Louison
Publié le 31/03/2015

Oh l'autre !


Née à Paris en 1985 et élevée au bon air du diesel des bus de la Ratp, Louison publie des dessins depuis 2009 dans Marianne et sur son site internet. Passée depuis par presque toutes les rédactions du territoire (il ne lui manque que Pif Gadget et Union pour finir sa collection) elle publie à la fois sur Internet et dans les journaux faits en bois. Depuis le 7 janvier, elle noie son chagrin dans le dessin excessif de kéquettes, sorte de syndrôme de Gilles de la Tourette sur papier. www.louison2.com 

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Le 18 avril 2012 à 08:49
Le 18 juin 2012 à 09:50

Êtes-vous d'accord avec cette affirmation de Raphaël Enthoven :

"La philosophie c'est l'art de la question et en aucun cas l'art de la réponse." ?

– Pfff !  – Non, je pense plutôt... "Pfff" ?   Ce 18 juin, premier jour du bac 2012, Alain Guiavarch et Maël Canonne sortent leur "Philo" !« Où vais-je, où cours-je? » Au-delà du simple calembour cucurbitacéen, cette question se pose au quotidien pour chacun d’entre nous, sans que nous puissions y apporter des réponses satisfaisantes, objectives et référencées. L’amour, la mort, la vie, Dieu, sont autant de sujets sur lesquels nous ne trouvons pas les éclairages qui nous permettraient de comprendre enfin le monde. Schoppenhauer vous est tombé des mains, vous n’avez rien com­pris à la Critique de la raison pure, pour vous Marx est le nom d’une fratrie de comiques juifs américains ? Heureusement, Philo (florilège de pensées philosophiques à médi­ter sur la cuvette) a été pensé pour vous : un condensé de philoso­phie déconnatoire qui contribuera à l’échafaudage de votre bien-être spirituel. Tout au long de Philo (florilège de pensées philosophiques à mé­diter sur la cuvette), Alain Guiavarch et Maël Canonne, au travers d’une démarche artistique singulière, associent dérision et ques­tionnement en se mettant en scène dans des images agrémentées de dialogues espiègles et corrosifs. Pour le prix d’un gros rôti de porc, de 4 boîtes de coton-tiges ou encore de 2 kilos de saucisse, Philo saura répondre à vos questions les plus essentielles que vous soyez sur la cuvette, au supermarché, ou même en train de fêter votre bac au bistrot du coin. Distribution : Pollen Diffusion et sur www.editionsdejuillet.com

Le 26 mai 2012 à 16:09

Le problème avec Secret Story

Le problème avec Secret Story 6 qui a commencé hier soir c’est que quoi que tout ait déjà été dit sur le degré profond de débilité d’une émission qui tendrait en comparaison à donner un air intelligent à Nadine Morano, il arrive un moment où tu réalises que dans quelques années arriveront sur le marché du travail de jeunes gens qui jamais n’auront connu le monde sans qu’il soit rythmé par une de ces annuelles Foires du Néant, du Bikini et du Grammaticide reines des prime-time et qu’en posant ton café deux secondes pour imaginer à quoi ce futur pourrait ressembler tu réalises que tu pourrais un jour hériter d’un collègue qui, balayant ta citation de Desproges d’un méprisant revers de la main déclamerait fièrement au pot de départ de Jean-Louis une des plus belles citations philosophiques de Benjamin Castaldi, jetterait au feu les poèmes de Victor Hugo que ses enfants ramèneraient de l’école pour leur faire étudier un recueil des plus beaux tweets de Mickael Vendetta, garderait en évidence sur son bureau un portrait de Moundir dont il s’inspirait largement pour conquérir de jeunes femmes qui céderaient facilement à ses désirs, immédiatement conquises par son sens de l’humour ravageur savamment acquis depuis le berceau grâce à l’écoute appliquée d’un hilarant Christophe Dechavanne qu’il considérerait comme un génie contemporain, t’offrirait un sourire dédaigneux lorsqu’à la cantine tu avoueras n’avoir jamais lu « Miette », premier chef d’œuvre poignant d’une Loana ayant détrôné Anne Frank au rayon des légendaires martyrs féminines, devenant peut être même un jour ton supérieur hiérarchique et te mettant à la porte pour faute professionnelle suite à une sombre histoire d’inversion de deux mots dans une citation de Steevy Boulay, t’obligeant alors à quitter ton bel appartement de la rue Bataille et Fontaine devenu hors de prix, et te présentant pour une demande d’HLM à la Mairie, mais que c’est au moment où ton cerveau commence à se demander si le buste de Marianne sous tes yeux est réellement moulé sur le modèle de Vincent MacDoom que tu réalises que, merde, ton café est déjà froid, et que le café froid, honnêtement, c’est dégueulasse. C’est ça le problème avec Secret Story 6.

Le 9 mars 2011 à 11:49

"L'héritage chrétien" de la France

La crise de foi du Président

"Il y a près de mille ans, des architectes inspirés qui ne disposaient pas d'autres moyens techniques que leur talent et que leur foi eurent l'idée folle de jeter dans le vide la nef de leur église pour l'affranchir des contraintes naturelles qui la bridaient et faire ainsi de ce chaos volcanique originel du Mont Anis, le point d'appui d'un formidable viaduc spirituel lancé vers le Ciel. » Nicolas Sarkozy, Le Puy-en-Velay, jeudi 3 mars 2011Que de contorsions pour célébrer la cathédrale du Puy-en-Velay et les "racines" chrétiennes d’une France qui tarde, manifestement, à se débarrasser de la mauvaise herbe lepéniste. Le discours a été attribué à Camille Pascale, nouvelle "plume" présidentielle, qui signe avec éclat son arrivée. Henri Guaino avait déjà poussé le Président sur la pente glissante de "l’homme africain sorti de l’Histoire", son successeur le téléporte en 3D, là où une nef d’église est jetée dans le vide tout en étant lancée vers le ciel comme une sorte de viaduc. Les architectes de l’édifice n’auraient eu pour "moyens techniques" que leur talent et leur foi : c’est oublier les petites mains, ou si l’on préfère les gros bras qui se sont coltiné les lourdes pierres à monter sur le pic surplombant la ville, et qui ont manié ensuite la truelle ou le ciseau. Il était dans un tel état, le plumitif, qu’il a cru voir des inscriptions en "langue soufique" sur les portes de la cathédrale, une "langue" inconnue à ce jour. Mais du coup il a oublié que si les pèlerinages du Moyen-Age partaient du Puy-en-Velay, certaines croisades aussi.

Le 1 avril 2010

La question du nom "ventscontraires.net"

Courrier interne

Chère amie et co-rédactrice en chef,Un petit doute me traverse alors que mettons en ligne la nouvelle revue du Théâtre du Rond-Point. Le nom est-il le bon ? Le "Vents Contraires" de ventscontraires.net pourrait nous porter la guigne, non ? Comme « Coup de Jarnac », « Sables Mouvants », « Traquenard »,   « Impasse », « Peau de Banane », « Retour dans la Gueule », « Série Noire »… quoique « Série Noire »  sonne bien, mais déjà pris... « Vents contraires », c'est vrai, donne du mouvement. Mais un mouvement d’arrêt, je trouve.  Nous nous mettons en mouvement pour arrêter quelque chose.  Finalement ce sont les autres qui sont le mouvement. N’allons-nous pas être perçus comme une revue immobiliste ? Que devenons-nous, chère amie et co-rédactrice en chef ? Jean-Daniel MagninCher ami et co-rédacteur en chef,Je comprends vos doutes, mais je n’arrive pas à les partager. C’est pas simple, vous savez, de travailler avec vous. Car après tout que sont les « Vents Contraires » ? Ce sont des vents, comme leur nom l’indique.  Ça bouge, donc ! Que me contez-vous avec votre « immobilisme » ? C’est avec des remarques comme ça qu’on n’avance pas… Ce sont des vents, et comme ils sont contraires, ils emmènent là où on n’aurait pas voulu ou pensé aller. En fin de compte, c’est quand même ce que dont nous rêvons tous, d’être déviés, d'être dévoyés, non ?… En tout cas, à vous, ça vous ferait du bien, vous savez, cher ami. Un peu d’air. Du vent !Laure Albernhe

Le 13 janvier 2011 à 13:37

I'm just going outside and may be some time

Tant qu'il y aura du froid. Une sensation en voie de disparition

Aujourd’hui, cette expression est à prononcer en plaisantant. I’m just going outside and may be some time.Elle reste ensuite. Elle reste en suspens. I’m just going outside and may be some time.Je sors, et peut-être qui sait, peut-être que dans quelque temps. Cela peut prendre un certain temps. Mais peut-être que dans quelque temps, je reviendrai.I’m just going outside and may be some time.Froide injonction, paradoxale sans doute.Laissée aux autres. Elle est née d’une situation dramatique, une situation d’une grande intensité historique.Elle a été prononcée pour la première fois lors d’un événement majeur de l’histoire de la conquête des pôles.La conquête du Pôle Sud par Robert Falcon Scott.Il y était arrivé. Tant bien que mal. Dans des souffrances atroces.Il y était arrivé avec quatre équipiers : Henry Bowers, Edward Wilson, Edgar Evans et Lawrence Oates.Mais avec un retard.Un retard considérable.Un retard de cinq semaines sur Roald Amundsen. Le 16 mars 1912Il reste 650 kilomètres à parcourir pour revenir du Pôle Sud.Lawrence Oates, meurtri par d’anciennes blessures, par la déception, par la pesanteur de la situation, Lawrence Oates n’en peut plus.Robert Falcon Scott, Henry Bowers, Edward Wilson et Lawrence Oates s’enferment dans la tente, ils se serrent pour préserver un peu de chaleur ; dehors, la tempête bat son plein. Edgar Evans est tombé dans une crevasse quelque temps auparavant. Il n’en est pas ressorti.Dehors, la tempête bat son plein. Il est question de vents à 150 kilomètres/heure, de températures qui dépassent les moins 40 °C.Lawrence Oates ne pourra pas repartir. Il n’aura pas la force. Il le sait.Il sort. Il sort pour ne plus gêner les autres.I’m just going outside and may be some time. Le 29 mars 1912.Cela fait neuf jours que Robert Falcon Scott, Henry Bowers et Edward Wilson, ne peuvent plus sortir de leur tente. Ils meurent.Ils meurent à 18 kilomètres du dépôt de vivres.

Le 8 octobre 2011 à 09:25

J'attrape mon coeur

Pastiche de Frédéric Beigbeder datant de la préhistoire, c'est-à-dire d'avant son "Roman français"

C’était peu après les attentats du 11 septembre. Et c’était surtout après une nuit bien alcoolisée. Ou peut-être que c’était le contraire. Je ne suis pas bon en chronologie des événements. À part pour déshabiller une fille. Ça, je sais qu’il faut toujours commencer par le bas. C’était d’ailleurs sûrement ce qui s’est passé la veille, puisque je me réveille près d’une fille. Une fille aux seins littéraires. Enfin, quand je dis seins littéraires, je pense best-seller. Une fille aux seins Marc Lévy si vous préférez. Je n’ai plus la moindre idée de qui elle est. Faut dire aussi que je ne suis même pas foutu de me souvenir dans quelle ville je suis. Elles se ressemblent toutes, avec leur Zara et leur Macdo. C’est bien simple : plus je voyage, plus j’ai l’impression d’être chez moi. Même si chez moi, c’est aussi vague que le temps où je n’avais pas de succès. Je suis une putain de star, je me dis parfois, tout en sachant que rien ne changera à rien, que la vie c’est juste une course pour monter tout en haut des tours jumelles de New York.« Je m’appelle Lola, a dit la fille.- Et tu n’étais pas avec une copine hier soir ?- Si, ma sœur jumelle.- Ah les jumelles encore.- Mais elle a dû partir. Elle avait cours.- Ah bon. Mais vous avez quel âge ?- Heu… 16 ans.- 16 ans ?- Oui, enfin dans six mois.- Quoi ? Mais tu es beaucoup trop vieille pour moi !- Mais… mais non…- Et puis tu n’as pas assez d’expérience.- Pas du tout. J’ai déjà vécu trois ans avec Gabriel Matzneff.- Ah tu vois ! L’amour dure trois ans ! Ça ne m’intéresse plus de savoir la fin avant le début. Et puis le matin, rien n’est pareil. Je ne suis pas drôle. J’ai l’impression de vivre à Bagdad ».C’est une phrase que je sors souvent. C’est fou le nombre de fois où j’ai répété les mêmes choses aux mêmes filles dans les mêmes endroits où j’étais habillé pareil, avec ma carte qui a toujours la même couleur : bleue. Et toujours, cette phrase attendrit les filles. C’est le mot Bagdad. Elles aiment ça. Les plus jeunes pensent que c’est un truc sexuel, que je vais leur bagdader le cul, ou quelque chose comme ça. Alors celle-là, la Marc Lévy poitrinaire, elle s’est approchée de moi, comme si elle n’avait pas compris que la veille au soir, c’était juste un autre siècle. Je l’ai repoussée avec mes doigts de pied.« Mais…- Il n’y a pas de mais. Tu t’en vas.- …- Laisse-moi ta culotte, et file ! »La fille est partie. Je me suis levé : c’était la conquête d’une nouvelle journée, qui serait la conquête d’une nouvelle soirée. Ma vie était celle d’un égoïste romantique, d’un homme sans qualités, d’un Ulysse à la recherche du temps perdu, d’un voyage au bout de la nuit, tous les mots et tous les chefs-d’œuvres me tombaient sur la tête, comme les pluies lentes d’automne. Je voulais pleurer en imaginant ce bonheur que je trouverais un jour dans des prairies aux pétales multicolores. Mais cela faisait si longtemps que je n’avais pas pleuré. À part peut-être devant le visage de Natalie Portman dans le dernier film de Wes Anderson. Ou alors c’était peut-être à cause des valises Vuitton ? Je n’ai plus de larmes en moi : je bois trop pour cela. C’était le matin, l’heure d’appeler le room service. Le soir, j’appelle des putes, et le matin, je mange des pâtes. Ah, ah. Et je rêvais surtout de ne plus être moi. De m’oublier, et de disparaître comme l’avait fait Salinger. Si un jour je voulais attraper un cœur, ce serait le mien.

Le 17 mars 2013 à 08:51

Chronique du retour en France

A bord du vol Addis-Abeba - Paris

« Mesdames-Messieurs-bonjour, dans quelques instants nous commencerons notre descente vers Paris-Charles de Gaulle, où nous devrions atteindre notre point de stationnement d’ici une dizaine de minutes. Veuillez redresser votre siège, plier votre tablette et attacher vos ceintures en vue de notre proche atterrissage. A l’arrivée le temps est couvert et la température extérieure est de six degrés… [silence] C’est l’hiver, quoi. Il a neigé y a pas longtemps mais ça n’a pas tenu. [silence]. Dommage, c’était sympa ces batailles de boules de neige dans la rue. Mes enfants étaient tout jouasses. Hum. [silence] Je ne sais pas depuis quand vous étiez partis mais vous trouverez peut-être que ça n’a pas beaucoup changé depuis que vous avez quitté la capitale. Paris est Paris ; on y galope après le temps pour se sentir moins fragile ; les transports en commun charrient chaque jour des tonnelées de travailleurs maussades habillés de gris, de beige et de bleu marine, absorbés dans leurs téléphones et casqués pour la plupart, oublieux du monde qui les entoure au point qu’il faut les tirer par la manche pour asseoir une vieille dame ou monter une poussette dans les escaliers. Le bruit médiatique est toujours aussi assourdissant mais on s’y retrouve finalement assez vite ; les uns répètent ce que racontent les autres, Cosmo parle de fesse, l’Equipe de la Ligue 1, Le Point est à droite, Libé à gauche, le Fig à Dassault et le Canard à personne, vous ne serez pas dépaysés. Vous allez peut-être aussi retrouver l’abondance incroyable des supermarchés d’ici , les vingt marques de papier toilette entre lesquelles il faut choisir ; celui-ci rose à pois verts mais celui-là doté d’une Ouverture Facile, ce troisième Extra-Doux et ce dernier tout en haut moins onéreux mais à tête de papier de verre… Ca prend un petit moment mais on s’y fait, vous verrez. Et puis j’espère que vous avez déjà un appart où dormir parce qu’en ce moment c’est presque impossible si vous n’avez pas deux CDI, trois garants et un compte en Suisse (ou un oncle acteur en Belgique, ha ha) ; bref si vous n’avez pas de quoi acheter l’immeuble et – ah – une petite seconde, on m’appelle, je suis à vous tout de suite *bip*. *bip* excusez-moi, il fallait que je réponde, c’était les gars de la tour de contrôle qui m’appelaient. Ils me trouvent un peu trop négatif. Ils ont raison, je me suis laissé emporter. Au fond Paris vaut bien Addis Abeba, ou Hanoi, ou Oulan Bator pour autant que je sache. C’est juste que ça va peut-être vous faire bizarre de rentrer. Ce n’est pas que la ville soit si dure à vivre, non ; c’est plutôt que vous ne serez plus ailleurs. Vous verrez, ça secoue un peu. Enfin vous trouverez bien aussi de quoi vous remonter le moral, hein, je ne me fais pas de souci pour vous, attendez, je sors mon Pariscope, ah, y a Morel qui joue à la Pépinière, j’adore ses pièces ; y a plein de conférences gratuites à la BNF et des concerts en pagaille un peu partout, tiens, il y a Akalé Wubé qui joue bientôt, c’est du son éthiopien, ça ; et puis vous pouvez aller boire du thé à la menthe à la Grande Mosquée si ça ne choque pas votre orthodoxie, il est super bon, bref il y a plein de trucs à faire si vous savez prendre le temps. C’est pas rassurant, ça ? Allez Mesdames, allez Messieurs, souriez, Paris n’a pas changé mais Paris vaut le coup quand même ; il y a la place des Vosges et l’Opéra, Belleville, le Jardin des Plantes et les troquets de Pigalle, les bourdons tibétains fossilisés de la Piazza Beaubourg, le canal Saint-Martin, tous les gens mélangés, la ville humide et froide recolonisée par la vraie vie vivante et l’espoir du printemps. Mais je parle, je parle, voilà la piste qui approche et je n’ai toujours pas sorti les roues. Allez, on atterrit. Dernier virage, hop-là, désarmement des toboggans, pouf-pouf, voilà, le contrôle au frontières vous attend avec le sourire. Enfin, peut-être. Allez, Mesdames-Messieurs, bonne journée, n’oubliez pas que le monde est vaste et qu’il fait plutôt bon y vivre. Bon séjour à Paris, bonne route à vous,  A bientôt. »

Le 2 juin 2012 à 14:50

"Rachida Dati est la plus grande menteuse de la République"

Hervé Morin, JDD.fr, vendredi 1er juin 2012.

Hou la menteuse ! elle est ambitieuse. Hou le centriste ! il est hypocrite. Car au bal des faux culs, l’ancien ministre de la défense est maître de ballet. N’est-ce pas lui qui assurait que sa candidature à l’élection présidentielle serait irreversible, irréductible et irévocable, avant de l’abandonner en douce quand les sondages ont montré qu’il se situait entre  Cheminade et Poutou. Le voilà qui daube son ex-collègue de la Justice pour avoir renoncé elle-même à sa candidature aux législatives contre François Fillon pour “ne pas diviser son camp”, alors qu’elle craignait surtout de se prendre la veste de sa vie,  un sondage la donnant largement distancée au premier tour par son rival ? C’est vrai qu’elle a dit faux, la fashionista du sarkozysme. Mais si ce genre de petit arrangement avec la vérité suffit à vous propulser au Panthéon de la menterie républicaine, alors c’est à y perdre tous ses repères. Mitterrand qui prétend souffrir d’une “petite grippe” alors qu’il suit un traitement de choc contre le cancer, c’est une pudeur de jeune fille ?  Chirac qualifiant d’”abracadabrantesque” les accusations de financement illicite de son parti alors que des billets depassent de ses chaussettes sous la table, c’est une blague de collégien?  Là  on joue dans la cour des grands. Dati a effectivement la langue bien pendue, une “menteuse” agile pour emprunter à l’argot, mais elle n’en est qu’à  ses débuts dans la promotion UMP.

Le 6 mai 2013 à 12:10

Paul Claudel (1868-1955)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Alors là, c'est un peu fort de moka ! Le hiératique forgeur de tragédies saint-sulpiciennes déchirantes dans notre petit coin des guérilleros louf-louf. Le zouave-même qui glorifiait le tapin à la chaîne : « La taylorisation ? C'est une économie de mouvements. Tout ouvrier travaille machinalement quand il est parfait. » Et les charniers militaires : « Qu'ils sont beaux les morts de vingt ans ! Mourir pour la patrie est un sort si beau qu'ils en gardent un sourire ébloui. » C'est que l'auteur de L'Annonce faite à Marie n'a pas toujours été un croûton d'académie cocardier et bigot. Ses héritiers voudraient coûte que coûte nous cacher que, dans son adolescence impétueuse, « le charbonnier de la foi », comme l'appelait Aurélien Scholl, a été anar (« Je trouvais dans l'anarchie, confesse-t-il dans ses Mémoires improvisées, un geste presque instinctif contre ce monde congestionné, étouffant, qui était autour de nous. ») Et pas un anar à la noix de coco. Il proposait qu'on mette à la casse le vieux monde des inégalités raciales et sociales, du travail obligatoire et de l'argent-roi. Il exhortait les pue-la-sueur à brûler les usines et les banques. Il acclamait les actions terroristes contre les chefs d'État et les patrons, allant même, à l'instar de l'écrivain Paul Adam, jusqu'à considérer Ravachol comme un saint homme. Mais, me direz-vous, tout ça, c'était bien avant que Paul Claudel n'entre en écriture. Il n'y a quand même pas de traces de ces débordements-là dans ses pièces. Ah, mais si si, les mimiles, et c'est ça que ses héritiers aimeraient enterrer à tout jamais. Les actes I et II de la première version de La Ville (1890) racontent le soulèvement victorieux de « la gent vile et de petit estat » de Pantruche. Les marmiteux en pétard cuisent à grand feu tout ce qui leur rappelle le règne de la galette et promènent au bout d'une pique la tête de leur roi. « Le riche Parpaille : - Pourquoi avez-vous quitté votre travail ? Ne pensez pas que nous ayons peur de vous (…) Cris dans la foule : - Nous ne voulons plus travailler ! Parpaille, fourrant la main dans la poche : - Combien ? Vos conditions ? La paye… Cris dans la foule : - Nous ne voulons plus de paye ! Nous ne voulons plus être payés ! Parpaille, élevant en l'air une pièce d'or : - Par jour ? Cris dans la foule : - À bas ! Nous ne voulons pas d'argent ! Nous ne voulons pas d'argent ! Le gréviste Pasme : - Nous ne voulons pas de votre argent ! Allez-vous-en, car nous vous repoussons de nous ! Ô hommes malheureux ! Allons ! Chassons les riches d'ici et faisons une ville de pauvres ! Cris dans la foule : - Oui ! Oui ! En avant ! Quelqu'un crie : - Mort aux riches ! Un autre, d'une voix perçante : - Aux armes ! » On sait que les événements prendront un autre tour à partir du troisième acte, Claudel étant foudroyé par la grâce entre l'acte II et l'acte III, je ne plaisante pas. Le dramaturge veillera en effet à ce qu'en fin de représentation ses insurgés se convertissent en bloc au catholicisme romain et qu'en lieu et place de l'harmonie anarchote, ils édifient sur les éboulis du capital une monarchie de droit divin. Un des personnages-clé de la pièce, Pasme, restera pourtant irréductible, il partira fonder tout seul « une ville pour l'homme » : « - Il ne faut plus d'argent, et nous le jetterons au vent comme de la sciure de bois. » En 1987, dans le remake au bois bénit de La Ville, Claudel se hâtera de remercier ce Pasme compromettant qu'il faudrait renvoyer facétieusement dans l'arène chaque fois que la pièce se joue quelque part. On retrouve encore le Paul Claudel incendiaire dans l'acte III de la première version de L'Échange (1894) à travers le personnage de Lechy Elbernon incarnant dans le drame l'amour-plaisir pétroleur. Et c'est naturellement aux Bonnes déchaînées de Jean Genet qu'on pense ici. « Lechy Elbernon : - C'est moi qui ai mis le feu à la maison, Thomas Pollock, et ta fortune s'en va avec la fumée épaisse et jaune, et voici que tu n'as plus rien ! Hourra ! hourra ! Servantes, mettez le feu à la maison afin de la nettoyer ! Que tout ce qui peut brûler brûle ! Que la manufacture brûle ! Que la récolte brûle quand on l'a mise en meules ! Que les villes brûlent avec les banques ! Et les églises, et les magasins ! Et que l'entrepôt mammouth pète comme une pipe de rhum ! (…) Et toi, tu brûleras aussi dans le milieu de l'enfer où vont les riches qui sont comme une chandelle sans mèche. Afin que tu te consumes comme de la laine et comme de la pâte qui se réduit comme une plaque de fer ! » Dans une lettre à André Gide, en 1911, le consul de France Claudel a commenté de la manière suivante les péchés de jeunesse que nous venons d'exhumer : « Dieu, que l'on peut être bête quand on a vingt ans ! Comment ai-je pu donner le jour sans frissonner à de pareilles extravagances ! »

Le 4 mars 2012 à 09:13

La bohème, ça voulait dire on mange du bio

Il en faut du courage pour assumer jusqu'au bout sa boboïtude, croyez-moi. J'ai l'habitude d'aller au marché acheter des légumes de saison en vélo, et ainsi m'expose aux mille périls de la jungle urbaine. D'ailleurs, à Paris, il n'y a bien que la jungle qui soit urbaine. Parce que les usagers, merci ! C'est incivilité et compagnie ! Samedi dernier, un type à qui j'avais, d'une bifurcation malheureuse, légèrement coupé la route, le forçant à piler avec sa 405, m'a insulté avant même que de dire un quelconque bonjour. Il est sorti de sa voiture et a commencé d'une voix furibarde à vomir des tombereaux d'insanités, notamment sur ma mère, allant jusqu'à me menacer de, je cite : « m'en coller une ». Moi, et là c'est du pacifiste qui bouillonne en ma gringalette personne dont je parle, je sais que la violence ne mène nulle part, et comme cette brute épaisse faisait bien une tête de plus que moi, j'ai réagi comme n'importe qui l'aurait fait dans cette situation délicate. J'ai sorti mon couteau papillon en lui disant que si il voulait pas que je le saigne il allait gentiment rentrer dans sa caisse de plouc en fermant sa gueule de gros con. Il s'est exécuté. Que ma réaction vous étonne, venant d'un homme de paix comme moi, me surprend. N'est-ce pas sur ce type de raisonnements que notre beau pays de France participe au maintien de la paix mondiale par la dissuasion nucléaire ? Bref, je continue ma route et là, sans crier gare, un de mes poireaux achetés à prix d'or à la biocoop vient se glisser dans les rayons de mon vélib'. J'ai chu cul par dessus tête et tête par dessus guidon. Croyez-moi sur parole, ça, ça fait bobo !

Le 17 janvier 2012 à 08:25
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