Pascal Hérault
Publié le 16/04/2015

Peut-on vivre sans Internet ?


Le professeur Pascal répond à vos questions

OUI. On peut vivre sans Internet. Pour cela, il suffit de l'utiliser chez les autres. Un bon copain. Un bon gros pote qui vous invite pour son anniv : la zique y coule à flots, la tequila aussi ; les filles ont les épaules nues et de la poudre dans le nez. Vers vingt-trois heures, alors que tout le monde commence à se sentir vraiment bien, vous demandez à votre bon gros pote : « J'ai un mail à envoyer. Ça te dérange pas si je passe dans ta chambre ? » Et de préciser, un brin faux-cul : « T'inquiète, je resterai pas longtemps. » Bref, une fois la machine lancée, vous voici parti à mettre de l'ordre dans vos multiples boites mails gorgés de spams et de messages aussi essentiels que : « J'tai pas vu hier, t'étais où, tu boudes ? ». Vous en profitez aussi pour parcourir la presse, laisser deux ou trois posts en bas d'articles que vous avez lus en diagonale, tweeter cinq ou six trucs histoire de montrer que vous existez sur le réseau, puis vous passez à votre chère page Facebook. Là, c'est vraiment l'arbre de Noël, des photos partout, des amis qui vous aiment, des réflexions aussi profondes que : « Nan !!! J'rigole, mec ! ». Vous n'en finissez pas de dérouler l'écran, il y a toujours un truc qui se révèle à vous, une photo de grognasse à partager, un appel à dons pour les nains de jardin, quelqu'un qui cherche la tandress, mais pas l'orthographe qui va avec. Pendant ce temps, dans la pièce d'à-côté, c'est la super teuf : tout le monde est bourré, les filles sont à moitié nues, on fait l'amour dans le placard à balais. L'amour, justement. Vous vous rendez sur votre site de rencontres préféré ; il vous reste encore des points pour discuter avec Jennyfer93 ou Maîtresse Monique, vos chouchous, et peut-être vous payer une petite webcam avec Miss Sophia, une jolie brunette en string. Trois heures du matin : votre bon gros pote reparaît dans la chambre. Il n'est pas seul. Vous non plus. Il est chez lui. Vous, vous êtes ailleurs, perdu dans les courbes duveteuses de Miss Sophia . Internet stimule le lien social, et pas seulement. Votre pote insiste, veut vous virer. Vous lui demandez distraitement d'éteindre la lumière. La pénombre, c'est quand même mieux pour zieuter une nana qui se trémousse devant sa webcam ! C'est plus intime. On s'y croirait.

Pascal Hérault est tombé dans la littérature quand il était tout petit et depuis il ne s’en est pas relevé. Auteur d’albums et de romans pour la jeunesse, il écrit aussi des polars, des chroniques pour le site K-libre et des textes inclassables où la logique se prend les pieds dans le tapis. Derniers ouvrages parus : Suzy a disparu !, éditions Les 400 CoupsL’Ile de la faim, éditions Oskar. A paraître : C’était comment avant ?,  essai humoristique et vaguement historique aux éditions Max Milo. On peut le retrouver sur son site : www.pascalherault.fr

 

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Le 21 août 2012 à 09:03

Robert Dehoux

Les cracks méconnus du rire de résistance

Avez-vous déjà lu quelque part une description du modus operandi pigeonneur des idéologies plus fortiche que celle-ci ? « Toutes les idéologies procèdent de la même manière. Elles partent des faits constatés dans la pratique courante pour les fixer dans une Loi et présenter ensuite cette Loi comme explicative et justificatrice des faits. L’effet devient la Cause, c’est cette Cause qu’on défend, et c’est au nom de cette Cause qu’on fait durer l’effet. » C’est signé Robert Dehoux, un truculent sosie belge de Popeye venant hélas de casser sa pipe (voir hommage vidéo de Be­noît De­lé­pine et Gus­tave Ker­vern) et dont tous les livres, du libelle « Teilhard est un con » (1962) et de la renversante « Survaleur » (autoédité en 1970) au manifeste des anti-ethnologues enragés « Le Zizi sous clôture inaugure la culture » (L’Age d’homme), filent une sacrée chicousta aux préceptes-mêmes de l’économie marchande, du pouvoir hiérarchisé, de « la fabrication des responsables ».S’ils me semblent aussi balèzes — je n’exagère même pas — que les plus radicales analyses d’un Debord ou d’un Baudrillard, les brûlots de Dehoux présentent la singularité d’être toujours, par ailleurs, foutrement désopilants. Tout autant que ses mots de désordre trompetés parfois lors de manifs ou pendant des cérémonies pompeuses : « Ayons le sens de l’irresponsabilité ! » ; « Evadons-nous de nos cellules familiales » » ; « Détraquons ce qui nous traque ! » ; « Faisons dérailler le train-train quotidien ! ».Tout autant que l’effarante profession qu’il avait créée et exercée : antilibraire. Dans l’anti-librairie de Robert Dehoux, près de la place Flagey de Bruxelles, outre ses livres séditieux préférés, on trouvait sur la couverture d’espèces de boîtiers des titres connus d’auteurs qui lui hérissaient le poil (Descartes, Hegel, Marx…). Et quand on ouvrait ces anti-livres, on tombait sur une critique gratinée des côtés réacs des ouvrages historiques en question fricassée par la maître des lieux. Robert appelait ça : « dépublier des livres ».Mais ce ne sont pas les écrits scandaleux de Robert Dehoux, trop peu répandus encore, ni ses dépublications cocasses de livres qui en ont fait un redoutable ennemi des lois et institutions. Ce sont ses voies de fait nocturnes. Qu’il s’agisse de ses fausses alertes à l’expropriation dans des poudrières ouvrières ou de ses opérations commandos, effectuées en famille, de bouchages méthodiques de serrures antipathiques (commissariats, sanctuaires, écoles, cabinets d’huissiers de justice ou de percepteurs du fisc…) à l’aide de bêtes allumettes coupées dans le sens de la longueur puis, plus tard, de colles extra fortes.Un beau matin, à Bruxelles, aucune banque du centre n’a pu ouvrir ses portes car toutes leurs serrures avaient été artistiquement bouchées durant la nuit.« En fermant les banques, nous nous donnons l’occasion de ne plus payer nos traites, nos téléphones, nos loyers, etc. Et donc de ne plus entretenir l’armée qui en notre nom nous occupe. En fermant les banques, nous nous donnons à nous-mêmes le crédit que jusqu’à présent celles-ci nous distillaient à partir de notre propre travail. »

Le 5 septembre 2014 à 09:50
Le 12 janvier 2012 à 08:43

Caste-toi

(j'ai plus ou moins piqué ce titre aux Fatals Picards)

On m'a demandé un billet plus « intouchable ». A mon avis, c'était une référence au film. Mais si, le film ? Avec un type en chaise roulante plus riche que la plus riche de tes copines et le mec de Canal + ? A un moment, il dit « Pas de bras, pas de chocolat » ?   Je l'ai vu, j'aurais adoré en dire du mal, mais en fait, non. A part pour le titre. Je ne sais pas pourquoi ça s'appelle comme ça. On comprend pas. Ils auraient appelé ça « Le mec en chaise roulante et le type du SAV », ça aurait été beaucoup plus simple. Ou à la limite « indouchable », vu que le type en chaise roulante ne peut pas se doucher tout seul. Parce que maintenant, plus personne ne pourra jamais appeler de film « Intouchables ». Ce titre est devenu intouchable. Et c'est bien dommage. Par exemple, « Intouchables », ça aurait pu être un très beau film, très émouvant, sur l'Inde millénaire et ses castes. Avec, forcément, un magnifique casting. Ça aurait fait un très beau titre, aussi, pour un film d'apprentissage, l'histoire d'un adolescent en quête éperdue d'amour et de seins. Ou alors un téléfilm sur le destin cruel de Jordy et de ses millions envolés. Le drame d'un alpiniste coincé en pleine montagne avec des moufles et un téléphone à écran tactile. Un documentaire dans lequel un attaquant de l'équipe de Suisse de football se souvient, des trémolos dans la voix, de sa dernière rencontre avec les buts adverses, un soir de juin, il y a cinq ans, sur sa Playstation.

Le 6 septembre 2015 à 15:05

On n'arrête pas le progrès

Jusqu’à notre époque contemporaine, la notion de progrès permanent a rythmé  la vie de l’homme  mais elle n’est pas étrangère non plus à celle de la femme  dont la  cuisine est devenue le  lieu géométrique de technologies aussi pointues que  renouvelées.   Sans vouloir négliger le rôle grandissant des robots dans cet évident progrès,  rappelons  au passage  que la créature pourvue de tétons  donc  très naturellement nourricière est en  même temps  la mère de l’humanité et l’avenir de l’homme. Pour ces diverses raisons, elle est employée quasiment à plein temps tandis que son compagnon aux épaules poilues, ce musicien dans l’âme, éprouve le  besoin  de faire de nombreuses  pauses  qui ne sont pas dépourvues  de soupirs. C’est ainsi qu’un Opéra de type plaintif s’élabore quotidiennement au bar des Copains où l’homme refait le monde à partir du moment où les trente-cinq heures ont sonné l’heure de fermer le plumier du labeur et de clore l’échange avec d’éventuels  tireurs de sornettes. Mais dans cette démarche qui procède d’une ambition réduite aux acquêts de leurs nombriliques  points de vue,  ils ne savent pas ce qu’ils doivent à André Gide. En effet, portant un jugement définitif sur les progrès dus à  la connaissance  dans la Symphonie pastorale   ce dernier disait d’une performance féminine relative  qu’on peut reconnaître également  chez l’homme retrouvé assis sur un tabouret de bar   « Ses progrès en musique ont été surprenants,   maintenant elle tient l’orgue de la chapelle » Alléluia pour le  progrès   Claude Chanaud

Le 18 février 2012 à 08:19
Le 26 février 2012 à 08:08
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