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Publié le 19/02/2015

Jean-Pierre Coffe : "Les industriels sont obsédés par l'hygiénisme ambiant"


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De récents scandales sanitaires ont défrayé la chronique, attisant les plus grandes craintes au sein de la population. Pourtant, dans l'industrie agro-alimentaire française, c'est l'hygiénisme qui règne en maître, souvent au-delà même du raisonnable. En Europe, au contraire, le laxisme réglementaire brouille les repères en termes de traçabilité et de qualité. Alors, que signifie le Made in France aujourd'hui et quelle valeur peut-on lui accorder ? Pour ventscontraires.net, Jean-Pierre Coffe tente de répondre à la question.
Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

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Jean-Pierre Coffe

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Le 22 février 2013 à 11:21

Jean-Charles Massera

Trousses de secours en période de crise

Samedi 23 février, l'écrivain Jean-Charles Massera est sur la scène de la salle Roland Topor et ouvre pour nous sa trousse de secours en période de crise. Pour ventscontraires.net, il accepte de répondre à quelques questions. La crise, c'est quoi ?C'est de ne pas trop savoir où on se projette, de ne pas savoir ce qu'on peut faire (éventuellement ensemble) pour être un peu plus et sous-vivre un peu moins… Si mes souvenirs sont bons ça s'appelle une crise de sens. Est-ce notre monde qui "part en sucette" ? Pour devenir quoi ? Pour aller où ?Disons qu'il ne cesse de s'améliorer depuis le Moyen Âge, mais qu'il a encore quelques problèmes dès qu'il s'agit de faire la différence entre la fin et les moyens. Il devient donc meilleur, mais a un peu de mal à passer l'âge de raison pragmatique. Cela dit, le fait de ne pas savoir où il va est plutôt une bonne chose, ça laisse la porte ouverte au travail. Dans "La Sorcière", Michelet disait que lutins et  fées n'étaient autres que les dieux de l'Antiquité réfugiés au Moyen Âge sous la jupe des bergères... Sommes-nous comme ces bergères, incrustés de grands idéaux du passé réduits à l'échelle de simples biens de consommation ?L'avantage des biens de consommation, c'est qu'apparemment ils nous occupent à autre chose qu'à faire la guerre. Là où la consommation n'est pas encore arrivée à notre stade, la guerre menace souvent. Donc gardons la consommation et les corps seront bien gardés. Reste que c'est pas avec ça qu'on va s'épanouir. Pas plus qu'avec des idéaux d'ailleurs (les idéaux ça nous rend trop petit(e)s). N'avons-nous d'autre horizon que d'être héroïquement lâches ?Esthétiquement, certainement (si l'art pouvait changer le monde, ça se saurait). Nous autres, "petits blancs hétéro occidentaux" comme vous l'écrivez, avons-nous encore envie de rire de nous-même ?Disons qu'après une journée de travail, ça détend, mais c'est un peu juste pour s'en sortir. Ce qu'il faudrait surtout là, c'est travailler à autre chose qu'à cette complaisance vis-à-vis de notre supposée incapacité à imaginer un autrement. Ce qui n'exclut pas le rire hein… Vous écrivez des livres, vous êtes en clip sur Internet, vos textes et votre voix sortent des hauts parleur radio, vous commencez à exposer dans des centres d'art et à réaliser des films. Qu'attendez-vous particulièrement de la scène de théâtre ?Des spectateurs (à qui Benoît Lambert et moi-même pourront refiler l'envie de s'inventer un peu de mieux-être et l'énergie nécessaire pour se bricoler les bons logiciels). Le théâtre ça permet de discuter de deux ou trois trucs assez urgents, de manière directe. Le but c'est qu'ensuite on rentre chez soi avec une furieuse envie de vivre mieux et la conviction que c'est possible en bossant un peu. Si vous deviez proposer une trousse de secours pour l'Europe, qu'y aurait-il dedans ?Beaucoup moins de mecs et beaucoup plus de nanas… surtout dans les programmations culturelles. Et tant que là-dessus on ne bougera pas, on ne pourra pas trop se la ramener en tant qu'outil critique du monde. > http://www.jean-charles-massera.com

Le 21 février 2015 à 10:10

La Viande qui vient

Avant de cesser de manger de la viande, j’avais un cauchemar récurrent. Je voyageais dans mon propre ventre. Je traversais mes intestins comme si c’étaient des enfers en technicolor, avec des couleurs criardes. Au cœur de ceux-ci il y avait un grand diable fait entièrement de saucisses animées et il me narguait en me présentant, dans des souffrances épouvantables, tous les porcs qui étaient morts pour remplir mon gros ventre. Alors que mon apparence extérieure restait intacte, je sentais mon âme dévorée, non par les bêtes, mais par moi-même. Heureux, l’homme que le lion dévorera, et l’homme deviendra lion. Malheureux, l’homme qui dévorera le lion, et l’homme restera homme.Je devenais comparable à la déesse Kali, se dévorant elle-même. Je me vivais comme l’épiphanie ténébreuse d’une fin du monde. J’étais, moi-même, l’Apocalypse. Nous ne dévorons pas que des animaux. Nous dévorons aussi des hommes, et nous dégustons leurs infortunes. Nous nous saoulons quotidiennement du sang de tous ceux dont l’échec nourrit notre réussite ; nous léchons avec délectation les larmes de tous ceux dont le malheur épice notre plaisir. Il faudrait que cette envie de vomir qu’il nous prend à la vue de certains plats de viande jadis appréciés, nous puissions l’avoir au goût de certains comportements politiques qui se paient sur l’intégrité des autres. Il ne faut pas se refuser à une tentation, avec la raideur du prêtre, elle n’en devient jamais que plus impérieuse. Il faut réussir à comprendre de quoi est composé une passion pour finir par estimer tout à fait logique de s’en passer. Et, de la même façon qu’on finit par trouver qu’une odeur qui fut naguère celle, ragoûtante, d’un plat de saucisses, est devenu un dégoût perpétuel, parce qu’à cette odeur ne se rattache plus la détente de l’enfant qui va manger un hot dog à midi avec des frites, mais la vision des porcs qui meurent pour produire cette denrée ; de la même façon, on cessera de prendre du plaisir à la servitude des autres. On cessera de s’acharner avec une jubilation mauvaise sur les minorités pauvres de ce pays, on cessera de vouloir « contrôler » l’immigration et on commencera par ne pas trouver normal que nous nous enrichissions sur le pillage de l’Afrique. On en finira avec toute la politique « civilisatrice », néo-coloniale américano-européenne. On cessera de donner des leçons aux autres, et on commencera par se comporter à peu près décemment avec les personnes qui nettoient nos chiottes, nos métros, nos rues. Parce que ça nous semblerait dégradant pour nous, même, de tenir les plus pauvres et les plus faibles en servitude. Parce que ça aura cessé de nous faire jouir. La sempiternelle amnésie dans laquelle nous vivons l’ingurgitation des repas devrait nous renseigner sur la façon dont fonctionne notre appareil cérébral. La nourriture, c’est la base active sur laquelle nous composons notre traversée des émotions. Or nous ne savons à peu près jamais ce que nous mangeons, et nous nous contrefichons de ce qui doit passer par ce que nous mangeons pour que nous nous estimions repus. Egalement, passé un certain moment de la vie – celui à partir duquel on juge qu’on est « adulte » – on cesse de questionner la véritable raison de nos actes, et l’articulation entre nos sentiments, bons ou mauvais, nos réactions, bizarres ou logiques, nos expressions, rationnelles ou délirantes. Il faut imaginer que les super-riches ne se rendent pas compte du mal qu’ils produisent, et qu’ils en ressentent seulement l’impérieux besoin : ils se paient sur le dos des pauvres comme les pauvres se paient sur le dos de leur famille, qu’ils torturent, ou des animaux, qu’ils frappent et bouffent. Ils ont besoin d’assouvir une pulsion destructrice parce qu’elle leur semble la seule à les rassurer sur la réalité de leur puissance. C’est la même chose chez les amoureux déçus, malades d’amour qui transmettent leur malédiction à leur future proie. Ils veulent manger comme ils ont été mangés. Et encore, « vouloir » n’est pas le bon terme ; ils ne savent plus aimer autrement. La souffrance c’est comme une carte maudite tirée au jeu et qu’on veut remettre au plus vite en circulation, mais qui nous revient sans cesse entre les mains. En réalité, on ne peut pas s’en défaire en la refilant à quelqu’un ; rien ne sert d’essayer de s’en débarrasser ; il faut la brûler soi-même avec le feu de son âme, et c’est le travail de toute une vie. L’intensification des passions égoïstes et la façon dont le superflu devient plus obsédant que le nécessaire, il n’est pas besoin d’imaginer de raisons plus subtiles au misérable fonctionnement de ce monde. Il n’y a rien de plus facile à déduire que l’insensibilité pathologique de ceux qui réussissent : ils ont été progressivement habitués à un certain nombre de sacrifices de la part d’autrui, sacrifices qui furent nécessaires pour leur ascension, et de ces sacrifices, ils finissent par en éprouver, non pas le désir, mais bien le besoin. Les super-riches ont besoin de nous voir nous appauvrir et nous avons besoin de voir s’anéantir les misérables. Nous avons besoin de voir souffrir les animaux, et les puissants ont besoin de nous voir mourir pour eux. Nous sommes ce qu’ils mangent. Nous sommes la viande qui vient. Et plus ils grossiront, plus ils auront faim.

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