Special Guest
Publié le 22/03/2015

Laurent Bouvet : "En France, ce qui donne à chacun les moyens de son émancipation, c'est la République"


      Partager la vidéo 

Autres épisodes :

De l'identitaire au commun

Pour Laurent Bouvet, si l'évocation d'un "retour à la République" peut être mal interprété et compris, c'est pourtant dans un projet républicain à réinterroger et à réinvestir que se situe le commun, cet espace où chacun trouve les moyens de son émancipation. Concrètement, c'est notamment dans l'école de la république que ce commun peut se (re)construire, en passant d'une école qui privilégie l'expression des différences et des diversités à une école où s'épanouit le projet commun en donnant à chacun les outils de l'émancipation identitaire et culturelle. Parce que c'est sur ce socle du commun retrouvé que peut se fonder une société où chacun met d'abord en avant ce qui nous unit que nos différences et où on peut recommencer à travailler sur la question de toutes les inégalités sociales.

Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

Plus de...

Laurent Bouvet

 ! 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 12 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 10

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mercredi 2 mai 2007— flashback M. Sarkozy ouvre grand la bouche, devient tout rouge, son épaule se convulse, et il ne dit plus rien. « Excusez-moi », sourit modestement la candidate. Et elle se rassoit, très calme. Il y a un silence. Patrick Poivre d’Arvor se racle la gorge. « Mais ma-ma… bredouille le candidat. Mame Royal, je… Ne vous permets pas de me… Avec votre… Vous n’êtes ni ma mère, ni mon épou-pouse… Et ce tout de même pas parce que vous êtes… Blum. — Monsieur Sarkozy, calmez vous tous les deux, vous et votre épaule… Parce que je suis une femme ? C’est cela qui vous dérange ?— Ah mais, pas du tout ! Blum, Blum et Blum ! » Debout sur le banc de touche, Claude Guéant, affolé, fait de grands signes à son champion, mais ce dernier ne le voit déjà plus. Transpirant à grosses gouttes, il se tourne vers Arlette Chabot, pour donner libre cours à son indignation. « Non mais quand même, Arlette Chabot ! Vous avez vu ? Quand même ! En plein débat, là, devant des millions de Français, et cette bonne — Blum. — Femme ? complète la candidate. Je voulais juste vous rendre service.— Ça suffit, Mame Royal. Je crois que tout le monde s’en est aperçu, vous êtes totalement hystérique, j’incline à penser que c’est génétique, et quand on ne peut pas contrôler ses humeurs, eh bien, il y vraiment vraiment vraiment… — … Vraiment de quoi s’inquiéter pour les décisions importantes que le po-poste… — Mes humeurs, monsieur Sarkozy ? — Vous m’avez bien comprise ! s’étrangle le candidat. Et les Français aussi ! — Et les Françaises, monsieur Sarkozy ? Je crois qu’elles aussi, elles vous ont bien comprise, comme vous dites. Vous me semblez avoir un problème avec le genre ; avec la climatisation aussi, car vous transpirez beaucoup. Vous ne voulez pas que… — Laissez-moi tranquille, maintenant ! crie Nicolas Sarkozy. Ne m’approchez pas ! Et cessez de me regarder avec vos grands airs ! Pour être Président de la République, il ne faut pas regarder avec de grands airs. Vous ne m’êtes pas supérieure, Mame Royal : je vous rappelle que si je suis cocu, vous l’êtes aussi. » Un silence de mort s’est fait sur le plateau. « C’est la seule fois de ma vie où j’ai vu Guaino pleurer, racontera Claude Guéant dans ses mémoires. Ça m’a fait un choc. » Au bout d’un moment, Patrick Poivre d’Arvor intervient pour broder un peu sur le décompte du temps de parole, et proposer aux candidats de conclure. Le sort a désigné Mme Royal.« Je veux m’adresser aux Françaises et aux Français qui nous regardent. Je veux d’abord m’excuser pour monsieur Sarkozy, qui a fait une grande campagne malgré des difficultés personnelles éprouvantes. Mais je veux surtout leur annoncer, la main sur le cœur et les yeux dans les yeux, une grande nouvelle : J’AI UN PROGRAMME ! » « Ce fut le coup fatal, écrira Claude Guéant. On avait pensé à tout, sauf à ça. » Nicolas Sarkozy tombe de sa chaise. Il ne pourra pas conclure, malgré l’intervention d’un médecin. Dans les coulisses de l’émission, la dernière annonce de la candidate littéralement foudroyé l’équipe de l’UMP. Au Parti socialiste, c’est pire : certains ne recouvreront jamais l’usage de la parole.    Le lendemain, dans les sondages, Nicolas Sarkozy a perdu 5 points, et 8 chez l’électorat féminin populaire…   La suite demain...

Le 22 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 20

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 28 mai 2007On apprend que le philosophe André Glucksmann a fait une tentative de suicide dans la nuit du dimanche au lundi ; mais ses jours ne sont plus en danger. mardi 29 mai 2007 Conseil du ministre. C’est le deuxième du quinquennat — et le premier à se tenir au cœur de la « vraie France », comme l’a souhaité la présidente. Le gouvernement est convoqué à Fontenille-Saint-Martin-d'Entraigues, riante bourgade du pays mellois qui, par une rare anomalie du maillage national, n’est pas couverte par les réseaux cellulaires ou de GPS. Les représentants des secrétariats, secteurs, sous-secteurs, sous-sous-secteurs, antennes et câbles se perdent en route, et la plupart n’arriveront jamais. On en voit errer par petits groupes, sur les chemins vicinaux entre Lussais et Couturette, fraternisant avec les journalistes envoyés de Paris qui se sont perdus eux aussi. Vers midi, des pique-nique s’improviseront sur les bords fleuris de la Boutonne. Ségolène Royal est furieuse : à l’avenir, ces retards ne se reproduiront plus. En revanche les professionnels de la politique, forts d’une longue expérience de terrain, marquent leur différence avec la société civile : partis de la gare de Niort à bicyclette, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn sont les seuls à se présenter à l’heure, avec Bernard Kouchner qui a eu l’heureuse idée de les suivre. Ils recevront tous un bon point. C’est à ce conseil que le gouvernement lance la consultation nationale pour la réforme de la justice au travail. Chaque entreprise mettra sur pied une cellule de justice participative, chargée de faire remonter les idées et suggestions des personnels qui se trouveront synthétisées par un comité de justice participative qui remettra son rapport au secrétariat d’État à l’ordre juste, qui devra mettre en place un référendum. A l’issue de la séance, la présidente tombe sur un journaliste de Paris-Match qui a, au prix d’efforts surhumains, trouvé l’entrée du village, et l’interroge sur ses relations avec François Hollande. « Ma vie privée n’intéresse pas les Français, répond-elle sèchement. Je ne veux pas qu’elle devienne l’arbre qui cache la forêt de problèmes qui s’étendent devant nous. » Paris-Match publiera l’entretien, avec un cliché de la présidente se débattant dans les ronces, au bord de la Boutonne. Il sera condamné par le tribunal de Nanterre. mercredi 30 mai 2007 Nicolas Sarkozy en avait marre de tourner en rond sur son Zodiac, face au cap Nègre où le yacht de son ami Bolloré est ancré, avec toutes ces villas sous le nez. Il décide de rentrer à Paris dans la voiture de Gilbert Montagné. Il est appelé en route par TF1 qui lui propose une interview pour le soir même. Il accepte, ce qui l’oblige à prendre le volant. Voici les grandes lignes de son passage sur TF1, interviewé par une Claire Chazal très agressive à son sujet.   « Vous n’avez pas voulu de moi ; maintenant, je vais faire du fric. Oui, du fric ! Je le dis clairement à tous les Français… Mon ami Martin Bouygues m’a proposé de prendre la direction générale du secteur BTP : j’ai accepté. Je vais montrer aux français qu’ensemble, avec Martin, tout est possible… Un projet d’émission de variétés et de société est en cours de réalisation sur cette même chaîne, et j’en prendrai les rênes en tant qu’animateur… Je veux défendre la liberté d’expression. » …La suite demain...

Le 16 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 14

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.jeudi 10 mai 2007Marie-Olympe de Gouges, révolutionnaire, féministe, avocate inlassable de la tolérance et des libertés, fait son entrée au Panthéon, 215 ans après avoir été guillotinée à Paris. A quelques jours de la passation des pouvoirs, le président Jacques Chirac a consenti à ce transfert, à la requête de Mme Royal. Une « Marche humaniste » déambule dans la capitale depuis la place de la Concorde, ancienne place de Grève, jusqu’à la place des Grands Hommes. Ségolène Royal a pris la tête du cortège, habillée d’une longue tunique blanche sans col, portant dans ses bras un livret au titre évocateur : Déclarations des droits de la femme et de la citoyenne. Elle est pénétrée par la solennité de l’instant. Le silence se fait sur son passage : seuls quelques couples se disputent, très vite séparés par le service d’ordre. Les cadres du Parti socialiste sont venus, par réflexe, mais on les a tenus à l’écart de toute décision. C’est seule que la présidente pénètre à l’intérieur du Panthéon, déposant à l’entrée une photo de François Mitterrand, sans René Bousquet dessus. Une heure plus tard, après s’être perdue dans les couloirs, elle en ressort avec un plan détaillé du monument. C’est alors le fameux discours à Olympe de Gouges, qui marque un temps fort du quinquennat : « Olympe : ne m’en veux pas si je te tutoie — moi, la petite fille de Lorraine née à Dakar d’un père militaire. Car je dis tu à tous ceux que j’aime, même si je ne les enterre qu’une seule fois. Voici plus de deux siècles, tu écrivais : “ L’oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics”. Et pour avoir écrit ces mots — et pire encore, pour les avoir pensés — tu étais condamnée par le tribunal révolutionnaire, guillotinée après avoir eu le temps d’être mère, désavouée par le fils que tu aimais plus que tout au monde, traînée dans la boue par les autres femmes, traitée de virago. De contre-nature. D’immorale. De politicienne ! Eh bien, entre ici, Olympe de Gouges ! Viens contempler, dans les yeux morts des hommes qui se croyaient tes maîtres, ce qu’il est resté de leur puissance ! » Dans l’assistance, une profonde émotion le dispute à une certaine perplexité — surtout chez les jeunes en tee-shirt Vêtimarché, qui avaient compris qu’on allait rattraper la fête ratée du 6 mai. La présidente réclame enfin quarante-cinq minutes de silence « pour les quarante-cinq ans d’Olympe, fauchés par le couteau de Sanson ». La foule les observera scrupuleusement, malgré  l’averse. Enfin l’on se disperse, en se donnant rendez-vous place de la Bastille. Les cadres du Parti socialiste, eux, se regroupent, en se donnant rendez-vous dans une arrière-salle de café pour taper la belote. Le soir, une fois que la grande fête républicaine, familiale et fra-ter-nelle s’est dispersée, le service politique du journal Libération rentre se coucher sans dire un mot, si bien que la rédaction doit à nouveau tirer à la courte paille pour savoir qui, qui qui. Le sort s’acharne : c’est Bayon qui a la plus courte. Affolé, il met sa démission dans la balance. Pour finir, Grégory Schneider, le chroniqueur sportif du quotidien, doit s’y coller. « On allait voir ce qu’on allait voir : on a vu, écrit-il le lendemain, dans un article intitulé “ En attendant Ségo ”. Le peuple de gauche, venu fêter l’élection et les bons souvenirs du dix mai, s’est retrouvé dans un bain de perplexitude hier soir, place de la Bastille. Certes, les regards dubitatifs des citoyens désormais au pouvoir laissaient toujours filtrer une certaine joie intérieure. Mais bon, la joie est tout de même restée très intérieure, et tout au long de la soirée. On ne va pas se faire l’apôtre de la bibine, mais la décision d’interdire la vente de boissons alcoolisées dans tous les magasins, bars et cafés du quartier, hier soir, en a laissé plus d’un sur sa soif : c’est au Champomy qu’il a fallu trinquer devant les portraits géants de François Mitterrand et Olympe de Gouges. On passe sur l’absence de sono — habilement compensée, il faut le dire, par tous les groupes de musique africaine, totalement inconnus, qui se promenaient dans la foule. On a même vu deux filles danser au rythme des « Ségo go go go », un collectif rassemblant diverses ethnies de l’Ouest du Sénégal : Éric Besson, l’un des rares VIP croisés hier à la Bastille semblait apprécier. Sinon quoi d’autre ? L’Europe des régions, était à l’honneur. Les stands avaient mis leurs habits du dimanche — produits locaux, fanfares locales, en sévère concurrence avec le coin du Poitou et sa vedette, le chabichou. Tout ça ne remplaçait pas la présidente, pourtant annoncée, mais qu’on aura vainement attendue toute la soirée. Le peuple de la Bastille, bon bougre, avait fini par en prendre son parti hier soir, et se résignait à passer un tranquille moment : la fin des festivités sonnée dès 22 heures (par arrêté Royal ?) n’aura pas empêché les petits de s’amuser ni les grands d’espérer.         En résumé, une drôle de fête à maman, dont on peut tout de même se demander si elle ne marque pas les débuts d’une certaine idée de l’ennui. »    La suite demain...

Le 14 février 2017 à 14:58
Le 25 juin 2010 à 16:07

Les Festivals recommandés par ventscontraires.net

Tout ceci est absolument véridique

Si, ayant suivi l'avis de Jean-Loup Chiflet, vous passez l'été replié loin des festivals et que soudain la démangeaison culturelle vous reprenait, voici un florilège de festivals triés sur le volet par la rédaction de ventscontraires.net :Enghien a son festival de la carte postale. Rouen le festival de la Brouette. Louiseville celui de la Galette. Les journées de la Harpe sont à Arles. Le festival de la Photo de Montagne est à Pralognan. Le festival de la Voix au Pays de Dieulefit. Le festival de la Parole de Dieu au Parc des Expositions de Caen. Le festival national des Robots à Mantes-la-Jolie. Et celui des Fées à Saint-Pierre-en-Vaux. Il y a festival de la 111ème Rosière de Pessac. Il y a le festival de la caricature « Les Humouroïdes » à Corcoué sur Logne. Tauxigny a le festival de la Contemplation. Condom a le festival de Bandas. Le Val d’Argent celui de la Soupe. Sans oublier le festival international de Montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu.Sainte Enimie en Lozère a la BD médiévale et pseudo-médiévale. L'Université Nice Sophia Antipolis a le festival de la Quatrième dimension. Paris a son festival du Thé. L’île de Groix le festival international du Film insulaire. Le festival du Mot est à la Charité sur Loire. Les Globe-trotters à Massy. Les Jeunes Auteurs à Saint Geoirs. Le festival des Carnets à Brest. Et si rien de tout cela ne vous attire, ou si vous ne n'avez pas le cœur de sortir du bled où vous avez votre tanière, pourquoi ne pas y lancer vous-même votre propre festival ? Besoin d'une idée ? Lancez le festival le plus bref de France et du monde – il ne durerait que quelques minutes ou secondes – nommez-le "festival du B.R.E.F." (Brèves Rencontres sur l’Expression Fragmentaire), appelez sans attendre le maire du coin...

Le 10 septembre 2014 à 10:29

Philippe Meirieu : "Une école qui libère et qui unit"

Ça va bien à l'école ? #2

D'abord instituteur puis professeur de philosophie et de Lettres, Philippe Meirieu est aujourd’hui professeur des universités en sciences de l’éducation à l'université LUMIERE-Lyon 2. Engagé à plusieurs reprises dans des chantiers importants de l’Éducation nationale, il a beaucoup travaillé sur le collège, le lycée et la formation des enseignants. Parmi ses derniers livres : Faire l’Ecole, faire la classe (ESF éditeur, 2009), Lettre aux grandes personnes sur les enfants d’aujourd’hui (Rue du Monde, 2011), Pédagogie : des lieux communs aux concepts-clés (ESF éditeur, 2013), Le plaisir d’apprendre (Autrement 2014). Une version refondue et actualisée de sa Lettre à un jeune professeur sort en librairie le 10 septembre. Pour Ventscontraires.net, il accepté de répondre à quelques questions. Deuxième partie de cette instructive plongée au coeur de l'école. > Première partie Instruire ou éduquer : quelle doit être, selon vous, l’ambition de cette école ? Je ne crois pas que l’on puisse opposer ces termes ni, a fortiori, que l’on ait à choisir entre eux. D’abord, on ne peut pas instruire sans éduquer, car « instruire » suppose évidemment que l’on choisit des contenus à transmettre et des méthodes pour y parvenir. Or, aucun de ces choix n’est neutre au plan éducatif : enseigner l’éducation physique plutôt que le catéchisme, les mathématiques plutôt que le droit, Baudelaire plutôt que Sully Prudhommme, la loi de Joule plutôt que le système de Ptolémée ou la relativité générale, l’imparfait du subjonctif plutôt que le lipogramme… tout cela a un sens, dit quelque chose du type d’humain que l’on veut former et, au-delà, de la société que l’on veut promouvoir. De même, exclure ou promouvoir l’entraide entre élèves, faire répondre à des questions sur un extrait de Molière ou demander aux élèves de le mettre en scène, les faire travailler sur des manuels ou sur des écrans, faire la moyenne des différentes notes obtenues à toutes les dissertations de l’année ou faire reprendre systématiquement chacune d’entre elles pour retenir le meilleur résultat… rien de tout cela n’est équivalent du point de vue éducatif : dans tous les cas, on instruit, mais on n’éduque pas de la même manière, on ne prépare pas le même avenir individuel et collectif. C’est le philosophe Bergson, professeur « classique » s’il en est, qui expliquait que la simple manière de rendre des copies – en commençant par la meilleure ou la moins bonne, de façon aléatoire, en fonction du type de commentaires que l’on s’autorisait oralement devant toute la classe – en dit déjà beaucoup sur la façon dont on entend « éduquer » les élèves, mettre en avant des comportements et des valeurs et même, finalement, appliquer en classe la devise de la République « Liberté – Égalité – Fraternité »… Nul ne peut donc instruire en s’exonérant d’un projet éducatif et autant qu’il soit explicite plutôt qu’improvisé ou dicté par une mode passagère. De même éduquer sans instruire est un leurre : aucune éducation ne peut se faire sans l’appropriation de langages structurés, sans l’enseignement de savoirs, organisés progressivement dans des disciplines et des progressions ; aucune éducation ne peut se faire sans la médiation d’objets culturels qui en constituent le matériau de base… Il n’est, d’ailleurs, pas d’exemple d’un « petit humain » qui ait accédé au statut d’être humain sans s’être approprié un ensemble de connaissances : les « enfants sauvages » qui en ont été privé dans leur enfance n’ont jamais pu rattraper leur retard et s’intégrer véritablement dans une société… Alors que la créature monstrueuse du docteur Frankenstein - qui a bénéficié de l’instruction grâce à l’observation d’une famille où l’on accueillait une étrangère, a pu accéder aux livres et à l’interlocution d’un maître aveugle – est parvenu, lui, à accéder au statut qui lui a permis de défier son créateur. Certes, la créature du docteur Frankenstein est une fiction, mais une fiction qui en dit long sur « l’humaine condition ». Et le petit Émile de Rousseau – qui est aussi une fiction et qu’on enrôlerait volontiers au service d’une « éducation pure » - reçoit, n’en déplaise aux contempteurs de Jean-Jacques, un programme d’enseignement très précis. Instruire et éduquer sont donc les deux versants inséparables de la même réalité, deux projets qu’il nous faut penser ensemble et articuler étroitement. Au risque – particulièrement grave aujourd’hui à mes yeux - de rabattre l’École sur une inculcation superficielle et de laisser l’éducation des enfants aux mains des « joueurs de flûte » de toutes sortes.   La mission de l’École ne serait-elle pas, alors, tout simplement, de « transmettre » les savoirs et les valeurs nécessaires à la construction de notre avenir commun ? Sans aucun doute. Mais « transmettre les savoirs et les valeurs nécessaires à la construction de notre avenir commun » est tout sauf évident. La transmission entre les générations, c’est l’acte fondateur par lequel l’éducation garantit ce qu’Hannah Arendt nommait « la continuité du monde ». Les nouvelles générations ne peuvent pas réinventer le monde et chaque humain est, comme le disait aussi Hannah Arendt, un « obligé du monde » : il existe toujours un monde qui est déjà là et qui lui permet de se construire à travers des rituels, des langages, des connaissances déjà élaborées, toute une culture qui permet aux humains de se parler et d’habiter ensemble l’univers. Et c’est précisément la transmission de tout cela qui garantit à la fois, selon Hannah Arendt, la continuité du monde et la possibilité de le renouveler… Transmettre est donc un impératif et ne pas transmettre est une démission : l’enfant qui vient au monde y arrive toujours infiniment démuni parce que consubstantiellement inachevé. Contrairement aux animaux, ses savoirs et savoir-faire sont extrêmement réduits et la part d’indétermination qu’il porte est immense : nul n’a jamais vu une abeille démocrate, l’abeille est génétiquement royaliste ! Mais, aucun humain, en revanche, ne porte ses opinions politiques et son projet d’organisation sociale dans ses gênes… C’est pourquoi Kant explique que l’homme est le seul être vivant qui a besoin d’être éduqué. La transmission est le corollaire de « l’humaine condition », c’est aussi ce qui permet à l’humain de sortir de la répétition et d’entrer dans l’histoire grâce à l’invention dont il devient ainsi capable. Mais la transmission, quand elle s’impose brutalement, quand, au nom de son impérieuse nécessité, elle s’effectue au forceps, devient inculcation : elle est alors inévitablement menacée d’indifférence ou de rejet. Pour l’enfant ou l’adolescent, ce qu’on lui transmet ainsi, ce sont les savoirs et les valeurs de « la tribu d’en face », sans autre légitimité que celle du pouvoir que les adultes ont sur lui. La tentation est forte, alors, de les récuser, de camper dans une opposition systématique ou de ne les adopter que superficiellement, pour « avoir la paix », en jouant, par ailleurs, la facilité ou en se soumettant au plus séducteur de ses pairs ou au plus habile des « marchands du temple »… Car, en réalité, on ne transmet rien vraiment sans que celui à qui l’on s’adresse ne s’implique, ne s’engage lui-même dans un apprentissage dont il doit être l’acteur pour devenir progressivement auteur. Auteur de lui-même et auteur dans le monde. « Aucun apprentissage n’évite le voyage », écrit Michel Serres et « tout apprentissage nécessite, comme l’explique Vladimir Jankélévitch, le courage des commencements ». Car, apprendre, c’est toujours faire quelque chose qu’on ne sait pas faire, précisément pour savoir le faire. C’est toujours, quelque peu, une prise de risque, un saut dans l’inconnu. Avant de savoir réciter un poème devant ses camarades, on ne sait pas si l’on va y arriver. Avant de se coltiner un problème de mathématiques, on ne sait pas si l’on va en venir à bout. Avant de s’engager dans un travail écrit, on est toujours saisi de l’angoisse de ne pas y parvenir… C’est pourquoi la transmission éducative n’a rien de mécanique et la pédagogie n’est nullement une science mais plutôt, selon la belle formule de Michel de Certeau, un « art de faire » : il s’agit, pour celui qui veut transmettre, de construire des institutions, d’inventer des situations, de développer des relations qui favorisent l’engagement indispensable du sujet dans ses apprentissages. C’est là un travail qui nécessite une obstination sans faille, d’autant plus qu’on n’a jamais fini de créer les conditions qui favorisent l’engagement de celui qui apprend… tout en sachant qu’aucune condition – aussi élaborée soit-elle – n’exonèrera l’élève de sa décision et de son effort. Il y a donc dans la transmission quelque chose d’irréductible aux approches scientistes - ou même simplement « scientifiques » - des apprentissages : c’est une aventure proprement humaine où s’engrènent la conviction d’un éducateur – qui croit en l’éducabilité de chacune et de chacun – et la volonté d’un éduqué qui se met en jeu parce qu’il entrevoit, même fugitivement, le plaisir d’apprendre et la joie de comprendre. C’est une affaire, à proprement parler, de « pédagogie ». Qu’est-ce que la pédagogie ? Une approche de la mystérieuse complexité du rapport de transmission entre les êtres et les générations, une approche qui se nourrit tout autant de « romans de formation » que d’expériences-limites avec les exclus de toutes sortes, de réflexion philosophique que de rencontres artistiques. Une approche développée, depuis des siècles par quelques grandes figures comme Comenius, Itard, Pestalozzi, Korczak, Makarenko, Montessori, Freinet ou Paulo Freire, tous ceux et toutes celles qui nous donnent à lire, à travers leurs œuvres, les contradictions vives de l’entreprise éducative et peuvent ainsi nourrir notre détermination à « éduquer sans inculquer », à « former sans conformer », à associer devoir de transmission et émergence de la liberté… Mais il semble bien qu’ainsi conçue, la pédagogie soit, aujourd’hui, rangée parmi les vieilleries dont nous devrions nous passer pour conduire, sous l’autorité des neurosciences et des théories du management réunies, les générations qui viennent vers la « société du contrôle » dont parlait Gilles Deleuze dès 1990, avec, en perspective, « le meilleur des mondes » ! Relisons Huxley pour mesurer les dangers qui nous menacent ainsi !   Quels fondamentaux l’École doit-elle  aujourd'hui offrir aux élèves ? A la question « Qu’est-ce qui vaut la peine d’être enseigné ? », le philosophe Olivier Reboul, mort en 1992, répondait : « Ce qui libère et ce qui unit ». Je fais volontiers mienne cette réponse. L’École doit, en effet, enseigner « ce qui libère » du narcissisme enfantin et du fantasme de la toute-puissance : quand toute la société marchande ne propose que la rétention dans le caprice, la précipitation dans la pulsion, le triomphe de l’immédiateté, l’École doit offrir du temps pour la pensée, la réflexion, l’anticipation ; elle a pour mission d’introduire ces médiations nécessaires qui permettent à un sujet de se construire dans une temporalité maîtrisée, en faisant le détour par les savoirs qui permettent de comprendre les enjeux individuels et collectifs de nos actions. L’École nous libère ainsi de nos préjugés, de notre suffisance, de nos certitudes faciles, de nos enfermements claniques ; elle ouvre l’horizon devant nous, nous permet d’aller voir au-delà de nos cercles d’appartenance, de rencontrer d’autres manières de penser : elle nous offre ainsi les conditions d’une véritable liberté de choix. Pas une « liberté du vide », mais une liberté informée, réflexive, distanciée. J’allais dire « une liberté citoyenne », si ce dernier adjectif n’était pas aujourd’hui si galvaudé. Mais l’École doit aussi enseigner « ce qui unit » et c’est là, à proprement parler, où se conjuguent sa fonction culturelle avec sa fonction sociale et politique. D’abord, dans la tradition laïque, l’enseignement a pour mission d’aider chacune et chacun à désintriquer le « croire » et le « savoir ». Non pour discréditer le « croire » - les laïques n’ont presque jamais imaginé, d’ailleurs, qu’on puisse se passer du « croire » -, mais parce que le « croire » relève de la sphère privée alors que le « savoir » est ce qui est vrai pour tous, quelles que soient nos croyances par ailleurs. Certes, cette désintrication n’est jamais totalement aboutie – il restera toujours probablement un peu de « croire » dans tous les savoirs comme on trouvera toujours quelques bribes de « savoir » dans toute croyance -, mais l’École, la classe, la situation pédagogique doivent être portées par l’exigence de vérité ; c’est cette exigence – qui s’exprime à travers la méthode expérimentale ou documentaire, la démonstration et la recherche de cohérence - qui en font une institution publique, une institution « qui unit », non pas « en plus » des enseignements qu’elle dispense mais bien « par » les enseignements qu’elle dispense… Et puis, symétriquement, l’École doit, par la culture qu’elle transmet, permettre aux élèves qui la fréquentent de se découvrir parties prenantes de l’humaine condition, à travers leurs histoires personnelles et sociales, leurs croyances et leurs émotions. L’éducation artistique et culturelle a, à cet égard, un rôle absolument essentiel : non parce qu’elle fournirait des réponses dogmatiques qui s’imposeraient à tous, mais parce qu’elle permet de faire vivre et de partager les questions fondatrices qui nous réunissent au-delà de nos différences : à travers la rencontre des œuvres culturelles comme grâce au travail de création que l’on peut faire dans ce domaine, les élèves peuvent, en effet, se découvrir animés par les mêmes interrogations sur l’amour et la mort, la solitude et la violence, le pouvoir des hommes et l’avenir de notre univers. Pourquoi faut-il continuer à raconter Le petit Poucet aux enfants d’aujourd’hui, sous une forme ou sous une autre ? Parce que tout enfant a peur d’être abandonné par ses parents et qu’en lui offrant un récit littéraire, on lui permet de se reconnaître en lui, d’être relié aux autres grâce à lui, de mettre des mots sur ce qui l’habite… et tout cela sans le violer dans son intimité. Pourquoi faut-il lui raconter l’histoire de l’ogre ? Parce que, comme tout humain, il est hanté par une question sans réponse : peut-on aimer quelqu’un sans le dévorer ou l’étouffer ? Ou encore : peut-on être aimé de quelqu’un sans être mangé par lui ? Et il faut aider l’enfant comme l’adolescent à mettre des images et des mots sur ces questions. Il faut lui permettre d’entrer dans le symbolique pour pouvoir se dégager du chaos intérieur qui peut, sinon, devenir mortifère pour lui comme pour ses proches… Alors, s’il fallait résumer « les fondamentaux » de l’École aujourd’hui, je dirai : la construction exigeante de la pensée contre toutes les formes du « capitalisme pulsionnel », si bien décrit par Bernard Stiegler, et la construction minutieuse de ce qui unit les humains entre eux, aussi bien dans les savoirs positifs que dans les interrogations anthropologiques dont ils sont porteurs. C’est à partir de cela, je crois, qu’il faudrait penser les programmes scolaires. > Troisième partie

Le 16 septembre 2014 à 08:03

Claude Lelièvre : L'école a toujours été un lieu d'affrontement idéologique

Ça va bien à l'école ? #2

Agrégé de philosophie, Claude Lelièvre est professeur honoraire d’histoire de l’éducation à la faculté des sciences humaines et sociale-Sorbonne (Paris V), spécialiste dans l’histoire des politiques scolaires aux XIXe et XXe siècles. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages parmi lesquels : « L’Ecole obligatoire : pour quoi faire ? », Retz, 2004 et « Histoires vraies des violences à l’école », Fayard, 2007. Il a accepté de répondre aux questions de ventscontraires.net. Deuxième partie de cet entretien exclusif. > Première partie Instruire ou éduquer : quels sont, selon vous, les objectifs de l'école ? Cette dichotomie éducation-instruction (même si elle ne peut jamais être tenue jusqu’au bout) structure en profondeur le débat public sur l'Ecole en France depuis la Révolution française et l'institution de la République. Elle génère des tensions multiples qui se déclinent de façon récurrentes et parfois renouvelées, voire confuses. Le mieux est sans doute de partir de l’intervention emblématique de Rabaut Saint-Etienne devant la Convention en décembre 1792 : « Il faut distinguer l’instruction publique de l’éducation nationale. L’instruction publique éclaire et exerce l’esprit ; l’éducation nationale doit former le cœur ; la première doit donner des lumières et la seconde des vertus; l’instruction publique est le partage de quelques-uns ; l’éducation nationale est l’aliment nécessaire à tous  ». Un siècle plus tard, à la fin de la période ferryste, Ferdinand Brunetière précise : « l’éducation renvoie plutôt au gouvernement et à la direction des mœurs » et « l’instruction à la culture et au développement de l’esprit » (‘’Education et instruction’’, in Revue des deux mondes, 15 février 1895). Alors,« l'éducation dans les limites de l'instruction » selon la formule ''synthétique'' de Condorcet ? C'est sans doute un bel horizon qu'il est assurément bon d'avoir à l'esprit (surtout lorsqu'il s'agit d'Ecole et pour éviter bien des dérives possibles), mais impraticable jusqu'au bout. En tout cas, historiquement, la ''question morale'' dans une Ecole républicaine laïque a été ( et reste encore actuellement) une question vive, même si elle n'épuise pas le sujet. Pour Jules Ferry , l’enseignement de la morale appartient à l’Ecole (non par ‘’défaut’’, parce que les familles seraient défaillantes, comme on l’entend souvent aujourd’hui) mais parce que c’est son rôle éminent . Et c'est ce qu'il affirme avec force dans sa célèbre « Lettre aux instituteurs » du 17 novembre 1883 « L’instruction religieuse appartient à la famille et à l’Eglise, l’instruction morale à l’Ecole […]. La loi du 28 mars 1882 [sur la laïcité et l’obligation scolaire] affirme la volonté de fonder chez nous une éducation nationale, et de la fonder sur les notions du devoir et du droit que le législateur n’hésite pas à inscrire au nombre des vérités premières que nul ne peut ignorer. Pour cette partie capitale de l’éducation, c’est sur vous que les pouvoirs publics ont compté. En vous dispensant de l’enseignement religieux, on n’a pas songé à vous décharger de l’enseignement moral : c’eut été vous enlever ce qui fait la dignité de votre profession. Au contraire, il a paru tout naturel que l’instituteur, en même temps qu’il apprend aux enfants à lire et à écrire, leur enseigne aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celles du langage et du calcul ».Il s’agit de la « morale commune » (qui « nous » est « commune », « sans épithète »). Il s'agit d'un enseignement « laïque » de « la » morale, et non de l'enseignement d'une morale « laïque ». Tout cela ne va pas de soi, même à cette époque. Par exemple, Ferdinand Buisson ( un agrégé de philosophie nommé par Jules Ferry à la tête de l’école primaire républicaine et laïque qu'il dirigera durant dix-sept ans ) a eu une position sensiblement différente. Et on le perçoit très bien dans son article sur la « Morale » du « Dictionnaire de pédagogie » paru en 1911. Ferdinand Buisson élargissait en effet bien au–delà de la « morale commune » (et, comme il disait,  bien au-delà des « prescriptions et des prohibitions formelles qui constituent l’honnêteté élémentaire, rudimentaire, celle qu’on pourrait appeler négative ») l’ambition d’«une morale purement laïque » : « pour qu’une éducation morale nous paraisse suffisante, il faut qu’elle crée en chaque individu une sorte de force intérieure régissant non seulement les actes, mais les pensées, les sentiments, les intentions, toute la conduite, toute la direction de la vie ». Dans la période récente, le ministre de l'Education nationale qui a fait voter en juillet 2013 la loi d'orientation et de programmation « pour la refondation de l'école de la République », Vincent Peillon (lui aussi agrégé de philosophie et bon connaisseur de Buisson)), a annoncé qu'il entendait mettre en place un enseignement de « la morale laïque » depuis le primaire jusqu'à la fin du secondaire, en précisant (dans une interview au « Journal du Dimanche » du 2 septembre 2012), que la « laïcité » n’est pas « simplement tolérance » ou un ensemble de « règles de coexistence », mais une« laïcité intérieure », un « rapport à soi qui est un art de l’interrogation et de la liberté », « un effort pour raisonner, considérer que tout ne se vaut pas » . Une mission (composée d'Alain Bergounioux, Laurence Loeffel et Rémy Schwartz) mise en place par le ministre pour réfléchir à ce que pourrait être cet enseignement a rendu son rapport le 22 avril 2013, un rapport intitulé : « Pour un enseignement laïque de la morale » (du cours préparatoire à la terminale).  Aux journalistes qui lui demandent si c'est « une marche arrière que le rapport préconise un ''enseignement laïque de la morale'' et non plus une ''morale laïque'' », le ministre de l'Education nationale Vincent Peillon répond : « c'est la même chose ! Mais je comprends qu'il faut rassurer sur deux points. D'abord, certains voudraient laisser penser que la morale laïque serait anti-religieuse. C'est exactement l'inverse : elle est une morale commune à tous et c'est justement son respect qui autorise la liberté et la coexistence des croyances individuelles et privées de chacun. Ensuite la morale laïque n'est pas non plus une morale d'Etat, une ''orthodoxie à rebours''. Elle est le contraire du dogmatisme et fait le pari de la liberté de conscience et de jugement de chacun : elle vise l'autonomie ». Et Vincent Peillon continue et conclut : « les parents d'élèves autant que les professeurs veulent cette morale laïque là » (Le Monde du 22 avril 2013).   L'école est-elle plus que jamais un champ de bataille idéologique ?  Plus que jamais ? C'est loin d'être évident. Car ce serait oublier, par exemple, que l'école républicaine et laïque s'est construite délibérément sur un engagement politique très affirmé (et non sur la ''neutralité scolaire'') et qu'il y a eu (entre autres) deux ''guerres des manuels'' particulièrement chaudes dans le passé. Le principal fondateur de l'Ecole républicaine et laïque, Jules Ferry, a plaidé très clairement pour l'engagement politique des instituteurs et institutrice. Certes, Ferry se prononce fermement contre un certain type d'engagement : « Ne souffrez pas qu’on fasse jamais de vous des agents politiques ! […]. La politique contre laquelle je tiens à vous mettre en garde, est la politique militante et quotidienne, la politique de parti, de personnes, de coterie ! » En revanche, Jules Ferry plaide explicitement pour l’engagement politique des instituteurs et des institutrices en faveur de la République et de la Révolution française dans l’enceinte scolaire elle-même. Et il s’agit bien d’une prise de parti politique, reconnue et revendiquée comme telle : « Nous nous entendons bien, nous ne rééditons pas ici la formule qui fut célèbre dans les dernières années de l’établissement si difficile, si contesté de la République, cette formule du fonctionnaire qui disait : ‘’ Je ne fais pas de politique !’’. Nous ne l’entendons pas ainsi : je ne dirai pas, et vous ne me laisseriez pas dire qu’il ne doit pas y avoir dans l’enseignement primaire, dans votre enseignement, aucun esprit, aucune tendance politique. Pour deux raisons : d’abord, n’êtes-vous pas chargés, d’après les nouveaux programmes, de l’enseignement civique ? C’est une première raison. Il y en a une seconde, et plus haute, c’est que vous êtes tous les fils de 1789 ! Vous avez été affranchis comme citoyens par la Révolution française, vous allez être émancipés comme instituteurs par la République de 1880 : comment n’aimeriez-vous pas et ne feriez-vous pas aimer dans votre enseignement et la Révolution et la République ? » ( Discours du 25 avril 1881 au congrès pédagogique des instituteurs). On ne peut pas dire que cette prise de position privilégie le consensus. C’est alors une prise de parti encore plus résolue que ne le seraient actuellement des engagements forts contre le sexisme, le racisme ou la xénophobie. Les enseignants du primaire doivent en effet non seulement expliquer la Révolution française et la République, mais les faire « aimer ». Et cela à un moment où la République est condamnée par l’Eglise ; à un moment où seule une courte majorité de Français vient d’être favorable au régime républicain, où les républicains eux-mêmes ne sont pas tous d’accord – loin s’en faut - pour assumer «  en bloc » l’héritage de la Révolution »…In fine, et sans l’ombre d’une hésitation, les instituteurs et institutrices sont instamment sommés d’intervenir, de prendre parti, à l’Ecole même, sur les enjeux politiques majeurs de l’époque, pourtant objets de furieuses controverses. Cela ne se fera pas sans mal et sans contre-offensives, particulièrement chaudes durant la période ferryste, puis à la suite des lois « Combes » interdisant aux congréganistes d'enseigner en 1904. Le 8 janvier 1883, la « Congrégation de l'Index » publie quatre condamnations contre quatre manuels d'instruction morale et civique, ; et c'est la «  première guerre des manuels ». En septembre 1908, les cardinaux et archevêques de France publient une déclaration solennelle : « vous surveillerez l'école publique, employant d'abord tous les moyens légaux pour la maintenir dans l'observation de ce que, à défaut d'une expression meilleure, nous appellerons neutralité ». Commence alors c'est la « seconde guerre des manuels », qui durera jusqu'en 1914. En septembre 1909, les cardinaux, archevêques et évêques de France préconisent en effet une nouvelle forme d'organisation – à savoir les « associations des pères de famille » - en affirmant davantage encore quel est le but : « Vous avez le devoir et le droit de surveiller l'école publique. Il faut que vous connaissiez les maîtres qui la dirigent et l'enseignement qu'ils y donnent. Rien de ce qui est mis entre les mains et sous les yeux de vos enfants ne doit échapper à votre sollicitude : livres, cahiers, images, tout doit être contrôlé par vous […]. Nous interdisons l'usage de certains livres dans les écoles, et nous défendons à tous les fidèles de les posséder, de les lire et de les laisser entre les mains de leurs enfants, quelle que soit l'autorité qui prétend les leur imposer ». Suit une liste d'une quinzaine de manuels d'histoire, de morale ou d'instruction civique condamnés. Dans la dernière période, l'affrontement idéologique principal s'est déplacé du terrain politique direct à la mise en question de l'Ecole républicaine et laïque dans le domaine de l'éducation sexuelle et/ou sexuée), le point nodal tournant, on le sait, autour de la question de l'homosexualité. Les formes que prennent cet affrontements idéologiques peuvent être perçues certes comme très intenses (compte-tenu en particulier du rôle nouveau des ''réseaux sociaux'' dans les mobilisations voire les manipulations), mais les enjeux ne sont pas - contrairement à certains épisodes passés (du moins directement) - de l'ordre du changement de régime politique, voire de l'existence même de la République.

Le 8 septembre 2014 à 11:20

Claude Lelièvre : Ça va bien à l'école ?

Première partie

Agrégé de philosophie, Claude Lelièvre est professeur honoraire d’histoire de l’éducation à la faculté des sciences humaines et sociale-Sorbonne (Paris V), spécialiste dans l’histoire des politiques scolaires aux XIXe et XXe siècles. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages parmi lesquels : « L’Ecole obligatoire : pour quoi faire ? », Retz, 2004 et « Histoires vraies des violences à l’école », Fayard, 2007. Il a accepté de répondre aux questions de ventscontraires.net. Première partie de cet entretien exclusif.   En écho au titre de notre dossier mensuel, diriez-vous que « ça va bien à l'Ecole » ? Si l'« Ecole allait bien » il ne serait pas question de la « refonder », comme il a été clairement indiqué dans la loi d'orientation et de programmation qui a été votée le 8 juillet 2013, une loi au titre significatif : «  pour la refondation de l'école de la République ». Il s'agit de refonder l'Ecole à partir des ses « fondations », à savoir d'abord l'école primaire (avec sa maternelle) puis ensuite le collège dans le cadre d'une école obligatoire effectivement pour tous ; et non plus en partant du ''haut'' (des enseignements supérieurs et des lycées comme on l'a fait depuis des décennies). En 1989, les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet ont contribué à soulever une question fondamentale lors de la parution de leur livre « Le niveau monte », en rendant compte de l’étude des résultats séculaires des conscrits lors des tests administrés au moment de leur incorporation à l’armée. Les deux sociologues montraient que le niveau des résultats à ces tests avait effectivement monté, et nettement, pour la proportion des 30% qui les réussissaient déjà le mieux. Un peu pour les autres ; sauf pour les 20% qui les réussissaient le plus mal, dont les résultats, au contraire, avaient baissé. Comme le soulignent alors eux-mêmes Baudelot et Establet, « il reste encore aujourd’hui une quantité substantielle de jeunes qui sortent de l’école sans maîtriser les éléments fondamentaux d’un savoir minimum. L’élévation générale du niveau n’a exercé sur le leur aucun effet d’entraînement. Il n’y a aucune raison que la situation s’améliore tant qu’on comptera sur la hausse du plafond pour relever le plancher ». C’était il y a un quart de siècle. Et cela n’a guère bougé depuis dans les faits.   On entend régulièrement parler d'une baisse du niveau des élèves. S 'agit-il selon vous d'un fantasme ? Le titre (quelque peu provocateur) du livre publié en 1989 par les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet peut être pris pour une première réponse : « Le niveau monte. Réfutation d'une vielle idée concernant la prétendue décadence de nos écoles ». Et on peut livrer à titre d'exemple un florilège de ces affirmations péremptoires qui se focalisent le plus souvent sur le niveau en orthographe ou au baccalauréat, et qui viennent de loin dans le passé... « Les fautes d'orthographe, l'ignorance des plus simples éléments de la langue française laissent trop voir qu'un grand nombre se présente à ces épreuves du baccalauréat comme à un jeu de hasard où c'est la fortune qui doit tout faire » ( Le Clerc, doyen de la Sorbonne, 1879). « Nous voudrions simplement rappeler aux candidats que la faculté désirerait ne plus avoir à corriger des fautes d'orthographe aussi nombreuses que stupéfiantes. Elle désire aussi que les aspirants au baccalauréat ne fassent pas prononcer par Bossuet ses oraisons funèbres à la cour de Henri IV, ni prêcher la première croisade par Claude Bernard » (Gaffarel, doyen de la faculté des lettres de Clermont,1881). « L'orthographe des étudiants en lettres est devenue si défectueuse que la Sorbonne s'est vue réduite à demander la création d'une nouvelle maîtrise de conférences, dont le titulaire aurait pour principale occupation de corriger les devoirs de français des étudiants de la faculté de lettres » (Albert Duruy, « L'Instruction publique et la démocratie », 1886). « La participation aux épreuves d'un trop grand nombre de candidats médiocres a pour résultat inévitable d'abaisser le niveau de l'examen » ( Jean-Baptiste Piobetta, « Examens et concours », 1943). « La décadence est réelle, elle n'est pas une chimère : il est banal de trouver vingt fautes d'orthographe dans une même dissertation littéraire des classes terminales. Le désarroi de l'école ne date réellement que de la IV° République » ( Noël Deska, « Un gâchis qui défie les réformes : l'enseignement secondaire », 1956). En réalité, la question du « niveau » se révèle fort complexe dès lors que l'on tente de soumettre ses opinions à l'examen empirique. Quand on parle de baisse ou d'élévation du niveau, de quoi (et de qui) parle-t-on exactement ? Un seul exemple (et pris dans une seule matière, mais celle qui fait partie des ''passions françaises'') : le « niveau » en orthographe. On a fait faire en 1987 à des élèves de la même tranche d'âge la dictée qui avait été systématiquement ''administrée'' par l'Inspecteur général Beuvain lors de ses visites dans les écoles communales en 1877. En 1877, deux fois plus d'élèves qu'en 1987 ne faisaient pratiquement pas de fautes pour cette dictée : 14% conte 7% . Mais il y avait aussi deux fois plus d'élèves faisant énormément de fautes (20% en 1877 contre 11% en 1987). Par ailleurs, les élèves de 1877 et ceux de 1987 n'ont pas fait les mêmes types de fautes. Les fautes de lexique (orthographe des mots) ont été proportionnellement plus fréquentes chez les élèves de 1987, alors que les fautes de langue (mauvaise compréhension ou mauvaise coupure des mots, mots autres que le mot exact) ont été plus fréquentes un siècle auparavant. De façon plus générale, les tentatives de comparaisons dans le temps montrent que les résultats sont assez souvent contrastés selon les domaines scolaires, voire les différents aspects de chaque domaine. Sans compter qu'entre-temps, les domaines valorisés par l'école peuvent avoir changé ou leur hiérarchie avoir été modifiée. « Le niveau » baisse-t-il ou s'élève-t-il ? Il est plus que douteux qu'il puisse y avoir jamais une seule réponse (empiriquement fondée) à cette question ( bien trop ''globale'' et indifférenciée).   Que penser des résultats des derniers rapports du Programme international pour le suivi des acquis des élèves ? On s'en souvient sans doute, les résultats des élèves français aux tests PISA 2009 avaient été globalement très moyens ( la moyenne étant par définition 500 ) dans les trois domaines étudiés : 496 points en compréhension de l'écrit ( contre 493 pour la moyenne des pays de l'OCDE ), 498 en culture scientifique ( contre 501 ), 497 en mathématiques ( contre 496 ). Et cela n'a pas changé pour PISA 2012 ( à quelques points près - en plus ou en moins selon les domaines - non significatifs statistiquement). Cette situation ''moyenne'' n'est pas glorieuse, mais elle n'est pas non plus ''sur le déclin'' ou encore moins ''catastrophique'', contrairement à ce que l'on entend parfois. Mais par ailleurs les résultats des élèves français sont nettement plus dispersés et inégaux en France que dans la moyenne de l'OCDE (et même, à certains égards, encore plus inégaux que dans les enquêtes PISA précédentes). Ces inégalités persistantes (voire aggravées) interpellent. Dans l'enquête PISA de 2006 la France se trouvait déjà, pour les trois domaines étudiés, parmi les deux pays où l'écart était le plus grand entre les élèves dont le statut économique, social et culturel des parents est le plus élevé (le quart le plus favorisé) et ceux dont le statut économique, social et culturel est faible (le quart le moins favorisé). Les écarts allaient de 63 points pour la Finlande à 122 pour la France (bonne dernière) pour ce qui concerne la culture scientifique. Ils allaient de 55 points pour l'Islande à 112 pour la France (avant dernière, devant le Luxembourg) pour ce qui a trait à la compréhension de l'écrit. Ils allaient enfin de 62 points pour l'Islande à 115 pour la France (avant-dernière, devant la Hongrie) en mathématiques. Une belle constance dans les écarts et les places, qui ne peut certainement pas être complètement due aux hasards (ou aux ‘'biais'' des tests). Et cela n'a pas changé non plus, pour l'essentiel, avec PISA 2012. Comment échapper à cette sorte de schizophrénie qui fait que la France est l'un des rares pays qui proclame que l'Ecole a un rôle à jouer dans la réduction des inégalités, alors même qu'il apparaît qu'elle est l'un des pays où il y a les plus fortes inégalités scolaires, et de plus en plus ? Cela vient de loin et l'on ne pourra pas faire l'économie d'une profonde interrogation à propos de nos représentations dominantes et de nos fonctionnements réels. Dans leur livre paru en 2009 et qui était déjà un cri d'alarme ( « L'élitisme républicain. L'école française à l'épreuve des comparaisons internationales »),les sociologues Baudelot et Establet concluaient : « Les évaluations de PISA appellent un débat public, comme elles en suscitent dans beaucoup de pays ». Mais, en 2013, on a encore été loin du compte en France si l'on veut vraiment relever le défi, sortir résolument du cercle vicieux et « refonder l'Ecole ».   (A suivre)

Le 6 octobre 2014 à 09:53

13,7 Milliards d'années de solitude

« Au fond Dieu n’aurait voulu être qu’une déité parmi d’autres »chantent les Residents sur God Song. Nous en sommes tous là. A l’instar du démiurge, nous sommes devenus ces individus singuliers qui aimeraient découvrir un ou plusieurs autres de la même espèce pour partager les choses de la vie. A l’instar du démiurge, nous sommes sombres, plein de pièges et d’intentions masqués. Nous n’aimons pas tellement les autres, mais si, par miracle, nous les aimions, nous voudrions être tout pour eux, ce qui semble un peu plus difficile chaque jour. Nous nous approfondissons de toutes nos rencontres et ruptures successives. Notre caractère nous isole, nous complexifie et nous rend, à nous-mêmes, énigmatiques. A l’instar du démiurge, nous ne sommes pas seulement devenus étrangers aux autres mais à nous-mêmes : de vrais sphinx. A l’instar du démiurge, nous avons découvert la solitude. Pas forcément la solitude morale proprement dite – les hommes et les femmes d’autrefois, fruits de mariages arrangés et membres de familles hasardeuses, étaient, à leur manière, bien aussi seuls que nous. Nous avons découvert l’esseulement concret, la carence affective, le fait de s’endormir seuls presque tous les soirs. A l’instar du démiurge, nous vivons seuls, nous vieillissons seuls, et nous mourrons seuls. Nous avons découvert le célibat. Mais le plus seul de tous, c’est encore notre Univers. Seul avec ses 13,7 milliards d’années d’existence depuis la première lumière émise par le Big Bang. Seul avec ses 100 milliards d’années-lumière de diamètre et ses 7x1022 étoiles. Seul avec ses 25% de matière noire, ses 70% d’énergie noire. Seul à être fini sans pour autant posséder de frontières spatiales. Seul à se refermer sur lui-même comme un hérisson – tant et si bien qu’il ressemble désormais à Spiny Norman, le gigantesque Erinaceus qui poursuit Dinsdale dans un épisode fameux du Monty Python’s Flying Circus. Seul avec toutes ces dimensions que personne n’est capable de percevoir – plus complexe encore que Shakespeare, Finnegans Wake et Laura Palmer réunis ! Seul à être viscéralement, définitivement seul. Et si mélancolique que tout y est fait pour mourir inexorablement. L’Univers a planifié son suicide – et nous n’y pouvons rien. Nous n’avons pas beaucoup de réalité pour lui. Nous n’avons pas plus de réalité que des petits « J’aime » sur son Wall pachydermique de super-starlette des réseaux stellaires. L’Univers a planifié son suicide comme un crime parfait. Si nous survivons au réchauffement climatique et à la guerre civile mondiale, la mort thermique de l’Univers nous pend au nez. Le Soleil a posé sa démission à 7 milliards d’années maximum, et, dans 20 milliards d’années, aucun astre n’aura assez de combustible pour continuer à parader dans le tric-trac du ciel. Ce sera un univers d’étoiles éteintes, comme un réseau social définitivement déserté… Et les scénarios des physiciens ne diffèrent que sur le modus operandi du suicide planifié de Monsieur : Un Big Crunch, si l’expansion se ralentit et s’inverse ; un Big Chill si les astres éteints s’agglutinent en trous noirs, et l’Univers se dissout en un bain de photons froids ; un Big Rip si l’Univers continue son expansion pour exploser, laissant la matière qui le compose se déchirer par dilatation dans l’espace. Rip, Chill & Crunch sont les Pieds Nickelés qui tiennent entre leurs mains le dernier tour de cochon de notre Very Big Boss. Les réseaux sociaux ont transformé notre monde affectif en galaxie. Tous nos amis Facebook, ce sont de petites lumières dans la nuit. Il y a qui s’éteignent, d’autres qui s’allument, mais tous nous menacent d’une extinction progressive de nos derniers remparts contre la solitude. Mark Zuckerberg, glacial prophète de notre apocalypse intime, nous a transformé en frères Ubu de l’amitié – tyrans boulimiques d’un cosmos de stimulations affectives de faible intensité, où le nombre compense la distance, et où la rareté fait la préciosité. Un « like » de la femme qu’on aime, c’est une lueur lointaine venue de la planète Mars ; un ancien amour qui nous bloque, et c’est un trou noir ou une déflagration. C’est pareil pour l’Univers. Nous n’avons pas plus de réalité pour lui que les petits « J’aime » sur notre Wall, mais nous n’en avons pas moins. Dans notre cœur, nous avons la force de le constituer. Dans notre cœur, nous avons les armes pour le convaincre de notre réalité. Et il craint notre mépris plus encore que nous ne redoutons son indifférence. Embrasse-nous, idiot ! Ce sont les derviches tourneurs qui peuvent nous apprendre comment amadouer l’Univers. En imitant la danse des planètes, les disciples de Rûmî abandonnent leur égo et tournoient à l’unisson avec les planètes comme si chaque âme pouvait atteindre la mélodie du Grand Tout. Ils font le pari que le tourbillon dansé de quelques êtres suffit à atténuer le chagrin du grand solitaire, comme un seul sourire peut parfois sauver une journée. Nous devrions tout apprendre à faire comme des soufis : écrire, aimer, travailler, vivre. Nous ne sommes pas seulement étrangers, mais reliés à la totalité de l’Univers. Nous ne sommes pas seulement seuls, mais mariés à tous les êtres. Nous ne sommes pas seulement singuliers, mais nous pouvons continuer à danser.  

Le 12 mars 2015 à 09:24

Le Trou

ce qui me manque c’est un trouou plutôt : ce qui me manque fait un trou, un trou en moi, me troue,je suis troué par ce qui me manque non pas qu’on me l’ait enlevé, que je l’aurais eu un jour, que j’aurais été entier,  ce trou c’est mon manquece manque c’est l’Autre, l’Autre toujours trouetrou en moiemporte-piècedès que je nais, l’Autre me trouemoi aussi je fais des trous chez l’Autre, sans le vouloir, avec le regard, et je comprends que j’ai dû trouer ou percer quelque chose en voyant de l’eau pleurer par les yeux de l’Autre, je ne savais pas,ça se met à fuir, ça se répand, ça ne s’arrête plus, les larmes du trou l’Autre n’est plus qu’un trou en larmes, un puits pleureur, et c’est moi qui ai fait ce trou.au trou ! condamné au trou ! à se faire trouer la viece qui reste c’est la passoire de l’être, mille fois trouée, cachée au cœur d’une forme en viande qui se fait croire qu’elle est entière et que tout va bien. mais quand je serai tout troué, quand je ne serai plus qu’un trou ambulant, une lacune humaine, une absence debout, quand je n’aurai plus que mes bords, quand je ne serai plus qu’un bord de trou, une margelle à sang chaud, alors l’Autre qui n’aura plus rien à trouer, s’approchera,il se tiendra au bord de mon trou, devenu le sien aussi, à force de tant me trouer, trou des deux donc, avec lui, penché, à prier que l’horizon se découvre enfin au plus profond de cet Autre , qui se demande lui-même s’il existe encore, étant devenu complètement trou...

Le 20 janvier 2017 à 12:31

Une nouvelle constitution citoyenne inventée par Christophe Meierhans et des politologues

Nos disques sont rayés - quinze jours sur les blocages français

Il présente ses performances en français,  anglais, allemand, flamand. Christophe Meierhans est un artiste suisse plurilingue, pluridisciplinaire, actif dans différentes sphères et scènes artistiques. Compositeur de formation, son œuvre inclut la performance, l’intervention dans l’espace public, le court-métrage, la publication et la composition musicale. Avec Some use of your broken pots, nous sommes à la fois au théâtre et inclus dans une espèce d’assemblée populaire. Programmée dans de nombreux pays, cette performance interactive « citoyenne » présente au public un projet novateur de constitution démocratique que Christophe Meierhans a élaboré avec des politologues de différentes universités belges. Une constitution pour un État démocratique qui n’existe pas encore et qui ne fonctionnerait plus du tout comme le font nos démocraties rélectives en crise. Loin d’être inactif le public réagit, questionne, cherche les failles, les incohérences. Et chaque fois Meierhans apporte une réponse qui va rendre son projet, d’abord déroutant, de plus en plus convainquant. A l’heure où partout dans le monde on réfléchit à introduire Internet et le tirage au sort dans nos pratiques démocratiques, cette pièce utopique et subtilement comique ouvre de joyeuses pistes pour imaginer d’autres manières de nous organiser ensemble.

Le 26 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 24

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Planet.lundi 18 juin 2007Élysée. Le plan d’économies gouvernementales « un euro dépensé, un euro utile » se poursuit avec une rigueur spartiate. Après avoir fait changer toutes les ampoules de l’Élysée pour des modèles à basse consommation, la présidente fait procéder à un audit des caves, suivi d’une vente aux enchères de 10 000 des 15 000 grands crus en réserve — qui pourrait rapporter entre 2 et 5 millions d’euros. L’opération est rondement menée, malgré la crise de nerfs du sommelier de l’Élysée : le forcené s’enferme dans les caves, criant qu’il n’y laissera jamais descendre la présidente, parce qu’elle ferait tourner le vin. La garde républicaine l’en délogera. Au grand mécontentement des syndicats viticoles, on procède au réexamen des contrats avec les fournisseurs réguliers, essentiellement remplacés par des producteurs de Pineau des Charentes,  pour 200 000 € d’économies à l’année. La droite, sous l’impulsion de Jean Louis Borloo, hurle qu’on brade à l’encan le patrimoine. Les frais de bouche sont revus dans le sens « de l’économie ménagère », c’est-à-dire qu’on accommodera les restes. Les réceptions officielles se voudront « festives et conviviales », centrées autour d’un buffet Pineau des Charentes et chabichou. Le chef du protocole ayant fait circuler une note angoissée sur les menaces que ces disposition font planer sur le prestige de la nation, la présidente a suggéré qu’on les complète — pour les grandes occasions seulement — par des pyramides de rochers au chocolat sur des plateaux : 21 millions d’économie à l’année. L’ensemble du parc automobile est soldé, pour être remplacé par 45 voiturettes électriques Heuliez « Friendly ». La Présidente aligne sa rémunération sur le SMIC — « Ça m’évitera les questions pièges sur le niveau du SMIC », déclare-t- elle — et elle prie à chaque membre du gouvernement de proposer, lui-même, la baisse de ses émoluments : les Français jugeront ces hommes et ces femmes en fonction du pourcentage annoncéLa suite demain...

Le 1 septembre 2010 à 07:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 30

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 2 juillet 2007 Accords de Khartoum. Le conseil du ministre du mardi 3 juillet est prévu à Soudan, petite communauté des Deux-Sèvres, dans le canton de la Mothe-Saint-Héray. On y attendra en vain la présidente. Dans la soirée du lundi, en effet, Ségolène Royal s’envole pour le Soudan africain en compagnie de Bernard-Henri Lévy. A peine descendus de l’avion, ils proposent, spontanément, une rencontre à huis clos entre les belligérants de la guerre civile au Darfour. « Depuis le temps que ça dure, explique la Présidente, il faudrait peut-être passer à autre chose : parce que là, je ne vous le cache pas, la communauté internationale commence à en avoir plein le dos. » La rencontre a lieu le soir même au Hilton de Khartoum. Sous l’impulsion de la Présidente et de son porte-parole, un accord est trouvé en moins de sept heures entre les milices Janjawid, l’Armée de Libération du Soudan, le Mouvement pour la Justice et l'Égalité, l’Armée Populaire de Libération du Soudan, les différents chefs de guerre et les gouvernements de Pékin, de Khartoum et de N’djamena. Sitôt l’annonce connue, un vaste sursaut démocratique électrise la société soudanaise : le général Omar el-Béchir est destitué sous les vivats de l’armée ; une coalition gouvernementale multiethnique se met en place, emmenée par la socialiste Fatima Ahmed Abdelmahmoud : elle sera confirmée par les urnes trois mois plus tard et mettra sur pied une commission « Franchise et Réconciliation ». « Une bonne chose de faite, commentera la Présidente au sortir de la réunion. Comme quoi quand on veut, on peut. Et ce n’était quand même pas la mort du petit cheval. »Dans les heures qui suivent, une immense vague de soulagement s’empare du monde entier — qui n’en pouvait plus de voir depuis cinq ans, l’actualité trustée par ce génocide inexplicable et sans éclat. Les dons affluent, par milliards, sur Internet. Cet enthousiasme planétaire désamorce un début de crise diplomatique entre Paris et Pékin : rappelé dans son pays, l’ambassadeur chinois reçoit sur le tarmac d’Orly un coup de fil lui enjoignant de reprendre le bus pour l’avenue George-V. A quelque temps de là, la Fondation Total pour le Bien-Être des Pauvres qui ont du Pétrole (FTBEPP) annonce un programme de dispensaires gratuits dans le sud Soudan — malgré les protestations de la China National Petroleum Corporation, qui a des intérêts dans la zone. Le Fonds Areva pour l’Avenir de l’Énergie et des Peuples qui ont de l’Énergie, mais pas d’Avenir (FAAEPEA) fait savoir qu’il prend à sa charge le rapatriement des populations déplacées — malgré les protestations de la China National Nuclear Corporation qui extrait de l’uranium dans la région. La tragédie du Darfour est close. L’initiative française soulève de vives critiques à l’ONU : le premier Secrétaire Général Ban Ki-moon déplore de la « précipitation coupable » avec laquelle l’affaire a été menée, « sans concertation aucune avec les instances internationales ». En France, la droite — par la voix Charles Pasqua — tonne contre une « initiative boum-boum » qui « manque de correction » et ravale « la politique africaine de la France au rang de l’amateurisme ». Le Parti socialiste lui aussi se montre très réservé, sans trop savoir pourquoi. Une déclaration de Benoît Hamon résume bien le sentiment général : « Ben je sais pas… Quand on est socialiste, et qu’on voit une initiative comme ça, super concrète, qui donne des résultats… Et que tout le monde est content… C’est permis d’avoir des doutes, quand même. » Le divorce se creuse entre la Présidente et son parti. Enfin, une protestation unitaire montée par l’extrême-gauche : « Tout ça, c’était pour le pétrole », se solde par un cuisant échec : deux cents manifestants d’après les organisateurs, et Olivier Besancenot d’après la police. Selon une enquête indépendante menée par une ONG, les accords de Khartoum ont permis d’épargner plusieurs centaines de milliers de viesLa suite demain...

Le 3 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 1

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions. A suivre en feuilleton dès aujourd'hui. Bon mois d'août !Il était une fois, dans un pays imaginaire où l’imagination était au pouvoir, une femme, une vraie — avec des enfants et tout —, au destin prédestiné et hors du commun. Son histoire a commencé  il y a fort longtemps, entre Dakar et la lorraine, mais comme il s’agit d’une femme, nous ne pouvons pas vous révéler exactement quand. Un jour, ou peut-être une nuit, elle a entendu une voix, venue d’ailleurs, qui lui intima un ordre mystico-politique : « PRESENTE TOI AUX PRESIDENTIELLES ! ». D’où venait cette voix ? Personne ne l’a jamais su. Certains disent qu’elle émanait d’un certain « Tonton », dieu de gauche qu’elle avait tant adoré, d’autres qu’il s’agirait d’une mauvaise blague fomentée par des dirigeants du parti socialiste, ivres morts, au cours d’une merguez partie très arrosée, d’autres mauvaises langues firent courir le bruit qu’elle avalait régulièrement des champignons, d’autres encore que c’était le petit sorcier méchant du camp adverse, Nicolas de l’UMP de Neuilly, qui lui aurait fait boire une potion magique pour mieux la manipuler et la convaincre d’aller au combat et ainsi choisir son adversaire… Nul ne saura jamais. Telle Jeanne d’Arc affrontant les anglais, Ségolène se décida à affronter les urnes, telle serait sa mission pour les siècles à venir, se sacrifier pour la France.  Désormais, rien ni personne, y compris ses alliés, surtout ses alliés, ne pourra arrêter la grande gourou Poitevine de la démocratie participative tendue vers un ardent désir d’avenir, l’histoire était en marche. Nous allons maintenant vous narrer ce merveilleux conte de fée, rêvons ensemble en nous disant que si c’est l’autre qui avait été élu, le cauchemar eût été terrible. La grande histoire commence un 6 mai 2007, aux environs de vingt heures…     La suite demain...

Le 28 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 26

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mercredi 20 juin 2007 L’Imposteuse, pamphlet signé par Cassandre (pseudonyme d’un collectif de « responsables politiques éclairés »), dénonce avec vigueur la « royalisation de l’héritage socialiste » et colporte plusieurs histoires de coucherie. « Qui est Cassandre ? s’interroge Le Journal du dimanche en reprenant les extraits des coucheries. Le petit monde des médias ne bruisse que de cette question. » L’éditeur, First, assure avoir voulu « briser la loi du silence ». Cette publication suscite un certain écho. La présidente la qualifie de « charge misogyne contre toutes les femmes dans leur intégrité morale et physique ». Son porte-parole, Bernard-Henri Lévy, dénonce avec vigueur une attaque indirecte contre lui-même, et « tous les intellectuels de ce pays qui mettent les mains dedans ». Le Parti socialiste, de son côté, publie un communiqué laconique : « N’importe quoi », dont on ne sait pas très bien s’il vise le pamphlet ou sa victime. François Hollande, interrogé par le magazine Politis, assure qu’il n’a rien à faire avec cette histoire. Il ajoute : « Plus rien à faire avec cette histoire » — précision qui sera abondamment commentée dans la presse. Tous les partis de droite dénoncent une  manipulation qui « profite, bien entendu, à la victime » et ne peut qu’émaner de son propre camp. « Parce que, Claire Chazal, qu’est-ce qu’on veut, avec cette histoire ? accuse Frédéric Lefebvre. On veut faire diversion ; on veut faire oublier les vrais problèmes des Français. Eh bien, moi, je trouve ça indigne d’un parti au pouvoir. C’est pas avec nous que ce serait arrivé. » André Glucksmann, bloqué à l’hôpital avec les deux bras cassés, a un alibi. Malgré ce début prometteur de polémique, l’ouvrage se vendra mal… La suite demain...

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Rencontre avec Isabelle Huppert
Live • 17/12/2020
La masterclass de Daniel Pennac
Live • 11/12/2020
La masterclass de Alice Zeniter
Live • 05/12/2020
La masterclass de Jacques Bonnaffé
Live • 30/11/2020
La masterclass de Gilles Cohen
Live • 24/11/2020
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication