Valérie Mréjen : Communiqué

Trousses de secours, saison 3 : Rattraper la langue

Comment expliquer son travail d’artiste ? Que dire quand on vous demande de quoi ça parle ? C’est quel genre de vidéos ? Sur quel thème ? Comment essayer de donner une idée des thématiques présentes et de la forme, en quelques phrases ? Comment parler d’une nouvelle série d’œuvres dans un communiqué de presse ?

Enregistré le 29 janvier 2015 dans la salle Roland Topor Théâtre du Rond-Point.

Durée : 00:51:39

> les autres Trousses de secours dédiées à la langue



Place aux poètes, aux créolisants, aux corsaires du langage, place aux passeurs et aux décrypteurs de paroles, place aux cracheurs d'avenir.
Pauvre langue. Réduite en « éléments de langage ». Qui nous parle de plus en plus petit. Pasteurisée, simplifiée, désertifiée par les stratèges en communication. Confisquée par les adeptes du pugilat médiatique, de la harangue haineuse et du bashing. Nos paroles, nos pensées, les mots avec lesquels nous rêvons n'ont jamais été si convoités. Le langage est notre bien le plus précieux. Alors rattrapons ce qui nous échappe peu à peu. Ce langage qui nous façonne. Et qui façonne le monde. Toutes nos infinies façons de dire.

> le programme complet

 

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Le 11 septembre 2012 à 09:39

Pierrick Sorin

Portrait sans valeur / autoportrait en monstre

Seul Pierrick Sorin peut dire qui est Pierrick Sorin. Tout portrait de Pierrick Sorin qui n'est pas réalisé vidéastement par Pierrick Sorin est faux. Tout écrit sur Pierrick Sorin qui n'est pas signé de sa main ne raconte rien sur Pierrick Sorin. Considérez donc que les lignes qui suivent – dont il n'est pas l'auteur – sont une accumulation de suppositions biographiques et d'analyses approximatives de son œuvre qui n'ont aucune valeur. Pierrick Sorin est né à Nantes en 1960. Il a fait l'école des Beaux-Arts dans cette ville. Il y vit. C'est un iconoclaste laconique dont la placidité drolatique le rapproche de Méliès, Buster Keaton, Tati et surtout de lui-même. Ses œuvres sont composées de trois matériaux : la vidéo, son physique et sa voix, des textes intelligents qui rappellent que ce n'est pas parce que ce qu'il fait est magique, cocasse, superficiel et rigolo et qu'il est le seul interprète, que ce n'est pas du grand art. Il n'a pas besoin de le dire, nous savons que c'est du grand art puisque c'est de l'illusion d'art. Quand c'est du vrai art, ce n'en est plus.Titres de quelques-unes de ses œuvres :– Jean-Louis Pichon, Seigneur de la nuit– A vieille mule, frein doré– Martin met ses lunettes, puis son chapeau– L'Homme qui aimait les biscottes– Espace-temps et petites cochonneries– L'Artiste, le méchant et le conservateur– J'ai même gardé mes chaussons pour aller à la boulangerie– Opérateur personnel de chirurgie faciale– Le Générateur de gros bébés– 143 positions érotiques– Tentative d'expression de la beauté intérieure– 22h13, ce titre est susceptible d'être modifié d'une minute à l'autreIl y en a des centaines d'autres.Voir pierricksorin.com.Il a exposé, performé, projeté, joué dans des galeries, des musées et des théâtres prestigieux. Il est seul, toujours, comme tout le monde, il se regarde comme tout le monde, mais il le fait mieux que tout le monde.vidéo : Pierrick Sorin, Autoportrait en monstre, 2000 Collection de la Maison européenne de la photographie

Le 28 mai 2015 à 12:48

La Revue de presse théâtre, cadeau du "Spectateur de Belleville"

Les sites recommandés

Voilà une attitude qu'on aime bien à ventscontraires : vous avez la chance d'avoir un boulot où convergent des infos qu'il serait aimable de partager, eh bien vous y allez, vous prenez le temps de passer le meilleur à tous, via le réseau. C'est ce que fait justement le "Spectateur de Belleville", auteur anonyme de La Revue de presse théâtre. Comme il vous le dit lui même sur sa page d'accueil, il vous offre "une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement". Merci Spectateur de Belleville, elle est très bien faite, je l'utilise tous les jours. Vous aimez le spectacle vivant et seriez bien content d'avoir une synthèse plurielle et pointue de ce qui s'y vit et joue, en France et au-delà ? Allez y jeter un œil. Ce Scoop.it! alimenté par le laconique Bellevillois pourrait bien être l'adresse qui vous manquait. J'écris laconique, car si on trouve tous les articles des journaux auxquels on n'est pas forcément abonné, rien sur l'auteur sinon cette signature aux antipodes de la blogorrhée généralisée qui caractérise notre époque : "LE SEUL BLOG THEATRAL DANS LEQUEL SON AUTEUR N'A PAS ECRIT UNE SEULE LIGNE."  Nul selfie n'illustre sa page d'accueil, notre gentil corbeau s'est malicieusement choisi pour avatar un trompe-l'œil peint en 1874 par l'Espagnol Pere Borrell del Caso et intitulé Escapando de la critica (Echapper à la critique) : un jeune garçon effayé s'enfuit hors du cadre où il était enfermé, comme s'il ne pouvait supporter la violence cuisante d'un regard critique — clin d'œil confraternel aux artistes puisque Alain Neddam, car il s'agit de lui, est un homme transversal qui aura expérimenté tous les leviers du spectacle vivant : il a codirigé des théâtres et des écoles de théâtre, enseigné le métier d'acteur, assisté les plus grands metteurs en scène et chorégraphes, mis en scène, écrit sur le théâtre, et  aujourd'hui il court tous les soirs au spectacle pour le ministère dont il a rejoint la flottille d'inspecteurs patentés. Un homme, bref, pétri de l'esprit du service public qui, lorsque revenu tard la nuit au flanc de son quartier pentu, veille encore un peu à la lueur de son ordinateur pour nous envoyer les bonnes infos du jour. > La Revue de presse théâtre  

Le 28 août 2015 à 08:04

Blandine Pélissier : "Si une femme a plusieurs talents, on dit qu'elle s'éparpille"

Dans la culture comme ailleurs, les jeunes femmes pensent au début qu'elles arrivent dans un monde égalitaire Les jeunes talents féminins sont très présents dans les festivals. Idem dans les écoles d'art où les femmes sont majoritaires. Puis, après 5, 10 ans, elles sont surprises par un très fort phénomène d'évaporation. Elles pensaient qu'elles vivaient dans un monde égalitaire, et peu à peu quand il s'agit de monter en responsabilité ou en grade, elles se font couper la tête les unes après les autres. C'est vrai pour les metteuses en scène, les autrices, celles qui se présentent à la direction de théâtre. Pour les actrices il y a aussi le fait que le répertoire dramatique offre des rôles majoritairement masculins et blancs. Les anglo-saxons n'ont pas peur de faire jouer un rôle de blanc à des acteurs non blancs, voire des rôles d'hommes à des femmes. Là-bas il y a des quotas et des statistiques ethniques, ce qui reste un tabou en France. Dans le monde de l'art comme ailleurs, une femme doit toujours prouver, elle a moins droit à l'erreur que les hommes. Si elle a plusieurs casquettes, on ne dira pas d'elle qu'elle a de multiples talents, mais qu'elle "s'éparpille". Si elle a de l'autorité, on ne dira pas qu'elle a de la poigne, mais qu'elle est "autoritaire"... Pour arriver à la parité dans le domaine culturel, il faut une vraie politique avec des objectifs chiffrés. Dans les établissements culturels publics, la parité pourrait être inscrite parmi d'autres principes dans le cahier des charges, avec des sanctions financières si ces objectifs ne sont  pas atteints. Blandine Pélissier est comédienne, metteuse en scène et traductrice du théatre contemporain anglo-saxon vers le français. Depuis plusieurs années elle milite avec le collectif H/F pour une véritable parité dans le monde du spectacle. Un milieu que l'on pense a prioiri émancipé et où pourtant il y a énormément à faire.

Le 17 novembre 2014 à 09:41

Valérie Mréjen : "Des personnes qui parlent comme des robots"

Comment expliquer son travail d’artiste ? Auteure, plasticienne, vidéaste, Valérie Mréjen ne sait que dire quand on lui demande de communiquer sur son travail actuel ou à venir : De quoi ça parle ? C’est quel genre de vidéos ? Sur quel thème ? Comment parler d’une nouvelle série d’œuvres dans un communiqué de presse ? Elle viendra (ne pas) en parler le 29 janvier au Rond-Point... Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Valérie Mréjen – Notamment par la façon dont on a remplacé les standardistes par des boîtes vocales. Je me souviens de l'époque où on tombait sur des gens au téléphone. Aujourd'hui, il faut respirer profondément pour ne pas raccrocher dès qu'on entend ces phrases pré-formatées jusqu'à l'absurde. Il n'est plus possible de signaler un problème : les options proposées sont généralement positives. Tout est positif. Si quelque chose ne marche pas, c'est le client qui fait une mauvaise utilisation. Et, lorsqu'on a finalement pu avoir un conseiller, ces dernières phrases : Madame X aviez-vous une autre question? Très bien madame, en espérant avoir répondu à votre question au nom de toute l'équipe Z je vous souhaite une très bonne journée. – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– 1. les formules apprises par coeur pour s'exprimer comme une boîte vocale. Il arrive quelquefois de tomber sur des personnes qui parlent réellement comme des robots.    2. la littérature, s'appuyer sur les mots des autres. – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Il faut la trouver. C'est un jeu de piste. Je commence par mettre en quarantaine les formules préexistantes qui arrivent par réflexe. Mais ces formules constituent aussi ma langue. Une partie de mon travail consiste à essayer de les "adopter". – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Ce qui a façonné mon rapport à la langue : une mère psychanalyste fascinée par le poids de la parole, un père dans les affaires pour qui seul un contrat écrit a de la valeur. L'impossibilité, pendant quelques années, de pouvoir être dans une autre attitude que celle de l'observation et du mutisme. Ce qui me nourrit au quotidien sont les phrases qui sonnent juste et dont j'essaye de comprendre le mécanisme, autant dans les livres que dans les conversations. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue".... Comment allez-vous vous y prendre ?– Je vais essayer de parler de ce moment où quelque chose a commencé pendant mes études aux beaux-arts, et où il fallait déjà savoir pouvoir parler de ce qu'on faisait. Comment parler d'un travail artistique? Comment le décrire? Je ferai également un tour d'horizon du langage des communiqués de presse et ses "questionne", "interroge", "s'inspire du réel".      

Le 18 octobre 2010 à 18:54

ORLAN

"Je n'ai pas fait usage de la chirurgie pour rester cute"

Avant d'entendre ORLAN ce mardi à l'Université Monstrueuse du Rond-Point, voici l'extrait d'un entretien avec la plasticienne paru dans le catalogue de l'exposition "Beautés monstres : curiosités, prodiges et phénomènes" présentée l'hiver dernier au musée des Beaux-Arts de Nancy"Une femme qui utilisait la chirurgie à des fins non esthétiques, c'était inconcevable. La presse n'a pas voulu comprendre et retransmettre ce que je voulais dire. Idem pour mes propos sur la douleur exposés dans mon manifeste L'Art charnel. J'étais tout à coup devenue la plus grande des masochistes. Pourtant mes performances sont contre la douleur, elles se tiennent à distance du body-art, des nouveaux primitifs et des rituels de souffrance comme le tatouage ou le piercing. Comment aurais-je pu lire des textes, donner des ordres, répondre en live aux questions sans anesthésie ? C'est invraisemblable ! Lorsque j'ai montré les images des opérations, j'ai proposé un exercice que vous faites probablement lorsque vous regardez les news à la télé. Il s'agissait de ne pas se laisser avoir par les images et de continuer à réfléchir à ce qu'il y avait derrière. L'humain a tellement besoin d'images matérialisant sa peur qu'il est capable de voir du monstrueux là où il n'y en a pas. Lorsqu'on se retourne sur moi dans la rue, ce qui arrive souvent car mon corps est devenu le lieu d'un débat public, je suis encore très surprise par certaines réactions."Entretien avec Estève et Agnès Vannouvong in "Beautés monstres, curiosités, prodiges et phoénomènes", éditions Somogy et Musée des Beaux-Arts de Nancy, 2009Plus sur ORLAN dans les liens ci-dessous

Le 11 mars 2013 à 14:34

Christian Salmon : Ces histoires qui nous gouvernent #3

La révolution de la subjectivité

> Premier épisode                > Episode suivant Dans sa conférence-performance "Ces histoires qui nous gouvernent", l'écrivain et journaliste Christian Salmon poursuit son salutaire travail d'analyse du story-telling. Dans cet extrait, il revient sur un récit édifiant mais fictif qui a joué un rôle décisif dans l'intervention américaine en Afghanistan et même au-delà. "Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une « arme de distraction massive ».L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré. Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine. " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

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