Géraldine Collet
Publié le 29/01/2015

Pour tes dix ans, ma fille


11 juillet 2005 - 11 janvier 2015

(11 juillet 2005 à la maternité de Bondy)
"Rachelle" ? T’es sûre ?
Oui
Mais tu ne crois pas que…
Je n’espère pas
Et que fera-t-on si ?
Je ne sais pas
Quand même…
On n’est pas juif…
Ecoute, on commémore le 60ème anniversaire de la libération des camps, ton père est un survivant de Buchenwald, on n’en est plus là tout de même…
Elle s’appellera Rachelle avec deux « l » pour voler comme les oiseaux et le « e » de l’espoir. Et alors pour le deuxième prénom, j’ai pensé à Mélinée.
Qu’en penses-tu ?…

(Un jour, quelques années plus tard, sur notre palier, avec une voisine)
Comme elle a grandi votre petite Sarah !
Oui. Bonne soirée Madame Durni.
Tu vois, la seule chose qu’elle a retenue de notre fille, c’est qu’elle portait un prénom juif…
Et alors ?…

(Le 11 janvier 2015, retour de l’école)
Maman, est-ce que je suis juive ?
Non
Alors pourquoi je m’appelle Rachelle ?
Parce que nous aimons ce prénom.
Est-ce que des gens pourraient me tuer pour ça ?
Et puis quoi encore ? Bien sûr que non mon amour !
Alors, tu vois…

Née à Paris en 1975, elle étudie l’histoire contemporaine et devient professeure. Elle enseigne durant quatorze ans en Seine-Saint-Denis puis dans l’Aisne, à Saint-Quentin, où elle se consacre aujourd’hui pleinement à l’écriture. Principalement auteure jeunesse, elle est également scénariste de bande dessinée et continue d’explorer d’autres formes littéraires.


 

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Le 17 janvier 2012 à 09:01
Le 23 juillet 2015 à 11:18

Femme, réveille-toi et coupe le câble !

Une pétroleuse belge daignant me lire sur ce site, Gwendoline M.D. d’Ottignies, à qui il semble que ce soit une cheville ouvrière du Rond-Point qui ait refilé élégamment mon numéro de turlu privé (merci l’ami !), m’a réveillé en pleine nuit pour m’accuser cruellement d’être un phallo-flic de plus. La diablesse a en effet relevé qu’à l’instar de la plupart de mes trépidants co-équipiers de ventscontraires, j’avais une tendance prononcée à n’exhorter pratiquement sur le net qu’à la lecture de plumes manifestement masculines. Avec, bien sûr, quelques menues exceptions jésuistiques, pour donner le change comme Corinne Maier et Nelly Kaplan. Piqué au vif par cette volcanique Gwendoline qui souligne aussi, pour enfoncer le clou, qu’en un demi-siècle d’attentartes donquichottesques, je n’avais gloupinisé pâtissièrement que trois gonzesses célèbres (Marguerite Duras, Hélène Rolles, Arielle Dombasle) alors que… je rends les armes sans discuter. Et je vous engage à sons de trompe à ne traîner avec vous cet été sur les plages, les monts et les vaux que des livres concoctés par des amazones dessalées ayant « le courage grotesque, selon le souhait du grand Dario Fo, de s’avancer hors de tout code et de toute logique ». Les Filles en série de l’essayiste Martine Delvaux (Éditions remue-ménage). La saga des filles-ornements « reproduites mécaniquement par l’usine ordinaire de la misogynie » débouche sur un galvanisant et fort drôle appel à la révolte contre ce qu’on appelait dans les seventies le chauvinisme mâle. Considérant que la figure des serial girls est double, qu’il y a chez ces marchandises vivantes un satané pouvoir de subversion, l’espiègle Martine Delvaux raconte ce qui peut se passer quand les « pin-ups se détachent du calendrier », quand les ballerines en tutu blanc deviennent cygnes noirs déchaînés, quand les Barbies se métamorphosent en Pussy Riot ingouvernables. Femmes et anarchistes (Éditions Black Jack) des fameuses passionarias Voltairine de Cleyre (1866-1912) et Emma Goldman (1869-1940) immortalisée par le film Red. Pour la plupart inédits en français, des textes incendiaires sur la redéfinition des statuts des femmes propres à horrifier mieux que jamais les grenouilles de bénitier hystériques à la Christine Boutin. Emma et Voltairine rentrent notamment dans la barbaque des faux-derches pourfendant la prostitution tout en encourageant cette autre forme de prostitution selon elles qu’est le mariage. « Chaque femme mariée est une esclave attachée qui reçoit le nom de son maître. » Même raccourci fulgurant — « Qu’est-ce que la femme ? Une propriété » — dans un autre vieux texte (1908) roboratif de Voltairine de Cleyre ressuscité par les éditions du Sextan, Anarchisme et traditions américaines qui démontre méthodiquement à quel point nous sommes couillonnés par les diverses formes de gouvernement[1]. Une pamphlétaire féroce de la même Belle Époque non moins inspirée, André Léo, revient vers nous grâce au petit éditeur Dittmar. Son testament Coupons le câble ! (1899) file une sacrée peignée à la « tourbe régnante » d’alors complètement sous la coupe de la caste religieuse ayant voulu ratatouiller Dreyfus. On recule encore plus loin dans le temps avec l’indomptée Olympe de Gouges à qui nous devons la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791). Sous le titre Femme, réveille-toi !, on trouve désormais, en Folio, ses principaux cris de colère contre les oppressions et les inégalités de toute farine. Rayon bios toniques de vaillantes amazones justicières, nous avons, aux éditions du Monde libertaire, fricassé par Hugues Lenoir, un Madeline Vernet, une pionnière des orphelinats antiautoritaires parigots qui se piquait de protéger les mouflets de la classe ouvrière contre « la morale des bien-pensants ». Et, aux Mille Sources, frigoussé par Anne Steiner, un Rirette l’insoumise retraçant la guérilla contre les préjugés et les normalités-flic d’une âme damnée de l’hebdo L’Anarchie qui sera inculpée pour complicité avec la bande à Bonnot. Mini orange tomatillos sur le gâteau de la rébellion féminine, la revue Invece sort un spécial Mary Read, ma femme pirate préférée, qui « maîtrisait l’épée et les canons et aussi les remèdes et les poisons, et menait ses hommes aux pillages des privilèges à travers les mers comme sur un manège ». Et puis encore la romancière déchaînée Isabelle Wéry avec son Marilyn désossée (Maelström) qui « ouvre les frontières des possibles » : « Prends-moi avec toi et de nos deux misères, nous ferons une espèce de java. » La maîtresse-queue Fatéma Hal avec son Fille des frontières (Philippe Rey). Les souvenirs épicés d’une cuisinière pulpeuse de la Bastille dont les pastillas aux pigeons affolèrent notamment Raoul Vaneigem, Pierre Desproges, François Mitterrand et Jean-Pierre Bouyxou. Et encore l’artiviste Stéphanie Lemoine avec son Art urbain. Du graffiti au street art (Gallimard-Découvertes) qui nous fait jouir grave par tous les bouts. Parmi nos partenaires d’orgies : Maïakovski (« Les rues sont nos pinceaux, les places nos palettes »), Gordon Matta-Clark (qui découpe artistiquement des maisons à la tronçonneuse, c’est le splitting), les situs (et leurs « fantaisies architecturales » et graphiques), Christo (qui fit scandale en barrant la rue Visconti de Paris d’un « rideau de fer » constitué de barils de pétrole), Miss.Tic (« s’offrir quand tout se vend »), Blek le rat (qui, le long des murs qu’il bombe, fait courir des rats, « le seul animal libre dans la ville), les guérillas girls portant des masques de gorille (qui couvrent les abords des musées d’affiches, s’étonnant qu’on n’y expose pas les minorités ethniques et les femmes) ou, bien sûr, le risque-tout Banksy (qui a tatoué le mur de séparation israélien, esclandre total !, et qui a accroché en douce ses propres œuvres au milieu des collections de musées prestigieux). [1] À noter que c’est exactement là le propos de la géniale Hannah Arendt quand, dans De la révolution, à présent chez Folio, elle oppose l’auto-organisation de style Commune de Paris et conseils ouvriers hongrois à « l’oligarchie des partis » toujours émasculante. Illustration Banksy

Le 7 avril 2015 à 08:44

Il passe toute sa journée à commenter des choses qu'il n'aime pas sur les réseaux sociaux

Nevers – Un jeune homme a expliqué aujourd’hui qu’il passait l’intégralité de ses journées à commenter des choses qu’il n’aimait pas sur les réseaux sociaux et sur Internet. Il poste ainsi plusieurs centaines de commentaires négatifs sur des sujets qu’il n’aime pas, n’a au fond jamais aimé et qu’il n’aimera sans doute jamais. Reportage. Une activité très soutenue que Jules, 26 ans, commence quand il arrive à son bureau et qui se poursuit parfois même en dehors des heures de travail. « Je commence d’abord par commenter les émissions de la veille, parce que je n’aime pas la télévision. Mais je regarde beaucoup d’émissions que je n’aime pas, comme tout le monde, c’est nul, c’est tout. » a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse. Interrogé sur le fait s’il y avait des des sujets qu’il appréciait plus ne pas aimer que d’autres, le jeune homme est resté évasif. « Parfois il y a des choses que j’aime moins que d’autres, donc je vais prendre plus de temps pour rédiger mes commentaires, histoire de bien expliquer pourquoi c’est nul et pourquoi c’est comme ça et pas autrement ». Une activité qui le suit aussi chez lui, jusqu’à parfois très tard dans la nuit. « Il y a plein de choses que je n’aime pas sur Internet, et cela prend du temps. Parfois je vois à peine ma femme et mon enfant, mais ils comprennent que c’est important, que c’est ma passion » dit-il avant de s’énerver parce que quelqu’un a dit du bien d’une série télé qu’il n’aime pas mais qu’il continue de regarder quand même. Le jeune homme dit aussi attendre avec impatience une prochaine nouvelle formule du Grand Journal. « Je n’aime pas du tout cette émission et j’attends de voir si la nouvelle formule sera aussi moins bonne que la précédente, j’ai tellement hâte d’en dire du mal » précise-t-il avant de commencer à poster des commentaires négatifs sur sa propre interview.

Le 19 janvier 2012 à 07:57

Chronique Rurale

Troisième jour : tout est préalablement laid.

> Premier épisode                    > Episode suivantAujourd’hui, c’est la Toussaint alors j’arpente les allées du cimetière, à la recherche sans doute d’une illumination, d’une révélation au sujet de ma destinée, de mon identité, ou plus basiquement - vu le lieu et le contexte -, de ma propre mort à venir. Je rassure l’auditeur, quand je dis « à venir », je ne veux pas dire que je vais mourir sous ses yeux d’ici à la fin de cette histoire, c’est plutôt une façon de dire que de toutes les façons je vais bien finir par y passer un jour ou l’autre, et que marcher sous la pluie dans un cimetière est toujours l’occasion d’y repenser un petit peu. Bref. Ce petit cimetière est donc la réponse à toutes les questions, il est LA réponse : tout ce qui est ne sera plus.   Un homme au profil noir et au nez saillant jaillit soudain dans un contre jour immonde. C’est le curé qui sort de sa grosse bagnole, une Laguna gris métallisée modèle 1998, série limitée « Allez les Bleus ». Et moi qui pensais qu’en me prêtant sa mobylette il faisait acte de charité… Dans un geste, il actionne la fermeture centralisée des portes, remonte la fermeture éclair de sa parka grise, et se tourne vers moi, les yeux plissés par le soleil. Nous nous faisons face, de part et d’autre de la grille du cimetière.   – « Vous priez, Mon Fils ?  – Si je prie ? Je dois avouer que je n’en suis pas sûr. » lui sors-je avec aplomb. – « C’est une réponse valable. On n’est jamais vraiment sûr qu’il y ait quelqu’un au bout du fil. Je vais à mon tour vous avouer une chose : je ne prie plus. En fait je n’ai jamais prié. J’entre dans l’oratoire, je ferme les yeux, et je dors. J’ai acquis la surprenante capacité de pouvoir m’endormir à genoux sur le carrelage sans tomber.  – Mon Père, je me disais en faisant le tour du cimetière : tout ce qui est ne sera plus. – Même chose : pas de réponse définitive. En tout cas pas pour moi. – En venant, tandis que défilaient devant la mobylette les fils de la ligne THT, et qu’on pouvait distinguer le chantier de l’EPR dans le lointain, je regardais sur le goudron dégueulasse le vent emporter le cadavre d’un chat écrasé. Puis en marchant jusqu’au portail, j’écoutais la pluie goutter sur mon K- Way pourri et me dégouliner dans l’oreille. J’arrêtai mes yeux sur un tas de mégots détrempés sur lequel reposait un bout de capote arraché. Je me suis alors demandé comment le bon Dieu avait pu permettre qu’une telle crasse se déverse sur une telle beauté. Je veux dire, comment autant de saloperies peuvent-elles se glisser quotidiennement dans un monde à priori aussi beau ? – Question de point de vue. » me répond aussitôt Monsieur le Curé. « Personnellement j’ai fini par penser que tout était préalablement laid. C’est un postulat qui évite de s’énerver pour rien. Les gens sont laids, ils ont tous des gros culs et des têtes de pioches. Même les gens théoriquement beaux sont finalement vulgaires et vicieux. Alors ajouter de la laideur à la laideur ne provoque chez moi aucune indignation. Je reste calme et serein. Atone. Si vous priez, priez pour mon âme minable, je suis un homme mauvais, un porc. Et nous allons tous crever. Nous allons brûler jusqu’à l’os. – C’est gai. – Il pleut. Je rentre au presbytère, lutter contre le pêché. »   Et il se barre. Quand je rencontre des types comme lui, je me dis que la Foi est véritablement un don qui résiste à tout. A ce moment-là, rien ne laisse présager que la suite de cette aventure nous réunira malgré nous dans un unique et paradoxal destin.

Le 23 septembre 2012 à 10:47

Mona Mailing n°5

Attendez voir si je me lève !

Dites-donc vous ne voyez pas que derrière mon écran de sfumato, je suis brûlante comme l’Etna ? Et entière ! Un jour, je vous jure, je sortirai de mes gonds. Les alarmes pourront bien hurler, je sauterai par-dessus votre fichu cordon sanitaire et je sortirai la boîte à gifles. Je ferai voler les appareils photos et les téléphones mobiles, je fendrai la foule, je dégringolerai les marches 4 à 4, et, ô jouissance absolue... j’exploserai les présentoirs. Fini la Joconde en tête de gondoles, non mais quelle infamie pour une Florentine ! Je pulvériserai les tasses, tordrai le cou aux cravates, lacérerai les livres. Je laisserai juste les cahiers de coloriage pour que les gosses et les Duchamp continuent à m’en faire voir de toutes les couleurs. Qu’est ce que ça fera du bien, depuis le temps que j’en rêve… plus de deux siècles que ce traître d’italien francisé, ce révolutionnaire césarisé m’a livrée aux peuples acculturés. Moi qui aimais tant l’intimité troublante des cabinets privés, la confidence et l’exclusivité, le souffle chaud et les doigts caressants sur mon décolleté. Que du prince, que du roi, que du gibier de choix ! Maintenant c’est le tout venant. Pas de tri sélectif, l’incessant défilé et jamais de sévices. Fini le gémissement du vernis qu’on écorche, le craquement du bois qu’on lapide, les enlèvements romantiques, les amants éperdus qui risquent la prison, les amours défendues. J’avais l’habitude avec Giocondo ! L’amour qui déchire, cris et réconciliations et pour finir la couche et de jolis enfants. Voilà, vous êtes contents : je suis cataloguée ! Me voici définitivement fille publique, en pâture. Mona Lisa, fille de joie. 9€ la passe. Produits dérivés en sus. Sauf le mardi pour cause de repos et contrôle sanitaire.

Le 26 septembre 2011 à 08:08

« Elle balance beaucoup apparemment Hélène »

Brice Hortefeux, écoute téléphonique (légale), 14 septembre 2011

Elle a le prénom d’une reine de Sparte, elle n’est que princesse serbe, mais elle cause autant d’ennuis en Sarkozie que jadis la maîtresse de Pâris aux Troyens. Le bonnet de Ménélas, cocu antique, est bien porté par Thierry Gaubert dont les magouilles financières ont été « balancées » à la justice par Hélène de Yougoslavie, son ex.On ne dira jamais combien le divorce est le talon d’Achille (c’est involontaire) du quinquennat. Tout commença par Cécilia Sarkozy qui plaqua son mari au moment où il tranformait l’essai présidentiel. Elle s’en alla porteuse de lourds secrets, dont elle ne dévoila que quelques bribes sur « la firme », surnom d’un groupe de potes un peu limites, très encombrants mais si utiles dans l’ascension du chef. Brice Hortefeux en était la première gâchette, ce qui lui valut l’Intérieur comme part de butin, et Thierry Gaubert un porte-flingue de second rang, mais porte-mallettes commode, selon Hélène, pour transférer dans les caisses de la campagne Balladur de 1995 des liasses de billets tombées du camion dans les marchés d’armement. L’affaire se corse (encore involontaire) avec un certain Ziad Takieddine, intermédiaire levantin dans ces contrats commerciaux à neuf chiffres. Il eut le mauvais goût de chipoter sur la pension alimentaire de la mère de ses enfants, Nicola (sic) Johnson, laquelle dévoila au juge son carnet d’adresses, assez fourni pour organiser une primaire de bon niveau à l’UMP. Cecilia, Hélène et Nicola : une sacrée guerre des Trois.

Le 7 octobre 2011 à 10:59

« Nicolas Sarkozy doit porter la rupture de la rupture. Il doit porter le changement »

Jean-Pierre Raffarin, le Figaro Magazine, vendredi 7 octobre 2011.

Une raffarinade c’est comme un filet d’air frais qui vous surprend agréablement dans la touffeur du débat public. Elle vous transporte dans une autre dimension de l’esprit avant de vous rendre à vous-même dans un état de complète zénitude.  Son auteur éponyme qui conçut : « notre route est droite, mais la pente est forte » ou encore : « il est curieux de constater en France que les veuves vivent plus longtemps que leurs maris » mais surtout : "The Yes needs the No to win... Against ze No !" » faisant croire sur l’instant que l’issue du référendum constitutionnel européen allait basculer, cet homme-là aurait pu se reposer, assuré d’une gloire inégalable.  Que nenni. Celui qui fut l’âme du Poitou ne débande pas.  C’est Sarkozy qu’il entend sauver contre lui-même en lui recommandant une rupture de la rupture qui, si l’on ose la glose, revient à ce qu'il fasse désormais le contraire de ce qu’il annonça lors de sa précédente campagne présidentielle. Or la rupture de 2007 valant promesse de changement, on mesure toute la force eschatologique de la raffarinade susdite où l’injonction initiale est associée à la prescription de devoir maintenant « porter le changement ». Ne rien faire et tout faire à la fois, ce n’est peut-être pas de la tarte mais c’est l’art de joindre les deux bouts. Un exemple qui viendrait d’en haut et serait bien utile aux gens d’en bas. Longue vie au résilient Raffarin !

Le 24 février 2012 à 07:26

Chronique Rurale

Cinquième jour : le fantôme de Kadhafi

> Premier épisode                    > Episode suivantHier, en sortant du supermarché, je pensais encore à Nadine et je me disais que cet émoi sentimental avait quelque chose de typiquement masculin. Pourtant je ne suis même plus certain que ce soit le cas : aujourd’hui j’ai mis une robe et je me sens bien. Vous me direz qu’il s’agit d’un simple code vestimentaire, d’une habitude culturelle. Il n’empêche. Il me semble que j’ai les seins qui poussent. Je suis un peu perdu(e).   Dans le journal, il est question d’un type qui a eu une apparition la nuit dernière. Il lui est arrivé un drôle de truc : il a vu dans son champ le fantôme de Kadhafi qui semait du maïs bio sur un tracteur. Il faut dire que les gens sont un peu secoués depuis le rachat de Guy Degrenne par un émir saoudien. Il a reconverti la Vallée de la Sée en Silicon Valley, pour y faire fabriquer des iPhones et des écrans plats éco-certifiés - les élus placent beaucoup d’espoir dans ce projet. Surtout depuis que les charges sociales ont été supprimées et que le Smic a été divisé par deux : les investissements affluent dans tout le Sud- Manche et le chômage est repassé en dessous de la barre des 25 %. Il faut dire que la région a bien souffert avec l’explosion de l’EPR et la mise en place d’une zone interdite entre Cherbourg et St Lô. Ceux qui y sont allés n’en sont pas revenus. On y aurait vu des lapins fumer des carottes avec les oreilles, en les tenant par les pattes arrière.   Tout ça me fait penser qu’il va me falloir mettre mon plan à exécution, j’ai déjà pris beaucoup de retard. Il va me falloir du courage et de l’abnégation. Et une combinaison anti-radiations.

Le 14 décembre 2010 à 15:12

La schizophrène et la neige

Carte postale franco-slovène

En Slovénie, mon pays de naissance, quand il neige c’est la routine. On ne commente pas. A peine si on regarde les flocons tomber. La vie suit son cours enneigé, point. On boit peut-être davantage de thé au sipak (hibiscus), davantage de kava. Mais bon, comme disait ma grand-mère, « pas de quoi réveiller ton grand-père » (mort bien avant ma naissance, je précise). En France, mon pays d’adoption et désormais de résidence, quand il neige c’est l’horreur. On accuse le gouvernement, la météo. Le flocon devient roi, il terrorise ses sujets con-gelés et fait la une des médias. Slovène par mon père, Française par ma mère, j’ai hérité de certaines caractéristiques de mes géniteurs, mais le mélange parfois se fait mal. Quand il neige à Ljubljana, je me mets à râler, en vraie Parisienne. Je fais exprès d’enfiler des chaussures inadaptées, d’emprunter sans raison impérieuse la voiture épave de mon cousin. Très vite je me retrouve en travers de la chaussée verglacée, ou coincée dans les embouteillages près du Pont aux Dragons. Avec, le plus souvent, une terrible envie de faire pipi. Et tout autour un tas d’automobilistes excédés qui m’engueulent à coups de klaxon enroué. A Paris, dès qu’il neige, je ris, je chantonne, je prie pour que la fine couche grossisse et tienne. A noter que jamais je ne prie en dehors du climat. Puis je sors avec mes vieilles grosses chaussures, je me promène, j’envoie des boules de neige aux gamins, qui me le rendent bien. Emportée par mon élan, j’en lance aussi sur les policiers. Hélas ils n’aiment ni l’humour ni la neige et répliquent par des tirs de flash ball que j’esquive prudemment, bien qu’ils m’assurent que leur nouvel outil de travail est sans danger. Bref, où que j’aille sous la neige, je me fais mal voir, je suis une exilée. Vivement le printemps.

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