Claude Chanaud & May Livory
Publié le 20/01/2015

Jean Cabut dit Cabu


Mine de plomb ou feutre souple, sa ligne de mire était comme un prolongement de cette patte qui savait cerner l’instantané. Cet orfèvre de la caricature qui dessinait sans cesse comme d’autres respirent mettait le monde en joue non seulement avec une très grande humanité mais aussi avec la permanence d’un étonnement adolescent. Très informé, il n’avait pourtant rien d’un naïf.

J’en appelle à ce déjeuner avec les Amis de la Commune de Paris où tout en grignotant sans véritable voracité, il dessinait avec la main restée sous la table, le profil du regretté président Goupil, lequel lui avait proposé d’accepter de parrainer une journée commémorative consacrée à la caricature sous la Commune de Paris au Musée de Montmartre. 

Son  sourire s’était figé en écoutant les vilénies commises là Paris lors des événements de 1871 et l’évocation du  génial chaos qui accompagna ce sursaut à la fois populaire et républicain. Son regard qui quêtait le détail révélateur dans le verbe haut en couleur de Robert Goupil mobilisait en même temps la main qui dessinait en soulignant les horreurs des règlements de compte entre Français où plus de vingt-cinq mille citoyens périrent dans le sang.

Au delà de ces crimes revanchards orchestrés par les troupes versaillaises, il avait également identifié de son trait les forces politiques en présence qui, à l’époque, portaient déjà en germe les luttes d’un XXe siècle à venir.

Les prises de conscience indispensables que les grandes signatures de la caricature ont sans cesse facilitées étaient devenues pour lui une humaniste nécessité.

Jean Cabut dit Cabu en est mort.

Claude Chanaud

Claude Chanaud

Parisien amoureux du théâtre dont il offre d’alertes chroniques sur encres-vagabondes.com, il forge en Brennou sa langue d’ethnographe tendre et malicieux pour conter des fictions publiées chez Barde la Lézarde, dans L’Imbriaque, Journal d’un Jour, Hommage aux Marges et à la collection foL’Ivres : Secret de veuve, Cent dessous d’Aristote à Capsula Popoe, Les mordeuses de bois de lit, Un plein bol d’eau tiède. Aux éditions Le bruit des autres, les recueils de nouvelles Fatoumata la Berrichonne, Pas toutes urbaines, Chroniques gaillardes de Bourg-en-Brenne, et les « élucubres » : Gens de plume et vin chaud à la cannelle et Mécréantes hypothèses.

May Livory
Cette Cotentinoise arpente Paris comme une grève, busoque dans les dictionnaires, invente un porte-bébé, des stickers d’ongles, une thèse d’ethnologie sur la rumeur et les Machines célibataires, des Textilographies ou des Peaucifications, et aussi des livres pour Barde la Lézarde dont quelques-uns avec Claude Chanaud. Tenancière de La loge de la Concierge, près de la Samaritaine, de 1994 à 2013. Tricote à la main depuis 2000 le site d’art et d’essais ethnologiques et littéraires shukaba.org.

 

Epistémologie des récipients amis de l’Homme

Littré, Larousse et Robert, bien informés sur ces partenaires qui se sont révélés fidèles depuis que nous avons quitté nos inconfortables cavernes pour habiter à la Garenne-Colombes un appartement muni d’un chauffage par le sol, nous expliquent que ce sont  « des ustensiles destinés à des usages ménagers de formes plutôt creuses » et qu’ils « servent surtout à recevoir des substances diverses »...

 

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Le 1 avril 2010

Michel Kichka

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (1)

Si le dessin d’humour était une arme, elle serait pour Michel Kichka, 56 ans, « une fusée éclairante lancée la nuit pour mieux voir», « un missile à longue portée », « une arme de distraction massive ». En couverture de son album Dessins désarmants, il s’est croqué, visage rond, yeux cerclés de lunettes, à sa table de travail : « la liberté d’expression, c’est faire couler de l’encre, pas faire couler du sang ! » Ce dessinateur israélien polyglotte –il est né et a vécu en Belgique jusqu’à l’âge de 20 ans-, nourri au magazine Spirou est « tombé dedans quand il était petit ». Sa vocation s’est déclarée à l’âge de six ans. « J’ai su très tôt que je dessinerai quand je serai grand. Je n’ai plus qu’à l’être, grand. » Descendant de juifs polonais, fils d’un rescapé de Büchenwald, Michel Kichka adjoint au d’aquarelliste celui du calembour, marie ses traits noirs rehaussés de touches de couleur à la formule qui fait mouche. Dans un Proche Orient aux tensions exacerbées, faire entendre la voix de la paix et de la réconciliation relève de la gageure pour cet homme de gauche, partisan d’un compromis territorial avec la Palestine et hostile aux implantations. Depuis vingt-huit ans, Michel Kichka enseigne l’illustration, la bande dessinée et le dessin de presse à la prestigieuse Académie des arts Bezalé. Parmi ses anciens élèves, figure le directeur artistique de Valse avec Bachir. « La société est devenue de plus en plus visuelle, déplore le collaborateur de « TV5 Kiosque » et de Courrier International. On ne peut plus écouter sans regarder, on ne peut plus regarder d’images fixes sans son. J’exerce un métier archaïque. Le temps d’arrêt du dessin de presse donne matière à rire, à réfléchir, à se révolter. Dans un journal, c’est une petite scène privilégiée, l’opinion libre d’un esprit libre.» Blog : fr.kichka.com

Le 4 octobre 2010 à 11:00

Le Libanais Stavro Jabra

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (6)

Sur la couverture de l’ouvrage La caricature au risque des autorités politiques et religieuses (Ed. Presses universitaires de Rennes) qui vient de paraître, figure un dessin de Stavro Jabra. A l'évidence, ce caricaturiste libanais n’a cure des risques, comme en témoigne ce dessin du 3 octobre où les présidents syrien et iranien, Bachar el-Assad et Mahmoud Ahmadinejad, tirent les ailes d’une colombe de la paix afin de saper les efforts de Washington pour favoriser le dialogue israélo-palestinien. Collaborant aujourd’hui à deux revues et deux quotidiens, ce dessinateur âgé de 63 ans, véritable star dans son pays, "gratte et critique" qui il veut. Et cela, depuis plus de quarante ans. "Mes autres collègues qui exercent leur métier dans les vingt et un autres pays de la Ligue arabe n'ont pas le droit de dessiner émir, roi, leaders religieux, ministres...", confie-t-il. Lui ne s’en prive pas. Il s’est arrogé ce privilège à vingt ans et personne, depuis, ne l’en a dépossédé, y compris pendant la guerre civile qui déchira le Liban de 1975 à 1990. Sa carrière de photographe-reporter de guerre (il fut notamment correspondant de Paris-Match) conjuguée à celle de dessinateur se confond avec l’histoire de sang et de larmes de son pays, et au-delà, du Moyen-Orient. "ll vaut mieux en rire plutôt que d'en pleurer. Voilà comment, en quelques lignes — ou plutôt en quelques dessins —, Stavro nous a exposé la situation dans laquelle se débat le Liban. Du Cactus au jeu des Pyramides, toute l'histoire d'un peuple en butte à l'hostilité du monde, celui qui l'entoure et l'autre, essayant en vain de démêler leurs inextricables intrigues. Stavro sait cependant que sa cause est celle de la Justice, et que son combat ne pourra que vaincre", écrivit le président Amine Gemayel en préface à un recueil de dessins en 1978. Au physique, Stavro, longues bacchantes, crinière fournie, a quelque chose de léonin. Un fauve qui s'attaquerait aux prédateurs de la paix, aux dépeceurs de la tolérance. Cet homme qui a photographié au Festival de Cannes les plus grandes stars de cinéma, sait détrousser les apparences d'un coup de crayon et rendre accessible par le rire les enjeux et tensions géopolitiques.A son trait féroce, Stavro ajoute le sens de la formule. Pour preuve, les titres de ses livres : Dollarmes (1985), Souriez à la Syrie noire et Sam suffit la Syrie, sur l'accord américano-syrien en 1989), Les Saigneurs de la guerre où la région du Golfe est qualifiée de "Coran à haute tension" en 1991, L'an pire 92, etc. > voir sa page : http://www.stavrotoons.com/main.asp

Le 13 mars 2015 à 17:36

Oh l'autre cuisine !

Oh l’autre. Oh l’autre cuisine ! Ça y est : j’ai réussi mon épineux transfert qui tient presque de la transfiguration proprement dite. L’objectif de l’opération miraculeuse, c’était de repêcher savamment ma chronique de février dernier prévue pour le dossier « Qu’est-ce qu’on mange demain ? » qui était restée misérablement sur la touche, étant donné que, très niguedouillement, j’avais oublié de l’expédier à l’intrépide Jean-Daniel Magnin.Place donc, grâce à mon madré subterfuge, à l’autre cuisine, la cuisine des temps prochains, que devraient mettre à l’honneur, et même magnifier, quelques-unes des recettes de prédilection de Pierre Desproges. Qu’est-ce qu’on mangera d’autre demain ? Des cigales melba et du chat grand veneur. C’est la réponse catégorique de Pierre Desproges. Il l’a fournie, comme un vignoble fournit du vin capiteux, dans sa dernière bombe glacée à retardement : le livre Encore des nouilles qui vient de sortir sous la bannière des Échappés, la maison d’édition de la bande à Charlie, ornée rabelaisiennement de dessins de… Wolinski, Cabu, Tignous, Charb, Luz, Riss (oui, c’est comme dans un rêve zinzin, ils sont tous là, à part Honoré !) Il s’agit d’un recueil des chroniques culinaires tordboyautantes que Desproges a frigoussées de septembre 1981 à novembre 1983 pour « la revue bourgeoise, repue et bien élevée » (dixit sa rédac-chef elle-même Élisabeth de Meurville) Cuisine et vins de France. Des chroniques, rassemblées pour la première fois en volume, qui ne plurent pas alors à tout le monde. Une abonnée fit même savoir à l’état-major du magazine qu’elle ne le lisait plus sans arracher préalablement la page du malotru. Au menu de Encore des nouilles : La cigale melba pour six personnes. « Comptez une douzaine de cigales (de la Havane, ce sont les meilleures). Enfoncez-les vivantes dans un teckel que vous aurez préalablement muselé pour éviter les morsures. Jetez le teckel dans un fait-tout avec deux litres d’eau salée. Quand l’eau frémit, le teckel aussi. S’il se sauve, faites-le revenir avec un oignon. À l’aide d’une écumoire, chassez le naturel. Attention : s’il revient au galop, ce n’est pas un teckel, c’est un cheval. En fin de cuisson, passez au chinois, ou au nègre si vous n’avez pas de chinois. » La recette du chat grand veneur : « Quand le chat pète, le mérou bout et quand le chat bout, le mérou pète. » Et « les salades niçoises concoctées dans la Meuse, surchargées d’olives en carton et de queues d’anchois marron merde où les quartiers de tomates anémiées, sauvagement tranchées à Verdun, à peine épépinées, jamais pelées, se gercent et se racornissent dans cet infâme vinaigre d’alcool où le plus pingre gargotier punit ses cornichons. » Mais qu’est-ce qu’on mangera d’autre demain une fois qu’on se sera gavé de cigales melba, de chats grand veneur et de salades niçoises surchargées de queues d’anchois marron merde ? La réponse vient encore de Pierre Desproges : De la « Petite Sucrée ». Ce qui s’avère être le nom familier du pot-au-feu Marie-Croquette, une recette inédite provenant du cahier de bons conseils familiaux de Monsieur Cyclopède qui aurait fait la joie de Jonathan Swift. « Prendre une petite Marie bien ferme, de 7 à 8 mois environ, si possible élevée au lait sans hormones, afin d’éviter le goût de poisson. L’œil doit être vif, le cuisseau dodu. Compter 500 grammes par personne, avec os. Plongez votre petite Marie dans une cocotte pleine d’eau froide. (Si elle se sauve, faites-la revenir avec des échalotes.) Ajoutez sel, poivre, thym, laurier, hochets, tétines, etc. Quand l’eau frémit, la Marie aussi. Lier alors avec 50 grammes de farine Galia premier âge, ou 30 grammes de moutarde à moutard. Après une demi-heure de cuisson à feu modéré, votre Marie ne doit plus se débattre, et la chair doit être d’un beau rouge vif. Il ne vous reste plus qu’à servir en robe des champs, avec une sauce poulette façon bonne femme, ou en croque-bébé avec sauce biquette. Ce plat est connu également sous le nom de « Petite Sucrée ». On peut aussi le confectionner avec un Jean-Marie : on obtiendra alors un « Petit Salé » ». Mais après-demain, quand on sera à court de cigales, de chats, de salades, de Petites Sucrées, que pourra-t-on bien manger d’autre ? Hé bien, en cette inquiétante période-là, et cette fois, la réponse est de moi, il ne nous restera plus en l’espèce qu’à manger la moitié de nos mots. On peut déjà s’y mettre. Encore des nouilles : Chroniques culinaires, de Pierre Desproges, Illustré par Cabu, Catherine, Charb, Luz, Riss, Tignous et Wolinski, et avec une préface d'Elisabeth de Meurville (éd. Echappés 2014)

Le 27 janvier 2015 à 08:45

Rencontre fortuite

Ce photomontage (d'un goût douteux) à la fois lourd et léger, me permet de poser plein de questions. Depuis quelques jours, j'essaie de réfléchir sur l'irreprésentabilité dans le dessin. Comment dessiner quelque chose que l'on n'a pas le droit de représenter ? Parce que c'est clair qu'on n'en a pas le droit. Il y a eu 12 morts pour appuyer cette idée, et depuis, en réitérant à 7 millions d'exemplaires ce méfait, même avec un message de paix, on comprend que c'est formellement interdit. La censure se cache derrière de nombreux mots doux : la bienséance, le respect, la prudence, le péché ... On commence à entendre, après de nombreux défilés soutenant la liberté d'expression, que plusieurs représentations de spectacles sont annulées, des affiches retouchées, ou retirées des panneaux... Peur de choquer, ou peur de remettre de l'huile sur le feu ? La liberté s'arrête là où la sueur froide coule. Oui, mais une contrainte, dans le dessin, c'est un challenge. C'est une consigne même. Ça pourrait être un sujet de cours d'illustration : représentez ce qui est interdit. Et comment fait-on ça ? En questionnant la notion même d'interdit. Qu'est-ce que nous avons sur cette page blanche? On pourrait très bien répondre « Enfoiré, t'as représenté Voldemort avec un nez en forme de saucisse ! Mais je vais t'égorger !! ». Mais en réalité, on voit quoi ? Une belle cacahuète, deux olives farcies, deux chips paysannes, un mini-boudin, et des piques d'apéros. Bon, mis à part le fait que ce l'ensemble soit un peu haram, c'est pas bien grave. Qui se représente une autre image que celle visible au premier regard ? C'est le cerveau de celui qui zieute. Hahaaa, qu'on vienne me reprocher mon image pour autre chose que ce qu'elle est, à savoir, un hommage aux masques bachiques de l'Antiquité, une évocation d'un portraitiste italien , un clin d'œil à Lautréamont, et à ses descendants, ou encore un manifeste en l'honneur d'un moment convivial. Celui qui viendra me soupçonner d'autre chose, bah ce sera en gros « celui qui dira qui sera ». Pour en revenir à l'interdit, à partir du moment où celui-ci se retrouve fortuitement bravé, quel châtiment préconiser ? Et si on ne représente l'image défendue qu'en partie, en kits, à l'envers ou même qu'on la fait fabriquer par quelqu'un d'autre (dessins en point à relier), qui doit-on punir, et à quels degrés ? Rhalala, il y a des choses pas claires dans tout ça... Il va vraiment falloir mettre au point une charte, un truc précis. Mais en attendant, ça laisse le champ libre pour s'aventurer aux alentours de ces limites pour lesquelles le sang a coulé. L'histoire de l'illustration regorge de techniques permettant de diffuser des images subliminales. Généralement, c'était plutôt pour faire passer des scènes érotiques, mais bon, chaque époque a les petits péchés mignons qu'elle mérite. Evidemment, ça s'applique à nombre d'autres tabous visuels, mais comme celui-ci est le plus bouillant du moment, ça donne envie de s'y frotter.

Le 28 janvier 2015 à 10:03

Petite archéologie de l'artiste satirique

L'Assiette au Beurre, 8 mai 1909

A l'occasion du lancement du premier numéro de la revue satirique Les Hommes du Jour lancée par Victor Méric en 1908, l'artiste Aristide Delannoy réalise, pour la couverture, une caricature de Georges Clemenceau à l'apparence d'une tête de mort, au lendemain d'une répression sanglante envers les carriers des sablières de Draveil. Redécouvrons un épisode marquant de la liberté d'expression sous la IIIème République extrait de l'ouvrage Un crayon de combat, Aristide Delannoy par Henry Poulaille, 1982. « Nous étions, disait Méric, assez inquiets. Il nous fallait, pour le premier numéro destiné au Grand Flic Clémenceau, un dessin vigoureux, acerbe, mordant. J'avais fait le possible pour le texte. Quand Delannoy, quelques jours après, revint avec son carton et exhiba la fameuse tête de mort, nous trépignâmes de joie. Avec un dessin semblable, c'était le succès assuré. Ce fut le triomphe. La Gueule de Clémenceau tirée à 25 000 s'enleva comme du petit pain ». Clémenceau furieux, se jura d'avoir l'artiste au premier tournant qui se présenterait.[...] Quatre mois se sont écoulés depuis qu'il a reçu son camouflet de bonne année. Voilà l'heure de la monnaie à rendre. Le numéro a paru. Magnifique, plus beau encore que celui qui lui était consacré. Le Général* « pacificateur du Maroc » est représenté en boucher sanglant et le sang dégouline de lui, d'un beau rouge. [...] Les sieurs Delannoy et Méric furent appelés pour répondre devant la justice du crime de lèse- Patrie. Ils eurent chacun un an de prison et 3 000 F d'amende. Clémenceau avait pensé et espéré que leur incarcération gênerait les deux prisonniers dans la marche de leur travail, mais l'un et l'autre avaient pris la précaution de préparer des articles et des dessins pour parer aux accidents possibles et il n'y eut pas de surprise au cours de la publication. Par contre, Delannoy tomba malade au point que ses camarades de geôle démarchèrent auprès du directeur de la prison. Méric et un prisonnier d'Action Française lui exposèrent le sérieux du cas, si bien que Delannoy fut libéré aussitôt. Le malade n'en devait pas moins décéder de son mal qu'avait aggravé le séjour de quatre mois qu'il fit à la Santé. [...] Sa signature se trouve dans plus de soixante fascicules et elle était encore en novembre 1910 dans Messe de Minuit et Réveillons qu'il composa pour Noël 1910. Ce sont ses derniers dessins, avec son Christ chez les Prostituées, paru dans le numéro hors-série sur Noël des Hommes du Jour. [...] Delannoy est mort à 37 ans. [...] Il avait confiance en lui, il acceptait d'aller sur le ring. [...] Ce serait, pensait-il, passionnant. [...] » *d'Amade (ndlr) Source de l'image : Gallica.fr

Le 10 juillet 2010 à 12:03

Ramize Erer

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (5)

Elles ont de belles rondeurs, les héroïnes de Ramize Erer. Le visage, les seins qui tendent leur chemise et les fesses, toujours pommelées. Devisant sur un coin de bureau ou un carré de pelouse, affalées sur un canapé, ces délurées s’épilent, raillent les machos, fument et boivent en toute décontraction. Ces hédonistes en petite culotte goûtent leur liberté et les joies du sexe. La vie, quoi, allégée de l’oppression mortifère des barbus. Pour les intégristes, ce sont des parangons de « Mauvaise fille », titre de l’un des premiers albums de Ramize Erer paru en 1999 et inspiré d’un slogan entendu lors d’une manifestation à la fin des années 1970 alors qu’elle était lycéenne : « Les gentilles filles vont au paradis, les mauvaises filles vont partout !» En brossant avec férocité la chronique de la vie amoureuse de ses contemporains, la féministe Ramize Erer va aussi partout. Dans les bureaux, dans les foyers, dans l’intimité des couples, surtout là où les conservateurs grincent des dents. Fille d’un comptable et d’une mère au foyer, cette cousine de traits et d’inspiration de Wolinski, fut l’élève, à sa sortie de l'Académie des beaux-arts, du caricaturiste Oguz Aral alors qu’il dirigeait le célèbre hebdomadaire d'humour Gir-Gir. A Istanbul, cette belle blonde réputée pour son extrême timidité, a affermi l’originalité de son style et son audace dans un milieu très masculin où rares sont les dessinateurs osant évoquer les relations hommes-femmes pour critiquer le conformisme de la société turque. Las, les menaces des extrémistes qui la visaient ainsi que son mari, Tuncay Akgün, également dessinateur et patron du journal Leman, se sont multipliées. Il y a deux ans et demi, Ramize Erer a dû quitter la Turquie. Réfugiée en France avec ses enfants, elle poursuit de Paris sa collaboration avec le quotidien stambouliote Radikal. Et entretient sa notoriété par son trait léger, son humour mordant et ses jeunes femmes émancipées. Lors d’une audition publique le 17 mars 2010, Nimet Çubukçu, ministre turque chargée de la Famille et de la Condition féminine, a rappelé que les articles 9 et 10 de la Constitution établissaient l'égalité entre hommes et femmes mais a convenu des lenteurs législatives : « une loi adoptée en quinze minutes peut mettre quinze ans pour être mise en vigueur et il faut parfois cent cinquante ans pour qu'elle s'inscrive dans la réalité culturelle. » Avec Ramize Erer, elle s’inscrit en bulles tous les jours.

Le 17 décembre 2011 à 08:23
Le 20 septembre 2012 à 08:03
Le 22 janvier 2015 à 08:36
Le 8 septembre 2011 à 09:03
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