Judith Perrignon
Publié le 24/03/2015

Oh l'autre !


Au début, il a dit : « Bonjour madame, on est une bande de beaux gosses et on prépare un bac pro ». 
Tout s’est bien passé ensuite puisqu’à la fin il a dit : « Madame on pensait pas que quelqu’un qui écrit des livres pourrait rire avec nous. » 
Oh l’autre !

Judith Perrignon a longtemps travaillé à Libération, la politique d'abord, les portraits ensuite. Elle en est partie, pas pour ailleurs, mais pour autre chose, notamment des livres, seule ou à deux. Le dernier, L'Intranquille, avec Gérard Garouste. 

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Judith Perrignon

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Le 1 avril 2010

Florence Aubenas

Rire en pleine catastrophe

"Il faut commencer par se souvenir de l’Algérie en 2003, au moment où un tremblement de terre avait ravagé la moitié de la côte, entre Alger et Boumerdès, suivi par un torrent de boue qui avait submergé Bab-El-Oued, puis par une secousse qui avait fini d’anéantir les rares bâtiments encore debout. Les sauveteurs n’ont aucun matériel, même les pioches manquent. Ils sont à genoux et déblayent des montagnes de décombres avec leurs ongles. Des cris, des appels percent parfois sous les gravats, très forts d’abord, puis de plus en plus faibles jusqu’à s’éteindre. On parle de 2500 morts, mais il y en a tant qu’aucun bilan ne réussit à les chiffrer, et tant de réfugiés que l’horizon se couvre de tentes. Ceci est aussi le début d’une histoire drôle, vous allez voir. Ou plutôt une histoire de rires. La présidence et l’armée ont pris l’organisation des secours sous leur coupe et en ont fait leur domaine réservé. Dans le pays, rien ne doit échapper à leur contrôle, même pas le malheur. Des barrages sont dressés sur les routes et à l’entrée des camps sinistrés. Tout citoyen qui, dans un élan de solidarité, tente d’apporter aux réfugiés de l’aide, du pain, des vêtements, est refoulé comme un brigand. L’Etat a décrété qu’il s’occuperait de tout : « Chaque sinistré aura droit a un repas chaud par jour. »L’été approche, juin est déjà bien entamé. Il fait plus de 40 degrés sous les tentes. Dans un camp près de Boufarik, un scout en grand uniforme distribue le fameux « repas chaud » : macaronis et œufs durs, ce jour-là. Les rescapés prennent les œufs mais tous, ou presque, remercient pour les pâtes : « Il fait trop chaud, l’eau manque… » Le scout ne dit rien d’abord, mais on le sent fulminer. D’un coup, il finit par hurler : « Maintenant ça suffit. On a dit qu’il fallait un repas chaud par jour. Celui qui ne prend pas ses macaronis n’aura pas droit à l’œuf. » Encadrée par des gradés, armes au côté, la file des rescapés s’est immobilisée, gamelle à la main. Plus un bruit, sauf celui des bottes. C’est Ahmed qui a ri le premier, ce maçon qui a perdu toute sa famille dans l’effondrement de son immeuble. Puis, Mouloud – dont un enfant sur six a survécu – commence à glousser, puis Djamila, qui est sans nouvelles de ses parents, puis tout un groupe de footballeurs, miraculés de l’effondrement d’un stade, se met à hoqueter à son tour. Et voilà le camp entier secoué de spasmes irrépressibles, des dizaines de réfugiés qui pleurent de rire devant le petit scout en uniforme. A ce rire-là, donc, à tous ces rires-là."Florence Aubenas, journaliste, écrivainArticle édité dans le catalogue Le Rire de résistance, BeauxArts éditions et Théâtre du Rond-Point

Le 26 janvier 2015 à 09:56

Pardon ?

Article paru conjointement dans Le 1 n°41 "Que dire à nos enfants ?" du 28 janvier 2015

A présent, qu'est-ce qu'on fait ? Tout un pays qui se pose la question. Et nous dedans, des nuits à en parler, à remonter les fils de l'Histoire.Les yeux rouges elle a dit : la fermeté bien sûr mais il faut aussi demander pardon aux quartiers. Oui aux quartiers. Pardon?Pour tout ce qui a été mal fait et pour tout ce qui n'a pas été fait.Demander pardon !Oui c'est un mot si simple. Dès qu'on le dit tout est changé. Et une fois qu'on l'a dit plus besoin de le redire, la rancoeur est moins lourde, on peut se mettre à travailler tous ensemble.J'imaginais l'exécutif demander pardon aux quartiers. Non mais, les quartiers ça n'est pas les camps, on va où là ?Tu verras, ils n'ont pas le choix. C'est le moment. C'est la seule chose à faire.Et puis le lendemain le premier ministre a lâché le mot "apartheid". Apartheid territorial, social, ethnique. Il y a eu un grand silence. J'ai vu des visages s'éclairer d'un sourire, comme si l'injustice avait été enfin reconnue. Et d'autres se renfrogner : on n'est tout de même pas en Afrique du Sud ! Rien ne leur a été fait délibérément, aux quartiers ! En Afrique du Sud la séparation était inscrite dans la loi !Tu vois je t'avais dit, ils ont compris qu'il fallait aussi s'excuser.Alors deux autres mots m'ont traversé la tête. Transparence et réconciliation. Les deux mots que Mandela a sortis quand son grand pays cassé en deux s'est tourné vers lui en demandant : A présent, qu'est-ce qu'on fait ? On va tout se dire, même les choses les moins reluisantes, on va rassembler toutes nos histoires en une même Histoire, et puis on va arrêter d'avoir peur, on va se retrousser les manches et bosser tous ensemble.Transparence et réconciliation : et si c'était par ces deux mots-là qu'il nous fallait passer pour redonner vie et éclat aux trois grands mots rouillés qui patientent au fronton de nos mairies ? Cet article paraît dans le n°41 de l'hebdo Le 1partenaire de ventscontraireset du Théâtre du Rond-Point

Le 28 août 2017 à 17:53

Kery James : faire se rencontrer les deux France

Rond-Point – Kerry James, pourquoi aujourd'hui écrire et interpréter une pièce de théâtre ? Kery James – Je veux faire de À vif une pièce dont on ne ressort pas indemne, une pièce qui marque, bouleverse parfois et peut-être même change les choses. Peut-être même une seule. Une pièce importante, sociale, nécessairement politique mais pas politicienne. En d’autres termes, une pièce qui participe à la vie de la cité. Ce sont là les objectifs que je me suis fixés tout au long de ma carrière musicale et je ne saurais faire autrement dans le théâtre, la peinture ou le cinéma. Cette pièce a selon moi la capacité d’intéresser un très large public car elle raconte la rencontre entre ce que j’appelle les « Deux France ». « Deux France » qui ne se connaissent pas ou s’ignorent. « Deux France » qui se méprisent parfois et qui continueront à avoir peur l’une de l’autre tant que seuls les médias et la classe politique leur serviront d’intermédiaires.   Ces deux mêmes France que l’on va tenter d’opposer en 2017, lors des élections présidentielles. Il est une évidence que les mots d’ordre pour les prochaines élections seront la division, la stigmatisation et l’exclusion d’une partie des Français du sentiment d’appartenir à la Nation. Il s’agira d’une course pitoyable à la séduction de l’électorat de Marine Le Pen.   Cette pièce ne règlera certainement pas le problème, mais proposera quelque chose de fondamental à la cohésion nationale : un dialogue. Elle tentera de briser les idées reçues et de mettre en évidence la complexité de ces deux France que certains tentent d’opposer en les présentant comme deux blocs compacts et soudés dans lesquels tout le monde vit et pense de la même manière.   C’est pourquoi tout au long de mon écriture, je me suis efforcé à ne caricaturer aucune de ces deux France. Les deux avocats se livrent tous les deux à une plaidoirie fortement argumentée et construite. Je n’ai pas cherché à favoriser une opinion plutôt qu’une autre. Ma conviction intime étant que tous ensemble nous pouvons parvenir à améliorer la situation des banlieues en France et le vivre ensemble.   En 2012, je me suis produit au Théâtre des Bouffes du Nord pendant trois semaines. Accompagné d’un clavier et d’un percussionniste, j’y ai interprété les titres les plus marquants de ma carrière. Le public amateur de rap dans une forme plus habituelle n’a pourtant pas boudé le concept, au contraire. Il s’est retrouvé mélangé au public habituel du Théâtre des Bouffes du Nord et aux curieux, qui ne connaissaient pas mon répertoire. En raison du sujet évoqué, en plus du public habitué à fréquenter les théâtres, À vif attirera des spectateurs qui habituellement n’y viennent pas car ils le jugent, à raison selon moi, trop abstrait et éloigné de leur réalité.   Les deux France se rencontreront au théâtre, dans le réel et peut-être même, échangeront. Ce sera déjà un petit pas vers le vivre ensemble. Les montagnes sont faites de petites pierres.

Le 14 janvier 2019 à 17:50

Nos disques sont rayés #3 : la périphérie

Nos disques sont rayés #3 festival citoyen des « périféeries urbaines » Conception Jean-Daniel Magnin et Jean-Michel Ribes 4-18 février 2019 salles Renaud-Barrault et Roland Topor  Issue de secours, la périphérie ?  Quinze jours de débats, performances et conférences pour renverser notre vision sur la banlieue, les marges, les « territoires ». Disputes, engueulades et rires salutaires : quand les démocraties vacillent sous le poids des inégalités, il est temps de prendre la parole, de débattre, de sortir des entre-soi. « Acceptons-nous que l’Europe se construise loin de ses citoyens ? Aimons-nous cette France à plusieurs vitesses, l’hypocrisie apartheid et tant de zones oubliées qui ruminent en silence ? » demande l’organisateur Jean-Daniel Magnin, directeur littéraire des lieux. À la veille des élections européennes, le Rond-Point ouvre les issues de secours côté banlieue. Il s’agrandit à tous les publics, aux talents qui débordent, pour un festival citoyen des périféeries urbaines. Activistes, artistes, écrivains et penseurs, musiciens ou philosophes, les intervenants décortiquent les travers de la mise à l’écart des individus hors des grandes mégalopoles. À la demande de Jean-Michel Ribes, Magnin instigue les rendez-vous. Semaine 1 : banlieues et provinces, migrations, gestion policière de plus en plus militaire. Semaine 2 : autisme, genres, voguing,  SF,  élections européennes. 17 rendez-vous filmés et diffusés sur nos sites et nos chaînes vidéo. LUNDI 4 FÉVRIERSOIRÉE D'OUVERTURE20H – LE GRAND ORAL DÉSOPILANT DU BARREAU DE PARISjoute oratoire avec des avocats du barreau de paris et des invités (distribution en cours)en complicité avec Bertrand Périer> en savoir plusMARDI 5 FÉVRIER18H30 – TANIA DE MONTAIGNE : L’ASSIGNATION conférence-performance avec Tania De Montaigne et Stéphane Foenkinos> en savoir plusMERCREDI 6 FÉVRIER18H30 – CARTE BLANCHE À LA REVUE SOCIALTER : LA GENTRIFICATION  conférence-débat avec Ian Brossat, Anaïs Collet (à confirmer), Sinny&Ooko, Elena Scappaticci> en savoir plusJEUDI 7 FÉVRIER18H30 – KADER AOUNconférence stand-up avec Kader Aoun et des stand-uppers> en savoir plus21H – CAROLE THIBAUT : LONGWY TEXASconférence-performance de Carole Thibaut> en savoir plusVENDREDI 8 FÉVRIER18H30 – LA RUMEUR : 10 ANS DE PROCÈS conférence-performance du groupe hip hop La Rumeur, avec Hame, Ekoue et leur avocat> en savoir plus21H – CARTE BLANCHE À AMNESTY INTERNATIONAL : AU PAYS DES DROITS... DE QUI ?soirée débat et concert avec Amnesty International, Slim Ben Achour, Dominique Curis, Kamel Daoudi, Mathilde Robert, le chanteur HK et ses musiciens> en savoir plusSAMEDI 9 FÉVRIER18H30 – ERRI DE LUCAconference-performance de Erri De Luca> en savoir plus21H – DAVID REINHARDT ET MATHIEU CHÂTELAIN : INTRODUCTION AU JAZZ MANOUCHE, AUTOUR DE DJANGO REINHARDTconférence musicale avec David Reinhardt et Mathieu Châtelain> en savoir plusMARDI 12 FÉVRIER18H30 – DANIEL TAMMET : LE CONTEUR DE NOMBRESconférence-performance avec Daniel Tammet> en savoir plusMERCREDI 13 FÉVRIER18H30 – À DÉFINIR DANS UN FUTUR PROCHE : NOS PÉRIPHÉRIESune soirée imaginée par Elodie Demey, Mélissa Phulpin et Géraldine Sarratia avec Léonie Pernet, Ariane Ascaride, Barbara Carlotti, Laetitia Dosch, Aloïse Sauvage> en savoir plusJEUDI 14 FÉVRIER18H30 – JEAN-MICHEL RIBES : LA CUISSE DE JUPITER conférence-performance avec Jean-Michel Ribes> en savoir plusVENDREDI 15 FÉVRIER18H30 – MOTHER LASSEINDRA NINJA : LEGEND QUEER DU VOGUING PARISIENconférence-performance avec Lasseindra Ninja> en savoir plus21H – DÉMONSTRATION VOGUING : THE HOUSE OF NINJA  danse-performance avec Lasseindra Ninja et ses children (distribution en cours)> en savoir plusSAMEDI 16 FÉVRIER18H30 – ALAIN DAMASIO : MANIFESTE CONTRE BIG MOTHERmanifeste et conversation avec Mathias Echeney, éditeur> en savoir plus21H – LA PÉRIPHÉRIE VUE PAR LA SCIENCE-FICTION : CARTE BLANCHE AUX EDITIONS LA VOLTEpériphérythmes avec Jacques Barbéri , Alain Damasio, Catherine Dufour, Luvan, Norbert Merjagnan et le guitariste Yan Péchin> en savoir plusLUNDI 18 FÉVRIERSOIRÉE DE CLÔTURE20H – YANIS VAROUFAKIS : CONVERSATION AVEC ALAIN BADIOUentretien libre conduit par Aude Lancelinen partenariat avec Le Media

Le 14 février 2017 à 18:03
Le 22 mars 2019 à 19:19

Carte blanche à la revue Socialter : la gentrification

Nos disques sont rayés #3 Festival citoyen des "périféeries urbaines"

Carte blanche à la revue Socialter : La gentrification : conférence-débat avec : Ian Brossat, Sinny&Ooko, Elena Scappaticci, Sylvie Tissot  Une gentrification heureuse est-elle possible ? Paris voit ses quartiers populaires et ses banlieues se gentrifier – phénomène qui repousse sans cesse les classes laborieuses vers la périphérie tandis que les quartiers centraux deviennent inaccessibles aux classes moyennes, même les plus aisées. Encore mal identifiée du grand public, cette brooklynisation touche de nombreuses métropoles occidentales. Des protestations s’élèvent, surtout outre Atlantique, contre cette forme de néocolonialisme soft. Comment appréhender – voire endiguer – ce « grand déplacement » ? Fin observateur des initiatives liées à l’économie solidaire et à la transition écologique, le magazine Socialter organise le débat. Il réunira Sylvie Tissot, sociologue, qui nous dit où en est la gentrification du Grand-Paris, quelles sont ses dynamiques, qui en sont les acteurs ; Ian Brossat, élu et auteur d’un livre sur l’airbnbisation de Paris, évaluera les moyens et stratégies déployés par certaines municipalités pour protéger les populations « déjà là » et conserver une certaine mixité sociale ; ainsi que Sinny&Ooko, incubateur de tiers-lieux – ces espaces alternatifs portés par une démarche d’éducation populaire et de mixité, qui s’ouvrent en plein quartier populaire et peuvent paradoxalement agir comme tête de pont et accélérateur de la gentrification. Débat animé par Elena Scappaticci, journaliste à Socialter. Conférence programmée le 6 février 2019 par Jean-Daniel Magnin pour le Théâtre du Rond-Point Captation Léo Scalco et Sarah Mei-Chan

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