Gaël Faye
Publié le 07/03/2015

Le métier à métisser


Il est difficile de donner une définition liminaire du métissage, tout simplement parce qu'il s'agit d'une notion ambivalente et évolutive, d'un processus qui rompt l'ordre social, brouille les frontières, mélange l'ici et l'ailleurs, empêche de penser de façon binaire. 
Le métissage n'est pas un résultat, c'est une notion en mouvement, en réalisation permanente, un domaine indéfini, impossible à circonscrire. C'est la pensée subtile de l'entre-deux et de la multiplicité de soi, de la relation et de la transformation. 
À l'heure de la mondialisation le métissage s'affirme partout comme le mode de fonctionnement de l'imaginaire des Etats, des groupes et des individus qui les composent. Sur les bobines de ce général métier à métisser, se trouve les fils de nos existences singulières tissés de multiples contacts, d'échanges et de mélanges. 
Qu'on le valorise ou qu'on le déplore il est un élément puissant de notre époque. 
Pourtant le métissage est lié à une histoire spécifique, celle de la rencontre des cultures dans le choc colonial, l'esclavage et la discrimination en Afrique et aux Amériques. Il apparaît dans le contexte colonial pour désigner les enfants de « sang-mêlé », au statut incertain, pris dans une tension entre colonisateur et colonisé. Il renferme alors une connotation très péjorative parce que l'expression d'une transgression fondamentale entre l'Occident et son Autre. Derrière la théorie du métissage il y a le fantasme de la pureté des races comme des cultures. Le métissage est valorisé, idéalisé par nos sociétés modernes avec le risque d'en faire une esthétique imposée aux autres, ainsi qu'un bien de consommation au service du capitalisme. 
Le mélange des cultures ne doit pas gommer les aspérités de la rencontre entre les humains. Le métissage n'est pas une appropriation, c'est un emprunt mutuel, une zone d'échange réciproque, une ouverture à l'autre et le dépassement des cultures supposées pures. Le métissage est souvent conflictuel, c'est le choc des rencontres à l'image de l'enfant métis qui porte en lui la trace d'une cassure dans son identité, n'appartenant ni au groupe de sa mère ni à celui de son père, rejeté des deux côtés tout en relevant des deux groupes. 
 
La grande communion humaine universelle n'existera pas, les êtres humains n'auront jamais terminé de se trouver des différences, mais l'utopie du métissage n'est-elle pas de vouloir faire cohabiter égalité et différence ? 
 
Gaël Faye est un auteur compositeur interprète franco-rwandais. Autant influencé par la culture hip hop que les littératures créoles, il publie en 2013 sur le label Motown un album intitulé « Pili Pili sur un Croissant au Beurre » enregistré entre Bujumbura où il a grandi et Paris où il vit. 

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Ventscontraires bouge

Pendant le mois d'août les chroniqueurs de ventscontraires.net bullent un peu et l'équipe éditoriale s'enferme dans un igloo au pôle sud pour préparer en secret la mue qui s'impose.  En deux ans et demi d'existence, notre revue collaborative a publié près de 3000 billets, films, images, sons. Nos chroniques sont lues en France, Belgique, Suisse, Canada, mais aussi sur les cinq continents. Nous sommes aujourd'hui 250 à chroniquer. Certains d'entre nous vivent à Beyrouth, Atlanta, Addis Abeba, Lausanne, Berlin, Bruxelles, Oslo, Mexico, Montevideo, Budapest, Montréal, en Guinée équatoriale ou en Autriche. Grâce à vous tous, le Théâtre du Rond-Point agrandit son rayon d'action et s'enrichit de vos talents. Mais il est temps de repenser la maquette du site – nous voulons lui donner une plus grande lisibilité afin que nos lecteurs, de plus en plus nombreux, puissent mieux accéder à son fourmillant contenu.C'est ce que nous préparons pour la rentrée 2012. Si vous avez envie de collaborer à notre réflexion sur cette première mise à jour de ventscontraires.net, envoyez-nous un mail (contact@ventscontraires.net) ou un billet (piste d'envol ou sur votre compte pour les chroniqueurs). Nous les dévorerons avec impatience. Pour vous accompagner pendant ce mois d'août, nous avons sélectionné un florilège de billets parmi ceux que vous avez préférés. Et quelques inédits dont vous nous direz des nouvelles. Bien sûr, continuez à nous envoyer vos chroniques ; nous les mettrons en ligne dès la rentrée.Bon été !

Le 14 février 2017 à 14:58
Le 28 mars 2019 à 14:54

Erri De Luca : Quand la fraternité est illégale, il faut désobéir

Nos disques sont rayés #3 Festival citoyen des "périféeries urbaines"

Conférence-performance de Erri De Luca : "Quand la fraternité est illégale, il faut désobéir" Erri De Luca est aujourd’hui un des écrivains italiens les plus lus dans le monde. Inculpé pour avoir appelé à saboter le percement du tunnel Lyon-Turin dont les gravats polluent à l’amiante le Val de Suze, il a fait entendre au-delà des Alpes la révolte de ses habitants. « Si je me taisais par convenance personnelle, préférant m’occuper de mes affaires, les mots se gâteraient dans ma bouche. Mon vocabulaire d’écrivain tomberait malade de réticence, de censure. » Une enfance napolitaine, l’alpinisme et l’escalade comme entretien physique, il chante la Méditerranée et les chaînes de montagne, voies de passages séculaires que ne barrera aucune frontière. Pour la défense de ses frères d’exode, les réfugiés, voyageurs héroïques, il moque une Europe effrayée par sa périphérie, les politiques de haine qui s’en nourrissent. Sa seule arme est la dureté nue de la poésie : De toute distance nous arriverons, à millions de pas, nous sommes les pieds et nous soutenons votre poids. Nous déblayons la neige, nous lissons les prés, nous battons les tapis, nous recueillons la tomate et l’insulte. L’un de nous a dit au nom de tous : « Vous ne vous débarrasserez pas de moi. D’accord, je meurs, mais dans trois jours je ressuscite et je reviens ». Erri De Luca, extrait de la chanson Solo Andata (Aller simple) Programmé le 9 février 2019 par Jean-Daniel Magnin pour le Théâtre du Rond-Point Captation Léo Scalco, Sarah Mei-Chan

Le 20 septembre 2016 à 12:17

Pro-Fumiers contre anti-fumiers : le combat continue

Thomas Blanchard par skype avec les vrais personnages de son spectacle adapté d'un épisode de la série StripTease

La cour de ferme dont une aile a été transformée en pavillon avec pelouse et piscine. D'un côté les Dejousse qui viennent de Paris. De l'autre Nicole, qui passe ses journées à vider sa brouette de bouse sous leurs fenêtres. Ils sont en guerre depuis une dizaine d'années quand l'émission StripTease vient immortaliser leur combat et tous les témoins liés à cette affaire, comité de soutien "pro-fumier" en première ligne. L'émission filmée par Florence et Manolo d’Arthuys, diffusée sur FR3 le 23 septembre 2012 devient vite culte. Quatre ans plus tard, Thomas Blanchard adapte pour la scène Fumiers pour en faire un spectacle de théâtre, aujourd'hui au Rond-Point.   Thomas Blanchard – Ce conflit de voisinage est à la fois si petit et si énorme qu’il peut bien sûr renvoyer à tous les conflits. Disons que le spectacle utilise le brut de cette situation pour rentrer dans la matière du conflit, son essence. Et ce qui le nourrit, l’amplifie et lui donne un caractère particulier, c’est l’étrange et irrépressible plaisir que les protagonistes prennent dans la confrontation et la violence... Il y a en cela, je crois, une résonance avec un certain état d’esprit général en France actuellement. Mais où en est l'affaire elle-même ? Pour le savoir, Thomas Blanchard contacte par Skype Evelyne et Daniel, membres du comité de soutien de Nicole et protagonistes dans le documentaire de StripTease.   > L'épisode StripTease "Fumiers" (FR3) en intégrale  

Le 5 août 2010 à 11:36

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 3

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200719h59. Une étoile filante passe au-dessus de Melle. 20h00. Un visage se dessine enfin sur les écrans des électeurs. C’est une femme ! C’est Royal ! Dans les rues de Melle, c’est la folie furieuse : militants et curieux font des bonds dans de grands cris de joie, battent des mains, sourient bêtement aux caméras tout en montrant du doigt un vague copain — geste universel des gens qui ont gagné. Au siège de l’UMP, c’est la dépression. Une infinie tristesse se lit sur les visages. François Fillon joue au musée Grévin ; Rachida Dati pleure — on ne verra plus ses dents pendant cinq ans ; Eric Besson quitte immédiatement la place ; François Copé a un petit sourire narquois ; Eric Woerth déchire son carnet de chèque de rage ; Xavier Darcos tombe dans les bras de Xavier Bertrand, qui le laisse tomber ; Jean-Louis Borloo boit ; certains invités brûlent des billets de cent euros ; des militantes s’insultent. Au siège du Parti socialiste, c’est la schizophrénie. Tandis que les militants exultent, s’embrassent et, pour les plus exaltés, commencent à retirer leurs vêtements, les ténors du parti applaudissent en ménageant la paume de leur main. Ils se regardent entre eux, aussi surpris qu’effrayés par le résultat. Le ciel leur tombe sur la tête : ils sont consternés. A la télévision, les journalistes ont enfin le droit de commenter les premières estimations : 54,1 % pour Ségolène Royal, en totale contradiction avec les intentions de vote enregistrées jusque-là. Sur TF1, le dirigeant d’un institut de sondage tentera de se faire hara-kiri au maquillage. Les premiers invités arrivent maintenant sur les plateaux. Le porte-parole de Nicolas Sarkozy, Frédéric Lefebvre, vient d’envoyer un SMS à son ancien employeur avant d’intervenir sur France 2 : « La première chose, Élise Lucet, c’est que rien n’est encore joué », lance-t-il en coupant la parole à Élise Lucet. Mais il se fait couper la parole par David Pujadas : Ségolène Royal s’adresse aux Français…     La suite demain...

Le 4 mai 2018 à 16:48

Yann Frisch et son camion magique : le Paradoxe de Georges

Magicien multi-primé, Yann Frisch a imaginé un camion-théâtre qui s'ouvre comme un château de carte et quadruple de volume. Installé dans les jardins du Rond-Point, il est inauguré avec un spectacle de cartomagie. Festival de manipulations hallucinatoires avec cartes à jouer, suprêmes armes de son art. Un spectacle de et avec : Yann FrischConception du camion : Matthieu Bony, Éric Noël, Silvain OhlCoordination de la construction : Éric NoëlConstruction : Lionel Azambre, Hervé Baret, Matthieu Bony, Guilhem Boubbée de Gramont, Victor Chesneau, Coline Harang, Mathieu Miorin, Éric Noël, Silvain Ohl, Mickael Pearson, Anne Ripoche, Jérémy SanfourchePeinture : Christophe Balay, Cédric Bédel, Bénédicte Menut, Peggy WisserAccessoires : Étienne Charles, Régis Friaud, Mathias Lejosne, Rital, Alain VerdierRégie générale : Étienne CharlesRégie lumière et son : Mathias LejosnePartenaires magiques : Père Alex, Arthur Chavaudret, Dani Daortiz, Monsieur Hamery, Pierre-Marie Lazaroo, Raphaël NavarroIntervenants artistiques : Sébastien Barrier, Arthur Lochmann, Valentine LosseauLumière : Elsa RevolCostumes : Monika SchwarzlTapisseries : Sohuta, Noémie Le TilyProduction, coordination de création, diffusion et administration : Sidonie Pigeon Un film produit par la Compagnie L’Absenteproduction déléguée Compagnie L’Absente, co-production L’Usine — Centre national des arts de la rue et de l’espace public /  Tournefeuille (Toulouse Métropole), Festival Paris l’Eté, Théâtre du Rond-Point, 2 Pôles nationaux du Cirque en Normandie — La Brèche / Cherbourg — Cirque-Théâtre / Elbeuf, Scène nationale du Sud-Aquitain, Agora — Centre culturel Pôle national des arts du cirque / Boulazac-Aquitaine, Théâtre de Cornouaille — Scène nationale de Quimper, Les Nuits de Fourvière, Opéra de Massy, Théâtre Sénart — Scène nationale, le Pôle régional cirque des Pays de la Loire (Cité du Cirque Marcel Marceau et festival Le Mans fait son Cirque) et la Ville du Mans, La Coursive — Scène nationale / La Rochelle, Théâtre de Namur, La Verrerie d’Alès — Pôle national cirque Occitanie, L’Entracte — Scène conventionnée / Sablé-sur-Sarthe, Le Cratère — Scène nationale d’Alès, CREAC — La Cité Cirque de Bègles, avec le soutien du FONDOC, de la Préfète de la région Pays de la Loire — Direction régionale des affaires culturelles, du Ministère de la Culture D.G.C.A. et de la Région Pays de la Loire, L’Usine — Centre national des arts de la rue et de l’espace public / Tournefeuille (Toulouse Métropole) a accueilli toutes les résidences de construction du camion-théâtre ainsi que les répétitions du Paradoxe de Georges d’octobre 2017 à mars 2018, spectacle créé en mars 2018

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