Jean-Daniel Magnin
Publié le 30/01/2015

Ascanio Celestini : "Syriza et Podemos ne sont pas l'avenir mais le présent qui nous mènera du passé vers l'avenir"


Conteur des luttes ouvrières passées, inventeur de paraboles capables d'ouvrir le crâne des plus obtus réactionnaires, l'italien Ascanio Celestini redonne à la dialectique une nouvelle voie poétique, théâtrale – comique et grave à la fois. Il a mis en scène son texte Discours à la nation avec le comédien David Murgia et le guitariste Carmelo Prestigiacomo, un moment fort à vivre au Rond-Point. Nous en avons profité pour lui poser quelques questions, pour une fois d'actualité.

Jean-Daniel Magnin – Qu'attends-tu de la victoire de Syriza en Grèce et de celle possible de Podemos en Espagne ?
Ascanio Celestini – Nous vivons dans une nouvelle époque par rapport à ce que ma génération a connu au tournant du millénaire. Nous, nous savions que les idéologies, comme disait le poète Sanguineti, répondent à des questions pratiques, même si elles sont présentées d'une manière abstraite. En fait il faut se demander : Que faire ?
Aujourd'hui, nous devons ranger l'idéologie dans un tiroir (pas dans les toilettes) et reconstruire le "Que faire" dans une dynamique de partage. Nous devons nous rassembler et décider Quoi Faire et comment le faire.
Syriza et Podemos ne sont pas l'avenir mais, je l'espère, le présent qui nous mènera du passé vers l'avenir.

– Peux-tu me dire quelque chose sur le Mouvement Cinq étoiles ou d'autres mouvements qui pourraient survenir en Italie ?
– L'Italie est un laboratoire pour l'Occident. Le plus important parti communiste occidental a ses racines dans ce pays, mais aussi ses frondaisons chez nous. Il y a l'Eglise la plus influente, la première à avoir réuni religieux et pouvoir temporel. De ce point de vue, Israël et Daech sont des débutants qui font leurs premières armes... En Italie, il y avait la mouvance armée la plus importante des décennies allant de la fin des années 60 au début des années 80. En somme, l'Italie est la patrie des contradictions, mais aussi celle du partage.
Le Mouvement Cinq étoiles a réuni ces contradictions, il les a mélangées avec le présent, et – à la manière d'une salade de fruits, d'une salade russe ou du béton – a compacté différents matériaux pour en faire un seul.
Mais les mouvements qui comptent sont tout autres.
Ce sont ceux qui mettent en réseaux manifestes et programmes, mais aussi ceux qui disent NON. Les No Tav*, par exemple, mais aussi tous les autres « anti » de notre péninsule. Ceux qui s'opposent aux incinérateurs, aux décharges, à l'amiante, aux grands travaux souvent inutiles, etc.
Ils le font par le biais de mouvements réels et pas seulement par les mots.
En Italie, il y a des tas de gens qui se reconnaissent dans une protestation joyeuse et constructive (parce qu'il peut y avoir de la joie dans le refus) contre les excès de l'Occident.

Selon toi, pourquoi dans d'autres pays comme la France les gens se tournent-ils vers l'extrême droite plutôt que vers la gauche radicale ?
– Parce que les gauches de parti et syndicales des trente dernières années ont voulu nous expliquer qu'il n'existe plus ni une vraie droite ni une vraie gauche, mais le monde des bons et celui des méchants. Pour finir nous y avons tous cru. Déjà parce que ça fait plaisir de croire que nous, nous sommes les bons. Je pense qu'il faut recommencer à distinguer gauche et droite.
Par exemple c'est un contresens que la gauche s'évertue à hisser les derniers au niveau des premiers. La droite parle de mérite, la gauche d'égalité. Il me semble que voilà une différence bien visible pour nous tous.

– Ton art du récit nous aide à penser que nous avons laissé de côté nos élans critiques ou de révolte. Pourquoi sommes-nous devenus ainsi aujourd'hui ?
– Mon grand-père disait : tu ne fais pas la révolution si tu as l'eau chaude à la maison. Alors je pense que seuls trois types de personnes sont en mesure de changer le monde :

- ceux qui ont l'eau chaude mais savent qu'il n'y en a pas assez pour tous (y compris pour ceux qui se lavent avec une eau froide et polluée) ;
- ceux qui ont de l'eau potable à 20 kilomètre et qui savent qu'ils doivent faire la révolution s'ils ne veulent pas mourir de soif ;
- ceux qui ont l'eau potable à la maison mais boivent l'eau minérale du supermarché et utilisent l'eau potable pour leur chasse d'eau.

– Quelles choses devons-nous perdre pour nous révolter ou être capables de faire bouger les choses?
– Nous devons être disposés à perdre tout pour pouvoir lutter et demander TOUT.

– Quel effet attends-tu de ton art poétique et de conteur?
– J'espère aller boire un verre de vin avec un seul spectateur à la sortie du théâtre, et qu'il partage avec moi les doutes qui ont surgi en lui en regardant et écoutant mon spectacle ampli de doute et aussi d'un peu de rage.

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* No Tav est un mouvement de protestation contre le projet de construction de la nouvelle ligne à grande vitesse Lyon-Turin, d'où le nom (TAV : treno ad alta velocità, train à grande vitesse en italien).

> Discours à la nation, d'Ascanio Celestini, avec David Murgia et Carmelo Prestigiacomo : le podcast de France Culture

Photo DR

Mes rêves : ouvrir à 17 ans le Boui-Boui, café d’art à Genève ; filer à Berlin ; étudier la philo à Paris ; créer des spectacles « hors théâtre » aux festivals de Nancy, Polverriggi ou Avignon ; ouvrir Mac Guffin, cabinet de scénaristes ; voir vivre mes pièces de théâtre à la Renaissance, dans le In d’Avignon, à la Bastille, au Vieux Colombier avec la Comédie-Française, et à l’étranger. Et ce rêve de rassembler les écrivains de théâtre en 2000 ; et d’écrire avec Jean-Michel Ribes le projet du Rond-Point ; et là, de mettre ventscontraires.net sur la piste d’envol.

Dernière publication, un roman : Le Jeu continue après ta mort

 

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Le 21 janvier 2014 à 10:58

Barbara Cassin : "Refuser la servitude volontaire"

Trousses de secours : la crise du travail

Allons-nous vers en monde de travailleurs sans travail ? C'est la question que la philosophe et philologue Barabara Cassin viendra nous poser le 31 janvier prochain.  – Dans de nombreuses entreprises "restructurées", les salariés doivent eux-même s'évaluer, voire s'éliminer les uns les autres – comme dans certains jeux de télé-réalité. Où cela nous mène-t-il ? – Votre question contient presque déjà la réponse. Où cela nous mène-t-il? Dans le mur d'une société au mieux de coopétition (c'est un mot de Google qui tente d' assouplir la compétition au moyen de la collaboration), au pire de compétition généralisée. Avec une  supposition d'objectivité à son propre égard, qui singerait  une objectivité à l'égard de l'autre, et assurerait somme toute ce que Weber appelait l'éthique du capitalisme : le protestantisme de l'auto-confession, de l'auto-évaluation vertueuse.   C'est là que les corps intermédiaires (les syndicats par exemple, mais aussi les associations)  d'une part, l'opinion publique (votre théâtre par exemple) d'autre part  sont utiles, et ont un rôle essentiel à jouer. Il est trop difficile de lutter seul contre une demande insistante de l'employeur dont dépend votre salaire. On ne peut qu'obtempérer, en déprimant ou en rusant. Pour pouvoir prendre les choses par le haut, refuser en argumentant les pratiques par trop déplaisantes, infléchir les grilles d'évaluation, en proposer d'autres, inventer d'autres types d'évaluation plus appropriés au cas par cas, il faut être décisionnaire ou confiant dans l'intelligence des décisionnaires. C'est le cas d'une infime minorité, donc. D'où l'importance des autres, constitués en relais structurés et audibles. Mais s'indigner est une tâche qui appartient à tous les citoyens, et refuser la servitude volontaire, chercher les alternatives qui vous conviennent, est une décision qui appartient à tout homme.  – Rentabiliser le "matériel humain" à outrance pour rester concurrentiel face à l'automatisation : ce modèle pourra-t-il tenir encore longtemps ? – C'est une vieille histoire. Aristote disait que si les navettes filaient toutes seules, il n'y aurait plus besoin d'esclaves. Aujourd'hui les navettes filent toutes seules, les révolutions industrielles se succèdent, et il y a encore des esclaves, moins coûteux que les machines ou qui servent à les fabriquer et, en col blanc, à les commander. Le modèle ne cesse de s'adapter, en jouant sur les développements inégaux et sur la mondialisation.  Je crois qu'il y aura toujours de nouvelles adaptations virtuellement possibles.  Reste à savoir si nous les voulons, activement, passivement. Si nous avons le désir et la force de les refuser, de nous en exempter. Si nous savons inventer des alternatives réalistes, et ce que "réaliste" veut dire.  – L'homme inutile sera-t-il subventionné pour rester tranquille, ou d'autres modèles sont-ils imaginables ? – Je pense que, par cette question, vous voulez savoir si et comment on fera taire les laissés pour compte ?  Est-ce que l’Etat providence subviendra à leurs besoins, en inventant un revenu minimum pour inutile ? ou bien est-ce qu’on les mettra dans des villages vacances, des hôpitaux, des camps ? Est-ce qu’on les aidera à redevenir utiles par une formation continue ? Ou est-ce qu’on étendra l’idée d’utilité ? C’est, vous le voyez, chacun des termes de la question qui pour moi requiert éclaircissement. Arendt parle d'une "société de travailleurs sans travail" et dit qu'elle ne peut rien imaginer de pire. En quoi elle  se trompe d'ailleurs, il y a pire : une société de travailleurs, avec et très souvent sans travail (cela s'appelle des chômeurs), mais, dans un cas comme dans l’autre, sous surveillance. De l'élève à la personne dépendante, de l'acheteur à l'amoureux, c'est tous les usagers de la rue ou de la toile qui sont évalués et vus.  L'inutilité, du coup, il n'est pas si facile de savoir ce que cela veut dire. Inutile parce que sans travail, non produisant? Inutile parce que non consommant? inutile parce qu'invisible? A quoi un homme doit-il être utile? Il n'est jamais allé de soi dans l’histoire, ou pas souvent, qu'un homme utile soit un homme qui travaille. Ou alors il faut définir le travail. Tripalium, un supplice (selon l'étymologie latine du mot travail, ndlr) – ce n’est sûrement pas ça ! Arendt veut faire penser avec cette phrase forte qu'un homme est bien autre chose qu'un travailleur. Il peut créer des œuvres, toutes sortes d'œuvres; faire un potager, écrire un poème, élever un enfant, inventer une recette de cuisine, aider un malade. Il peut parler, et cela suffit peut-être pour qu'il soit utile. Aristote, encore lui, définissait l'homme comme un animal doué de logos, raison et discours, capacité de mettre en rapport. Et il ajoutait qu'à cause de cela, l'homme était un animal plus politique que tous les autres animaux, abeilles et fourmis. Un artiste, un citoyen, est utile. Nous sommes tous, non seulement des travailleurs potentiels, mais des artistes et des citoyens. Nous sommes donc tous "utiles", utiles à "l'humanité dans l'homme", comme disent Camus et l'Appel des appels. Mais de quoi vit aujourd'hui un homme utile de cette manière-là? D'un revenu minimum? De la débrouille? De la vente d'objets aussi inutiles que les lapins de Jeff Koons?  Et de quelle partie du monde parlons-nous? de quel Etat, de quel régime politique? Car de tout cela dépend aussi le sens de "rester tranquille" : ne pas faire de vagues, ne pas s'opposer, accepter ce qui vous arrive? Ne pas contrevenir aux lois de son pays? Ne pas faire de bruit, au propre comme au figuré? Etre tout simplement un être humain ? Je crois qu’il y a beaucoup de modèles possibles, beaucoup déjà inventés et pratiqués, et beaucoup auxquels nous ne songeons pas, dont nous n’avons même pas encore idée et qui nous paraîtront un jour aller de soi. Mais surtout, je ne sais pas ce que cela veut dire pour un homme, en général, que d’être inutile, ni de rester tranquille. 

Le 24 juillet 2014 à 08:57

François Jarrige : "L'automatisation vise toujours prioritairement à remplacer les ouvriers"

Rage contre la machine ? #2

François Jarrige est historien, enseignant-chercheur à l'université de Bourgogne. Il s’intéresse à l’histoire des mondes du travail, des techniques et aux controverses qui ont accompagné l’industrialisation. Il a notamment publié Au temps des « tueuses de bras » (2009) et Face au monstre mécanique (2009). Son dernier ouvrage Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences est sorti en février aux éditions La Découverte. Deuxième partie de l'entretien qu'il a accordé à ventscontraires.net > Première partie   L'automatisation croissante dans l'industrie actuelle peut-elle assimilée à une nouvelle révolution industrielle ? Certains le disent comme par exemple l’économiste Joseph Stiglitz qui a théorisé récemment l’avènement d’une « troisième révolution industrielle » grâce à l’alliance entre les technologies numériques et les technologies dites « vertes ». Selon lui cette « nouvelle révolution industrielle » doit créer de nombreux emplois tout en résolvant les impasses écologiques des révolutions industrielles précédentes. Je ne sais pas si nous vivons actuellement une « nouvelle Révolution industrielle » mais j’aimerais insister sur deux points : d’abord l’expression « révolution industrielle » a surtout une fonction idéologique, elle insiste sur le caractère brutal et radical d’un changement qui est souvent plus progressif et lent qu’on ne le dit. Par ailleurs, l’idée de « révolution industrielle » est problématique car elle continue d’enfermer le débat dans un fatalisme technologique, elle tend à imposer l’idée que c’est seulement par de nouvelles technologies que les problèmes sociaux ou environnementaux pourront être résolus. Le développement des logiciels et l' « ordinisation » vont-ils également métamorphoser l'univers des services ? On assiste aujourd’hui à une expansion de l’automatisation à de nouveaux secteurs d’activité considérés auparavant comme le propre de l’homme. Ce que vous appelez « l’ordinisation » semble représenter l’expansion de l’automatisation à des tâches non plus seulement manuelles mais de plus en plus intellectuelles, même si la séparation entre ces deux types d’activité est très discutable. Dès le XIXe siècle, l’idée que la technique devait permettre de supprimer les tâches les plus dures et éprouvantes pour laisser à l’homme les tâches purement spirituelles ou intellectuelles, censées être les plus valorisantes, n’a cessé d’accompagner et de justifier la mécanisation du travail. Aujourd’hui, les automates se multiplient partout pour remplacer les contacts entre humains (dans les gares comme les magasins), et il ne faut pas oublier que l’automatisation vise toujours prioritairement à remplacer les ouvriers – jugés trop couteux – par des robots alors que l’obsession de la compétitivité demeure l’unique critère pour évaluer les changements techniques. En Asie le géant industriel taïwanais Foxconn, spécialisé dans la fabrication de matériel informatique, dénoncé pour les mauvaises conditions de travail qu’il impose à ses salariés chinois, annonce ainsi purement et simplement leur remplacement par des robots. Mais ce qui est effectivement plus nouveau c’est la prise en charge des tâches intellectuelles par des logiciels informatiques. Désormais l’essentiel des transactions financières sur les marchés boursiers sont par exemple pris en charge par des logiciels nommés « algos » (pour algorithme), d’autres annoncent l’avènement de logiciels d’apprentissage et de traduction si performants qu’ils rendront les professeurs et les traducteurs obsolètes. Il faut néanmoins être prudent car dans le domaine des nouvelles technologies les annonces spectaculaires à visée publicitaire sont souvent sans rapport avec la réalité, les entreprises du secteur manient l’hyperbole et construisent un futur imaginaire pour fabriquer de la publicité à peu de frais. Le fait-il que cette technologisation touche maintenant d'autres acteurs que les seuls « ouvriers » va-t-il changer la donne ? Je ne sais pas, je ne suis qu’historien et pas prospectiviste ou futurologue. Il me semble néanmoins indéniable qu’une nouvelle trajectoire s’ouvre actuellement en ce qui concerne les liens entre les changements technologiques, le travail et l’emploi. Deux économistes américains du MIT viennent d’ailleurs de publier un ouvrage fascinant dans lequel ils entrevoient le début d’un nouvel âge des machines (Erik Brynjolfsson, Andrew McAfee, The Second Machine Age: Work, Progress, and Prosperity in a Time of Brilliant Technologies, MIT Press, 2014). Analysant les effets des rapides transformations technologiques en cours avec l’informatisation et l’expansion du numérique, ils proposent une thèse forte : nous serions entrés dans un « deuxième âge des machines » qui se caractériserait par l’automatisation des activités pour lesquels les humains et les « fonctions cognitives » étaient jusque-là considérées comme indispensables. Alors que le premier âge des machines, celui qui s’était engagé avec la « Révolution industrielle » du début du XIXe siècle, se caractérisait par l’automatisation des tâches nécessitant un effort physique, une dépense musculaire, le nouvel âge des machines viserait quant à lui au remplacement des fonctions intellectuelles elles-mêmes. Compte tenu des transformations rapides de la puissance informatique et de l’extension de l’informatisation à des activités toujours plus nombreuses, il semblerait même qu'il n'y ait plus d'obstacles désormais au remplacement des travailleurs dans l'ensemble des secteurs d’activité. Dans ces conditions, alors que dans le passé chaque vague d’innovation technique créait au final de nouveaux emplois, les nouvelles trajectoires aboutiront à des destructions massives d’emplois non compensés.

Le 28 février 2018 à 14:49

Sophie Wahnich & la revue Vacarme : La démocratie prise en étau

La démocratie prise en étau, c’est aussi le titre du numéro de février que prépare, avec Sophie Wahnich, la revue Vacarme. Une dizaine de ses membres est venue se glisser parmi le public de cette soirée. Avec Sophie Wahnich, la revue Vacarme fait du vacarme depuis la salle. À Tunis en janvier 2011, un homme ou une femme avait écrit comme on écrit à sa belle, « démocratie mon amour ». Sur un mur avec un grand cœur enfantin entre « mon » et « amour ». Enfance du désir de démocratie. Une érotique de la politique qui fait que, par amour, chacun voudrait retenir sa propre violence, dans la peur de faire un malheur. Tous ces déçus de la démocratie ont-ils vraiment aimé comme on aime d’amour, en tremblant, celle qu’ils veulent punir en l’abandonnant qui aux fondamentalismes, qui au nationalisme identitaire et qui au néolibéralisme ? Ces monstres la broient et se nourrissent l’un l’autre. Comment desserrer l’étau et retrouver ce désir ardent de démocratie ? Comment réinventer une forme de vie démocratique ? Le regard historique tend une toile, il fabrique un passé par lequel le présent se présente.  Sophie Wahnich est directrice de recherche au CNRS (IIAC/PSL), elle travaille entre histoire, anthropologie et études politiques sur la Révolution française. Elle interroge notre présent en écoutant les conseils, avis et perplexités vécues de nos ancêtres révolutionnaires. Pour faire passage, elle fait confiance aux émotions, celles qui se déploient quand l'injustice, la trahison, l'oppression fabrique la résistance des acteurs qui tentent de frayer un chemin révolutionnaire. Elle est membre de la revue Vacarme, écrit une tribune historique mensuelle dans Libération. Elle a notamment publié La Révolution française n’est pas un mythe, Paris Klincksieck, critique de la politique, 2017, Le radeau démocratique, chroniques de temps incertains, Paris, Lignes, 2017 ; La longue patience du peuple, 1792 naissance de la République, Paris, Payot 2008. Conférence programmée par Jean-Daniel Magnin pour le cycle "Nos disques sont rayés #2"Enregistré le 9 février 2018 salle Roland Topor du Théâtre du Rond-PointCaptation et montage Léo Scalco et Sarah-Mei ChanDurée : 02:00:17

Le 27 avril 2010 à 18:40

6 mai devant le Fouquet's

C'est une invitation, ce n'est pas un ordre

Tous les ans depuis l’élection de notre très cher président Zébulon 1er, le mouvement de résistance ludique « Les 1000 colombes », appelle au pèlerinage des insatisfaits, au Solutré des utopistes !     Ce mouvement de résistance ludique est né le 6 mai 2007 à 23h17, suite à l'apparition de l'icône des Japonais, Mireille Mathieu, sur scène lors du raout "musical" de la droite décomplexée place de Concorde. Pour fêter l'élection de Zébulon 1er, elle lâchait son tube "Mille Colombes" a capella. Une page de l'Histoire de France se dessinait sous nos yeux. Du jamais vu ! De l'inimaginable ! Même l'humoriste le plus doué de sa génération n'aurait jamais pu imaginer un tel moment. Au-delà du kitchissime et du pathétique réunis, nous étions en train d'assister à un moment surréaliste. Trop c'est trop ! Certes il faut s'incliner devant le suffrage universel – au risque d'avoir mal – mais la démocratie a des limites qui venaient d'être franchies. Bien que n'étant ni militants, ni syndicalistes, ni encartés, notre sang de gauche ne fit qu'un tour! Il fallait réagir. Quinze jours plus tard, une petite bande de loosers (nous, c'est-à-dire la bande qui était devant la télé ensemble à 23h17) organisait la première chorale des "Mille colombes" devant le Fouquet's, en l'honneur du sauveur de la nation. Pour être vraiment honnête : nous avions remarqué que ces premiers instants sonores de "gouvernance autrement"  avaient été assez mal vécus par les supporters de Zébulon (sur la scène et en dehors). Cette chorale serait donc leur madeleine de Proust mal digérée.3 ans déjà ! Comme le temps passe lentement…Pour fêter le grand timonier de la pensée universelle, nous allons refaire une chorale devant le Fouquet's à Paris. Mais cette fois en sus du petit discours de bibi (c'est pas la matière qui manque), vous aurez une fanfare, un lâcher de colombes, une distribution de billets de 500 euros pour relancer le pouvoir d’achat, de surplus de vaccins anti-grippe et de masques, de drapeaux français et bien sûr… Mimi et ses "Mille colombes", que nous allons entonner le plus faussement possible tous en chœur, pour nous achever et puis… quelques surprises. Le but de ce mouvement étant de mettre en avant, de façon humoristique, les errances et les carrences de ce pouvoir et de son idéologie, tout cela doit doit se passer dans la joie et la bonne humeur moqueuse. Regardez la vidéo ci-jointe : l'ambiance a été familiale et bon enfant, qu'elle le reste. A noter que la police a toujours été très cool avec nous, qu'elle le reste. Rendez-vous le 6 mai à 20H devant le Fouquet's. Que l'espoir soit avec nous.

Le 27 août 2017 à 10:00

Alessandro Baricco : "Nous vivons en équilibre entre deux civilisations"

Alessandro Baricco vient de voir un de ses textes déjà classiques faire un triomphe au Rond-Point : Novecento, avec André Dussollier. Un spectacle qui reviendra sur notre grand plateau, on vous le jure. Mais la présence de Baricco en France, c'est aussi deux de ses ouvrages récemment parus aux éditions Gallimard, Les barbares : essai sur la mutation écrit en feuilleton-blog dans un quotidien italien en 2006 ; et un roman, Mr Gwyn. L'un aussi passionnant que l'autre. Il nous convainc avec Les barbares que notre civilisation romantique finissante, arc-boutée dans l'effort vers la profondeur, doit céder la place à la joie inventive et horizontale du surf et du zapping. Avec Mr Gwyn, un romancier décide de disparaître en devenant "copiste" des êtres qu'il portraitise en un seul exemplaire, comme un peintre traque la vérité nue de son modèle. Ça se dévore comme un thriller et cependant on suit pas à pas un artiste mettant au point le protocole d'une expérience artistique et le réalisant de A à Z. Jean-Daniel Magnin – André Dussollier a dû batailler avec vous pour que la musique ait sa place sur scène dans Novecento. Evidemment, tout le monde rêve d'entendre la musique sortie des doigts incroyablement magiques du pianiste que vous avez inventé, ce qui est de l'ordre de l'irreprésentable. Etait-ce votre crainte ? S'est-elle dissipée après avoir vu le spectacle ?Alessandro Baricco – En effet dans Novecento il y a une jolie problématique avec la musique. Car la musique que joue Novecento, c'est le comble de la fantaisie, et aussi magnifique ou splendide que puisse être une musique jouée "en vrai", elle sera plus ou moins condamnée à finalement être décevante. Moi, personnellement, je préfèrerais chaque fois l'imaginer, et non pas l'entendre. Cependant, pour de multiples raisons, les metteurs en scène ajoutent une musique de plateau. Parfois c'est catastrophique. Parfois, comme dans le cas du spectacle de Dussollier, le résultat est probant. – Vous avez mené une autre expérience théâtrale – cette fois en musique – en allant lire vous même votre roman City sur la scène. Qu'attendez-vous du théâtre ? Avez-vous le projet d'écrire d'autres textes dédiés au plateau ?– J'aime écrire de temps en temps pour le théâtre. Surtout j'aime le faire pour des metteurs en scène ou des acteurs que j'apprécie. En hommage à leur talent. Récemment j'ai écrit une pièce pour quatre acteurs, qui s'intitule Smith & Wesson. Elle a été publiée il y a deux mois en Italie. Et sera créée cet été. L'histoire tourne autour des chutes du Niagara au début du XXe siècle. Elle est plutôt drôle, même si elle parle presque tout le temps de la mort. – La traversée que vous a fait accomplir la rédaction de votre essai sur les Barbares a-t-elle métamorphosé votre travail ultérieur ?– Comme tous ceux de ma génération, je vis en équilibre entre deux civilisations : ça n'est pas très commode mais c'est fascinant. Ça aurait été terriblement ennuyeux de vivre dans une époque incapable de provoquer des révolutions mentales. – Quels sont les auteurs vivants que vous aimez lire et qui vous inspirent, même indirectement.– Cormac McCarthy, lui c'est un grand. Vargas Llosa, Bolano (qui pour moi est encore vivant), Hilary Mantell, Per Olov Enquist. Et je lis avec un grand plaisir Fred Vargas quand je suis très fatigué.  – Vous avez consacré beaucoup de temps et d'énergie à l'enseignement de l'écriture. Permettez-moi cette question aux consonances romantiques et qu'on a dû beaucoup vous poser : l'écriture peut-elle s'enseigner ? Cela donne-t-il des résultats ? De belles surprises ?– Evidemment qu'on peut enseigner l'écriture. La technique de l'écrit est moins évidente que celle des autres métiers, mais ça n'est pas pour ça qu'elle est moins nécessaire. Et à chaque fois, quand on l'a enseignée, on n'est parvenu qu'à la moitié de ce qui pourrait être transmis. Demain matin je me lève tôt car je vais donner mon cours. Thème de la leçon : la distance. Rien que là-dessus, on pourrait y passer des heures et des heures. La distance à laquelle l'écrivain met le lecteur. Non pas qu'il en existe une qui soit juste : c'est plutôt que si tu ne la sens pas, si tu ne sais pas la mesurer, tu ne pourras jamais trouver celle que tu souhaites avoir. Tu ne seras jamais capable d'en changer trois fois en trois lignes.  Tu ne réussiras jamais à convaincre le lecteur de se tenir exactement à la distance que tu as choisie. C'est une question quasiment invisible, mais essentielle. Si tu l'étudies de près, tu vas découvrir un tas de choses. La relation qu'il y a, par exemple, entre la distance et la vitesse. Tu te mets à faire des réflexions de ce genre, à haute voix, devant les étudiants, et tu peux enseigner ainsi des années sans qu'il te vienne à l'esprit de te demander s'il est possible d'enseigner l'écriture. Bien sûr que c'est possible. Tu es en train de le faire !   Photo Eleonora Marangoni 1ère publication le 23 janvier 2015  

Le 30 avril 2015 à 09:16

Internet mais internet biohardcore

Il y a une analogie structurelle entre Internet et la nature : prenons une forêt : il y a de l’internet à fond là-dedans, tellement d’interconnexions, d’échanges de données que l’on peut tranquillement affirmer : forêt = Internet = forêt. Partant de là allons-y à fond : profitons-en pour sauver le monde. Sauvons le monde sauvons ses poumons. Sauvons le monde sauvons ses poumons-internet : ses forêts. Or impossible de sauver les deux grands poumons de la terre (les forêts amazonienne et congolaise) tant qu’elles ne s’appartiennent pas, n’est-ce pas ? Tant qu’elles ne seront pas autonomes ? Oui car une forêt vierge est vierge précisément de toute connexion autre que celles de son internet intérieur : pour sauver les poumons du monde – et notons au passage l’analogie structurelle entre le réseau interne des bronches, bronchioles, alvéoles et la frondaison de l’arbre – il faut connecter son réseau internet intérieur à un réseau internet extérieur de type révolutionnaire biohardcore ; si vous voulez mon avis. Si vous voulez mon avis, le World Wide Web convient parfaitement comme outil politique pour faire accéder les forêts-poumons à l’autonomie, à la libre disposition de soi. Si vous voulez mon avis, pour sauver le monde et donc les forêts, il faut que ces forêts deviennent des Etats indépendants. Et ça, c’est possible grâce au www et au potentiel révolutionnaire de l’excitation inhérente à la jeunesse mondiale. Ce que je propose c’est de créer un jeu vidéo hyper addictif auquel jouera un nombre sans cesse croissant de jeunes nerds, un jeu vidéo dans lequel le but est de sauver le monde en lui sauvant ses forêts en les transformant en états indépendants. Un jeu, on l’aura compris, qui sera un jeu complètement sérieux, un jeu connecté au réel pour du tout tout vrai : alliance secrète des jeunes addicts biohardcore du monde entier, alliance improbable entre le nerd boutonneux allemand et l’enfant-soldat psychologiquement ravagé du Sierra Leone, alliance entre le petit chiffonnier de Calcutta, la petite esclave prostituée du Cambodge, l’écolier orphelin du Nord-Kivu, le fils de diplomate saoudien, etc., complétez à souhait cette liste infinie. Quelqu’un a une idée de comment réaliser ceci ? Regroupez toutes ces forces, pour combattre par drones par exemple les multinationales minières de tout poil, aider les pygmées et les indiens, connecter le réseau internet forestier intérieur au www et ainsi fabriquer des prototypes de biocratie ? Oui car cette utilisation révolutionnaire du www extérieur permettra la mise au point d’un système politique plus fun que celui de la démocratie – trop défectueuse à trop de points de vue comme nous le savons tous. La biocratie biohardcore, c’est pas fun ça, comme concept opératoire ? Un système de solution collective des problèmes non pas sur base de la volonté supposée de quelque chose comme le peuple – qui bien sûr est une vulgaire fiction – mais sur base de la volonté de quelque chose comme la vie, la nature, dans tout ce que nous lui fantasmons de hardcore – ce qui bien sûr n’existe pas non plus, mais est quand même dangereusement plus fun. Voilà le plan : la vie est révolutionnaire, la vie dans la fleur de l’âge est révolutionnaire, connectons la jeunesse révolutionnaire à la révolution biohardcore. Allez les jeunes on y va, on se défonce à la web-addiction, on se met en réseau, on y va on crée un jeu qui fout bien la merde dans le réel, on bosse à connecter l’énergie de la jeunesse, l’énergie inhérente à l’explosion foisonnante hormonale de la jeunesse, on bosse à connecter ce foisonnement chimique hormonal juvénile au foisonnement électrique et nerveux du www. Le projet est évident : connexion évidente entre le chimique et l’électrique, le tout dans une perspective biohardcore et révolutionnaire puisque la face du monde ne nous plaît pas – le monde contemporain dans sa face tangible ne ressemble plus du tout assez à une forêt, ce qui est triste car nous croyons au paradigme de la forêt, nous croyons à un retour du monde sur lui-même, comme une sorte de vague, une vague dont le pitch est la forêt, l’intensivité chimique et électrique de la forêt. C’est pourquoi au paradigme « forêt » est lié le paradigme « central park », nous verrions bien le monde en tant que structuré autour d’une série de places centrales, centrales mais sauvages-jungles, comme à New York mais en pire, en bien bien pire. Le centre sera le plus sauvage, noyau dur du sauvage, du foisonnement sauvage et morbide de la vie : tension biohardcore de la grande ville mondiale vers une série de central park-poumons-biohardcore. Cette tension-là, nul doute que l’on puisse lui augmenter efficacement l’intensité grâce à une saine tension entre la charge hormonale foisonnante inhérente à la jeunesse et le délire hétérogène, électrique et nerveux du www, allez les jeunes on y va.

Le 17 juillet 2014 à 09:23

François Jarrige : "Les changements techniques ne sont pas nécessairement synonymes de progrès social"

Rage contre la machine ? #1

François Jarrige est historien, enseignant-chercheur à l'université de Bourgogne. Il s’intéresse à l’histoire des mondes du travail, des techniques et aux controverses qui ont accompagné l’industrialisation. Il a notamment publié Au temps des « tueuses de bras » (2009) et Face au monstre mécanique (2009). Son dernier ouvrage Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences est sorti en février aux éditions La Découverte. Première partie de l'entretien qu'il a accordé à ventscontraires.net   Dans le monde du travail, l'innovation technique a-t-elle toujours été perçue comme une menace ? Non, les situations ont été extrêmement diverses et contrastées, et tout dépend évidemment de ce qu'on appelle "innovation technique". Une innovation en vue d’améliorer la sécurité ou l'efficacité du travail, ou pour permettre d’améliorer la qualité du produit fabriqué, n’a évidemment pas le même sens pour le travailleur que celles qui visent à son élimination, à la réduction de son autonomie, ou qui introduisent de nouvelles contraintes au nom de l’amélioration de la productivité. Par ailleurs, opposer d’un côté l’innovation technique et de l’autre le monde du travail implique que les deux sont séparés. Or, ce n’est pas nécessairement le cas. Avant les « révolutions industrielles » du XIXe siècle, les artisans et ouvriers étaient les principaux acteurs du changement technique. C’est surtout à partir du XIXe siècle qu’apparaît la séparation croissante entre le travail, sa gestion et son contrôle, l’ouvrier devenant celui qui applique des procédés élaborés ailleurs par les figures nouvelles de l’ingénieur et du technicien de laboratoire. L'opposition réactionnaires-progressistes est-elle un bon prisme pour analyser le rejet ou l'adhésion à la technique ? A mon avis non, cette opposition fait plutôt obstacle à la compréhension et à l’analyse. Est réactionnaire celui qui réagit et s’oppose, progressiste celui qui croit en un progrès linéaire, ce sont des notions à la fois trop floues et trop surchargées d’idéologies, d’autant qu’il s’agit de catégories essentiellement politiques servant à distinguer depuis le XIXe siècle ceux qui sont favorables à des réformes politiques et ceux qui y sont hostiles. Transférer ces notions au domaine des techniques vise à mon avis à empêcher toute discussion en délégitimant les positions critiques. Dans la réflexion sur la technique, la ligne de fracture ne passe pas entre les réactionnaires et les progressistes, mais entre ceux qui prétendent que les techniques sont des outils neutres, que le progrès technique est un dogme non questionnable, et ceux qui y détectent des instruments de pouvoir et de domination qui, à cet égard, méritent être critiqués. Dans la mesure où certaines techniques peuvent accentuer les inégalités, les ravages environnementaux, la domestication des hommes, s’y opposer peut parfaitement s’accorder avec ce qu’on appelle une position progressiste. Les changements techniques ne sont pas nécessairement synonymes de progrès social ou moral et on peut très bien s’opposer à une trajectoire technique au nom d’une certaine conception du progrès social. Pouvez-nous parler de quelques révoltes ouvrières contre l'industrialisation ? Au cours de la longue histoire du capitalisme industriel, de nombreux acteurs ont protesté et tenté de freiner des transformations techniques qu’ils percevaient comme néfastes. Dans le monde du travail, il arrivait fréquemment au début de l’ère industrielle que des artisans s’opposent à des innovations jugées dangereuses. A la fin du XVIIIe siècle, en Angleterre comme en France, des ouvriers du textile dénoncent ainsi les nouvelles mécaniques, ils pétitionnent pour exiger leur interdiction, défilent pour dénoncer leurs effets, et se soulèvent parfois pour les détruire. Dans les années 1790, des attroupements de fileuses « croyant voir leur ruine dans [l’]établissement des mécaniques » se rebellent à Rouen, mais aussi à Troyes ou Cholet. En Angleterre, ce type de protestations atteint une ampleur particulièrement spectaculaire lors des célèbres émeutes dites du Luddisme en 1811 et 1812. L’Europe est alors déchirée par les guerres napoléoniennes, l’Angleterre est en crise. La hausse du prix des grains, le manque d’ouvrage et l’avènement des nouveaux procédés techniques de production conjuguent leurs effets pour accroître la misère. Des milliers de travailleurs britanniques choisissent alors de détruire les machines qu’ils rendent responsables de leur situation difficile. Nommées Luddisme à partir d’un personnage mythique Ned Ludd, qui aurait brisé le métier de son maître à la fin du XVIIIe siècle, ces émeutes dispersées de grande ampleur au cours desquels des ouvriers du textile attaquent les usines et détruisent de nombreuses machines effraient les élites anglaises et acquièrent un écho considérable jusqu’à faire du mot « luddisme » un terme générique pour décrire l’hostilité populaire à l’égard de la mécanisation.

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