Stéphane Trapier
Publié le 20/01/2015

A l'encre


Né le 15 juillet 1790, Stéphane Trapier a toujours raté les rendez-vous de l’histoire. Ancien avant-centre de l’équipe de France, il n’a jamais gagné la coupe du Monde. Il collabore à Fluide Glacial (après le départ de Gotlib), au Monde (sans jamais croiser Beuve-Méry) ou encore à Télérama (dès la retraite de Jean-Claude Bourret). Il a illustré deux ouvrages de Jean-Michel Ribes, et son Rond-Point. Il ne connait pas personnellement Henri Guaino. 

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Oecuménique amer

Bonjour. Il me semble que j'avais une place de chroniqueur ici, mais je n'ai plus rien écrit depuis longtemps, il me semble, même si je n'ai jamais vraiment eu la notion du temps. Mais que voulez-vous, Dieu, c'est pas mal de boulot. Il faut créer la Terre et les Cieux, recevoir les prières, accueillir les âmes défuntes, organiser les tournois de ping-pong. Heureusement que j'ai quelques collègues, sinon je ne m'en sortirais pas.   En plus, je ne sais pas ce que vous avez fichu, au juste, mais St-Pierre est dans tous ses états. Il paraît que vous avez décidé de tous vous appeler Charlie et que c'est l'enfer à gérer au niveau des registres d'entrée. Il a marmonné que si ça continuait, il allait mettre la clé sous la porte. En plus, il y a des petits nouveaux qui ont débarqué récemment, qui chahutent beaucoup. Normalement, on devrait pas les accueillir ici : les catholiques vont au Paradis, les protestants au paradis, les bouddhistes se réincarnent en loutres s'ils ont été bons et en humains s'ils ont mal agi, les athées vont au bistro. Mais eux, ils voulaient absolument passer un moment voir des saints.  Ils sont sympas d'ailleurs ceux-là. Depuis le temps que je cherchais à relancer l'atelier dessin, ça va apporter un peu de nouveauté. Léonard est pas hyper content, mais bon les jocondes et les cènes, ça va 500 ans et c'est quand même beaucoup plus drôle avec des poils et des nichons.    Justement, à propos de dessins et d'entraide, il y a un collègue, Allah, qui a l'air un peu préoccupé, en ce moment. Je sais pas si vous le connaissez. Il est nouveau, dans ce métier, à peine quatorze siècles. Mais son affaire marche bien. Je l'avais pas mal aidé à se lancer, au début, je lui avais prêté quelques prophètes. Même le Petit avait donné un petit coup de main. Je lui avait aussi dit : "prends un pape, ça aide et puis c'est rigolo", mais il a refusé. Il a dit "non mais je vais leur laisser un manuel d'instructions suffisamment clair, avec plein de sourates, ça passera tout seul". J'ai trouvé ça bizarre, mais j'avais compris souris, il faut dire. Résultat, il se trouve lui aussi avec plein de petits nouveaux qui essaient de passer par l'entrée des Martyrs alors qu'ils sont attendus à l'entrée de service, à côté des poubelles. Il a peut-être pas tort, d'ailleurs. Le mien, de pape, je suis en train de le perdre. Au début, je l'aimais bien. Le Petit m'avait assuré que c'était un pape moderne, qu'il allait me reconnecter avec mon électorat, des trucs de marketing, ça sonnait bien. Et puis là, il sort "si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing, et c’est normal". Moderne, je veux bien, mais de là à se mettre à parler comme le premier petit caïd de cour de récré venu, je sais pas si je suis prêt à franchir le pas.   Mais je digresse, je m'égare, et j'ai un tournoi de ping-pong à préparer. C'est pas mal, le ping-pong. Un excellent moyen de résoudre les conflits. Vous devriez essayer, un peu.

Le 1 avril 2010

Michel Kichka

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (1)

Si le dessin d’humour était une arme, elle serait pour Michel Kichka, 56 ans, « une fusée éclairante lancée la nuit pour mieux voir», « un missile à longue portée », « une arme de distraction massive ». En couverture de son album Dessins désarmants, il s’est croqué, visage rond, yeux cerclés de lunettes, à sa table de travail : « la liberté d’expression, c’est faire couler de l’encre, pas faire couler du sang ! » Ce dessinateur israélien polyglotte –il est né et a vécu en Belgique jusqu’à l’âge de 20 ans-, nourri au magazine Spirou est « tombé dedans quand il était petit ». Sa vocation s’est déclarée à l’âge de six ans. « J’ai su très tôt que je dessinerai quand je serai grand. Je n’ai plus qu’à l’être, grand. » Descendant de juifs polonais, fils d’un rescapé de Büchenwald, Michel Kichka adjoint au d’aquarelliste celui du calembour, marie ses traits noirs rehaussés de touches de couleur à la formule qui fait mouche. Dans un Proche Orient aux tensions exacerbées, faire entendre la voix de la paix et de la réconciliation relève de la gageure pour cet homme de gauche, partisan d’un compromis territorial avec la Palestine et hostile aux implantations. Depuis vingt-huit ans, Michel Kichka enseigne l’illustration, la bande dessinée et le dessin de presse à la prestigieuse Académie des arts Bezalé. Parmi ses anciens élèves, figure le directeur artistique de Valse avec Bachir. « La société est devenue de plus en plus visuelle, déplore le collaborateur de « TV5 Kiosque » et de Courrier International. On ne peut plus écouter sans regarder, on ne peut plus regarder d’images fixes sans son. J’exerce un métier archaïque. Le temps d’arrêt du dessin de presse donne matière à rire, à réfléchir, à se révolter. Dans un journal, c’est une petite scène privilégiée, l’opinion libre d’un esprit libre.» Blog : fr.kichka.com

Le 30 septembre 2011 à 11:20

Oscar Wilde, le scandale du plaisir

D’après ce que nous enseignent les livres de sciences naturelles, des millénaires ont été nécessaires à la Terre pour donner naissance à Oscar Wilde. La gestation fut longue. Les époques qui ont précédé sa naissance n’ont pourtant pas été inutiles ; elles ont fourni un parfait compost. Bien sûr, il y eut un choix à faire. Pour qu’Oscar Wilde naisse les dinosaures ont dû disparaître. Ils n’auraient pu coexister, Wilde n’aurait pas toléré leurs manières grossières et leur habitude de piétiner les fleurs des champs. Il fut aimé et haï pour la même raison : on comprenait ses livres parfaitement mal. La haine est là, il faut la dévoiler sous les baisers et les applaudissements. Sans doute aurait-il vécu plus heureux et plus longtemps si on l’avait haï plus tôt. La haine vaccine quand elle est injectée dès l’enfance, laissant aux anticorps de l’indifférence le loisir de se développer. Il maniait la langue comme le plus efficace des fouets, capable aussi bien de gifler que de caresser. Il pensait avoir dompté l’Angleterre. Mais le vieux lion cessa de s’amuser et le dévora dans un tribunal. On porta les restes du prince déchu dans une cellule de la prison de Reading où, pendant deux ans, ses derniers muscles furent rongés par la fatigue et les rats. Né en Irlande, il acheva de mourir en France. L’Angleterre n’eut que sa vie. Oscar Wilde est aimé aujourd’hui, et il ne peut rien contre cet amour. On aime les artistes morts, car ils sont sans défense. La société les tue pour qu’ils deviennent le symbole de ce dont elle les accuse. Homosexualité et débauche étaient des accusations imparables sous le règne de Victoria. Les crimes de Wilde sont ailleurs. Son génie passe pour une génération spontanée d’idées brillantes. L’horrible vérité est qu’Oscar Wilde travaillait énormément. Il jouait la facilité par pudeur. Il faisait trop de bruit pour qu’on remarque combien il était humble. Il parlait trop de lui pour qu’on comprenne combien il était préoccupé des autres. Il prenait trop soin de son apparence pour qu’on voie à quel point il ne s’en souciait guère. Le grand scandale d’Oscar Wilde est le plaisir qu’il donne, plus que celui dont il parle. Il est aphrodisiaque quand il aborde la politique. Il est aphrodisiaque quand il écrit sur les fleurs, les costumes de scène, l’amour ou la morale. On ne pardonne pas à un écrivain d’avoir un style si excitant. Le faible lecteur se sent coupable. Habitué à souffrir pour apprendre, il en déduit que, s’il jouit, cela ne doit pas être bien sérieux. Wilde a réussi la fusion de l’intellect, de l’apollinien et du dionysiaque. On trouve Wilde drôle, brillant et inventif, on le couvre de qualités secondaires, pour ne pas voir qu’il est, avant tout, un artiste tragique et un penseur. Il y a des artistes qui éloignent le public par leur inaccessibilité. L’inaccessibilité de Wilde est son accessibilité. Peu de gens ont compris son désespoir et la profondeur de sa révolte. S’il n’était défendu de rire dans les amphithéâtres de philosophie, il serait considéré comme un des plus grands philosophes. Il faut lire ses contes, voir ses pièces et étudier ses essais pour se rendre compte qu’il fait partie de ce petit nombre d’artistes capables à la fois de nous émouvoir, de nous faire rire, de nous donner du plaisir et de changer notre regard sur le monde. Un seul de ses aphorismes constitue un repas complet : « Le succès, c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » Il est mort aussi. Ce n’est pas le moindre de ses talents. Le propre des grands artistes n’est pas d’être immortel, mais de mourir. Dire que seuls les grands artistes sont immortels est une bêtise. La vérité est que seuls les grands artistes meurent. Le reste de l’humanité arrête seulement de respirer. Allez vous recueillir devant la tombe d’Oscar Wilde au cimetière du Père-Lachaise. Touchez la pierre et regardez le Sphinx. Vous comprendrez, alors, que cette tombe est le seul endroit de la planète où Oscar Wilde ne se trouve pas.   Article édité dans le catalogue Le Rire de résistance, BeauxArts éditions et Théâtre du Rond-Point (Photo Napoléon Sarony)

Le 12 mai 2015 à 08:06

Il quitte son boulot de dessinateur pour devenir trader et avocat fiscaliste

Baltimore – La vie réserve bien des surprises. Michael Hotchins, dessinateur depuis plus de 20 ans pour plusieurs revues de bandes dessinées a décidé de tout plaquer pour devenir avocat fiscaliste et trader à Wall Street. Un choix de vie qu’il revendique totalement. Reportage. Changer de peau Michael Hotchins a 44 ans. Depuis plus de 20 ans il est un des plus grands dessinateurs de bandes dessinées aux États-Unis, signant pour divers grands éditeurs, tel que Marvel ou DC Comics. Il a mis en scène Batman, les Avengers ou Spider Man. Mais pour lui, tout cela est fini. Depuis quelques jours, Michael veut devenir avocat fiscaliste et trader. Et son choix est mûrement réfléchi « Je pense qu’à un moment il faut grandir. La bande dessinée c’est bien mais ça reste surtout un passe-temps. À un moment, je me suis dit, Michael, trouve toi un vrai travail, la bande dessinée c’est surtout pour les enfants ». « Quand j’étais petit je me moquais des enfants qui aimaient les maths. Je dessinais au lieu de faire des équations. Je m’en veux d’avoir agi de la sorte, j’ai perdu plusieurs années de ma vie ainsi » a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse. C’est au hasard de son surf sur le net que Michael a le déclic. « Je suis tombé sur des sites qui proposaient des kits d’apprentissage pour devenir trader. J’en ai commandé un et j’ai réalisé tout de suite plus de 300 dollars de bénéfices ! Je me suis découvert aussi une passion pour le droit fiscal, j’ai commencé à prendre des cours par correspondance, j’espère être diplômé l’an prochain ». Michael dit être très à l’aise avec les chiffres et les mathématiques. « Je trouve ça très ludique les chiffres. Et puis je me sens un peu plus responsable. Pour la première fois depuis des années, je me sens enfin adulte ». Le Gorafi Illustration: Istock / azndc  

Le 11 janvier 2015 à 09:33
Le 22 janvier 2015 à 08:36
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