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Publié le 17/02/2015

Fabrice Nicolino : "Si on ne change pas nos pratiques alimentaires, on va vers une famine mondiale"


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Un mortel appétit de viande ?

Concernant la viande, la question majeure n'est pas tant (ou pas seulement) de savoir si on doit en manger ou non. Il convient aussi et avant tout de se pencher sur les conséquences de sa consommation massive, conséquences individuelles en termes de santé mais aussi et surtout conséquences planétaires : quand l'accroissement des surfaces consacrées à l'élevage remet en cause les équilibres agricoles mondiaux et risque, à terme, de nous conduire à la catastrophe.

Cette interview a été réalisée le 17 décembre 2014 dans les locaux de Charlie Hebdo où Fabrice Nicolino tient une chronique régulière. Le 7 janvier dernier, Fabrice a été grièvement blessé dans l'attentat contre la rédaction. Il est aujourd'hui toujours hospitalisé. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement.

Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

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Fabrice Nicolino

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Le 21 février 2015 à 10:10

La Viande qui vient

Avant de cesser de manger de la viande, j’avais un cauchemar récurrent. Je voyageais dans mon propre ventre. Je traversais mes intestins comme si c’étaient des enfers en technicolor, avec des couleurs criardes. Au cœur de ceux-ci il y avait un grand diable fait entièrement de saucisses animées et il me narguait en me présentant, dans des souffrances épouvantables, tous les porcs qui étaient morts pour remplir mon gros ventre. Alors que mon apparence extérieure restait intacte, je sentais mon âme dévorée, non par les bêtes, mais par moi-même. Heureux, l’homme que le lion dévorera, et l’homme deviendra lion. Malheureux, l’homme qui dévorera le lion, et l’homme restera homme.Je devenais comparable à la déesse Kali, se dévorant elle-même. Je me vivais comme l’épiphanie ténébreuse d’une fin du monde. J’étais, moi-même, l’Apocalypse. Nous ne dévorons pas que des animaux. Nous dévorons aussi des hommes, et nous dégustons leurs infortunes. Nous nous saoulons quotidiennement du sang de tous ceux dont l’échec nourrit notre réussite ; nous léchons avec délectation les larmes de tous ceux dont le malheur épice notre plaisir. Il faudrait que cette envie de vomir qu’il nous prend à la vue de certains plats de viande jadis appréciés, nous puissions l’avoir au goût de certains comportements politiques qui se paient sur l’intégrité des autres. Il ne faut pas se refuser à une tentation, avec la raideur du prêtre, elle n’en devient jamais que plus impérieuse. Il faut réussir à comprendre de quoi est composé une passion pour finir par estimer tout à fait logique de s’en passer. Et, de la même façon qu’on finit par trouver qu’une odeur qui fut naguère celle, ragoûtante, d’un plat de saucisses, est devenu un dégoût perpétuel, parce qu’à cette odeur ne se rattache plus la détente de l’enfant qui va manger un hot dog à midi avec des frites, mais la vision des porcs qui meurent pour produire cette denrée ; de la même façon, on cessera de prendre du plaisir à la servitude des autres. On cessera de s’acharner avec une jubilation mauvaise sur les minorités pauvres de ce pays, on cessera de vouloir « contrôler » l’immigration et on commencera par ne pas trouver normal que nous nous enrichissions sur le pillage de l’Afrique. On en finira avec toute la politique « civilisatrice », néo-coloniale américano-européenne. On cessera de donner des leçons aux autres, et on commencera par se comporter à peu près décemment avec les personnes qui nettoient nos chiottes, nos métros, nos rues. Parce que ça nous semblerait dégradant pour nous, même, de tenir les plus pauvres et les plus faibles en servitude. Parce que ça aura cessé de nous faire jouir. La sempiternelle amnésie dans laquelle nous vivons l’ingurgitation des repas devrait nous renseigner sur la façon dont fonctionne notre appareil cérébral. La nourriture, c’est la base active sur laquelle nous composons notre traversée des émotions. Or nous ne savons à peu près jamais ce que nous mangeons, et nous nous contrefichons de ce qui doit passer par ce que nous mangeons pour que nous nous estimions repus. Egalement, passé un certain moment de la vie – celui à partir duquel on juge qu’on est « adulte » – on cesse de questionner la véritable raison de nos actes, et l’articulation entre nos sentiments, bons ou mauvais, nos réactions, bizarres ou logiques, nos expressions, rationnelles ou délirantes. Il faut imaginer que les super-riches ne se rendent pas compte du mal qu’ils produisent, et qu’ils en ressentent seulement l’impérieux besoin : ils se paient sur le dos des pauvres comme les pauvres se paient sur le dos de leur famille, qu’ils torturent, ou des animaux, qu’ils frappent et bouffent. Ils ont besoin d’assouvir une pulsion destructrice parce qu’elle leur semble la seule à les rassurer sur la réalité de leur puissance. C’est la même chose chez les amoureux déçus, malades d’amour qui transmettent leur malédiction à leur future proie. Ils veulent manger comme ils ont été mangés. Et encore, « vouloir » n’est pas le bon terme ; ils ne savent plus aimer autrement. La souffrance c’est comme une carte maudite tirée au jeu et qu’on veut remettre au plus vite en circulation, mais qui nous revient sans cesse entre les mains. En réalité, on ne peut pas s’en défaire en la refilant à quelqu’un ; rien ne sert d’essayer de s’en débarrasser ; il faut la brûler soi-même avec le feu de son âme, et c’est le travail de toute une vie. L’intensification des passions égoïstes et la façon dont le superflu devient plus obsédant que le nécessaire, il n’est pas besoin d’imaginer de raisons plus subtiles au misérable fonctionnement de ce monde. Il n’y a rien de plus facile à déduire que l’insensibilité pathologique de ceux qui réussissent : ils ont été progressivement habitués à un certain nombre de sacrifices de la part d’autrui, sacrifices qui furent nécessaires pour leur ascension, et de ces sacrifices, ils finissent par en éprouver, non pas le désir, mais bien le besoin. Les super-riches ont besoin de nous voir nous appauvrir et nous avons besoin de voir s’anéantir les misérables. Nous avons besoin de voir souffrir les animaux, et les puissants ont besoin de nous voir mourir pour eux. Nous sommes ce qu’ils mangent. Nous sommes la viande qui vient. Et plus ils grossiront, plus ils auront faim.

Le 1 avril 2010

Florence Aubenas

Rire en pleine catastrophe

"Il faut commencer par se souvenir de l’Algérie en 2003, au moment où un tremblement de terre avait ravagé la moitié de la côte, entre Alger et Boumerdès, suivi par un torrent de boue qui avait submergé Bab-El-Oued, puis par une secousse qui avait fini d’anéantir les rares bâtiments encore debout. Les sauveteurs n’ont aucun matériel, même les pioches manquent. Ils sont à genoux et déblayent des montagnes de décombres avec leurs ongles. Des cris, des appels percent parfois sous les gravats, très forts d’abord, puis de plus en plus faibles jusqu’à s’éteindre. On parle de 2500 morts, mais il y en a tant qu’aucun bilan ne réussit à les chiffrer, et tant de réfugiés que l’horizon se couvre de tentes. Ceci est aussi le début d’une histoire drôle, vous allez voir. Ou plutôt une histoire de rires. La présidence et l’armée ont pris l’organisation des secours sous leur coupe et en ont fait leur domaine réservé. Dans le pays, rien ne doit échapper à leur contrôle, même pas le malheur. Des barrages sont dressés sur les routes et à l’entrée des camps sinistrés. Tout citoyen qui, dans un élan de solidarité, tente d’apporter aux réfugiés de l’aide, du pain, des vêtements, est refoulé comme un brigand. L’Etat a décrété qu’il s’occuperait de tout : « Chaque sinistré aura droit a un repas chaud par jour. »L’été approche, juin est déjà bien entamé. Il fait plus de 40 degrés sous les tentes. Dans un camp près de Boufarik, un scout en grand uniforme distribue le fameux « repas chaud » : macaronis et œufs durs, ce jour-là. Les rescapés prennent les œufs mais tous, ou presque, remercient pour les pâtes : « Il fait trop chaud, l’eau manque… » Le scout ne dit rien d’abord, mais on le sent fulminer. D’un coup, il finit par hurler : « Maintenant ça suffit. On a dit qu’il fallait un repas chaud par jour. Celui qui ne prend pas ses macaronis n’aura pas droit à l’œuf. » Encadrée par des gradés, armes au côté, la file des rescapés s’est immobilisée, gamelle à la main. Plus un bruit, sauf celui des bottes. C’est Ahmed qui a ri le premier, ce maçon qui a perdu toute sa famille dans l’effondrement de son immeuble. Puis, Mouloud – dont un enfant sur six a survécu – commence à glousser, puis Djamila, qui est sans nouvelles de ses parents, puis tout un groupe de footballeurs, miraculés de l’effondrement d’un stade, se met à hoqueter à son tour. Et voilà le camp entier secoué de spasmes irrépressibles, des dizaines de réfugiés qui pleurent de rire devant le petit scout en uniforme. A ce rire-là, donc, à tous ces rires-là."Florence Aubenas, journaliste, écrivainArticle édité dans le catalogue Le Rire de résistance, BeauxArts éditions et Théâtre du Rond-Point

Le 19 juin 2015 à 08:59

Animal, transe, trou

Tu as 65 ans, pour une raison médicale qui te regarde tu sais que tu vas bientôt mourir, sur base de discussions que tu as eues avec lui ton entrepreneur de pompes funèbres expérimentales te conseille, pour ton enterrement, de te faire manger par des loups en Mongolie, comme d’ailleurs c’est la pratique traditionnelle là-bas. Tu imagines ton cadavre se faire manger, dépecer par des loups, ça te plaît tellement que tu te dis : « Eh mais je veux vivre ça de mon vivant nom de Dieu ! » Tu t’en vas en Mongolie, sur place tu te procures une dose de drogues anesthésiantes suffisantes pour endormir un yak, tu te pointes dans la steppe, marche 4 jours et 4 nuits sans t’arrêter, t’écroules par terre, les loups s’approchent, tu prends tes drogues. Le temps que la chimie fasse son effet les loups te reniflent, tu t’endors aux premiers grognements. A ton réveil tu es toujours insensible et tu constates que les loups se font bien plaisir, il te manque de solides morceaux de viande. Bizarrement, tout ceci te fait tellement triper que tu te dis : « Hors de question que je meure sans vivre encore d’autres expériences dans ce goût-là ! » De retour dans le monde civilisé tu survis, et tu survis d’autant mieux que les loups auraient apparemment bouffé toutes les saloperies qui te ravageaient le corps ; après quelques mois tu pètes la forme, tout va bien mais il manque quelque chose : tu voudrais réitérer l’expérience de ton corps livré à la faim des loups. Un jour en rue tu sympathises avec un chien qui semble sauvage, très drôle, très intelligent, très fin, subtil, rapide et rusé, drôle. Il a l’air de vouloir te montrer quelque chose, tu le suis, il t’emmène chez quelqu’un qui te dit : « Bonjour je suis une pute biohardcore anarcho-autonome, je suis sûre que je peux vous aider. » Tu lui dis : « Je veux me prostituer le corps, la viande du corps aux loups. Je veux donner un max de plaisir à une meute de loups, je veux payer de ma personne, votre métier m’intéresse, je suis fasciné par la charge mystique des fantasmes générés par votre métier de pute, je veux vivre cette charge à fond, être à fond dans le don, dans le don prostitutionnel, animal, mystico-biologique, hardcore du vivant, biohardcore. » Bref tu lui racontes ton fantasme de te faire bouffer encore par des loups, elle marche à fond mais te propose un truc encore mieux car moins cher, plus facile d’accès et très intense : un truc incroyable avec elle et des carpes, ça se passe dans un étang, sous l’eau, expérience extatique dingue. Quelques jours après ça y est, tu es complètement addict et pars vivre dans un trou dans la forêt.

Le 9 décembre 2015 à 10:04

On joue

BERTRAND. Alors voilà, on va jouer au marchand. Disons que je serai le marchand.   MARIE-ANGE. Mais enfin, Bertrand, nous sommes adultes. Jouer au marchand ou à la marchande c’est réservé aux enfants. Nous avons passé l’âge de ces jeux-là. BERTRAND. L’âge, toujours l’âge ! On s’en fiche de l’âge. Je vous en prie, Marie-Ange, acceptez. Cela nous divertira. MARIE-ANGE. Vous, alors, vous êtes un diable. Tout le temps des fantaisies en tête ! Vous finirez un jour par me faire faire n’importe quoi. Eh bien soit, jouons ! Donc vous serez le marchand et moi la cliente, je suppose.         BERTRAND. Exactement. MARIE-ANGE. Et vous vendrez quoi ? BERTRAND. Disons que je serai boucher. En tant que boucher, logiquement je vous vendrai de la viande. MARIE-ANGE. De la viande ? Ah, non ! Vous savez bien que je suis végétarienne. De toute façon boucher c’est vulgaire. BERTRAND. Par pitié, Marie-Ange, arrêtez vos sempiternelles objections. Je ne comprends pas pourquoi vous dites que boucher c’est vulgaire. Boucher c’est très intéressant. Je vous ficellerai des rôtis bien tendres, je vous vendrai des steaks hachés, je vous emballerai de beaux gigots. MARIE-ANGE. Bertrand, faut-il que vous soyez aveugle pour ne pas vous rendre compte que ce n’est pas de viande dont j’ai besoin… BERTRAND. Oui, plutôt de fruits et légumes, je sais, vous l’avez déjà dit. MARIE-ANGE. De fruits et légumes, bien sûr, mais surtout d’amour. J’ai besoin d’amour, Bertrand ! Je suis un être fragile, sensible à la délicatesse des sentiments et au souffle du romantisme. Ce qui me comble c’est l’élégance d’une caresse, la suavité d’un mot tendre soufflé à mon oreille, les belles manières du prétendant qui cherche à me séduire. BERTRAND. Le boucher n’est pas une bête, Marie-Ange ! Il maîtrise avec subtilité le vocabulaire de la séduction en usage dans son métier. MARIE-ANGE. Ça reste à prouver. BERTRAND. Eh bien laissez-moi vous culbuter sur l’étal, entre la balance et le tiroir caisse, et vous en aurez la preuve. MARIE-ANGE. Mais enfin Bertrand, qu’est-ce qu’il vous prend ? BERTRAND. Mes mains s’affolent de vos jarrets jusqu’à vos basses côtes, elles remontent jusqu’au collier et s’aventurent vers la culotte. MARIE-ANGE. Vous êtes un bandit, j’aurais dû me méfier ! BERTRAND. Je titille votre aloyau, j’agace un peu les escalopes, je réjouis le paleron, j’échauffe l’aiguillette… MARIE-ANGE. Comme vous y allez ! BERTRAND. Prête à vous faire chatouiller l’onglet, attendrir la macreuse et graisser le tendron ? MARIE-ANGE. Vertige des mots, exaltations des sens, je vacille, je vais perdre pied. BERTRAND. Laissez-moi vous usiner la tranche grasse et vous buriner la bavette. MARIE-ANGE. Non Bertrand, pas ça, voyons ! La bavette, il ne faut pas, c’est mal. BERTRAND. Je vous désosse, Marie-Ange, je vous barde de lard, je vous embroche et vous fais rôtir à la flamme. MARIE-ANGE. Seigneur, que m’arrive-t-il ? Je me sens soudain enivrée de volupté.  BERTRAND. Vous voyez bien que le boucher n’est pas un sauvage. Il connaît lui aussi les galantes manières. MARIE-ANGE. Délice et enchantement ! Vous êtes un voyou. Je cède, Bertrand. Je cède. BERTRAND. Alors, heureuse ? MARIE-ANGE. Ah ça oui ! On peut dire que je suis gâtée. Finalement les jeux d’enfants entre adultes c’est très agréable. Il faudra recommencer. BERTRAND. La prochaine fois, pour changer, nous jouerons au docteur. Je serai le docteur. MARIE-ANGE. Oh, oui ! Déjà j’imagine. BERTRAND. Le docteur Petiot. Alors là, vous m’en direz des nouvelles. Mais je vous préviens, faudra vous cramponner !

Le 20 septembre 2016 à 12:17

Pro-Fumiers contre anti-fumiers : le combat continue

Thomas Blanchard par skype avec les vrais personnages de son spectacle adapté d'un épisode de la série StripTease

La cour de ferme dont une aile a été transformée en pavillon avec pelouse et piscine. D'un côté les Dejousse qui viennent de Paris. De l'autre Nicole, qui passe ses journées à vider sa brouette de bouse sous leurs fenêtres. Ils sont en guerre depuis une dizaine d'années quand l'émission StripTease vient immortaliser leur combat et tous les témoins liés à cette affaire, comité de soutien "pro-fumier" en première ligne. L'émission filmée par Florence et Manolo d’Arthuys, diffusée sur FR3 le 23 septembre 2012 devient vite culte. Quatre ans plus tard, Thomas Blanchard adapte pour la scène Fumiers pour en faire un spectacle de théâtre, aujourd'hui au Rond-Point.   Thomas Blanchard – Ce conflit de voisinage est à la fois si petit et si énorme qu’il peut bien sûr renvoyer à tous les conflits. Disons que le spectacle utilise le brut de cette situation pour rentrer dans la matière du conflit, son essence. Et ce qui le nourrit, l’amplifie et lui donne un caractère particulier, c’est l’étrange et irrépressible plaisir que les protagonistes prennent dans la confrontation et la violence... Il y a en cela, je crois, une résonance avec un certain état d’esprit général en France actuellement. Mais où en est l'affaire elle-même ? Pour le savoir, Thomas Blanchard contacte par Skype Evelyne et Daniel, membres du comité de soutien de Nicole et protagonistes dans le documentaire de StripTease.   > L'épisode StripTease "Fumiers" (FR3) en intégrale  

Le 21 mai 2015 à 09:49

Estomac délicat, en pauvre, se dit gésier

Une amie de Madame Riche prétend que les pauvres ne sont pas faits comme nous. Elle pense que leur organisme est plus rudimentaire et moins sophistiqué que celui des riches. Comme il est plus simple, il est plus résistant. Pour cette raison, on peut confier au pauvre les travaux les pus pénibles. Elle pense que le pauvre est réduit au strict minimum. Il n'a ni rate, ni pancréas, ni vésicule biliaire, organes de luxe un peu superflus, dont il n'a pas l'usage. Il a seulement un foie et un estomac. Elle sait qu'il a un foie parce qu'il a souvent une cirrhose du foie. Au lieu d'avoir un estomac délicat, tapissé de fines membranes et irrigué de sucs gastriques, comme le sien, le pauvre a simplement un gésier, sorte de petit broyeur capable de digérer n'importe quoi, même des cailloux. La preuve, il manque n'importe quoi et n'en meurt pas. Au lieu d'avoir deux intestins comme le riche, le pauvre n'en aurait qu'un, ni grêle, ni gros, un moyen. Ce qui expliquerait que Madame Riche a des flatulences alors que Madame Pauvre pète. Pour faire ses besoins, au lieu d'avoir comme le riche, deux trous, l'un pour les liquides, l'autre pour les solides, elle pense que le pauvre n'en aurait qu'un, pour tout, comme les oiseaux. Elle sait que le pauvre a des poumons. Ils ne sont pas roses comme ceux des riches, ils sont noirs comme ses idées. Dernièrement, elle a découvert que le pauvre a seulement une moelle épinière et pas de cerveau. Elle l'a confié récemment à Madame Riche : « Sérieusement, croyez-vous que s'il avait un cerveau, il serait pauvre ? » Les Mots des riches, les mots des pauvres, Le Livre de Poche

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