Nicolas Brulebois
Publié le 10/08/2010

Page d'Histoire



Pour justifier leur incapacité à écraser l’opposant avec leur char, les soldats de Tien An Men plaident la délicatesse : « il y avait des choses fragiles dans son sac, qu’on ne voulait pas esquinter… »
Nouvelles, chroniques culturelles, interviews et textes satiriques dans les revues : L’Itinérant, Zoo, Hara-Kiri (version 2000), Le Titre, Le Carrosse, Tant Pis Pour Vous, Hermaphrodite, Carbone, Siné Hebdo, Les Hésitations D’une Mouche, Microbe, Kamikaze, La Mèche, Fakir, Traction-Brabant, Dissonances, Verso, L'Angoisse, Zarma, etc. Un livre paru: "Le Monde Aigri, Le Monde Est Bleu", éditions Jacques Flament. 

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Nicolas Brulebois

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Le 27 janvier 2015 à 09:12

Un garagiste honnête avoue que le joint de culasse est une totale invention

C’est une mini-révolution qui secoue la profession des garagistes depuis ce matin, depuis que Michel Gerron, garagiste dans la Nièvre, a révélé que le joint de culasse était une invention. Enquête. Une fable inventée de toutes pièces « Le joint de culasse, ça a jamais existé, c’est une pièce qu’on a inventée pour escroquer les gogos » a déclaré le garagiste lors d’une conférence de presse organisée pour l’occasion. « C’est sûr, on peut pas faire avaler ça à n’importe qui, y a des gens qui s’y connaissent et d’autres qui se méfient » a-t-il poursuivi devant un parterre de journalistes atterrés. « On essaye de repérer les proies faciles, les intellos. Après, avec les collègues, on fait des paris, on mise sur des clients. Si t’arrives à les arnaquer, tu rafles la mise et si en plus tu inventes le nom d’une pièce, tu gagnes le double. Une fois, j’ai même fait croire à un gars qu’il fallait changer la courroie de distribution de sa roue avant, ça m’a payé l’apéro pendant un an » L’arnaque : une voie de garage Mais Michel était sans doute trop sensible pour continuer à exercer cette profession sans être titillé par sa conscience : « Un jour, j’ai vu une maman de cinq enfants fondre en larmes après avoir vu la facture de 3000 euros qu’elle devait payer. Elle disait que les huissiers allaient venir chez elle. Là, je me suis dit qu’on allait trop loin » confesse-t-il. Lorsqu’on lui demande alors de préciser ce qu’il entend par « aller trop loin », Michel est sans concession : « Je me suis dit que son chèque était sûrement en bois et avec la crise, j’ai eu peur qu’y ait plein d’autres cas comme ça » Quant à savoir s’il craint la réaction de ses collègues, Michel se montre catégorique : « Pas du tout. Avec tout ce que j’ai déjà empoché en acceptant les interviews des magazines, j’vais pas moisir ici. » Une bien belle histoire qui n’est pas sans rappeler celle de ce serrurier déclarant au micro d’une chaîne de télévision il y a quelques mois qu’il avait décidé de faire une facture non-abusive la veille de sa retraite, « pour voir ce que ça faisait ».

Le 27 juillet 2014 à 07:03

Joseph Déjacque (1822-1864) : "Des esclaves de fer à vapeur ou à électricité"

Les cracks méconnus du rire de résistance

Le premier à avoir fait tinter le néologisme "libertaire" ? L'irritable tapissier Déjacque atteint le summum subversif-carabiné avec trois chefs-d'œuvre : Les Lazaréennes (1851), une mosaïque de fables et de poésies incendiaires, La Question révolutionnaire (1854), un appel à la guerre prolétarienne et la guerre servile « qui feraient craquer les États et les os des exploiteurs de ces États », et l'incroyable Humanisphère, utopie anarchiste (1857) sur laquelle nous allons vite revenir. Notons juste avant ça que Joseph Déjacque semble être le premier insurgé à avoir fait tinter le néologisme « libertaire ». C'était en mai 1857, à la Nouvelle Orléans, où il s'était réfugié après avoir incommodé beaucoup de monde avec ses écrits inouïment outranciers. Sans le moindre sens de la mesure ou de la litote, sans jamais moucheter tant soit peu ses fleurets, le pamphlétaire s'en permet en effet des belles avec un humour trash qui n'est pas alors perçu comme tel. C'est ainsi que pour préparer le « simoun révolutionnaire » contre « l'oppression bourgeoise et princière », il exhorte « la plèbe des ateliers » à combiner ses forces avec celles de « la plèbe des bagnes », et s'adresse directement aux assassins et voleurs afin qu'ils aident les pue-la-sueur en colère à « porter la perturbation chez les civilisés » et à « élever leurs attentats quotidiens contre la vie et la propriété des riches à la hauteur d'une insurrection sociale ». Tous les schémas marxistes volent donc ici en éclats. Pour Déjacque, comme plus tard pour un Bakounine qui se tournera également vers les brigands mais d'une façon moins paroxystique, la classe des révolutionnaires en branle-bas de combat, ce n'est pas la classe des seuls prolos, c'est la classe de « tous ceux qui souffrent et veulent jouir ». Parmi les moyens de luttes souhaitables, il va même jusqu'à inclure la satire féroce à la Stéphane Guillon et, on croit rêver, la transgression extra-conjugale. « Debout tous !Et par le bras et le cœur,Par la parole et la plume,Par le poignard et le fusil,Par L'ironie et l'imprécation,Par le pillage et l'adultère,Par L'empoisonnement et l'incendie (…)Faisons la guerre à la société ! » Contre la dictature du prolétariat Ce qui choquera aussi beaucoup de camarades conspirateurs de Déjacque robespierristes ou babouvistes, c'est qu'il s'oppose à ce que les « tremblements de têtes » qui s'annoncent débouchent sur la dictature du prolétariat. « Un comité dictatorial composé d'ouvriers est certainement ce que l'on pourrait trouver de plus gonflé de suffisance et de nullité et, par conséquent, de plus anti-révolutionnaire. » « Ce qu'il faut, c'est autant de dictateurs qu'il y a d'êtres pensants, hommes ou femmes, dans la société, afin de l'agiter, de l'insurger, de la tirer de son inertie. » Il fallait y penser : la toute-puissance dictatoriale pour tous dans un monde où « les caprices sont les besoins » à satisfaire, où « tous les révolutionnaires veulent le développement intégral de leur nature multiple ». Ce jardin des Hespérides, que les très conformistes historiens de l'anarchie Claude Harmel et Alain Sergent n'ont su voir que comme une « écœurante fadaise », aucun utopiste, hormis bien sûr Fourier, et puis encore Cœurderoy, aucun des gaillards dévorés par le désir de « donner un nouveau moule à l'embryon humain » ne l'a rêvé plus chouetto que Déjacque. Des esclaves électriques ou à vapeur, robots ménagers rêvés par Déjacque « La science a détruit ce qui est le plus répugnant dans la production, et ce sont des machines à vapeur ou à électricité qui se chargent de toutes les grossières besognes. Ce sont elles qui lavent les couches, nettoient le berceau et préparent les bains. Et ces négresses de fer agissent toujours avec docilité et promptitude. Leur service répond à tous les besoins. C'est par leurs soins que disparaissent toutes les ordures, tous les excréments ; c'est leur rouage infatigable qui s'en empare et les livre en pâture à des conduits de fonte, boas souterrains qui les triturent et les digèrent dans leurs ténébreux circuits, et les déjectent ensuite sur les terres labourables comme un précieux engrais. C'est cette servante à tout faire qui se charge de tout ce qui concerne le ménage : elle qui arrange les lits, balaye les planchers, époussette les appartements. Aux cuisines, c'est elle qui lave la vaisselle, récure les casseroles, épluche ou ratisse les légumes, taille la viande, plume et vide la volaille, ouvre les huîtres, gratte et lave le poisson, tourne la broche, scie et casse le bois, apporte le charbon et entretien le feu. C'est elle qui transporte le manger à domicile ou au réfectoire commun ; elle qui sert et dessert la table. Et tout se fait par cet engrenage domestique, par cette esclave aux mille bras, au souffle de feu, aux muscles d'acier, comme par enchantement. Commandez, dit-elle à l'homme, et vous serez obéi. Et tous les ordres qu'elle reçoit sont ponctuellement exécutés. Un humanisphérien veut-il se faire servir à dîner dans sa demeure particulière, un signe suffit, et la machine de service se met en mouvement : elle a compris. Préfère-t-il se rendre aux salons du réfectoire, un wagon abaisse son marche-pied, un fauteuil lui tend les bras, l'équipage roule et le transporte à destination. Arrivé au réfectoire, il prend place où bon lui semble, à une grande ou à une petite table, et il mange selon son goût. Tout y est en abondance. » Ajoutons que dans le nouveau monde déjacquesque, « L'on prendra les noms et les prénoms qui nous conviennent », qu'on y pourra changer quotidiennement de palais, que la « liberté de l'instruction » s'y fondra en « instruction de la liberté », que l'on pourra s'y vêtir de la plus invraisemblable manière, qu'on y sera chacun son propre docteur miracle et son propre apothicaire, que l'on ne s'y séparera pas tout à fait des morts aimés puisqu'on les utilisera comme engrais, qu'on y « commandera aux saisons », et que les loupiots pourront y enfourcher des bêtes fauves « comme des dadas », « les phénomènes et les utopies n'étant des phénomènes et des utopies que par rapport à notre ignorance ». À lire : Autour de la question révolutionnaire de Joseph Déjacque (http://mutineseditions.free.fr/)

Le 13 janvier 2015 à 08:40

L'Histoire et l'Histoire de l'Art à la rescousse pour la Liberté de la Presse

La France s’est toujours battue pour sa liberté d’expression. L’histoire nous rappelle que le chemin fut long et à plusieurs reprises, le droit, la politique, l’actualité, les intellectuels se sont affrontés pour acquérir, mettre en place et imposer cette liberté fondamentale… Au XVIIe siècle La presse se met en place progressivement à partir du début du XVIIème siècle. Gutenberg a joué un rôle déterminant dans la diffusion des textes et du savoir en révolutionnant l’imprimerie à partir de 1450 : invention du caractère d’impression mobile, presse à bras et encre d’impression. A cette époque, une partie de l’information était manuscrite, notamment dans la presse clandestine. Des ateliers fabriquaient en série des copies de journaux appelés « nouvelles à la main », puis des petites brochures (« occasionnels »), des libelles, des placards et des almanachs. Au XVIIIe siècle Essai de David Hume intitulé, Essai sur la liberté de la presse, 1752 : Le livre en format Word 2001 à télécharger Discours de Mirabeau pour la Liberté de la presse (1788) : « Tuer un homme c’est détruire une créature raisonnable, mais étouffer un bon livre c’est tuer la raison elle-même ». Rappelons-nous que la révolution française supprima la censure dont l’abolition avait été souhaitée dans les cahiers de doléances de 1789. Robespierre, discours à la Constituante, le 24 août 1789 : « Vous ne devez pas balancer de déclarer franchement la liberté de la presse. Il n'est jamais permis à des hommes libres de prononcer leurs droits d'une manière ambiguë. Le despotisme seul a imaginé des restrictions: c'est ainsi qu'il est parvenu à atténuer tous les droits. » Dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, l’article 11 institue la Liberté de la presse :« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » Le Chevalier Louis de Jaucourt (1704-1780), médecin et homme de lettres, est avec d'Alembert l'un des principaux collaborateurs de Diderot dans le projet de l'Encyclopédie : « Presse, (Droit polit.) on demande si la liberté de la presse est avantageuse ou préjudiciable à un état. La réponse n'est pas difficile. Il est de la plus grande importance de conserver cet usage dans tous les états fondés sur la liberté […]. »  Pendant la Terreur (1792-1794) La loi des Suspects (septembre 1793) rend impossible la liberté d’expression et donc de la presse. Sont jugés « suspects » d’après l’article 2 : « Ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme et ennemis de la liberté […]. » Après le coup d'État du 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799), tous les journaux hostiles sont supprimés… En 1803, un censeur est imposé à chaque journal. « Réprimez un peu les journaux, faites-y mettre de bons articles, faites comprendre aux rédacteurs des Débats et du Publiciste que le temps n’est pas éloigné où, m’apercevant qu’ils ne me sont pas utiles, je les supprimerai avec tous les autres et je n’en conserverai qu’un seul ; ... que le temps de la Révolution est fini et qu’il n’y a plus en France qu’un parti ; ... que je ne souffrirai jamais que les journaux disent ni fassent rien contre mes intérêts. » Napoléon Bonaparte, Lettre à son Ministre de la Police Joseph Fouché, le 22 Avril 1804. Au XIXe siècle Sous la Restauration (1815-1830) Le 25 juillet 1830, Charles X signe quatre ordonnances, rédigées par le ministère Polignac. Elles suspendent la liberté de la presse, prononcent la dissolution de la Chambre qui vient d'être élue, fixent la date de nouvelles élections et modifient le calcul du cens. Elles provoquent la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, les Trois Glorieuses. Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848) Dès 1832, des procès concernent des articles et caricatures jugés trop critiques vis-à-vis du roi Louis-Philippe. Le directeur du journal satirique La Caricature, Charles Philipon, puis le caricaturiste Honoré Daumier (Gargantua) sont incarcérés pour six mois en janvier 1832, en prison puis dans un asile d’aliénés. Gargantua Lithographie, 2e état sur 2, avec la lettre. 1831. Épreuve sur blanc provenant du dépôt légal. 21,4 x 30,5 cm. Delteil 34. Publiée dans La Caricature, le 16 décembre 1831. BnF, Estampes et Photographie, Rés. Dc-180b (1)-Fol. Louis-Philippe en Gargantua dévore les écus arrachés au peuple miséreux, ce dont quelques élus, proches du trône, profitent également. Cette lithographie a entraîné la condamnation par le gouvernement de Daumier, de Delaporte, l'imprimeur, et d'Aubert, le marchand d'estampes, pour "excitation à la haine et au mépris du gouvernement du Roi, et offenses à la personne du Roi". En même temps qu'elle valut à son auteur un séjour de six mois en prison, elle lui assura un début de notoriété. Liberté de la presse, Honoré Daumier Lithographie, état unique, avec la lettre, 1834 1834. Épreuve sur blanc provenant du dépôt légal. 30,7 x 43,1 cm. Delteil 133. Publiée dans L'Association mensuelle de mars 1834 (20e planche et 2e de Daumier). BnF, Estampes et Photographie, Rés. AA3 (DAUMIER) Dans cette planche qui reprend sur un mode plus solennel, le thème de la lithographie Ah ! Tu veux te frotter à la presse, parue dans La Caricature, Daumier parvient à réaliser, selon Philipon, "un des meilleurs croquis politiques faits en France". Un vigoureux ouvrier imprimeur, sculpturalement dessiné au premier plan, attend de pied ferme Louis-Philippe, entouré de Jean-Charles Persil et Odilon Barrot (à l'arrière-plan gauche), alors que le sort de Charles X, secouru par les monarques étrangers (à droite), laisse présager celui qui sera réservé à Louis-Philippe s'il s'oppose à cette figure populaire de la liberté de presse. Durcissement de la censure en 1835 sur tous les dessins. Le délit d’opinion réapparaît. Les taxes sur les journaux augmentent. Texte de Victor Hugo (1848), sur la liberté de la presse : «[…] Le droit de suspension des journaux ! Mais, messieurs réfléchissez-y, ce droit participe de la censure par l'intimidation, et de la confiscation par l'atteinte à la propriété. La censure et la confiscation sont deux abus monstrueux que votre droit public a rejetés ! et je ne doute pas que le droit de suspension des journaux qui, je le répète, se compose de ces deux éléments abolis et détestables, confiscation et censure, ne soit jugé et prochainement condamné par la conscience publique. […] […] Eh bien, toutes les fois que ce grand principe sera menacé, il ne manquera pas, sur tous ces bancs, d'orateurs de tous les partis pour se lever et pour protester comme je le fais aujourd'hui. La liberté de la presse, c'est la raison de tous cherchant à guider le pouvoir dans les voies de la justice et de la vérité. (Sensations diverses). Favorisez, messieurs, favorisez cette grande liberté, ne lui faites pas obstacle ; songez que le jour où, après trente années de développement intellectuel et d'initiative par la pensée, on verrait ce principe sacré, ce principe lumineux, la liberté de la presse, s'amoindrir au milieu de nous, ce serait en France, ce serait en Europe, ce serait dans la civilisation tout entière l'effet d'un flambeau qui s'éteint ! […] » Sous la Seconde République (1848-1851) La Seconde république rétablit la liberté de la presse. Mais, avec le succès des conservateurs, une loi de juillet 1850 réduit à nouveau la liberté de la presse. Le 2 décembre 1851, les imprimeries furent occupées militairement, les journaux ne purent paraître sans autorisation préalable. Sous le Second Empire (1852-1870) Le décret de février 1852 emprunta à l'arsenal de la Restauration presque toutes ses mesures préventives contre les journaux. Le nom de censure n'était pourtant pas prononcé. Le caricaturiste André Gill, donnait une caricature par semaine au journal de F. Polo, La Lune, quand la censure en interdit la publication, au mois de décembre 1867. «La Lune devra subir une éclipse», dit un homme de loi. Il venait de donner, sans l'avoir voulu, son titre au journal qui allait succéder à La Lune, disparue, en effet, le 17 janvier 1868. Le 9 août 1868, apparition, si l'on peut dire, de L'Éclipse. Ce journal combatif tirant à 40 000 exemplaires est l’objet de 22 saisies, il disparaît en 1876 pour laisser place à la Lune rousse (1876-1879). La loi du 29 juillet 1881 : «  L’imprimerie et la librairie sont libres », la loi est adoptée à la chambre des Députés par 444 voix pour et 4 contre. « Tout journal ou écrit périodique peut être publié sans autorisation préalable et sans dépôt de cautionnement… » Au XXe siècle : des acquis mais la vigilance reste de mise… Albert Londres, journaliste, 1929 : « Je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. » Albert Camus, éditorial de Combat, le 31 août 1944 : « Notre désir, d'autant plus profond qu'il était souvent muet, était de libérer les journaux de l'argent et de leur donner un ton et une vérité qui mettent le public à la hauteur de ce qu'il y a de meilleur en lui. Nous pensions alors qu'un pays vaut souvent ce que vaut sa presse. Et s'il est vrai que les journaux sont la voix d'une nation, nous étions décidés, à notre place et pour notre faible part, à élever ce pays en élevant son langage. » 1945, Fédération nationale de la presse, issue de la Résistance : projet de déclaration des droits et des devoirs de la presse libre Article 1er : La presse n'est pas un instrument de profit commercial. C'est un instrument de culture, sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain. Article 2 : La presse ne peut remplir sa mission que dans la liberté et par la liberté. Article 3 : La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale ni des puissances d'argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs. Paul Ricœur, philosophe, dans sa préface au livre de Jean Schwœbel, La presse, le pouvoir et l'argent (1968) : « La lutte pour l'indépendance des rédacteurs de presse, face au Pouvoir et à l'Argent, est un combat avec et contre le reste des mass media. Ceux-ci ont deux pentes: descendante et montante. La pente descendante, c'est celle de la presse commercialisée, pour qui l'information est une marchandise. Soumise aux impératifs de la publicité et des gros tirages, livrée à la recherche du sensationnel, elle amplifie les préjugés et les haines, et entretient l'égoïsme collectif des nations nanties, le chauvinisme instinctif et le racisme latent de la population. La presse de qualité est alors responsable, non seulement d'informer sur les faits et les événements, non seulement d'expliquer les tendances profondes de la société, mais encore de "parler contre" les préjugés de la foule. Ce que le public doit réclamer, ce dont il doit avoir l'appétit, c'est d'une presse qui résiste à cette pesanteur des mass media et lutte contre la tentation de manipuler, de dégrader, et parfois d'avilir, qui est celle de la presse commercialisée. » 1971 : déclaration des droits et des devoirs des journalistes, adoptée à Munich par les syndicats et les fédérations de journalistes des six pays constituant la Communauté européenne d'alors : « Le droit à l'information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain. De ce droit du public à connaître les faits et les opinions procède l'ensemble des devoirs et des droits des journalistes. La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l'égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics. » 7 janvier 2015 : fusillade lors de la Réunion de Rédaction de Charlie hebdo, 12 morts dont quelques uns des plus grands dessinateurs français : Charb, Cabu, Wolinski, Tignous et Honoré. Représailles des islamistes contre le journal satirique qui avait publié des caricatures de Mahomet en soutien au journal danois Jyllands-Posten auteur d’une série de 12 caricatures du prophète parue le 30 septembre 2005. La Liberté de la presse est mise à mal une nouvelle fois dans l’histoire. Mais l’histoire nous enseigne également que la France s’est toujours battue pour sa Liberté de la presse. Le combat continue…

Le 21 décembre 2011 à 12:13

Viktor Orban reprend sa fréquence à Klubradio, la seule radio d'opposition

Carte postale de Hongrie

Le site du Monde.fr nous apprend que l'unique radio d'opposition en Hongrie, Klubradio, a perdu sa fréquence après une décision du Conseil des médias, proche du gouvernement conservateur de Viktor Orban, a annoncé son directeur mardi 20 décembre au soir, à Budapest. "Je n'en reviens pas, je n'aurais jamais cru qu'une radio qui existe depuis dix ans, écoutée par un demi-million de personnes, puisse être traitée de telle sorte", a déclaré Andras Arato, directeur de Klubradio, dans une interview accordée dans la soirée à la chaîne de télévision commerciale ATV. Comme je vous en parlais en juillet dernier, la même Autorité de répartition des fréquences avait contraint la chaîne d'info à devenir musicale, pour qu'elle se taise. Ce à quoi la chaîne avait répliqué en chantant les news :En Hongrie l'autocrate Viktor Orban a muselé la presse d'une manière radicale : désormais journaux, télévisions et radios devront présenter un point de vue univoque, décalqué sur celui de l'agence de presse centrale – à sa botte.Mais Klubradio, une station d'info et de débats indépendante et très écoutée, résiste. Pour la museler, L'Autorité de répartition des fréquences vient de la contraindre à devenir musicale. Réplique immédiate de la station : les news en chantant.C'est la proposition qu'a faite à l'antenne Gyuri Kozma, caricaturiste politique, auteur d'une anthologie des cabarets hongrois, professeur de philosophie à l'université juive et vice-cantor dans une synagogue de Budapest.Klubradio : Tu proposes qu'on chante les news ?Gyuri Kozma (il chante) : Oui, il faut s'adapter à la situation politique Et si le gouvernement veut que Klubradio Devienne une station musicaleAlors il faut chanter au lieu de parler :Dans ce pays joyeuxLes membres de l'opposition joyeuseVont chanter joyeusementA l'heure des infos joyeusesKlubradio :Le pouvoir espère que Klubradio ne parviendra pas à respecter ces nouveaux quotas et qu'ensuite ils pourront fermer la station…Gyuri Kozma (chante) :Justement nous voilàOn va respecter leurs quotas!On peut très bien s'il le fautSe mettre à chanter les infos :Les Grecs vont se ramasser.Les Allemands seront détestés.Mais personne cette annéeNe quittera la zone Euro.Klubradio :Gyuri, peux-tu chanter la visite en Hongrie du chef du gouvernement chinois ?Gyuri Kozma (chante) :Josef Szajer et Gergely GulyasDeux députés membres de la majoritéOnt jugé inacceptable que l'OfficeDe l'immigration et de l'Identité NationaleAit convoqué tous les Tibétains de HongrieAvant la visite de la délégation de Pékin."La liberté de rassemblement est un droit primordial",Ont protesté les deux députés de la majoritéJosef Sajer et Gergely Gulyas.Klubradio :Et quelle a été la réaction de Viktor Orban après ça ?Gyuri Kozma (chante) :Viktor Orban a dit : "Bien sûr on peut manifester,  Mais je compte sur…"Klubradio :Attends tu ne changes pas de mélodie ? C'est quand même Orban qui parle !Gyuri Kozma (chante) :Est-ce que les présentateurs changent de ton quand ils citent des points de vue différents ? Moi je ne sais pas d'avance ce que je vais lire ! Mais bon pour toi je vais changer de tonalité…(il chante)"Bien sûr on peut manifester, Mais je compte sur les manifestantsLes objectifs de notre diplomatieNe doivent pas être compromis!"A dit au Parlement Viktor Orban Avant de la visite de la délégation de Pékin"On peut exprimer ses opinionsSans faire de scandale ni mettre le boxonCar la Hongrie a besoin de ces relations"A dit au Parlement Viktor Orban"Ces rencontres au sommetNe peuvent en aucun cas être dérangées"En collaboration avec notre chroniqueur de Gyugy (Hongrie) Janos Xantus

Le 12 juillet 2011 à 16:13

La radio d'info Klubradio résiste en chantant

Carte postale de Hongrie

En Hongrie l'autocrate Viktor Orban a muselé la presse d'une manière radicale : désormais journaux, télévisions et radios devront présenter un point de vue univoque, décalqué sur celui de l'agence de presse centrale – à sa botte.Mais Klubradio, une station d'info et de débats indépendante et très écoutée, résiste. Pour la museler, L'Autorité de répartition des fréquences vient de la contraindre à devenir musicale. Réplique immédiate de la station : les news en chantant.C'est la proposition qu'a faite à l'antenne Gyuri Kozma, caricaturiste politique, auteur d'une anthologie des cabarets hongrois, professeur de philosophie à l'université juive et vice-cantor dans une synagogue de Budapest.Klubradio : Tu proposes qu'on chante les news ?Gyuri Kozma (il chante) : Oui, il faut s'adapter à la situation politique Et si le gouvernement veut que Klubradio Devienne une station musicaleAlors il faut chanter au lieu de parler :Dans ce pays joyeuxLes membres de l'opposition joyeuseVont chanter joyeusementA l'heure des infos joyeusesKlubradio :Le pouvoir espère que Klubradio ne parviendra pas à respecter ces nouveaux quotas et qu'ensuite ils pourront fermer la station…Gyuri Kozma (chante) :Justement nous voilàOn va respecter leurs quotas!On peut très bien s'il le fautSe mettre à chanter les infos :Les Grecs vont se ramasser.Les Allemands seront détestés.Mais personne cette annéeNe quittera la zone Euro.Klubradio :Gyuri, peux-tu chanter la visite en Hongrie du chef du gouvernement chinois ?Gyuri Kozma (chante) :Josef Szajer et Gergely GulyasDeux députés membres de la majoritéOnt jugé inacceptable que l'OfficeDe l'immigration et de l'Identité NationaleAit convoqué tous les Tibétains de HongrieAvant la visite de la délégation de Pékin."La liberté de rassemblement est un droit primordial",Ont protesté les deux députés de la majoritéJosef Sajer et Gergely Gulyas.Klubradio :Et quelle a été la réaction de Viktor Orban après ça ?Gyuri Kozma (chante) :Viktor Orban a dit : "Bien sûr on peut manifester,  Mais je compte sur…"Klubradio :Attends tu ne changes pas de mélodie ? C'est quand même Orban qui parle !Gyuri Kozma (chante) :Est-ce que les présentateurs changent de ton quand ils citent des points de vue différents ? Moi je ne sais pas d'avance ce que je vais lire ! Mais bon pour toi je vais changer de tonalité…(il chante)"Bien sûr on peut manifester, Mais je compte sur les manifestantsLes objectifs de notre diplomatieNe doivent pas être compromis!"A dit au Parlement Viktor Orban Avant de la visite de la délégation de Pékin"On peut exprimer ses opinionsSans faire de scandale ni mettre le boxonCar la Hongrie a besoin de ces relations"A dit au Parlement Viktor Orban"Ces rencontres au sommetNe peuvent en aucun cas être dérangées"En collaboration avec notre chroniqueur de Gyugy (Hongrie) Janos Xantus

Le 2 mars 2011 à 08:00

L'oeuf et la poule

Question métaphysique

Qui de l'œuf ou de la poule est apparu le premier? Bien sûr, s'il fallait l'écouter, Darwin répondrait l'œuf. Heureusement, les replis des soutanes abritent des objections imparables. Il ne faut pas prêter l'oreille à Darwin. Et d'ailleurs, Darwin ne rend pas les oreilles qu'on lui prête. La bonne réponse à cette question métaphysique, l'unique, l'indiscutable réponse est… Dieu.Un jour, Dieu pondit un œuf. Et Dieu, examinant cet objet d'une forme parfaite, vit que cela était bon. Il s'interrogea longtemps, abîmé dans une profonde méditation, se priant lui-même de lui apporter la clé à ses interrogations : à quoi cela peut-il servir ? Il posa par-dessus son gros cul divin après l'avoir orné de plumes duveteuses. Une fantaisie qui lui prenait de temps en temps, les soirs où il se rendait au Lido. Il vit que cela était bon. Puis Dieu reprit sa réflexion. Après avoir créé la terre et les cieux, séparé la lumière des ténèbres, fait pousser les montagnes et les déserts de sable, après avoir inventé les océans et le pâté de lapin, Dieu n'avait plus rien à faire et s'emmerdait menu. Il s'abandonnait à la contemplation et cherchait à comprendre le sens des choses, même des plus futiles comme cet œuf. Vingt-et-un jours plus tard, la coquille de l'œuf se fendilla, un poussin naissait.Devant cet extraordinaire événement, Dieu pondit de nouveau un œuf. Il n'attendit pas vingt-et-un jours. Il inventa alors la mouillette. Et Dieu vit que cela était bon.

Le 20 mai 2011 à 08:55

Nous avons remplacé notre mémoire par l'image

Restons vieux jeu

L’image omniprésente au XXIe siècle a immortalisé ce que l’Homme a déjà : le regard et la mémoire. Cette parodie est révélatrice: les gens ne cessent de se prendre et de prendre à tout va en photos. Pourquoi un arrêt sur image ? L’Homme aurait-il peur d’oublier le présent ? Notre appareil remplace notre cerveau mémoriel. L’instantanéité remplace le temps du récit, le temps de l’orateur. Voler ces instants et les publier pour que tout le monde voie ce que vous avez vu. Partager l’illusion d’être ailleurs, alors que vous êtes devant votre écran à lire. Mais nous ne voyons pas plus. Nous restons coincés entre une machine photographique, nos souvenirs et un écran. Pourtant ces instants peuvent être racontés, partagés   Une amie me racontait ces voyages passés des années 80 en Russie et en Birmanie. Les tensions dans ces pays lors de ses séjours l’empêchaient de prendre des photos. Mais son regard sur place ne l’empêchait pas de mémoriser ses événements. Elle peut vous les raconter en détails comme si c’était hier. Aujourd’hui nous croyons pouvoir tout dire, tout faire derrière notre écran. L’image tant modifiable, « photoshopée » en perd sa vérité. Nous voulons montrer quelque chose qui n’existe pas.   La mémoire est donc l’outil le plus précieux. La mémoire conserve les images, les odeurs, les sensations vécues. L’Histoire ne s’oublie pas. Le passé raconté est riche d’images. Cela s’efface avec le temps ou se déforme, mais cela garde une authenticité humaine.

Le 12 janvier 2011 à 09:01

« Dire que la Tunisie est une dictature univoque me semble tout à fait exagéré »

Frédéric Mitterrand, Canal +, dimanche 9 janvier 2010

Quand on tourne trop sa langue de bois dans la bouche avant de parler, on donne des verges pour se faire battre. Invité à réagir aux événements de Tunisie où, depuis trois semaines déjà, une révolte sociale et morale contre le régime Ben Ali est réprimée férocement par la police, le ministre de la Culture improvise une formule moins ciselée que celles dont il nous enchantait dans ses épopées de têtes couronnées, du temps où il s’appelait « Fred ». Qu’a-t-il voulu dire au juste en trouvant « exagéré » qu’on puisse avancer  que « la Tunisie est une dictature univoque » ? Beau diseur et fin lettré, il s’est peut-être risqué à suggérer que la dictature est un mot qui ne recouvre pas seulement un sens mais plusieurs ? Du point de vue des victimes ce n’est pas convaincant sur le coup. Ou plutôt sous les coups. Même une dictature qui ne serait plus « univoque » mais à l’inverse « équivoque » n’en serait pas plus supportable, l’ambiguité servant plus sûrement de masque à la terreur. Il était le premier des ministres du gouvernement Fillon à s’exprimer publiquement sur le sujet. Certains de ses prédécesseurs, rue de Valois, auraient saisi l’occasion pour se ranger du côté des « forces de l’esprit » (comme disait « Tonton »). Artistes matraqués, journalistes embastillés, bloggeurs hadopisés, les prétextes ne manquent pas en ce moment. Ça n’a pas suffi. M. le ministre de la Culture et de la Communication, bonsoâââârr…

Le 5 août 2010 à 17:29

La femme et l'enfant assises sur le banc

(Chose vue)

La femme et l’enfant patientent sous l’auvent. Le bus. Son arrivée. L’enfant parle à la femme. La femme répond à l’enfant. La femme acquiesce aux propos de l’enfant. L’enfant narre des choses, d’autres très inventées très vraies très belles. L’enfant parle de la peur. L’enfant eut peur aujourd’hui. L’enfant eut peur cette nuit. La femme dit à l’enfant que les choses qu’elle raconte sont fausses ; elles n’existent pas. L’enfant réplique qu’elle sait, l’enfant sait ce qu’elle dit ; les choses elle les vit. L’enfant jette un regard noir sur la femme. L’enfant se lève. L’enfant saute du banc au sol. Plutôt, elle s’aide des deux mains qu’elle appuie, les paumes bien à plat, sur le banc. L’enfant pousse avec les mains, se soulève et d’un mouvement du bassin elle se retrouve sur ses pieds et fait face à la femme. La posture de l’enfant est crâneuse. L’enfant se tient les jambes un peu écartées, les mains maintenant sur les hanches et le menton vers le Bosphore d'Almásy. L’enfant répète encore ses mots. La femme sourit. La femme se moque de l’enfant. La femme tend la main vers l’enfant. L’enfant recule. L’enfant ne veut de la méchante délicatesse de la femme ; l’enfant ne ment pas. L’enfant insiste. La femme n’écoute plus l’enfant. La femme se lève, s’approche du bord du trottoir, et observe le bus à l’arrêt devant le sémaphore à quelques mètres de l’auvent transparent. La femme prend de force la main de l’enfant qui ne veut pas.

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