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Dans quel état sommes-nous ?
Publié le 07/04/2012
 

Cedric Citharel


Chroniqueur

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La vie sous les tropiques


Carte postale du Mexique

Quand on voyage, on apprécie l’exotisme, et puis, après quelques mois passés sous les tropiques, il y a des choses qui nous agacent ; la nonchalance des commerçants qui préfèrent dire qu’ils sont en rupture de stock plutôt que d’aller vérifier dans l’entrepôt, la corruption endémique à laquelle participent les policiers en faction qui rackettent les automobilistes, l’anarchie qui règne sur les routes où personne ne respecte la moindre règle, tous ces petits détails qui pourrissent la vie. Et puis, après quelques mois, ou même quelques années sur place, on sait d’où viennent tous ces problèmes. Les employés sont systématiquement licenciés tous les six mois, comme ça leurs patrons ne leur versent aucune indemnité. Les policiers ne sont pas payés, et doivent s’acheter leurs uniformes. Quant au permis de conduire, ce n’est qu’une formalité administrative qui coûte environ vingt euros, moins si on a envie de marchander. Alors, quand je suis énervé, je repense à ce pays dont je viens et dans lequel il faut passer par les grandes écoles pour faire carrière, où il est impossible de louer un appartement si l’on ne gagne pas trois fois de quoi payer le loyer, et où les politiciens peuvent se faire prendre  la main dans le pot de confiture et continuer à s’indigner qu’on ne respecte pas leur présomption d’innocence. Et je me dis que je ne suis pas si mal que ça sous les tropiques.
 

Paris tenu



On m'a demandé une chronique « plus parisienne ». C'est amusant, d'ailleurs, parce que « parisienne » c'est une marque de cigarettes suisses et que ça fait pile, aujourd'hui, 7 ans, 9 mois et 14 jours que j'ai arrêté de fumer. Coïncidence ? Arrêter de fumer, c'est un concept plutôt sympa. Parce que tu passes pour un héros des temps modernes. Alors que finalement, c'est pas si compliqué que ça : il suffit de ne pas fumer. Ne pas faire les choses, c'est une des choses que je fais le mieux. Tandis que commencer à fumer, pardon, mais ça, c'est vraiment compliqué. Il faut d'abord demander une clope au grand Diego, l'allumer en jouant les vieux habitués alors que bon, on a surtout envie de tousser. Aller acheter un paquet au kiosque en bas de la rue avec une excuse toute prête au cas où on nous demanderait notre âge. Avoir une autre excuse toute prête pour quand les parents trouvent qu'on sent quand même un peu la fumée, ou quoi ? Se rendre compte que finalement, on a pas l'air si cool que ça et plus du tout d'argent de poche à la fin du paquet. Entendre Gunda nous répondre que de toutes façons, elle sort trop pas avec les fumeurs. Faut vraiment le vouloir, pour commencer. Mais je crois qu'on voulait plutôt que je parle de Paris, la ville, en France, celle où il y a un métro et des Parisiennes. Sympa, mais on ne peut même pas y fumer de Suissesses, alors bon, je pose la question.

La solitude


"Solitude", cela sonne comme quelque chose de précieux et de doux, de chaud. Comme une épice rare, un parfum d’orient. La solitude n’est pas une retraite, ce n’est pas le souhait de se couper des autres. C’est prendre plaisir à être avec soi-même, pour penser aux autres. Le préalable à toute véritable rencontre est la capacité à être seul. Alors un rapport humain désarmé et tendre est possible.
Il faut faire des offrandes à la solitude. C’est une déesse. Elle se nourrit de temps et d'espace. En retour, elle nous offre le monde. La nature et les arts viennent se prélasser dans sa clairière. Elle ouvre une porte aux fantômes pour qu’ils viennent nous visiter. Enfin elle nous présente à nous-même. Et nous sommes toujours une découverte pour nous-même.
Si on fait attention, si on regarde bien, alors la solitude est partout. Elle est comme l’air. Et ce n’est pas triste. Au contraire c’est elle qui fait le lien entre nous tous. C’est en montrant nos différences, nos singularités, nos autonomies partielles, qu’elle nous permet d’aller vers l’autre. C’est parce que nous sommes séparés que la relation est possible. C’est parce que nous sommes irrémédiablement seuls et isolés que nous pouvons faire des rencontres, aimer et être aimé. La solitude est un gain. Pas une perte. C’est la possibilité de la présence. Le contraire de l'absence.
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