Valérie Mréjen : Communiqué

Trousses de secours, saison 3 : Rattraper la langue

Comment expliquer son travail d’artiste ? Que dire quand on vous demande de quoi ça parle ? C’est quel genre de vidéos ? Sur quel thème ? Comment essayer de donner une idée des thématiques présentes et de la forme, en quelques phrases ? Comment parler d’une nouvelle série d’œuvres dans un communiqué de presse ?

Enregistré le 29 janvier 2015 dans la salle Roland Topor Théâtre du Rond-Point.

Durée : 00:51:39

> les autres Trousses de secours dédiées à la langue



Place aux poètes, aux créolisants, aux corsaires du langage, place aux passeurs et aux décrypteurs de paroles, place aux cracheurs d'avenir.
Pauvre langue. Réduite en « éléments de langage ». Qui nous parle de plus en plus petit. Pasteurisée, simplifiée, désertifiée par les stratèges en communication. Confisquée par les adeptes du pugilat médiatique, de la harangue haineuse et du bashing. Nos paroles, nos pensées, les mots avec lesquels nous rêvons n'ont jamais été si convoités. Le langage est notre bien le plus précieux. Alors rattrapons ce qui nous échappe peu à peu. Ce langage qui nous façonne. Et qui façonne le monde. Toutes nos infinies façons de dire.

> le programme complet

 

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Le 4 mars 2013 à 19:38

Christian Salmon : Ces histoires qui nous gouvernent #2

George W Bush et Ashley Faulkner / L'étreinte

> Premier épisode                   > Episode suivant Dans sa conférence-performance "Ces histoires qui nous gouvernent", l'écrivain et journaliste Christian Salmon poursuit son salutaire travail d'analyse du story-telling. Dans cet extrait, il revient sur un récit édifiant mais fictif qui a joué un rôle décisif dans l'intervention américaine en Afghanistan et même au-delà. "Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une « arme de distraction massive ».L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré. Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine. " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

Le 18 octobre 2010 à 18:54

ORLAN

"Je n'ai pas fait usage de la chirurgie pour rester cute"

Avant d'entendre ORLAN ce mardi à l'Université Monstrueuse du Rond-Point, voici l'extrait d'un entretien avec la plasticienne paru dans le catalogue de l'exposition "Beautés monstres : curiosités, prodiges et phénomènes" présentée l'hiver dernier au musée des Beaux-Arts de Nancy"Une femme qui utilisait la chirurgie à des fins non esthétiques, c'était inconcevable. La presse n'a pas voulu comprendre et retransmettre ce que je voulais dire. Idem pour mes propos sur la douleur exposés dans mon manifeste L'Art charnel. J'étais tout à coup devenue la plus grande des masochistes. Pourtant mes performances sont contre la douleur, elles se tiennent à distance du body-art, des nouveaux primitifs et des rituels de souffrance comme le tatouage ou le piercing. Comment aurais-je pu lire des textes, donner des ordres, répondre en live aux questions sans anesthésie ? C'est invraisemblable ! Lorsque j'ai montré les images des opérations, j'ai proposé un exercice que vous faites probablement lorsque vous regardez les news à la télé. Il s'agissait de ne pas se laisser avoir par les images et de continuer à réfléchir à ce qu'il y avait derrière. L'humain a tellement besoin d'images matérialisant sa peur qu'il est capable de voir du monstrueux là où il n'y en a pas. Lorsqu'on se retourne sur moi dans la rue, ce qui arrive souvent car mon corps est devenu le lieu d'un débat public, je suis encore très surprise par certaines réactions."Entretien avec Estève et Agnès Vannouvong in "Beautés monstres, curiosités, prodiges et phoénomènes", éditions Somogy et Musée des Beaux-Arts de Nancy, 2009Plus sur ORLAN dans les liens ci-dessous

Le 13 novembre 2014 à 14:19

Hervé Le Tellier : "Je me sens mal à l'aise dans ma langue"

Marcel Bénabou, Paul Fournel, Hervé Le Tellier, Olivier Salon, le quarteron d'attaque de l'OuLiPo, revient au Rond-Point le 20 novembre avec une conférence-performance gargantuesque : Dis-moi quelle langue tu manges – langue crue, langue cuite et recuite, tranches de littérature mangées vivantes, vieux boucanés, langue fumée, langue plagiée chère aux vautours et autres charognards…   Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ? Hervé Le Tellier – Jacques Lacan disait qu'il « n’y a pas de rapport sexuel » et Woody Allen que « la langue est un organe sexuel qui sert accessoirement à parler. » On voit que rapport et langue ont à voir avec le sexe, ce qui est dégoûtant, et pour ma part, par là, comme dirait l'autre, je n’entends rien. Par ailleurs, la réponse à votre question est Oui. – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Ce qui menace la langue, c’est de la mépriser trop ou de la maîtriser pro. Ce qui la sauve, c’est qu’elle est bien plus forte que ce que chacun en fait. Par ailleurs, la réponse à votre question est un long rire sardonique, provoqué, comme nul ne le sait, par la renoncule de Sardaigne (trop rare tentative pour ranimer l’adjectif sardonique). – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Je me sens mal à l’aise dans ma langue, affirmation qui peut sembler une affèterie quand on a fait profession de son maniement. J’ai toujours une tournure anglo-saxonne en tête, reliquat d’une enfance londonienne, un doute sur l'ordre d’une phrase, et une insatisfaction du premier mot venu. J’ai la sensation que tous mes textes sont inachevés, presque abandonnés. Une espèce de doute d’autodidacte. Par ailleurs, la réponse à votre question est. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu’est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Oui-Oui et la voiture jaune, que j’ai relu récemment et ça ne résiste pas. Puis Rabelais, Gary, Vian, Queneau, dans le désordre. Par ailleurs, la réponse . – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue"... Comment allez-vous vous y prendre ?– Vous allez voir, vous allez en rester sur le cul. C’est du tizingue, comme on dit en français. Par ailleurs.

Le 28 mai 2015 à 12:48

La Revue de presse théâtre, cadeau du "Spectateur de Belleville"

Les sites recommandés

Voilà une attitude qu'on aime bien à ventscontraires : vous avez la chance d'avoir un boulot où convergent des infos qu'il serait aimable de partager, eh bien vous y allez, vous prenez le temps de passer le meilleur à tous, via le réseau. C'est ce que fait justement le "Spectateur de Belleville", auteur anonyme de La Revue de presse théâtre. Comme il vous le dit lui même sur sa page d'accueil, il vous offre "une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement". Merci Spectateur de Belleville, elle est très bien faite, je l'utilise tous les jours. Vous aimez le spectacle vivant et seriez bien content d'avoir une synthèse plurielle et pointue de ce qui s'y vit et joue, en France et au-delà ? Allez y jeter un œil. Ce Scoop.it! alimenté par le laconique Bellevillois pourrait bien être l'adresse qui vous manquait. J'écris laconique, car si on trouve tous les articles des journaux auxquels on n'est pas forcément abonné, rien sur l'auteur sinon cette signature aux antipodes de la blogorrhée généralisée qui caractérise notre époque : "LE SEUL BLOG THEATRAL DANS LEQUEL SON AUTEUR N'A PAS ECRIT UNE SEULE LIGNE."  Nul selfie n'illustre sa page d'accueil, notre gentil corbeau s'est malicieusement choisi pour avatar un trompe-l'œil peint en 1874 par l'Espagnol Pere Borrell del Caso et intitulé Escapando de la critica (Echapper à la critique) : un jeune garçon effayé s'enfuit hors du cadre où il était enfermé, comme s'il ne pouvait supporter la violence cuisante d'un regard critique — clin d'œil confraternel aux artistes puisque Alain Neddam, car il s'agit de lui, est un homme transversal qui aura expérimenté tous les leviers du spectacle vivant : il a codirigé des théâtres et des écoles de théâtre, enseigné le métier d'acteur, assisté les plus grands metteurs en scène et chorégraphes, mis en scène, écrit sur le théâtre, et  aujourd'hui il court tous les soirs au spectacle pour le ministère dont il a rejoint la flottille d'inspecteurs patentés. Un homme, bref, pétri de l'esprit du service public qui, lorsque revenu tard la nuit au flanc de son quartier pentu, veille encore un peu à la lueur de son ordinateur pour nous envoyer les bonnes infos du jour. > La Revue de presse théâtre  

Le 4 novembre 2014 à 09:55

L'OuLiPo chasse la langue au lamparo ou à tâtons

Trousses de secours

Marcel Bénabou, Paul Fournel, Hervé Le Tellier, Olivier Salon, le quarteron d'attaque de l'OuLiPo, revient au Rond-Point avec une conférence-performance gargantuesque : Dis-moi quelle langue tu manges – langue crue, langue cuite et recuite, tranches de littérature mangées vivantes, vieux boucanés, langue fumée, langue plagiée chère aux vautours et autres charognards… Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Paul Fournel – Les choses vont bien mieux qu'avec le Président de la République précédent (pas difficile), mais nous ne sommes pas encore revenus au niveau des Présidents antérieurs qui, chacun à sa façon, avaient un bel usage de la langue : lyrisme de de Gaulle, rigueur de Pompidou, charme bourgeois de Giscard, gouaille impeccable de Chirac, maîtrise chirurgicale de Mitterrand.Après le passage linguistiquement catastrophique de Sarkozy, Hollande impose une méritoire correction qui pourra peut-être devenir le tremplin d'un nouveau départ vers une authentique "qualité France". – Selon vous, qu’est-ce qui menace la langue et qu’est-ce qui la « sauve » ?– L'usage et l'usage. – Et votre propre langue, qu’avez-vous à en dire ?– En gros, c'est du français. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu’est-ce qui la nourrit au quotidien ?– La découverte de la langue de ma mère d'abord. Ensuite la découverte de la langue des autres et enfin, au quotidien, la découverte toujours renouvelée qu'on peut parler pour dire des choses passionnantes ou parler pour ne rien dire. Voilà qui façonne et voilà qui nourrit. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point « rattraper la langue »… Comment allez-vous vous y prendre ?– Pour être franc, à l'heure qu'il est cela m'arrangerait grandement de le savoir. Une idée ? > plus sur la conférence-performance de l'OuLiPo

Le 11 mars 2013 à 14:34

Christian Salmon : Ces histoires qui nous gouvernent #3

La révolution de la subjectivité

> Premier épisode                > Episode suivant Dans sa conférence-performance "Ces histoires qui nous gouvernent", l'écrivain et journaliste Christian Salmon poursuit son salutaire travail d'analyse du story-telling. Dans cet extrait, il revient sur un récit édifiant mais fictif qui a joué un rôle décisif dans l'intervention américaine en Afghanistan et même au-delà. "Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une « arme de distraction massive ».L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré. Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine. " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

Le 31 mars 2015 à 04:40

Jérôme Rouger : "Je crois que l'humanité fait sa crise d'adolescence"

En spécialiste des allocutions détournées, Jérôme Rouger vient le 3 avril au Rond-Point défendre les droits de la poule et les conditions de vie de l’œuf en venant poser la question : mais pourquoi donc les poules préfèrent-elles être élevées en batterie et ressentent-elles le besoin de se coller les unes aux autres, dans des conditions qui paraissent pourtant peu enviables ? Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Jérôme Rouger – Et bien je dois dire que je m’estime parfaitement incompétent pour répondre à cette question. Et comme je pense régulièrement : si à chaque fois que quelqu’un d’incompétent qui a quelque chose de pas intéressant à dire quand on l’interroge sur un sujet, s’abstenait, la langue, la littérature et l’humanité ne s’en porteraient pas plus mal, aussi vous me permettrez donc de passer directement à la seconde question. – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Mes grands-parents parlaient le patois là où ils vivaient, dans le nord des Deux-Sèvres. J'ai encore un oncle qui parle ce parlhange dans la vie de tous les jours. Mais au cours de mon existence, cette façon de parler aura disparu, du moins dans son usage par des gens au quotidien. Mes oreilles auront entendu une langue faire silence définitivement.Ma mère me racontait que quand elle était enfant, elle parlait ce patois à l’école, et on se moquait d’elle, alors elle a appris à parler toujours en français. Si je me réfère à cet exemple, qu’on considère ou pas que ce parlhange est une langue n’a à mon avis par d’importance, ce qui l’a menacée et tuée, c’est le fait d’être parlée uniquement par des « dominés », des gens qui n’avaient pas assez d’outils pour la défendre. Et on a donc réussi, par désir d’uniformisation, pour renforcer l’adhésion à la communauté nationale, non seulement à retirer aux gens toute fierté de la parler, mais même à leur en faire éprouver un sentiment de honte.A l’inverse, ce qui sauve une langue, ou la conserve, c’est qu’elle soit pratiquée, enseignée, c’est surtout qu’elle fasse communauté, qu’elle soit un objet de fierté pour ceux qui la parlent, voire un moyen de défendre la communauté, et qu’elle soit parlée par tous les corps, sans distinction sociale, de cette communauté.Même s’il y a certainement des « langues de résistance », il me semble que leur pérennité passe par là. – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– En prolongement de ce que je viens de répondre à la question précédente, je dirai que ma langue est une langue qui parle de la domination et de la manipulation. Elle le fait de façon j’espère astucieuse, c'est-à-dire sans dire son nom, en cachette. C’est pour cela que j’en ai déjà trop dit et que je n’en dirai pas plus sur cet aspect.C’est aussi une langue du rire, et ce n’est pas ici que je vais faire la leçon sur la puissance du rire. C’est d’ailleurs bien pour cela qu’il est si souvent dénigré. Mon rire à moi joue plutôt avec la syntaxe, le rythme et le sens, qu’avec les jeux de mots. J’aime aussi le rire pour son aspect fédérateur, il ne laisse pas grand monde de côté.C'est souvent aussi une langue de l'oralité, écrite pour que ça coule, pour que ça donne comme l'impression de ne pas avoir été écrit. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Dans ma famille maternelle, il y a beaucoup de légèreté, ce qui pourrait s’apparenter à une espèce de sagesse populaire. Mon grand-père et ses enfants, particulièrement mon plus jeune oncle, font énormément de blagues aux autres dans la vie quotidienne, ils sont fantaisistes, et très certainement cela m’a marqué.J’ai aussi toujours été attiré par les gens décalés, les fous, je crois parce qu’ils nous interpellent sur notre propre condition et sur la relativité de toute chose... J’aime les gens qui ne font pas comme les autres, qui ne sont pas lisses, qui ne mettent pas leurs qualités au service de la domination de l’homme par l’homme ou d’une vie toute tracée.Ce qui nourrit ma langue au quotidien, c’est toute cette histoire et l’observation de l’autre. Je prends grand plaisir à observer comment les gens d’un même milieu épousent les mêmes codes, se copient, s'imitent, bref, s’envoient des signes de reconnaissance, parfois jusqu’à la parodie d’eux-mêmes.La langue de la Culture par exemple, c’est quelque chose.C’est certainement pour cela que je m’intéresse aussi beaucoup à l’observation des différentes rhétoriques : celle de l'élu, celle du prof, celle du lobbyiste, celle du militant, celle du directeur de théâtre… Je m’intéresse à observer comment les gens parlent et comment cela indique ou pas leur place dans la société, ou la conditionne. Parce que si j’entends aussi par langue, une façon de l’utiliser, elle traduit une appartenance à un corps social, à des repères… bien observée, elle dit non seulement l’appartenance sociale de quelqu’un mais traduit aussi comment cette personne en est plus ou moins détachée.Après il y a toutes les "rencontres" avec l’art sous toutes ses formes : les lectures, les spectacles… et tous les gens que j’ai rencontrés en exerçant ce métier.Même si je crois que ça ne se voit pas du tout dans ce que je vais faire chez vous, j’ai été marqué par la rencontre avec la poésie (de Rimbaud à René Char). Tous ces textes qui vont vous chercher et vous trouver immédiatement, dans ce que vous considérez comme la partie la plus noble de votre être, qui raisonnent en vous, et sans que vous ne sachiez expliquer précisément pourquoi, sans que vous ne puissiez donner un sens précis à ce que vous lisez. « Nous ne pouvons comprendre toute la vérité : mais nous pouvons parfois comme la saisir sans la prendre, tendre nos mains mentales » dit si joliment Valère Novarina. C’est pour cela qu’il n’y a aucune vérité définitive dans ce que j’écris. Le théâtre ne trouve pas de réponses, il cherche des nouvelles questions, ou de nouvelles façons de se les poser.Autrement, ces dernières années, comme le milieu des arts de la parole a souhaité se développer au-delà du seul conte, j’ai souvent été invité dans des manifestations qui entendent « arts de la parole » au sens très large, et j’ai ainsi rencontré beaucoup de conteurs.J’ai ainsi pu prendre conscience que je ne me sentais pas du tout conteur. Je compte beaucoup d’amis conteurs, mais je dois dire que le conte et la diction du conteur m’ennuient souvent. C’est certainement pendant certains spectacles de conte que je me suis le plus ennuyé (et pourtant j’ai assisté à beaucoup de concerts de jazz expérimental !) Mais cela m’a aussi permis de comprendre ma différence, et peut-être ainsi de pouvoir la désigner.Je suis beaucoup plus marqué par le phrasé de gens comme Jacques Bonnaffé, Laurence Vielle, Bernard Lubat, Bernard Combi… des phrasés du rythme, de la syntaxe, de Jean-Quentin Châtelain, ou encore de Dominique Pinon dans « Pour Louis de Funès » de Novarina (mis en scène par Renaud Cojo).Et puis il y a aussi tous ces gens qui me font beaucoup rire, dans des genres très différents : Fred Toush, Albert Meslay, le Théâtre Group’, Nicolas Jules, même si c’est un chanteur la liste est longue. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue" avec votre performance : "Pourquoi les poules préfèrent-elles être élevées en batterie"? Est-ce à dire que notre part grégaire nous condamne au gloussement vain et à l'impuissance ?– Certes, si l’on se fait encore des illusions sur l’émancipation de la poule et le grand soir des gallinacées, il y a des raisons de désespérer. Mais aucun gloussement n’est vain, sauf si l’on pense sauver l’humanité avec un petit gloussement. C’est l’histoire du colibri de Pierre Rabhi. Car un peu partout naissent des initiatives passionnantes, des gens se fédèrent pour fonctionner autrement, en dehors des circuits traditionnels, inventent d’autres façon de vivre ensemble, de subvenir à leurs besoins,…Je crois que l’humanité fait sa crise d’adolescence. Elle a besoin d’expérimenter, de se faire mal, peut-être même très mal, elle a besoin de chercher ses limites.Mais je pense qu’elle s’en remettra. Et notamment grâce à tous ces gloussements qui ne sont pas vains.Il y a certes mille raisons de penser comme Einstein « deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. » Et quand on sort son nez de l’actualité quotidienne, et qu’on voit tous ces gens formidables qui nous entourent, il y a aussi mille raisons d’espérer.  

Le 25 juin 2010 à 16:07

Les Festivals recommandés par ventscontraires.net

Tout ceci est absolument véridique

Si, ayant suivi l'avis de Jean-Loup Chiflet, vous passez l'été replié loin des festivals et que soudain la démangeaison culturelle vous reprenait, voici un florilège de festivals triés sur le volet par la rédaction de ventscontraires.net :Enghien a son festival de la carte postale. Rouen le festival de la Brouette. Louiseville celui de la Galette. Les journées de la Harpe sont à Arles. Le festival de la Photo de Montagne est à Pralognan. Le festival de la Voix au Pays de Dieulefit. Le festival de la Parole de Dieu au Parc des Expositions de Caen. Le festival national des Robots à Mantes-la-Jolie. Et celui des Fées à Saint-Pierre-en-Vaux. Il y a festival de la 111ème Rosière de Pessac. Il y a le festival de la caricature « Les Humouroïdes » à Corcoué sur Logne. Tauxigny a le festival de la Contemplation. Condom a le festival de Bandas. Le Val d’Argent celui de la Soupe. Sans oublier le festival international de Montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu.Sainte Enimie en Lozère a la BD médiévale et pseudo-médiévale. L'Université Nice Sophia Antipolis a le festival de la Quatrième dimension. Paris a son festival du Thé. L’île de Groix le festival international du Film insulaire. Le festival du Mot est à la Charité sur Loire. Les Globe-trotters à Massy. Les Jeunes Auteurs à Saint Geoirs. Le festival des Carnets à Brest. Et si rien de tout cela ne vous attire, ou si vous ne n'avez pas le cœur de sortir du bled où vous avez votre tanière, pourquoi ne pas y lancer vous-même votre propre festival ? Besoin d'une idée ? Lancez le festival le plus bref de France et du monde – il ne durerait que quelques minutes ou secondes – nommez-le "festival du B.R.E.F." (Brèves Rencontres sur l’Expression Fragmentaire), appelez sans attendre le maire du coin...

Le 4 novembre 2014 à 11:07

Qu'importe le flacon

Article paru conjointement dans Le 1 n°30

Hier, au comptoir d'un bistrot parisien quai des Célestins, un Américain, médecin de son état, amoureux de Paris et des vins français, m'expliquait avec un accent yankee que le chablis dont il s'abreuvait faisait chanter ; qu'il y a quinze ans, quand il venait à Paris, personne ne comprenait l'anglais et qu'aujourd'hui tout le monde le parle. « Tu es content ou non ? ». A vrai dire, la langue m'importe peu, c'est ce qu'elle véhicule qui m'importe. Si parler anglais rend plus intelligent, parlons anglais. Si l'italien et l'espagnol, mêlant leur vocabulaire au nôtre, nous permettent de mieux dire l'amour de l'art ou l'amour tout court, accueillons-les à cœur ouvert. Si la grammaire allemande s'empare de la nôtre, nous permettant ainsi de mieux exprimer les tréfonds de notre âme, vive l'allemand. Une langue, c'est d'abord l'esprit. Si une autre vient l'enrichir en pensée, l'échangisme me semble salutaire. Quelques mots d'arabe par exemple dans le dernier livre de monsieur Zemmour auraient rendu son français moins odieux. Pas d'inquiétude. Que les puristes, les intégristes du Littré se rassurent, notre langue dès qu'elle est lumière n'a besoin d'aucune frontière pour la protéger. Rabelais, Racine, Nerval, Queneau, Guyotat et quelques autres s'en chargent, rappelant à tous qu'elle aide à vivre les hommes. Cet article est paru dans le n°30 de l'hebdo Le 1partenaire de ventscontraireset du Théâtre du Rond-Point

Le 17 novembre 2014 à 09:41

Valérie Mréjen : "Des personnes qui parlent comme des robots"

Comment expliquer son travail d’artiste ? Auteure, plasticienne, vidéaste, Valérie Mréjen ne sait que dire quand on lui demande de communiquer sur son travail actuel ou à venir : De quoi ça parle ? C’est quel genre de vidéos ? Sur quel thème ? Comment parler d’une nouvelle série d’œuvres dans un communiqué de presse ? Elle viendra (ne pas) en parler le 29 janvier au Rond-Point... Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Valérie Mréjen – Notamment par la façon dont on a remplacé les standardistes par des boîtes vocales. Je me souviens de l'époque où on tombait sur des gens au téléphone. Aujourd'hui, il faut respirer profondément pour ne pas raccrocher dès qu'on entend ces phrases pré-formatées jusqu'à l'absurde. Il n'est plus possible de signaler un problème : les options proposées sont généralement positives. Tout est positif. Si quelque chose ne marche pas, c'est le client qui fait une mauvaise utilisation. Et, lorsqu'on a finalement pu avoir un conseiller, ces dernières phrases : Madame X aviez-vous une autre question? Très bien madame, en espérant avoir répondu à votre question au nom de toute l'équipe Z je vous souhaite une très bonne journée. – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– 1. les formules apprises par coeur pour s'exprimer comme une boîte vocale. Il arrive quelquefois de tomber sur des personnes qui parlent réellement comme des robots.    2. la littérature, s'appuyer sur les mots des autres. – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Il faut la trouver. C'est un jeu de piste. Je commence par mettre en quarantaine les formules préexistantes qui arrivent par réflexe. Mais ces formules constituent aussi ma langue. Une partie de mon travail consiste à essayer de les "adopter". – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Ce qui a façonné mon rapport à la langue : une mère psychanalyste fascinée par le poids de la parole, un père dans les affaires pour qui seul un contrat écrit a de la valeur. L'impossibilité, pendant quelques années, de pouvoir être dans une autre attitude que celle de l'observation et du mutisme. Ce qui me nourrit au quotidien sont les phrases qui sonnent juste et dont j'essaye de comprendre le mécanisme, autant dans les livres que dans les conversations. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue".... Comment allez-vous vous y prendre ?– Je vais essayer de parler de ce moment où quelque chose a commencé pendant mes études aux beaux-arts, et où il fallait déjà savoir pouvoir parler de ce qu'on faisait. Comment parler d'un travail artistique? Comment le décrire? Je ferai également un tour d'horizon du langage des communiqués de presse et ses "questionne", "interroge", "s'inspire du réel".      

Le 11 septembre 2012 à 09:39

Pierrick Sorin

Portrait sans valeur / autoportrait en monstre

Seul Pierrick Sorin peut dire qui est Pierrick Sorin. Tout portrait de Pierrick Sorin qui n'est pas réalisé vidéastement par Pierrick Sorin est faux. Tout écrit sur Pierrick Sorin qui n'est pas signé de sa main ne raconte rien sur Pierrick Sorin. Considérez donc que les lignes qui suivent – dont il n'est pas l'auteur – sont une accumulation de suppositions biographiques et d'analyses approximatives de son œuvre qui n'ont aucune valeur. Pierrick Sorin est né à Nantes en 1960. Il a fait l'école des Beaux-Arts dans cette ville. Il y vit. C'est un iconoclaste laconique dont la placidité drolatique le rapproche de Méliès, Buster Keaton, Tati et surtout de lui-même. Ses œuvres sont composées de trois matériaux : la vidéo, son physique et sa voix, des textes intelligents qui rappellent que ce n'est pas parce que ce qu'il fait est magique, cocasse, superficiel et rigolo et qu'il est le seul interprète, que ce n'est pas du grand art. Il n'a pas besoin de le dire, nous savons que c'est du grand art puisque c'est de l'illusion d'art. Quand c'est du vrai art, ce n'en est plus.Titres de quelques-unes de ses œuvres :– Jean-Louis Pichon, Seigneur de la nuit– A vieille mule, frein doré– Martin met ses lunettes, puis son chapeau– L'Homme qui aimait les biscottes– Espace-temps et petites cochonneries– L'Artiste, le méchant et le conservateur– J'ai même gardé mes chaussons pour aller à la boulangerie– Opérateur personnel de chirurgie faciale– Le Générateur de gros bébés– 143 positions érotiques– Tentative d'expression de la beauté intérieure– 22h13, ce titre est susceptible d'être modifié d'une minute à l'autreIl y en a des centaines d'autres.Voir pierricksorin.com.Il a exposé, performé, projeté, joué dans des galeries, des musées et des théâtres prestigieux. Il est seul, toujours, comme tout le monde, il se regarde comme tout le monde, mais il le fait mieux que tout le monde.vidéo : Pierrick Sorin, Autoportrait en monstre, 2000 Collection de la Maison européenne de la photographie

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