Antoine Boute
Publié le 22/03/2015

L'autre peuple


On est tous dans un peuple, moi par exemple ça me fait chier, moi par exemple je ne veux pas faire partie d’un peuple, à la limite ce que je veux bien faire c’est créer un peuple, mais alors un peuple expérimental : un peuple lié à des végétaux sur terre, un peuple expérimental discret des forêts. Un peuple invisible, qui non pas se fond mais nage dans le paysage. Nage c’est-à-dire circule, mais pas spécialement exclusivement linéairement, aussi de haut en bas et de travers, de tous côtés, en fonction des circonstances. Un peuple qui végète pas mal aussi, d’ailleurs, affalé, connecté à la façon des plantes, par des moyens un peu zarb, hormonaux, souterrains. Prolifération de plantes, observées avec toute la patience du monde, prolifération de tout un peuple de plantes, les plantes comme modèles politiques, un peuple le moins humain possible, un peuple fatigué d’être humain, un peuple fatigué, un peuple fatigué d’être techniquement intelligent, un peuple qui développe des stratégies intenses de passivité, un peuple sur lequel on ne compte pas, un peuple alangui, un peuple du degré zéro de l’énergie vitale, un peuple désolé, presque pierre mais néanmoins végétal, un peuple végétal qui tend à devenir pierre, une population qui ne rigole pas, couchée, jamais debout, en désaccord avec ses organes, en désaccord avec la dictature de son système de digestion. Un peuple calme, dont le corps est l’œil, un peuple-corps-œil, content-contemplatif-fatigué. La fatigue est bonne pour la santé, c’est la pierre dans le système, le poids, le sentiment de poids dans le système nerveux, et c’est précieux car c’est le calme qui s’installe, or justement ce dont on a besoin c’est de la tristesse du calme désolé. La tristesse du calme désolé ouvre le gouffre grâce auquel l’enthousiasme peut déborder. Déborder calme, le végétal a tout compris. Le rire décolle, le poids et la tristesse collent.

Antoine Boute est l’un des représentants les plus emblématiques de la poésie expérimentale en Belgique. Son œuvre, plurielle, se caractérise par une singularité forte, une identité tout à la fois propre et hybride, mutante, inquiétante, excitante. Philosophe, écrivain, poète sonore, pornolettriste, prophète conceptuel et naturaliste, il s’adonne également à la poésie graphique, à l’écriture collective, aux pratiques collaboratives, et est organisateur d’événements.Parmi ses ouvrages : Les Morts rigolos (éditions Les Petits Matins 2014) 

Plus de...

Antoine Boute

 ! 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 12 mars 2015 à 09:24

Le Trou

ce qui me manque c’est un trouou plutôt : ce qui me manque fait un trou, un trou en moi, me troue,je suis troué par ce qui me manque non pas qu’on me l’ait enlevé, que je l’aurais eu un jour, que j’aurais été entier,  ce trou c’est mon manquece manque c’est l’Autre, l’Autre toujours trouetrou en moiemporte-piècedès que je nais, l’Autre me trouemoi aussi je fais des trous chez l’Autre, sans le vouloir, avec le regard, et je comprends que j’ai dû trouer ou percer quelque chose en voyant de l’eau pleurer par les yeux de l’Autre, je ne savais pas,ça se met à fuir, ça se répand, ça ne s’arrête plus, les larmes du trou l’Autre n’est plus qu’un trou en larmes, un puits pleureur, et c’est moi qui ai fait ce trou.au trou ! condamné au trou ! à se faire trouer la viece qui reste c’est la passoire de l’être, mille fois trouée, cachée au cœur d’une forme en viande qui se fait croire qu’elle est entière et que tout va bien. mais quand je serai tout troué, quand je ne serai plus qu’un trou ambulant, une lacune humaine, une absence debout, quand je n’aurai plus que mes bords, quand je ne serai plus qu’un bord de trou, une margelle à sang chaud, alors l’Autre qui n’aura plus rien à trouer, s’approchera,il se tiendra au bord de mon trou, devenu le sien aussi, à force de tant me trouer, trou des deux donc, avec lui, penché, à prier que l’horizon se découvre enfin au plus profond de cet Autre , qui se demande lui-même s’il existe encore, étant devenu complètement trou...

Le 30 janvier 2015 à 10:04

Ascanio Celestini : "Syriza et Podemos ne sont pas l'avenir mais le présent qui nous mènera du passé vers l'avenir"

Conteur des luttes ouvrières passées, inventeur de paraboles capables d'ouvrir le crâne des plus obtus réactionnaires, l'italien Ascanio Celestini redonne à la dialectique une nouvelle voie poétique, théâtrale – comique et grave à la fois. Il a mis en scène son texte Discours à la nation avec le comédien David Murgia et le guitariste Carmelo Prestigiacomo, un moment fort à vivre au Rond-Point. Nous en avons profité pour lui poser quelques questions, pour une fois d'actualité. Jean-Daniel Magnin – Qu'attends-tu de la victoire de Syriza en Grèce et de celle possible de Podemos en Espagne ?Ascanio Celestini – Nous vivons dans une nouvelle époque par rapport à ce que ma génération a connu au tournant du millénaire. Nous, nous savions que les idéologies, comme disait le poète Sanguineti, répondent à des questions pratiques, même si elles sont présentées d'une manière abstraite. En fait il faut se demander : Que faire ?Aujourd'hui, nous devons ranger l'idéologie dans un tiroir (pas dans les toilettes) et reconstruire le "Que faire" dans une dynamique de partage. Nous devons nous rassembler et décider Quoi Faire et comment le faire.Syriza et Podemos ne sont pas l'avenir mais, je l'espère, le présent qui nous mènera du passé vers l'avenir. – Peux-tu me dire quelque chose sur le Mouvement Cinq étoiles ou d'autres mouvements qui pourraient survenir en Italie ?– L'Italie est un laboratoire pour l'Occident. Le plus important parti communiste occidental a ses racines dans ce pays, mais aussi ses frondaisons chez nous. Il y a l'Eglise la plus influente, la première à avoir réuni religieux et pouvoir temporel. De ce point de vue, Israël et Daech sont des débutants qui font leurs premières armes... En Italie, il y avait la mouvance armée la plus importante des décennies allant de la fin des années 60 au début des années 80. En somme, l'Italie est la patrie des contradictions, mais aussi celle du partage.Le Mouvement Cinq étoiles a réuni ces contradictions, il les a mélangées avec le présent, et – à la manière d'une salade de fruits, d'une salade russe ou du béton – a compacté différents matériaux pour en faire un seul.Mais les mouvements qui comptent sont tout autres.Ce sont ceux qui mettent en réseaux manifestes et programmes, mais aussi ceux qui disent NON. Les No Tav*, par exemple, mais aussi tous les autres « anti » de notre péninsule. Ceux qui s'opposent aux incinérateurs, aux décharges, à l'amiante, aux grands travaux souvent inutiles, etc.Ils le font par le biais de mouvements réels et pas seulement par les mots.En Italie, il y a des tas de gens qui se reconnaissent dans une protestation joyeuse et constructive (parce qu'il peut y avoir de la joie dans le refus) contre les excès de l'Occident. – Selon toi, pourquoi dans d'autres pays comme la France les gens se tournent-ils vers l'extrême droite plutôt que vers la gauche radicale ?– Parce que les gauches de parti et syndicales des trente dernières années ont voulu nous expliquer qu'il n'existe plus ni une vraie droite ni une vraie gauche, mais le monde des bons et celui des méchants. Pour finir nous y avons tous cru. Déjà parce que ça fait plaisir de croire que nous, nous sommes les bons. Je pense qu'il faut recommencer à distinguer gauche et droite.Par exemple c'est un contresens que la gauche s'évertue à hisser les derniers au niveau des premiers. La droite parle de mérite, la gauche d'égalité. Il me semble que voilà une différence bien visible pour nous tous. – Ton art du récit nous aide à penser que nous avons laissé de côté nos élans critiques ou de révolte. Pourquoi sommes-nous devenus ainsi aujourd'hui ?– Mon grand-père disait : tu ne fais pas la révolution si tu as l'eau chaude à la maison. Alors je pense que seuls trois types de personnes sont en mesure de changer le monde : - ceux qui ont l'eau chaude mais savent qu'il n'y en a pas assez pour tous (y compris pour ceux qui se lavent avec une eau froide et polluée) ;- ceux qui ont de l'eau potable à 20 kilomètre et qui savent qu'ils doivent faire la révolution s'ils ne veulent pas mourir de soif ;- ceux qui ont l'eau potable à la maison mais boivent l'eau minérale du supermarché et utilisent l'eau potable pour leur chasse d'eau. – Quelles choses devons-nous perdre pour nous révolter ou être capables de faire bouger les choses?– Nous devons être disposés à perdre tout pour pouvoir lutter et demander TOUT. – Quel effet attends-tu de ton art poétique et de conteur?– J'espère aller boire un verre de vin avec un seul spectateur à la sortie du théâtre, et qu'il partage avec moi les doutes qui ont surgi en lui en regardant et écoutant mon spectacle ampli de doute et aussi d'un peu de rage. _____________________ * No Tav est un mouvement de protestation contre le projet de construction de la nouvelle ligne à grande vitesse Lyon-Turin, d'où le nom (TAV : treno ad alta velocità, train à grande vitesse en italien). > Discours à la nation, d'Ascanio Celestini, avec David Murgia et Carmelo Prestigiacomo : le podcast de France Culture Photo DR

Le 13 février 2018 à 11:06

Sophie Wahnich : La démocratie prise en étau

Avec la revue Vacarme

À Tunis en janvier 2011, un homme ou une femme avait écrit comme on écrit à sa belle, « démocratie mon amour ». Sur un mur avec un grand cœur enfantin entre « mon » et « amour ». Enfance du désir de démocratie. Une érotique de la politique qui fait que, par amour, chacun voudrait retenir sa propre violence, dans la peur de faire un malheur. Tous ces déçus de la démocratie ont-ils vraiment aimé comme on aime d’amour, en tremblant, celle qu’ils veulent punir en l’abandonnant qui aux fondamentalismes, qui au nationalisme identitaire et qui au néolibéralisme ? Ces monstres la broient et se nourrissent l’un l’autre. Comment desserrer l’étau et retrouver ce désir ardent de démocratie ? Comment réinventer une forme de vie démocratique ? Le regard historique tend une toile, il fabrique un passé par lequel le présent se présente. La démocratie prise en étau, c’est aussi le titre du numéro de février que prépare, avec Sophie Wahnich, la revue Vacarme. Une dizaine de ses membres viendra se glisser parmi le public de cette soirée. Avec Sophie Wahnich, la revue Vacarme fera du vacarme depuis la salle. Sophie Wahnich est directrice de recherche au CNRS (IIAC/PSL), elle travaille entre histoire, anthropologie et études politiques sur la Révolution française. Elle interroge notre présent en écoutant les conseils, avis et perplexités vécues de nos ancêtres révolutionnaires. Pour faire passage, elle fait confiance aux émotions, celles qui se déploient quand l'injustice, la trahison, l'oppression fabrique la résistance des acteurs qui tentent de frayer un chemin révolutionnaire. Elle est membre de la revue Vacarme, écrit une tribune historique mensuelle dans Libération. Elle a notamment publié La Révolution française n’est pas un mythe, Paris Klincksieck, critique de la politique, 2017, Le radeau démocratique, chroniques de temps incertains, Paris, Lignes, 2017 ; La longue patience du peuple, 1792 naissance de la République, Paris, Payot 2008. Enregistré le 9 février 2018 dans la salle Roland Topor du Théâtre du Rond-PointDurée : 02:05:02

Le 29 janvier 2020 à 15:55

Comment réparer le monde quand on a moins de 26 ans ?

Ils ont moins de 26 ans, certains sont encore adolescents, mais ils sont tous activistes pour le climat, avec Extinction Rebellion, les jeunes ambassadeurs pour le climat , la Cop2 Étudiante, Youth For Climate. Rassemblés pour une soirée au Rond-Point le samedi8 février à 21h par un collectif d'étudiants de Paris VII, ils se rencontrent dans un environnement concocté par Radio Parleur et le Collectif On est prêt Le monde est à nous !Ils sont nés ou ont grandi au XXIe siècle, ils voient leur avenir hypothéqué par les premiers signes du basculement climatique, l’inaction de leurs aînés au pouvoir les sidère. Partout dans le monde adolescents et jeunes se mobilisent pour réclamer un changement radical de gouvernance. Invités par des étudiants de l’Université Paris-Diderot, de jeunes activistes viennent raconter et confronter leurs luttes. Côme Girschig, étudiant à Sciences Po et vice-président de Jeunes Ambassadeurs pour le Climat, a été le représentant français au Sommet de la Jeunesse pour le Climat de l’ONU. Julie mène des actions de désobéissance civile avec Extinction Rebellion. Léna est coordinatrice de la COP1 Étudiante, un festival écocitoyen. Et aussi des lycéens engagés au sein du collectif international Youth For Climate. Soirée animée par un Youtuber associé au collectif On est Prêt et ponctuée par un documentaire sonore sur les luttes de la jeunesse, réalisé avec Radio Parleur. > le programme complet du festival

Le 28 février 2018 à 14:49

Sophie Wahnich & la revue Vacarme : La démocratie prise en étau

La démocratie prise en étau, c’est aussi le titre du numéro de février que prépare, avec Sophie Wahnich, la revue Vacarme. Une dizaine de ses membres est venue se glisser parmi le public de cette soirée. Avec Sophie Wahnich, la revue Vacarme fait du vacarme depuis la salle. À Tunis en janvier 2011, un homme ou une femme avait écrit comme on écrit à sa belle, « démocratie mon amour ». Sur un mur avec un grand cœur enfantin entre « mon » et « amour ». Enfance du désir de démocratie. Une érotique de la politique qui fait que, par amour, chacun voudrait retenir sa propre violence, dans la peur de faire un malheur. Tous ces déçus de la démocratie ont-ils vraiment aimé comme on aime d’amour, en tremblant, celle qu’ils veulent punir en l’abandonnant qui aux fondamentalismes, qui au nationalisme identitaire et qui au néolibéralisme ? Ces monstres la broient et se nourrissent l’un l’autre. Comment desserrer l’étau et retrouver ce désir ardent de démocratie ? Comment réinventer une forme de vie démocratique ? Le regard historique tend une toile, il fabrique un passé par lequel le présent se présente.  Sophie Wahnich est directrice de recherche au CNRS (IIAC/PSL), elle travaille entre histoire, anthropologie et études politiques sur la Révolution française. Elle interroge notre présent en écoutant les conseils, avis et perplexités vécues de nos ancêtres révolutionnaires. Pour faire passage, elle fait confiance aux émotions, celles qui se déploient quand l'injustice, la trahison, l'oppression fabrique la résistance des acteurs qui tentent de frayer un chemin révolutionnaire. Elle est membre de la revue Vacarme, écrit une tribune historique mensuelle dans Libération. Elle a notamment publié La Révolution française n’est pas un mythe, Paris Klincksieck, critique de la politique, 2017, Le radeau démocratique, chroniques de temps incertains, Paris, Lignes, 2017 ; La longue patience du peuple, 1792 naissance de la République, Paris, Payot 2008. Conférence programmée par Jean-Daniel Magnin pour le cycle "Nos disques sont rayés #2"Enregistré le 9 février 2018 salle Roland Topor du Théâtre du Rond-PointCaptation et montage Léo Scalco et Sarah-Mei ChanDurée : 02:00:17

Le 21 mars 2015 à 09:39

Comme un poisson dans l'autre

On dit, en musique, qu’il y a deux voies pour la jouer. Apollon ou Dionysos. Il semble que j’ai choisi l’autre… J’habite le temps à Nay, piémont pyrénéen. A côté de Lourdes.8 Mars 2015. Je suis à Tokyo, Japon depuis cinq jours. J’essaye de faire comprendre ce que je veux au monsieur en face de moi qui ne parle ni l’anglais. Comme moi.J’ai pour habitude de dire « My english is titanic » Glou, glou glou.. Ah ah ah.. Bon. Oui je suis au Japon avec ma Dada et Tomoko. On devise sur l’écriture et la cuisine et soudain :  « Flash back »… Fin des années quatre vingt.  Grand festival de jazz en Suisse.C’est ma première apparition officielle avec la  Compagnie Lubat  dé Gasconha.Nous passons en première partie d’une troupe de musique traditionnelle japonaise.« Les tambours Kodo ». Impressionnante de bout en bout. La geste, le son, la discipline.  Des tambours immenses frappés par des hommes mi danseurs mi athlètes équipés de bâtons comme des gourdins. Enorme. Arts marteaux. Plus tard un groupe d’une douzaine de percussionnistes assis tailleurs en un côte à côte rectangulaire. Façon jardin japonais. Zen et nez.  Phrasés vertigineux, silences abyssaux. Réglé comme une horloge. Aucun chef d’orchestre pour faire jouer la partition d’une précision diabolique. Je me souviens leur avoir demandé en anglogascofrançais, gestuelle à l’appui, comment tout ça était possible. Un des leurs m’a alors raconté (je ne sais si c’est vrai – m’en fous) que chaque matin ils parcouraient ensemble un même trajet avec obstacles et que ces obstacles représentaient leur phrases rythmiques. Entre les deux, continuum et silence !Nous, avec la Cie, nous préparions nos concerts avec Dionysos dans les loges et sur scène avec l’autre. Maquillage à l’emporte pièce pour prendre le maquis.  L’art de la conversation. Barricade de l’improvisation.  Pas de thèmes en commun. Ni chansons. Rien. « Free ! » Un de mes premiers chaos collectif. Trouille, état de guerre intérieur. Oreilles incandescentes. Instinct de survie. Sortie de scène. Haie d’honneur des Japonais. Tout de même, sale impression d’après « match »… Mais voilà que quelques heures plus tard j’entends sur la radio suisse ce concert mémorable fraîchement enregistré. Et  je m’entends jouer, parmi les autres, d’un tout autre sentiment que ce que j’avais senti ou ouï sur scène. Certes des moments « dur à cuire », mais aussi du neuf et de la vie par dessus tout. Pour ma part j’entendais un autre moi que je ne connaissais pas…  Je ne sais depuis, s’il faut écrire « jeu » ou « je » est un autre… Trente ans plus tard, sur la scène de la cave poésie de Toulouse dirigée par le génial René Gouzenne aujourd’hui disparu, un homme de théâtre improvise à partir des propositions du public. Après quelques propositions de mes voisins, je lance « altérité ». L’acteur me répond : « Vous pouvez préciser ? ».Silence. «  Vous êtes cruel. » Silence.« Bon, très bien... je ferais altruisme… » Micro déception de votre narrateur. Pas facile de s’altérer. J’aurais aimé plus d’audace quitte à la perdition. Mais il s’agit des mots, du sens et pas des sons. Et les mots dits sont de mille malentendus, sens de mille maux, émaux. Oh ! Ghérasim Luca. Oh Bernard Heidsiek. Oh ! les autres. Tant d’autres ! Je cherche parmi les uns et les autres, les champs et contre champs de la voc’alchimie..   Comme un poisson dans l’OH ! d’ici ou là.

Le 29 janvier 2020 à 16:02

L'autre regard d'Emma

La BD pour réparer le monde

Blogueuse BD, militante, l'autrice BD Emma, d'abord découverte sur son blog Emmaclit avant de devenir un phénomène d'édition, vient au Rond-Point le mercredi 12 février à 20h lors du festival "Réparer le monde - Nos disques sont rayés #4" « On est de plus en plus à réaliser que si notre société va mal, c’est parce qu’on laisse d’autres que nous s’en occuper. »« Mes dessins, ils sont là pour transmettre des idées qui ont changé ma façon de voir le monde ; ce que je voudrais, c’est que nous tous, on s’empare de ces idées, qu’on les échange et les enrichisse ensemble. » Blogueuse BD militante à ses heures libres, Emma se documente à fond sur les injustices qui la révoltent : la non égalité entre les genres, la masculinité toxique, la charge mentale et le travail invisible effectué par les femmes, le capitalisme qui tond la multitude au profit des élites, les réfugiés et le dérèglement climatique... Elle se documente jusqu’à trouver la manière, par le texte et le dessin, d’excentrer les certitudes, d’amener à épouser le regard de l’autre, cet autre regard que produisent les albums d’Emma et qui nous rendent moins idiots sans qu’on s’en aperçoive. Avec un trait simple, un message clair au plus près des préoccupations des citoyens, ses histoires si utiles rencontrent un public de plus en plus large. > le programme complet du festival

Le 8 mai 2010 à 08:00

SMS : désactiver le Noodle

Opérateurs téléphoniques : il y a de quoi se suicider

Un type vient de m’appeler de Queenstown, une petite île au sud de la Nouvelle Zélande, pour me prévenir que la messagerie de son portable est envahie par des SMS envoyés en masse depuis mon numéro. Ils contiennent des slogans contre les multinationales, le pouvoir de la finance, enfin ce genre de choses. Ces messages sont si nombreux qu’ils bloquent son appareil. Ils viennent tous de chez moi. Inutile de préciser que je ne lui ai jamais rien envoyé, qu'il doit s’agir d’un genre inédit de spams particulièrement vicieux car ils pompent votre compte en banque. Mon interlocuteur néo-zélandais a bien sûr appelé son opérateur pour arrêter l’invasion, en pure perte. Alors, en cherchant sur Internet, il a trouvé un forum mentionnant ce nouveau type de propagande virale. Une parade existe : il faut demander à son opérateur qu’il « désactive le noodle ». C’est à l’émetteur faire opposition.  On ne tombe jamais sur la même personne, c’est strictement impossible, le logiciel dans lequel ces téléconseillers sont enfermés y veille scrupuleusement. Je leur ai à tous demandé de me désactiver le noodle. Je pense que ce terme ne figure pas dans la section du logiciel à laquelle ils ont accès. Au lieu de traiter la question, ils me serinent un laïus prémâché pour me vendre de nouvelles options, de nouveaux avantages, de nouveaux cadeaux qu’il serait complètement abracadabrant de ne pas accepter. Cerise sur le gâteau, ils me demandent avec une voix faussement enjouée si j’ai été satisfait de notre échange. Et moi, lassé de répondre : « oui oui… » par solidarité,  je craque, j’exige que me soit passé le chef, un spécialiste, un responsable. Ils aimeraient pouvoir le faire. Ils ne le peuvent pas. Le logiciel refuse. Je hurle : « – Ecoute bien mon garçon : l’argumentaire que tu me dévides, le kit de conversation qui te sort du gosier, tout a été écrit de A à Z, tu en conviens ? Et tu sais par qui ? – là je me suis mis en conférence audio pour que Gabor en perde pas une miette – tu ferais bien de relire la Typologie de la Clientèle qui doit être rangée dans ton premier tiroir à droite. Elle est de moi, oui, c’est moi qui l’ai écrite quand, comme toi, j’étais vacataire, free lance, intermittent mercenaire au service de la Marque, bombardé responsable junior de je ne sais quelle étude qualitative ou quantitative ou prédictive ou allez vous faire foutre. C’est moi le père de ton foutu laïus. Relis ta bouffonne Typologie de la Clientèle et tu verras que je fais partie du 1% de Prescripteurs AAA+++, me prends plus pour une andouille B ou C, me parle plus avec ce sourire en carton. Et cette fois-ci j’espère bien que notre conversation est enregistrée, écoute bien : tant pis si ça doit me ruiner, mais j’enverrai moi-même une vague de SMS à tous mes contacts racontant cette histoire, avant d’aller me coucher ».

Le 27 avril 2010 à 18:40

6 mai devant le Fouquet's

C'est une invitation, ce n'est pas un ordre

Tous les ans depuis l’élection de notre très cher président Zébulon 1er, le mouvement de résistance ludique « Les 1000 colombes », appelle au pèlerinage des insatisfaits, au Solutré des utopistes !     Ce mouvement de résistance ludique est né le 6 mai 2007 à 23h17, suite à l'apparition de l'icône des Japonais, Mireille Mathieu, sur scène lors du raout "musical" de la droite décomplexée place de Concorde. Pour fêter l'élection de Zébulon 1er, elle lâchait son tube "Mille Colombes" a capella. Une page de l'Histoire de France se dessinait sous nos yeux. Du jamais vu ! De l'inimaginable ! Même l'humoriste le plus doué de sa génération n'aurait jamais pu imaginer un tel moment. Au-delà du kitchissime et du pathétique réunis, nous étions en train d'assister à un moment surréaliste. Trop c'est trop ! Certes il faut s'incliner devant le suffrage universel – au risque d'avoir mal – mais la démocratie a des limites qui venaient d'être franchies. Bien que n'étant ni militants, ni syndicalistes, ni encartés, notre sang de gauche ne fit qu'un tour! Il fallait réagir. Quinze jours plus tard, une petite bande de loosers (nous, c'est-à-dire la bande qui était devant la télé ensemble à 23h17) organisait la première chorale des "Mille colombes" devant le Fouquet's, en l'honneur du sauveur de la nation. Pour être vraiment honnête : nous avions remarqué que ces premiers instants sonores de "gouvernance autrement"  avaient été assez mal vécus par les supporters de Zébulon (sur la scène et en dehors). Cette chorale serait donc leur madeleine de Proust mal digérée.3 ans déjà ! Comme le temps passe lentement…Pour fêter le grand timonier de la pensée universelle, nous allons refaire une chorale devant le Fouquet's à Paris. Mais cette fois en sus du petit discours de bibi (c'est pas la matière qui manque), vous aurez une fanfare, un lâcher de colombes, une distribution de billets de 500 euros pour relancer le pouvoir d’achat, de surplus de vaccins anti-grippe et de masques, de drapeaux français et bien sûr… Mimi et ses "Mille colombes", que nous allons entonner le plus faussement possible tous en chœur, pour nous achever et puis… quelques surprises. Le but de ce mouvement étant de mettre en avant, de façon humoristique, les errances et les carrences de ce pouvoir et de son idéologie, tout cela doit doit se passer dans la joie et la bonne humeur moqueuse. Regardez la vidéo ci-jointe : l'ambiance a été familiale et bon enfant, qu'elle le reste. A noter que la police a toujours été très cool avec nous, qu'elle le reste. Rendez-vous le 6 mai à 20H devant le Fouquet's. Que l'espoir soit avec nous.

Le 31 mai 2015 à 09:00

Paul Jorion : "Vivons-nous encore en démocratie ?"

Une étude très intéressante faite par la Banque des Règlements Internationaux – la "banque des banques" donc ce ne sont pas des révolutionnaires – était de savoir si nous sommes encore une démocratie. Ils se sont aperçus qu'on ne tient absolument pas comptge, dans les décisions politiques, de l'opinion de la majorité de la population. Il est clair que dans l'ensemble c'est le milieu des affaires et quelques personnes très riches qui influencent le monde. La conclusion de cette étude est qu'on vit en oligarchie, avec une apparence de démocratie parce que nous votons encore... Non, les gens ne sont plus le plus grand lobby du monde. Il faut de l'argent pour être un lobby. Le journal US Politico est venu à Bruxelles en disant que cette ville est le Washington de l'Europe au vu du nombre de ses lobbies : 147 transnationales qui représentent 70% de l'économie. Les cinquante premières sont de grosses banques. L'historien britannique marxiste Eric Hobsbawm a dit qu'aujourd'hui la révolte est impossible. Il faudrait, pour qu'elle ait lieu, qu'elle se produise à l'échelle de la planète. Mais il y a l'obstacle des langues pour que surgisse une opinion publique mondiale. Déjà en Europe les opinions publiques ne communiquent pas entre elles. Ce qui se discute en Allemagne ne passe pas en France, en Italie, etc. Il faudrait tout traduire en anglais. Pour comprendre où nous en sommes, je me demande si nous ne devrions pas lier les savoirs relatifs à l'individu et ceux relatifs au groupe. Je vais essayer de le faire dans mon prochain livre, entre psychanalyse et anthropologie. On ne peut pas ne pas tenir compte du fait que des collectivités d'êtres humains ont un comportement qu'on ne peut comprendre en additionnant simplement les comportements individuels, comme le prétend la théorie de l'homo economicus. De même, il ne suffit pas d'en rester au plan de la sociologie. Il y a une faiblesse liée à notre nature, nous pensons que tout s'explique par la rivalité et la concurrence. Et nous ne voyons pas que notre comportement spontané est plutôt celui de l'attirance vers les autres, du désir de faire des choses ensemble, de la solidarité. Nous avons un sentiment de culpabilité attaché à notre comportement lié à la rivalité qui nous le rend perceptible, et aucun attaché à notre besoin d'aimer les autres, ce qui fait que nous le perdons de vue. Nous ne sommes pas un loup pour l'homme, c'est grâce à la solidarité que nous pouvons survivre dans les situations de concurrence extrême, comme dans les camps de concentration. Nous devons nous organiser dans l'avenir selon la philia d'Aristote, cette bonne volonté que nous mettons tous à faire marcher les choses. > le blog du Paul Jorion

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
La masterclass d'Elise Noiraud
Live • 16/04/2021
La masterclass de Patrick Timsit
Live • 16/04/2021
La masterclass de Lolita Chammah
Live • 16/04/2021
La masterclass de Tania de Montaigne
Live • 08/03/2021
La masterclass de Sara Giraudeau
Live • 08/03/2021
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication