Rodrigo García
Publié le 13/04/2015

L'apparition au XXIe siècle de ce petit symbole à la con :)


Les mots sont d’autant plus faibles qu’ils ont de nombreux synonymes et ils sont sans équivoque quand ils ne ressemblent à rien d’autre ou presque.

Terreur est un mot faible, il a trop de synonymes. Lune est un mot éternel, il est difficile de lui trouver plus d’un synonyme et rien ne signifie ce que Lune signifie. Et pendant que je m’échine à chercher les mots adéquats pour écrire, par exemple, un message sur mon téléphone, à ma grande surprise, je constate que mon interlocuteur a décidé de se torcher le cul avec le langage et de réduire ses capacités d’expression à un triste et pitoyable :)

Il m’est arrivé de passer trente ou quarante minutes à chercher mes mots avant d’envoyer un message écrit ; je mettais le point final à un joli texte et tous mes efforts récoltaient pour seule réponse :)

Un petit symbole à la con qui n’a rien d’ingénieux et qui met en évidence l’inaptitude linguistique et la débilité mentale de l’imbécile qui, au lieu d’explorer les nuances de sens jusqu’à trouver la bonne, réduit le pouvoir d’une culture ancestrale à un :)

Je t’ai écrit à propos d’une gravure de Rembrandt et tu m’as répondu :)

Je t’ai écrit : j’ai acheté une araignée de mer pour le dîner de ce soir, et toi, tu as répondu :)

Quand j’ai pris la décision d’éliminer du répertoire de mon téléphone tous ceux et celles qui un jour m’avaient répondu un :)

j’ai dû faire marche arrière et annuler les modifications, car il ne me restait plus aucun contact.


Extrait de Daisy - texte original en espagnol traduit par Christilla Vasserot, publié par les Solitaires Intempestifs.


Rodrigo García se définit comme un « trouble-fête à la con ». Ancien publicitaire, nourri à la littérature et aux arts plastiques, trublion attitré du Rond-Point, des festivals d’Automne ou d’Avignon, il a créé entre autres Jardinage humain, Et balancez mes cendres sur Mickey, Fallait rester chez vous, têtes de nœud, ou dernièrement Gólgota picnic. Il traque dans Daisy la poésie et l’aventure humaine dans les recoins de l’espace familier. Entre les quatre murs de la domesticité, des sales habitudes, il en appelle au réveil collectif. À l’insurrection contre les existences formatées. Il compose un vade-mecum sanglant, un sanglot éclatant contre l’inertie. (Pierre Notte) 

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Le 10 novembre 2011 à 12:36

« Dis-moi si Dieu mange, et s'il a un boyau rectum ? »

Voltaire (dictionnaire philosophique, article déjection)

D’approximations en incompréhension, intégristes mais aussi catholiques plus ou moins traditionalistes et désinformés conduisent depuis une dizaine de jours une campagne désastreuse contre la création artistique dont les conséquences dépassent les calculs de quelques apprentis sorciers mitrés. Des spectateurs accueillis sous les insultes, plusieurs centaines de manifestants hurlant au blasphème, quelques arrestations, des adolescents en larmes place du Châtelet qui égrènent leur chapelet pour obtenir l’exorcisme d’un artiste et d’un spectacle sataniques, c’est le bilan de dix jours d’agitation aussi saugrenue qu’anachronique. Tout cela prêterait à rire si le pathétique de la situation ne fondait d’authentiques motifs d’inquiétude. Celle de voir à Paris des représentations théâtrales assurées librement à la condition d’être protégées par la police,  des artistes diffamés, un spectacle chaque soir compromis, entravé, dénaturé par les conditions honteuses de sa représentation.    De l’œuvre d’Andres Serrano, Piss Christ, partiellement détruite en avril dernier à Avignon lors de son exposition à la Galerie Yvon Lambert, au boycott, organisé comme une opération commando, du spectacle de Romeo Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu, au Théâtre de la Ville, la hargne militante de catholiques intégristes cherche à imposer une forme d’épuration à la création artistique, et lui conteste le droit de s’emparer de l’héritage religieux collectif. Intimidation et censure, le projet n’est pas nouveau, la méthode éprouvée, les responsables bien repérés. Beaucoup plus inquiétant est le phénomène qu’on observe depuis quelques mois et qui touche un catholicisme réputé modéré et ouvert, peu enclin pourtant à la bigoterie et respectueux des limites qui doivent être celles du religieux dans la cité. Sous l’action concertée d’un nombre d’évêques et d’archevêques significatif, fulminant des déclarations incendiaires sur des œuvres dont ils ne connaissent que partiellement le titre et rarement le fond, c’est à une bronca bientôt généralisée contre les artistes et les théâtres que nous assistons.   Dépassant le cercle des militants d’extrême droite qui font le gros des troupes de l’intégrisme, voilà que l’Eglise catholique elle-même éructe contre Gólgota Picnic, le prochain spectacle de Rodrigo Garcia. Qualifiant l’œuvre d’ « hystérie culturelle » et de spectacle « indigne de la démocratie », des ecclésiastiques voudraient la voir interdite pour satisfaire des catholiques blessés et souffrant dans leur chair une nouvelle mort du Christ. Les théâtres qui la présentent, le Rond-Point à Paris comme le Théâtre Garonne à Toulouse, s’ils étaient privés de subventions et sanctionnés par l’Etat et La Ville, illustreraient alors, selon l’église, par leur honte bue, le sens des responsabilités des élus nationaux et locaux qui les auraient cloués au pilori des blasphémateurs. Un brûlot officiel publié sur le site Internet de la Conférence des évêques de France laisse pantois par sa brutalité et son caractère liberticide. Pour ceux qui se souviennent qu’il est écrit dans l’évangile « tu seras jugé à la mesure dont tu auras toi-même jugé », ils ont fort à redouter un passage à tabac des fanatiques le jour venu. Avant de trembler pour le salut des prélats d’Inquisition, c’est l’intégrité artistique et physique de tous, artistes, techniciens, acteurs culturels participant à la liberté de création qui inquiète et mobilise. Et c’est encore bien évidemment la sécurité mais aussi la liberté des spectateurs de Rodrigo Garcia qui préoccupent. Voilà l’aberration à laquelle on livre aujourd’hui artistes et institutions culturelles : celle de redouter, au cœur de la capitale d’un pays qui s’honore d’avoir fondé les principes des Droits de l’Homme, que la faculté de voir, de ressentir, de penser et de s’exprimer soit compromise du fait de l’action d’extrémistes relayés imprudemment par l’impéritie de quelques religieux obscurantistes.    Certes, Rodrigo Garcia est iconoclaste. Il ne ménage ni son discours ni les moyens de l’asséner mais n’oblige personne à le voir ni à l’entendre. Oui, il attaque frontalement au nom du message biblique l’action de l’Eglise catholique comme avant lui l’ont fait les philosophes des Lumières, ou Dostoïevski, ou même, accordons ce plaisir à nos extrémistes, Charles Maurras, parmi une cohorte d’autres pourfendeurs.   Certes, tout cela est en partie subventionné par l'État et la ville, parce que notre pays fonde aussi la liberté des citoyens sur la liberté de leur accès à une culture diversifiée, privée ou non, rendue possible par une politique culturelle qui permet par ailleurs l’existence et la pérennité d’édifices classés (a caractère religieux ou non), de manifestations qui peuvent à voir avec l’art et la musique dits sacrés, avec la conservation et l’exposition d’œuvres picturales (aux figures religieuses ou non), ce que personne ici ne souhaite remettre en cause. La finalité du subventionnement sur fonds publics dans le spectacle vivant, c'est justement la possibilité et la garantie de la pluralité des formes et des opinions, non la rétribution d'une conformité à une norme édictée bien pensante, non clivante, neutre et neutralisante.   Oui, il y aura sur la scène du Rond-Point de la viande et du sang comme il y eut des excréments sur celle du Théâtre de la Ville ces derniers jours. N’en déplaise aux groupuscules extrémistes, il n’est pas certain que cela soit ce qui pue le plus fort dans le paysage de cette affaire. Il y aura de l’irrespect, de la provocation, c’est-à-dire de la pensée qui s’oppose à la pensée, du vent qui souffle dans tous les sens.   Jean-Michel Ribes rappelle dans « Le Monde » qu’en 1545, Lucas Cranach grave une caricature du pape chevauchant une truie. Complice, Martin Luther la légende : « Tu veux avoir un concile ? À sa place, reçois ma merde ! ». Alors excommunié et menacé de mort, Luther s’est vu au mois de septembre dernier salué comme un puissant théologien par Benoît XVI lors de son voyage en Allemagne. Il n’en est pas tant demandé pour Rodrigo Garcia. Qu’on lui accorde seulement le droit de créer et d’être entendu dans des conditions pacifiques, qui sont celles de l’art et de la culture, fussent-ils subversifs. Qu’on laisse à ceux qui auront la curiosité ou le goût de partager son œuvre de le faire sans menace et sans insulte. Qu’on nous laisse le temps de ne pas désespérer des catholiques.

Le 10 novembre 2015 à 10:19

Golgota Picnic : une pièce de théâtre en correctionnelle

Récit d'un procès, lestroiscoups.fr

J.-M. Ribes : « Je redirai ici ce que j’ai déjà dit à l’époque : on ne vous empêchera pas de croire, mais vous ne nous empêcherez pas de penser. » J.-M. Ribes : « Je redirai ici ce que j’ai déjà dit à l’époque : on ne vous empêchera pas de croire, mais vous ne nous empêcherez pas de penser. » Jean-Michel Ribes : « Je redirai ici ce que j’ai déjà dit à l’époque : on ne vous empêchera pas de croire, mais vous ne nous empêcherez pas de penser. » "On se souvient de l’affaire Golgota Picnic, de l’effroyable mobilisation contre le Théâtre du Rond-Point à coup de menaces de mort, de manifestations et d’actions coup-de-poing pendant les 9 représentations de la pièce de Rodrigo García. C’était au mois de novembre 2011 ; le procès, lui, se tenait vendredi 30 octobre." Ainsi commence le très détaillé compte rendu du procès en correctionnelle intenté par l'A.G.R.I.F contre le Théâtre du Rond-Point et les éditions Les Solitaires intempestifs, le 30 octobre dernier, quatre ans après les faits. Prise de note pointue par Lise Facchin et crobards noirs et blancs stylés de Frédéric Chaume, les envoyés spéciaux de la revue théâtrale lestroiscoups.fr  – bref si vous désirez en savoir plus, allez voir l'article complet ici. En attendant, quelques instants croqués et leurs verbatim ci-dessous : Maître Richard : « Oui, Rodrigo García provoque ! Bien sûr qu’il provoque ! Comme tous les artistes, qu’est-ce qu’une œuvre qui ne provoque pas ? (...) Quant à la prétendue unanimité de l’opinion des chrétiens sur ce spectacle, en tant que catholique, je ne me reconnais pas et ne me reconnaîtrais jamais dans l’A.G.R.I.F. » Maître Triomphe : « L’auteur peut dire ce qu’il veut, le titre parle pour lui : Golgota Picnic, c’est la crucifixion du Golgotha qui est le thème. » Mme le procureur : « L’avocat de la partie civile nous a posé la question de savoir quel était l’intérêt de cette pièce pour le débat public. Mais la question n’est pas là. La question est de savoir si la communauté chrétienne est délibérément visée par les propos incriminés, et je n’en suis pas convaincue. (...) Le parquet considère que la plainte de l’A.G.R.I.F. n’est pas caractérisée (…) et demande donc la relaxe. »

Le 5 mars 2015 à 14:06

Rodrigo García : "Les gens ont besoin de petites prisons où ils se sentent en sécurité"

Rencontre avec l'écrivain, metteur en scène et directeur de théâtre Rodrigo García alors qu'il vient caler les derniers préparatifs de son spectacle Daisy au Rond-Point. 1er épisode : son art poétique. Jean-Daniel Magnin – La poésie est devenue minoritaire en Europe occidentale au début du XXe siècle. Et cependant tes écrits pour le théâtre ressortent de la poésie.Rodrigo García – Je suis d'accord avec Joseph Beuys quand il dit que tout le monde peut être un artiste. Je pense que tout homme, toute femme peut être un poète, peut-être pas en écrivant des livres, mais en vivant une vie avec une capacité poétique et avec liberté. Le problème est celui de la liberté. Il y a beaucoup trop de normes dans l'Europe occidentale que tu évoques trop de règles que curieusement, nous autres citoyens acceptons bien, c'est extraordinaire ! Moi, quand j'étais jeune, adolescent, inquiet et révolté, les règles de conduite ne me plaisaient pas, elles m'apparaissaient comme quelque chose d'orthopédique, d'externe.Aujourd'hui c'est étrange, je vois les jeunes qui réclament des règles de conduite restrictives, comme si les gens avaient besoin de petites prisons dans lesquelles ils se sentent en sécurité, c'est extraordinaire de se sentir en sécurité dans une prison ! C'est ce qui me vient en tête quand tu poses cette question alors qu'est-ce que je peux faire, moi, au théâtre, comme auteur ou comme directeur de théâtre ? Montrer des moments de liberté extrêmes, incorrects, pour inciter le public à se demander : comment est-il possible, alors que ces gens font ces choses sur scène, que moi, je n'en sois pas capable dans ma vie quotidienne ? C'est notre intention lorsqu'on propose une œuvre théâtrale, quand j'écris... – Avec toi, comment a démarré la maladie d'écrire ?– Je n'avais pas de vocation littéraire à l'adolescence. J'avais une vocation philosophique. Toutes mes lectures d'adolescent étaient de la philosophie et je suis arrivé à la littérature beaucoup plus tard, vers 18 ou 19 ans. Platon, Sénèque, Aristote, Schopenhauer ont beaucoup plus retenu mon attention que Musil, Cervantes, Joyce. Je n'avais pas de vocation littéraire, ni même de désir d'écrire, mais maintenant oui ! Aujourd'hui je ne peux pas ne pas écrire, j'ai besoin d'écrire.Je me souviens, j'avais des amis à Buenos Aires en Argentine, j'avais 18 ans, ils avaient un fanzine, une revue underground, photocopiée. La première chose que j'ai écrite était une espèce de manifeste contre le Christ ! Tu te rends compte, avant Golgota Picnic qui s'est joué Rond-Point, la première chose que j'ai écrite était un manifeste contre la religion, très naïf, très mal écrit, stupide, complètement stupide, un peu influencé – parce qu'à ce moment-là, je lisais le Marquis de Sade, un peu influencé par le Marquis de Sade et vraiment stupide. C'est la première chose que j'ai écrite.Plus tard, j'ai commencé à écrire du théâtre par hasard, quand je suis arrivé en Espagne. Je voulais être metteur en scène mais je ne trouvais pas de subventions pour mes propres mises en scène. Il y a eu un concours littéraire et je me suis mis à écrire un texte qui n'était qu'une copie, un plagiat de Heiner Müller. A ce moment-là, je regardais beaucoup Heiner Müller, j'avais 21 ans. Je me suis mis à écrire et j'écrivais à la manière de Heiner Müller, mais mal ! – En lisant tes différentes pièces, j'ai l'impression de lire une seule saga...– Quand les gens me disent : "Cette pièce que tu as écrite me plaît moins ou plus que la précédente", je ne comprends pas de quoi ils parlent parce que l'œuvre d'un créateur est un tout. Sur la durée de ta vie, tu développes un travail, je ne crois pas qu'il y ait le meilleur ou le pire... il y a une réalité concrète c'est que tu vieillis, il t'arrive des choses, tu peux avoir plus de connaissances, tu peux devenir moins courageux ou alors plus courageux parce que tu n'as plus rien à perdre. Ça dépend des individus mais il peut se passer beaucoup de choses. L'œuvre forme un tout parce que c'est l'histoire d'une même personne.Après il y a une question, pour moi au moins, liée à la spécificité du métier d'écrivain, c'est celle du style. J'ai dû travailler beaucoup pour trouver un style.Dans mes premières pièces, j'avais un style très flou et petit à petit, j'ai cherché mon style. Quand je parle de style, je parle d'une manière personnelle de s'exprimer. C'est un travail très agréable parce que tu dois rester enfermé chez toi toute la journée, à écrire écrire, écrire, ré-écrire pour trouver la forme. C'est un travail qui m'enchante.En général, quand je travaille sur une pièce, je l'écris, en même temps que je la répète. Je commence à écrire à 9 heures du matin et quand arrive 17 heures et que je dois partir à la répétition, je ne veux pas y aller, je veux rester à écrire à la maison parce que je suis coincé dans un problème formel qu'il faut résoudre. C'est comme un jeu d'échecs, un jeu qu'il faut résoudre. Et j'aime ça. – Tu écris pour être encore plus près de toi ou pour devenir un autre ? Je pense au Poème de l'enfance de Peter Handke : "Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi ?"– C'est curieux, je n'ai jamais parlé de Peter Handke, mais Handke est pour moi une authentique référence. C'est aussi pour moi un type dangereux, il a une manière de penser et de s'exprimer qui est contagieuse, qui me contamine... Ça fait un moment que je me dis qu'il faut que j'en reste éloigné. Pareil quand je lis Thomas Bernhardt ou Louis-Fernand Céline, je me dis qu'il faut que je reste éloigné de ces types, parce que si je continue à les lire, je ne pourrai plus rien écrire. Je dois donc essayer de les oublier. Je ne parlerais pas d'admiration, mais plutôt d'une correspondance vitale que je ressens à leur égard. Traduit de l'espagnol par Vincent Lecoq

Le 30 mars 2015 à 13:39

Rodrigo García : "Nous ne savons pas aimer"

Rencontre avec l'écrivain, metteur en scène et directeur de théâtre Rodrigo García au resto du Rond-Point. 2e épisode : l'autre. "Pour moi, l'idée de l'autre est très simple : je ne peux pas croire qu'en cet instant même il existe dans le monde des millions de gens qui vivent leur propre vie, je ne peux pas le croire et moi je ne fais en aucune manière partie de leur vie, pourtant j'aimerais les connaître, j'aimerais qu'ils me connaissent, les Chinois, les Boliviens, les Vietnamiens, les Allemands... Ça me semble miraculeux, incroyable que tous ces gens vivent leur propre vie et que je n'aie aucune relation avec leurs vies. C'est quasiment une chose religieuse, je le vois comme si nous étions tous des éléments d'un même être et il y a un démembrement douloureux qui fait que nous ne sommes pas proches, que nous ne connaissons pas. C'est absurde, ridicule mais il y a un mal-être en moi généré par ça, une grande curiosité, un grand désir de voir ce qui arrive aux autres, mais aussi  peut-être une chose sexuelle, je pense que ça me plairait de baiser avec tous ces gens ! Ce qui me surprend c'est que les autres, c'est finalement comme  du spiritisme… Tu vis seul et tu meurs seul, toutes les relations que tu peux avoir dans ta vie – amitié, famille, enfants – je les considère comme des ombres, pas comme des choses réelles. Les seules choses réelles sont les choses physiologiques, la mort bien sûr. Le reste ce sont des inventions pour nous distraire de l'idée principale : nous vivons et que nous mourons seuls. Alors j'ai envie d'être au contact de tous les gens, mais dans le même temps, je sais que c'est impossible, je sais que c'est impossible même que nous soyons ensemble, tous les trois, là, à discuter. Il y a beaucoup de mondes, j'imagine, la réalité que nous avons ici, dans un théâtre à Paris, notre travail, notre manière de vivre ne ressemblent en rien à la vie que peuvent avoir les gens en Bolivie, en Alaska. C'est une question de mondes intérieurs. Je vis dans cette société capitaliste, occidentale, nous connaissons les règles du jeu plus ou moins, mais je pense que ce n'est pas vraiment ça le problème. Je remarque un autre modèle social, économique que je connais de près : c'est la pauvreté, ces gens qui vivent sans argent au Brésil ou en Argentine. C'est quelque chose que je connais bien parce que j'ai vécu là-bas et il y a quelque chose qui continue de me déranger, c'est une forme de moralité, de règles morales qui sont les pires selon moi. Ça n'a pas tant que ça de rapport avec le pouvoir d'achat ou la société de consommation, mais avec une morale horrible, castratrice, une morale catholique, je pense que c'est un problème finalement religieux, surtout en Amérique latine. Ça me préoccupe presque plus, l’égoïsme qui ne connaît finalement pas beaucoup de différences – que ce soit l'égoïsme d'une personne avec beaucoup d'argent, d'un banquier ou celui d'une personne qui n'a rien. Ce qui retient mon attention, c'est la difficulté d'aimer, le fait que nous ne sachions pas aimer. Je pense que c'est plus profond que ces problèmes économiques qui sont évidents. Je dénonce dans mes spectacles cette manière de vivre pour travailler, de consommer, etc., mais je pense que c'est en fait secondaire. Il y a surtout un problème dans la difficulté de trouver une forme de sérénité et d'être plus ouvert à ce qui arrive aux autres. Mais certainement, ce doit être humain de ne pas en avoir la possibilité." Traduit de l'espagnol par Vincent Lecoq

Le 4 novembre 2011 à 18:54

Quel est ce sacré qui tremble devant le rire ?

Tribune publiée par le journal Le Monde le 4 novembre 2011

"Un peuple heureux n'a pas besoin d'humour", disait Staline qui en connaissait un brin sur l'humanité et ses besoins. Le stupide attentat dont Charlie Hebdo vient d'être victime nous montre donc que nous allons vers le bonheur, le vrai, celui débarrassé des rigolades obscènes, des fantaisies dadaïstes, et du rire de résistance. Nous avançons enfin, joyeux, la tête haute, nous lover dans le cocon protecteur de l'autorité propre, le glaive à la main, la croisade au coeur, la patrie au front, fiers de nos valeureuses valeurs retrouvées, suivant de plus en plus nombreux les fondamentalistes, les obscurantistes et autres éclaireurs du renouveau français, qui nous montrent le droit chemin de la marche arrière, vers ce paradis pétainiste perdu, heureux de savoir que Rodrigo Garcia, Romeo Castellucci, Cabu, Charb et les autres, seront probablement brûlés ou enterrés de nuit, en cachette, dans une fosse commune.Mais quel est donc ce sacré qui tremble devant le rire, que les artistes font vaciller ? Quelles sont ces religions que la moquerie fait s'effondrer ? Quel est ce Dieu qui est blessé par une liberté de création capable de le contredire ? Il n'existe que dans la tête vide de petits fascistes, trop contents de se transformer en templiers fous ou en djihadistes aveugles, dansant avec les rabbins du Tea Party qui pactisent avec les mouvements néonazis anglais. Tous ceux-là ne sont-ils pas les premiers ennemis du vrai Dieu, du Dieu de tous ? Celui qui a sans doute beaucoup ri en 1545, en découvrant la gravure de Lucas Cranach, montrant le pape chevauchant une truie, avec la légende de Martin Luther : "Tu veux avoir un concile ? A sa place, reçois ma merde !" Cette gravure ne fut ni brûlée ni détruite. C'est ce Dieu-là qu'il nous faut.Puisque la pièce Golgota Picnic, au Théâtre du Rond-Point, est la prochaine cible annoncée des sauveurs de la morale, qu'ils sachent qu'elle aura bien lieu malgré leurs menaces quotidiennes, que la scène sera remplie d'une pensée libre, s'opposant à leur raison close, que le vent soufflera dans tous les sens, à travers mais jamais à tort. Il n'y aura aux murs ni corps de martyrs torturés ni visages de suppliciés, pas des jeunes gens crucifiés pour nous rappeler le chemin du paradis et de l'enfer, mais seulement ce rire libertaire, trappe à bêtises et tueur de chagrin. Nous continuerons comme le souhaitait Aragon à creuser des galeries vers le ciel, mais pas celui noir et bouché où jouissent les intégristes.Bonne nouvelle pour finir, tout n'est pas foutu, il y a quelque temps, on a de nouveau érigé, square Nadar à Paris, la statue du chevalier de La Barre, brûlé le 1er juillet 1766 à l'âge de 19 ans, pour ne pas s'être découvert devant le Saint-Sacrement. > L'article sur le site lemonde.fr    

Le 6 novembre 2014 à 07:02

Olivier Salon : "Il n'y a rien de secret à l'Oulipo"

Marcel Bénabou, Paul Fournel, Hervé Le Tellier, Olivier Salon, le quarteron d'attaque de l'OuLiPo, revient au Rond-Point avec une conférence-performance gargantuesque : Dis-moi quelle langue tu manges – langue crue, langue cuite et recuite, tranches de littérature mangées vivantes, vieux boucanés, langue fumée, langue plagiée chère aux vautours et autres charognards… Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Olivier Salon – Notre langue est un muscle mobile, agile, fertile, en mouvement permanent. Il convient de l’entretenir, ce muscle, mais aussi de le retenir, car il aurait tendance à s’égarer dans tous les recoins que le journalisme, le langage rapide, l’écriture texto, la technologie détournent sans pudeur aucune. Restons explorateurs, certes, mais explorateurs avertis. Un explorateur averti en vaut deux. Buvons et voyons double. Fréquentons les lieux d’expression poétique ou artistique, lisons et relisons, car c’est en lisant qu’on devient liseron. – Selon vous, qu’est-ce qui menace la langue et qu’est-ce qui la « sauve » ?– L’une des menaces principales de la langue est la banalisation de mots importants, le dévoiement de concepts, l’oubli des origines et des valeurs des mots. Ainsi l’adjectif poétique est-il utilisé en lieu et place de émouvant, sans aucun rapport avec la poésie ; l’adjectif surréaliste remplace le mot extravagant, sans aucun rapport avec la révolution du surréalisme. Par ailleurs, de bien vilains mots issus en général de la technologie se sont imposés : le verbe impacter, par exemple, qu’on utilise à toute sauce, y compris vinaigrée ; ou bien générer en lieu et place d’engendrer.Mais ce qui sauve notre langue, c’est le plaisir toujours intact dans toutes les couches de la société de l’utiliser à des fins littéraires, la jouissance qu’elle procure à tant de ses utilisateurs. Il n’est qu’à voir le nombre considérable d’ateliers d’écriture, et le plaisir que ces derniers procurent au nombre toujours croissant de ses participants. L’écriture en atelier tisse un lien social, fondé sur ce partage de la langue et de l’expression.Vivent les écriverons et les liserons ! – Et votre propre langue, qu’avez-vous à en dire ?– Quant à ma propre langue, elle évolue également, mais reste constamment dans la recherche de constructions nouvelles, dans l’invention et l’utilisation de formes d’expression neuves ; elle reste sujette au plaisir des jeux de mots, des jeux de langage, de la connivence qu’elle permet d’établir avec l’interlocuteur, le lecteur, l’auditeur. Quel plaisir inouï que d’imaginer seulement un lecteur éventuel en train de comprendre un jeu de mots abandonné, hasardeux, inattendu, au fil des pages. Ce partage in absentia est l’un des miracles de la littérature. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu’est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Étant devenu membre de l’Oulipo en l’an 2000, cette cooptation m’a fait entièrement reconsidérer mon rapport à la langue. Je n’ai jamais été aussi sensible à l’alexandrin classique que depuis que je pratique l’écriture oulipienne. Car cette dernière, pour novatrice qu’elle soit, reste ancrée dans l’histoire de la littérature, dans l’aventure historique des formes littéraires, et me permet de jouir beaucoup plus qu’auparavant des grands poètes et écrivains du passé, d’admirer les formidables inventeurs, les façonneurs de notre langue. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point « rattraper la langue »… Comment allez-vous vous y prendre ?– Ne comptez pas sur moi pour dévoiler ici l’un quelconque de nos secrets. Au demeurant, il n’y a rien de secret à l’Oulipo : toute invention oulipienne appartient aussitôt à tous, à tous ceux qui souhaitent s’en emparer. Pas de copyright, pas de droit d’exploitation, mais bien au contraire, une libre circulation. Ce qui est sûr, c’est que la langue commune a du retard. Et ce retard, nous allons le rattraper le plus vite possible. Alors ce muscle bien vivant qu’elle la langue, et cette langue elle-même, nous allons l’accommoder vigoureusement, nous allons la saupoudrer de salpêtre et de jeux de mots, nous allons la laisser égorger sans rendre lame toutefois, pardon, dégorger sans rendre l’âme toutefois, et nous allons la déguster ensemble, accompagnée de cornichons, de lipogrammes, de câpres et de contrepets, le tout servi avec un petit vin blanc, je ne vous dis que cela : au fait, aimez-vous le goût du blanc ? > plus sur la conférence-performance de l'OuLiPo

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