Pierre Notte
Publié le 12/03/2015

L'autre c'était qui ?


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Ex Secrétaire général de la Comédie-Française, Pierre Notte a été trois fois nommé aux Molières dans la catégorie auteur. Il chante, joue, écrit, met en scène ses pièces à Paris ou à Tokyo, il est auteur associé et conseiller au Théâtre du Rond-Point, se prend pour Catherine Deneuve et c'est rien de le dire qu'il se la pète. 

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Le 9 octobre 2014 à 08:45

Hérisson - 2009

C'est Noël tant pis - Journal de bord, carnet de route d'une création #4

Août 2006, Ludovic Michel, producteur, me donne carte blanche, je prépare un cabaret pour son théâtre les Déchargeurs, J’existe (foutez-moi la paix), j’y chanterai, danserai, jouerai, avec ma sœur Marie Notte et la pianiste Karen Locquet. Au même moment, Muriel Mayette est nommée brutalement à la Comédie-Française. On se connaît à peine, on se fréquente à la SACD, sous les toits de Paul Tabet et de Corinne Bernard, à l’étage Beaumarchais. Je l’ai interviewée quelques fois, mais elle me confondait avec un journaliste du Figaro qui l’avait lynchée lors de son Clitandre, que j’avais encensé. J’aimais son insolence, sa force de destruction du convenable dans les dorures de la Comédie-Française, sa jeunesse et la grâce de son audace, sa liberté. Elle me propose de la rejoindre, d’occuper le poste de secrétaire général. Je la préviens que mon cabaret J’existe sera créé au moment de ma prise de fonction, qu’il ne s’agit pas d’un objet correct, mais ça lui va, c’est ce qu’elle veut, une sorte d’artiste, un trublion à ses côtés. Nous travaillerons ensemble trois saisons, dont deux inoubliables d’une passion du travail et d’une fête d’être ensemble et complices, soudés, alliés. Trois ans, où se créent aussi Deux petites dames vers le Nord, mis en scène par Patrice Kerbrat, avec Catherine Salviat et Christine Murillo, puis Journalistes, petits barbares mondains, mise en scène par Jean-Claude Cotillard, avec Zazie Delem, Romain Apelbaum, Sophie Artur, Hervé-Claude Ilin et Marc Duret. « C’est une bombe » disait Edy. Je le paierai cher, longtemps, je l’aurais bien cherché. Trois années aux côtés de Muriel Mayette dans la maison de Molière, j’écris cinq cents pages d’un journal que j’intitule Pourquoi il faut brûler la Comédie-Française. Non publiable. Écrit par nécessité, sauver sa peau tous les jours. Mais des réalisations et des rencontres, des résultats et des montagnes de dragons terrassés. L'aventure de Hérisson En 2008, Anne-Laure Liégeois, au Festin de Montluçon me propose de participer à l’aventure de Hérisson. Elle réunit quelques auteurs, des metteurs en scène, des commandes d’écriture autour d’un thème imposé, quelques jours dans un gîte, une pièce courte, un sujet, cette fois-ci le fait divers, et des représentations itinérantes dans le village d’Hérisson, Auvergne. Je m’absente du Français pour participer au jeu, j’écris les premières scènes de Et l’enfant sur le loup. Anne-Laure met en scène Valérie Schwarz et Olivier Dutilloy sous un arbre de Hérisson. Travail ciselé, précis, rigueur extrême de la musique, tension terrible, maîtrise impressionnante des corps tendus, menacés, de l’horreur devenue farce, d’un rire provoqué pour libérer, salutaire et sain. L’année suivante, je retourne à Hérisson, je suggère à Anne-Laure le thème qu’elle ne trouve pas encore. Noël, fête de famille, rite obligé et terrain miné. Elle s’en empare, je passe à nouveau trois jours isolé dans la grande maison, je fais des crêpes, presque à chaque repas. Rémi De Vos, Christian Siméon, Philippe Blasband, Marie Nimier, chacun mange mes galettes et débat de la thématique, C’est Noël. Marie Nimier compose Noël revient tous les ans, qu’Anne-Laure mettra en scène. La commande est lancée, autour de Noël donc, écrire une pièce courte, d’une demi-heure, pour trois hommes et deux femmes. J’entreprends de composer les premières nouvelles scènes de C’est Noël tant pis. Les scènes qui précèdent l’isolement des personnages dans les lieux clos, avant le « sombre précurseur ». Je saisis la contrainte, je réduis la distribution, je préserve les personnages originels de la première mouture, le père et la mère, entourés de deux fils et d’une pièce rapportée, Geneviève. Il est question alors d’augmenter la pièce d’instants concrets d’une vie réelle, de faits divers, de choses vraies. D’écrire des situations, de faire traverser des moments à des personnages auxquels donner une existence charnelle. Les figures jusqu’ici semblaient osciller entre des entités abstraites, cérébrales, et des caricatures plus ou moins méprisées de pauvres gens. J’écris. Et je me mets à aimer mes personnages. Les épreuves transforment les projets Les épreuves traversées à la Comédie-Française et ailleurs, vie sentimentale, amoureuse ou amicale, transforment les projets, j’écris des histoires de réconciliations, d’amours mal foutues mais d’amour. La condescendance cruelle, ou la férocité sans appel des peintures de Moi aussi je suis Catherine Deneuve, de Journalistes, de Et l’enfant sur le loup, évoluent, s’adoucissent, se nourrissent d’une sorte de tendresse qui viserait la grande trêve. La grand-mère est encore là, mais elle a disparu, elle est sous la table du repas de famille, personne ne le sait encore. C’est elle qui meurt dans la partie suivante. Pour l’instant, elle est rangée sous l’espace sacré des déjeuners du dimanche, on dira qu’elle est nue. On dira qu’elle est devenue folle. On dira de cette figure matriarcale tutélaire autour de qui tout le monde se réunit malgré la haine et l’horreur, qu’elle a perdu pied, et qu’elle est devenue pure, nue, une figure suprême, l’icône d’un monde perdu. Pour l’instant, on prépare le sapin. La pièce commence là, le père s’occupe des boules, la mère fera les carreaux, on attend les enfants. Une contrariété maximale entre les deux mastodontes de la famille, le père et la mère, une vexation sexuelle. Il n’a pas voulu de la faveur qu’elle s’apprêtait à lui accorder. Une gentille fellation. Puis les enfants arrivent et les contrariétés s’accumulent autour du rite judéo-chrétien fabriqué pour réconcilier tout le monde et purger les rancœurs. On a confondu la bûche et la galette, le gigot est congelé, les papiers cadeaux sont à refaire. La mère s’effrite, le père se décourage, les enfants passent le temps, on cherche la grand-mère, et quand on la découvre, heure panique et climax. On file à l’hôpital, et le père et la mère, seuls au monde, se retrouvent, et s’embrassent. C’est noël, et il est aussi question d’amour, de cet amour oublié, négligé, mis de côté, qui revient tout d’un coup, souvent du côté de la menace de la mort, dans la catastrophe. J’écris ça, que Thierry Roisin met en scène à Hérisson, avec Pierre Ascaride dans le rôle du père. La proposition ne convainc pas, la pièce ne fonctionne pas, le projet de la mise en scène non plus, c’est une rencontre qui ne se fait pas entre des acteurs, une esthétique, un lieu, des mots, ça ne marche pas. Ça ne prend pas. Ça n’existe pas. On entend, on voit, on comprend, mais on ne saisit pas, on ne reçoit rien, on ne vit pas. Parfois, rien Les metteurs en scène inventent des mots pour évoquer la présence de l’acteur, sa grâce, sa puissance, sa force, son énergie vitale sur le plateau, la brûlure. Brook dit « l’être là », Py parle de « la joie », Vitez disait « question de vie ou de mort ». Pour la rencontre entre un texte et une mise en scène, pareil. Mêmes termes, même terminologie. Parfois, rien. Néant. Le texte ne va pas, la mise en scène ne sait pas, les acteurs ne peuvent pas. Ils ne vont pas ensemble. C’est la vie, c’est l’absence de vie. Et ça laisse des tas de regrets. Il y a quelque chose ou quelqu’un qui n’est pas là, et qui manque. Une vie. C’est l’épopée qui fait défaut, l’invention d’une forme qui manque, ou le déficit de la nécessité impérieuse du comédien d’être là et de faire ça plutôt que n’importe quoi d’autre. L’un des trois, ou les trois. Et c’est la mort. J’en veux au texte de n’avoir rencontré personne. J’enterre mon C’est Noël, à Hérisson cette année-là. > première partie

Le 26 mars 2013 à 09:11

Christian Salmon : Ces histoires qui nous gouvernent #5

Vies à vendre ou marchandises à vivre ?

> Premier épisode Dans sa conférence-performance "Ces histoires qui nous gouvernent", l'écrivain et journaliste Christian Salmon poursuit son salutaire travail d'analyse du story-telling. Dans cet extrait, il revient sur un récit édifiant mais fictif qui a joué un rôle décisif dans l'intervention américaine en Afghanistan et même au-delà. "Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une « arme de distraction massive ».L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré. Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine. " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

Le 20 mars 2013 à 15:01

Jean-Daniel Magnin

Cabinet de curiosité - Pour les pédants on a du matériel

Une émission France CultureChaque mois, un écrivain vous ouvre les portes de sa bibliothèque insolite. Guidé par sa fantaisie, il propose des textes cocasses, impertinents, drolatiques ou bizarres, une littérature savoureuse et décapante, que des comédiens viendront interpréter en public.Jean-Daniel Magninavec Jean-Daniel Magnin, Dominique Reymond, Quentin Baillot et Léon Napias « Je me souviens que Flaubert raconte dans ses Correspondances qu’il souffre d’une démangeaison particulière: « La phrase me gratte », écrit-il en parlant des mots qu’il sent préexister en lui et qu’il ne parvient pas à faire couler sur la page. C’est je pense afin de se distraire de cette continence irritante qu’il a pris l’habitude d’aller écrire sur une terrasse de la rue Quincampoix, à l’époque lieu de racolage de ces dames. « Pour l’excitation du muscle », dit-il. Hé oui, la sexualité nous a tiré du vide et nous retournerons au vide après notre mort – mais entretemps les écrivains s’échinent à bricoler quelque chose qui rivalise avec elle et avec le monde dans lequel elle nous a jeté. Hélas on ne peut bricoler que phrases, vignettes, cartes postales – des images figées qui devront, une fois mises bout à bout, donner l’illusion d’être aussi fluides que la vie et faire croire un instant qu’un autre monde est possible. Or quand les écrivains y arrivent, et ils y arrivent, leurs textes ont soudain des jambes, des bras ouverts comme des ailes, des yeux où l’on peut se mirer, des rondeurs bien confortables. Et une tête et un sexe, sinon ça ne va nulle part. C’est ce que je me suis dit en constatant que les morceaux hétéroclites et gigotants de mon cabinet de curiosités (Pierre-Henri Cami, Flann O’Brian, Christian Morgenstern, Kat(al)i(n) Molnar, Salvador Dali, Marjane Satrapi, Germain Nouveau, Jean-Baptiste Botul, Stanislaw Lem, Wou Tch’eng-en pour n’en citer que quelques uns) contenaient l’un une main, l’autre un genou, un sein, etc. Et qu’ils dessinaient ensemble une espèce de corps patchwork plus ou moins monstrueux, un ange bizarre suspendu dans le vide.  J’ai vu un instant sa drôle de figure faite de bric et de broc me sourire. J’espère que vous la verrez vous aussi » Emission coproduite par France Culture et le Théâtre du Rond-Point sur une idée originale de Jean-Michel Ribes. Enregistrée le 10 mai 2010 au Théâtre du Rond-Point Réalisation Laure Egoroff Diffusée sur France Culture le samedi 15 mai 2010 à 20h Durée : 58:23

Le 21 février 2017 à 10:32

Patrick Declerck : "le clochard rêve d'un autre monde"

Patrick Declerck est anthropologue, psychanalyste, philosophe et romancier. Dans les années 1990, il exerce comme consultant au centre d’accueil et de soins hospitaliers (le CASH) de Nanterre. De cette expérience, il tire des livres où il raconte s’être déguisé une nuit en clochard pour se faire embarquer au centre de Nanterre, évoque ses consultations psychiatriques auprès des SDF, explique comment il tente de les soigner, avoue les aimer autant qu’il les hait. Bouleversé par leur lecture, le metteur en scène Guillaume Barbot en tire "On a fort mal dormi", une pièce à plusieurs voix interprétées par Jean-Cristophe Quenon.   « Si l’enfant s’endort en suçant son pouce, le clochard, lui, tente d’endormir sa conscience en buvant son vin. Le monde lui est odieux. Non pas ceci ou cela dans le monde, mais le monde lui-même, le monde dans sa structure, le monde dans son être. Le clochard est égaré dans la poursuite d’une impossible ataraxie. L’ataraxie, c’est cet état de tranquillité de l’âme enfin apaisée, enfin délivrée de la tourmente incessante des désirs et des passions. Mais pour le clochard, c’est une ataraxie radicale, forcenée, qui va jusqu’à nier le fondement même de toute réalité possible. Une ataraxie devenue folle... Il s’abandonne à exister aux portes de la mort. Bercé par la perverse jouissance du néant, le clochard rêve d’un autre monde. Un monde de satisfation immédiate, sans impossible, sans frustration, sans blessure, sans hiatus. Ce monde atemporel et sans contraintes, ce nirvana de la pulsion de mort et du possible infini, est celui du fantasme utérin. Le clochard est le fœtus de lui-même. Si nous ne pouvons l’accoucher à la vie, au moins mettons-le à l’abri. Offrons-lui asile. Voyons comment ? »   Patrick Declerck

Le 5 août 2010 à 11:36

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 3

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.Dimanche 6 mai 200719h59. Une étoile filante passe au-dessus de Melle. 20h00. Un visage se dessine enfin sur les écrans des électeurs. C’est une femme ! C’est Royal ! Dans les rues de Melle, c’est la folie furieuse : militants et curieux font des bonds dans de grands cris de joie, battent des mains, sourient bêtement aux caméras tout en montrant du doigt un vague copain — geste universel des gens qui ont gagné. Au siège de l’UMP, c’est la dépression. Une infinie tristesse se lit sur les visages. François Fillon joue au musée Grévin ; Rachida Dati pleure — on ne verra plus ses dents pendant cinq ans ; Eric Besson quitte immédiatement la place ; François Copé a un petit sourire narquois ; Eric Woerth déchire son carnet de chèque de rage ; Xavier Darcos tombe dans les bras de Xavier Bertrand, qui le laisse tomber ; Jean-Louis Borloo boit ; certains invités brûlent des billets de cent euros ; des militantes s’insultent. Au siège du Parti socialiste, c’est la schizophrénie. Tandis que les militants exultent, s’embrassent et, pour les plus exaltés, commencent à retirer leurs vêtements, les ténors du parti applaudissent en ménageant la paume de leur main. Ils se regardent entre eux, aussi surpris qu’effrayés par le résultat. Le ciel leur tombe sur la tête : ils sont consternés. A la télévision, les journalistes ont enfin le droit de commenter les premières estimations : 54,1 % pour Ségolène Royal, en totale contradiction avec les intentions de vote enregistrées jusque-là. Sur TF1, le dirigeant d’un institut de sondage tentera de se faire hara-kiri au maquillage. Les premiers invités arrivent maintenant sur les plateaux. Le porte-parole de Nicolas Sarkozy, Frédéric Lefebvre, vient d’envoyer un SMS à son ancien employeur avant d’intervenir sur France 2 : « La première chose, Élise Lucet, c’est que rien n’est encore joué », lance-t-il en coupant la parole à Élise Lucet. Mais il se fait couper la parole par David Pujadas : Ségolène Royal s’adresse aux Français…     La suite demain...

Le 18 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 16

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.vendredi 18 mai 2007 Premier gouvernement. La candidate l’avait promis paritaire et resserré : elle tient parole. La parité est scrupuleusement respectée, avec une seule présidente et un seul ministre, le Premier ministre — tous les autres ministres ayant disparu. Les ministères laissent la place à des secrétariats dont dépendent divers secteurs, sous-secteurs et sous-sous-secteurs, desquels dépendent à leur tour des antennes et des câbles — le tout, sous la tutelle de conseils participatifs qui dépendent, directement, ou bien de la présidente, ou bien du Premier ministre. C’en est donc fini du « trop de ministères » — puisqu’il n’y en a plus. Concernant la composition du nouveau gouvernement, l’ouverture au centre et la diversité partout se généralisent. On pressentait Jean-Marc Ayrault à la tête du gouvernement. L’intéressé, encore sous le choc de l’élection surprise, estime ne pas être prêt. Il est bien au courant, depuis le débat télévisé, de l’existence d’un programme ; mais il avoue ne jamais l’avoir vu ni lu. La présidente se tourne vers Dominique Strauss-Kahn. Ce dernier est un peu déçu qu’elle se tourne, mais son sens des responsabilités prend le dessus et il accepte. Sa prise de fonctions s’accompagnera, toutefois, d’une injonction thérapeutique. Dans un gouvernement strictement paritaire, Dominique Strauss-Kahn devra faire ses preuves : à la première incartade, c’est la porte. Bernard-Henri Lévy s’est vu proposer le portefeuille de la culture, à la condition de ne faire aucun favoritisme et d’écarter tous ses amis de son cabinet. La tâche se révèle impossible : Bernard-Henri trop d’amis. Il se retrouve porte-parole de l’Élysée. C’est donc lui qui annonce, fièrement mais humblement, la composition d’un gouvernement resserré, avec une cravate neuve achetée pour l’occasion par Arielle Dombasle, aux puces de Saint-Ouen, pour ne pas faire « trop ». Ce gouvernement, explique le porte-parole en guise d’introduction, est le meilleur possible, la quintessence d’une réflexion portée à son paroxysme devant l’énorme chantier humain que représente la création d’une société nouvelle, la naissance d’une ère moderne dans le berceau des droits de l’homme… « Et de la femme », ajoute-t-il, prenant une posture qui n’est pas sans rappeler les grands tribuns de l’époque révolutionnaire. Au moment où, changeant de posture, il s’apprête à résumer son discours préalable à la composition de l’équipe gouvernementale, un huissier de l’Élysée tend gentiment le doigt vers sa montre — dans l’espoir d’accélérer le mouvement. Le nouveau gouvernement s’inscrit sous un quadruple mot d’ordre : parité, ouverture, diversité et inconnus. Car c’est l’autre grande surprise de cette composition : elle fait la plus large place à la société civile et aux simples citoyens. Les figures politiques de premier plan s’y comptent sur les doigts d’une main. La présidente a réalisé, enfin, ce renouvellement en profondeur des classes dirigeantes que le Parti socialiste appelait de ses vœux depuis des années…   La suite demain...

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