. Paroles qui d'habitude ne prêtent pas à conséquence, mais j'avais le sentiment que nous allions nous revoir. Par hasard, le premier numéro du 1 et la nouvelle formule de ventscontraires sont sortis le même mercredi, c'était en mai dernier. D'emblée, Le 1 avait de quoi surprendre : chaque semaine une seule question pour un journal tout entier, à déplier de plus en plus largement sur ses genoux, jusqu'à la partager avec son voisin, cette question, puisqu'il n'y a pas de pages coupées mais une seule feuille texte et images à la maquette enjouée. J'ai recontacté Eric Fottorino et nous nous sommes vite retrouvés avec l'équipe du 1 pour imaginer des passerelles, des questions que nous pourrions partager avec nos lecteurs respectifs, des rencontres à provoquer entre nos chroniqueurs –  autour d'une série de conférences de rédaction du 1 qui se dérouleraient en public au théâtre du Rond-Point. La première aura lieu mercredi 29 octobre, et il sera question de la langue. Parmi les invités du 1, vous pourrez retrouver certains chroniqueurs fidèles à ventscontraires : Pacôme Thiellement, Hervé le Tellier, Paul Fournel. Et, tout le mois de novembre, ventscontraires et ses chroniqueurs répondront à la question : "T'as perdu ta langue ?" > Le 1 fait son numéro : il reste quelque places ici. PS : ventscontraires soutient la belle initiative du 1 auprès des auteurs d'un premier roman. Ça vous intéresse ? Cliquez sur l'affiche ci-dessous pour en savoir plus...

Le 23 novembre 2014 à 09:21

Nathalie Quintane : "Il n'y a pas qu'une seule manière de vivre"

Editée chez P.O.L. et à la Fabrique, Nathalie Quintane viendra le 31 janvier au Rond-Point faire le récit d’un épisode malheureux, tendancieux, un peu des deux, observé dans une ville de province (12 000 habitants max) : une belle femme blonde à la voix de bluesman menant campagne et serrant la pogne à quelques commerçants qui parfois la refusent. Pour cette fois, il est possible qu'on l'appelle Bip, ou Toi, ou Moi. Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Nathalie Quintane — Tout dépend du "nous" et tout dépend de la langue en question ! S'il s'agit du nous général des citoyens dans la langue générale de communication : Français, encore un effort ! Pour être vraiment démocrates, on pourrait commencer par concevoir ce rapport à la langue comme quelque chose qui n'a rien de naturel, et se dire que, pour parler de choses publiques, il n'est pas forcément nécessaire de reprendre tel quel, clé en main, les éléments de langage fournis par les communicants ou "décideurs".   – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Ce qui menace la langue, ce ne sont pas ses "incorrections", ce ne sont pas les slangs, argots, emprunts divers au rom, à l'arabe, à l'anglais même, qui sont en mesure de conférer au français une vivacité, et surtout d'autres points de vue — jusqu'à ce qu'ils soient à leur tour dévitalisés par trop d'usage, jusqu'à ce qu'ils deviennent des clichés de la langue parlée, des lieux communs plus que des lieux où une communauté est en création continue et en reconnaissance d'elle-même. Ce qui la menace, c'est cette perpétuelle sauce à laquelle on nous mange, jour après jour — celle d'un libéralisme généralisable, comme s'il n'y avait qu'un seul courant dans l'économie et qu'une seule manière de vivre. Je ne suis pas sûre que la langue demande à être "sauvée" ! Mais ce serait bien qu'elle soit un peu mieux connue, aimée.  – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Celle que je parle est celle que nous parlons tous. Celle que j'écris inclut celle que je parle en la malmenant, en la farcissant d'autres.  – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Lautréamont, puis Ducasse (mais là, il s'agit autant de langue que d'une forme d'intelligence du jeu, comme on dit dans le sport). Et ensuite, pas mal d'écrivains, qui ne s'en sont jamais laissé conter sur ce qu'il convient de dire et d'écrire. Swift, par exemple. Et puis, partout, les mots que je ne connais pas, les tournures bizarres, les phrases que je ne comprends pas, le français au Québec, au Maroc ou en Belgique.  – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue".... Comment allez-vous vous y prendre ?– En tentant un "stand up" poétique ! En désarmant le bagout — si c'est possible.

Le 8 novembre 2014 à 09:26

Pacôme Thiellement : Le Langage secret des monstres

Essayiste navigant entre pop culture et tradition ésotérique, Pacôme Thiellement vient au Rond-Point le 29 novembre desceller chez les Freaks une conjuration prophétique de la société moderne, la rédemption carnavalesque de son appétit de transparence et de sa parole enchaînée. Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue . Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Pacôme Thiellement – Extrêmement technique. Et avec une obsession de l'efficacité qui confine à l'obscénité.  – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Question très hölderlinienne — du coup je répondrai : la même chose. On sauve une langue en donnant un chatoiement poétique à ce qui la menace. On menace une langue en donnant une fadeur prosaïque - un souci de rentabilité et une vulgarité de slogan - à ce qui la sauve.   – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Je l'acquiers lentement. Je l'use trop vite. Je la régénère le plus régulièrement possible.  – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Pour la logique, René Daumal ; pour la poétique, Gérard de Nerval ; pour la métaphysique, René Guénon ;  contre tout le reste : Alfred Jarry. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue"... Comment allez-vous vous y prendre ?– En la relâchant, pour qu'elle retombe d'elle-même sur ses pattes ; comme le chat à qui je l'ai donnée ! Illustration : Freaks (la Monstrueuse Parade), de Tod Browning

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