Nichons-nous dans l'Internet
Publié le 13/04/2015

Les ombres du Net


Un jour sûrement, il y aura sur Internet plus de morts que de vivants. Mais t’es-tu lecteur déjà demandé comment était la vie en ligne dans l’au-delà ?

Tu te réveilles les yeux brumeux. Ta main cherche machinalement le smartphone. Tu déverrouilles l’écran et te voilà connecté aux Internets. Tu commences ton périple journalier. Un peu de web, des apps sociales, du LOL, un RT par-ci, un like par-là, un petit Instagram culinaire, un Vine improbable. Tu consommes, tu produis, bref tu mènes ta barque numérique, insouciant, le cœur léger.

Et pourtant. Et pourtant autour de toi, rôdent des spectres, par millions, par dizaines de millions, bientôt des centaines. Où que tu sois en ligne, ils sont là, figés dans le temps. Derrière une image, un son, un profil, une page, une app, un gif, un com’. Ils sont là, flottant dans un lieu sans géographie. Qui ? L’armée de ceux qui ont laissé une trace numérique qui leur a survécu. À jamais devenus l’ombre de ce qu’ils furent : les fantômes du virtuel.

Et ce qu’ils te disent si tu les écoutes bien, se résume en un tweet :

Voyageur ! Voyageur ! Ce que tu es, moi je le fus ; ce que je suis, tu le seras…

Mon intention, je te rassure cher lecteur, n’est pas de plomber ta belle journée avec des pensées noires. J’aimerais simplement t’inviter à un voyage subjectif aux frontières de la mort et du numérique.

Et puisqu’il faut un commencement à ce périple, commençons par le début. Et ce début pour moi, commence en 2005 avec World of Warcraft (WoW). Je suis une chasseuse elfique, jeune et intrépide, parcourant fièrement les mondes avec ma monture ailée. Jusqu’à ce jour de novembre 2005 où mon univers numérique a tout entier basculé.

Une joueuse chinoise de WoW venait de mourir. Pour de vrai. IRL. Ceux qui la connaissaient décidèrent de lui rendre hommage. Un hommage d’un genre inédit. Une sorte de flashmob virtuel dans le jeu où s’animait l’avatar de la défunte. Ceux qui ne l’avaient connue qu’en ligne venaient saluer ici son fantôme virtuel.

Et c’est là que pour moi tout a basculé. Le voile fragile qui recouvrait jusque-là tout ce que je côtoyais en ligne s’est soudain levé. J’ai réalisé que chaque page web, chaque pseudo, chaque contenu pouvait être l’écho d’un défunt. Le web que je pratiquais jusque-là était devenu une gigantesque fosse commune numérique. Je naviguais sur une mer de morts. Et comme dans Sixth Sense, j’ai chuchoté, transi d’effroi :  « I see dead people ». Parce que si un fantôme est l’esprit d’un mort dans une enveloppe immatérielle, alors le monde virtuel en est plein.

Voilà. Maintenant tu sais toi aussi que chris22 et pucca1 sur le forum Doctissimo sont peut-être des fantômes. Alors, poursuivons notre exploration.

Face à la mort, il y a ceux qui ont prévu leur départ et les autres. Commençons par les plus nombreux : les autres.

Ils représentent la grande majorité silencieuse des traces numériques post-mortem présentes en ligne. Tu te souviens peut-être de ces deux jeunes, dont la mort en fuyant la police a été à l’origine des émeutes de 2005 : Zyed et Bouna. Ils avaient leur blog. Un Skyblog qui est très vite devenu un lieu de recueillement sur lequel les proches, amis, ou internautes de passage pouvaient laisser un commentaire et saluer ce qu’ils furent.

Aujourd’hui plus qu’hier avec l’avènement des réseaux sociaux et les milliards de profils qu’ils ont générés, de tels fantômes vont devenir légion. On ne compte presque plus ces gens fauchés dans leur élan vital. Des comptes Twitter en suspens, des profils Facebook comme gelés, des chaînes Youtube figées.

Et ce n’est que le début. Parce que mécaniquement le nombre de morts ayant laissé une trace sur le Net sera un jour plus grand que celui des vivants. Ce jour-là, le Net leur appartiendra.

Cette population grandissante de morts, il va bien falloir s’y intéresser. Comme il faudra aussi que les anthropologues se penchent sur les nouvelles pratiques funéraires qui leur sont associées, parce que celles qu’on voit apparaître aujourd’hui sont fascinantes.

Outre ceux qui meurent subitement, il y a ceux qui savent qu’ils vont partir et qui veulent laisser une trace. Souvent sous la forme d’un message adressé aux vivants. Dans ce cas-là on peut distinguer deux populations : les bons, les plus nombreux, et les méchants. Pour ces derniers, on pense à Elliot Rogers, le tueur en série devenu youtuber célèbre après son suicide, notamment avec une dernière vidéo mise en ligne quelques heures avant sa furie meurtrière. Voilà un ghost bien sordide.

D’autres sont des gens biens qui racontent leur maladie par exemple. Se sachant condamnés, ils partagent avec nous leur dernier moment et nous parlent avec la sagesse de ceux qui savent l’essentiel de ce que signifie vivre. Je pense au blog du journaliste de la BBC Ivan Noble décédé d’un cancer en 2005 ou plus récemment celui de la journaliste de Libération Marie-Dominique Arrighi.

Il y a aussi ceux qui sont tout simplement bien organisés. Ceux-là se tournent vers des boîtes privées chargées de gérer leur présence post-mortem en ligne. Et il y en a pléthore, un vrai business. De « La Vie d’après » à « After Me » en passant par « DeadSocial », « If I die » sur Facebook, ou « edeneo », le futur mort n’a que l’embarras du choix.

Quant à moi, je préfère te proposer, dans cette séquence tutos, quelques options plus artisanales mais du plus bel effet.

En profitant des capacités de publication programmée de tweets ou de statuts Facebook, tu peux préparer toi-même un message de l’au-delà en suivant les étapes suivantes :

  • Tu programmes un tweet ou un statut Facebook, pour dans un an.

  • Très important, tu inscris une alerte dans ton agenda quelque jour avant la date de la publication.

  • Le jour J, soit tu es mort et ton message, sans souci aucun, est publié d’outre-tombe ; soit tu ne l’es pas encore et tu reprogrammes ton message pour l’année suivante. Et ainsi de suite.

Simple, pratique et efficace.

Pourquoi ne pas également programmer un check-in post-mortem en enfer sur Foursquare ? Il te suffit de passer par l’appli auto4sq et d’y trouver l’enfer. Avec un peu de chance tu pourras même en devenir le mayor. La classe absolue.

Et si tu es un peu geek, j’ai même préparé une recette IFTTT qui te permettra une publication automatique en fonction d’où se trouvera ta dépouille. Dans notre cas, au cimetière du Père-Lachaise. Il faudra juste ne pas te faire incinérer et penser à glisser ton smartphone rechargé dans ton cercueil. Si tu manques d’inspiration, mon tweet programmé est celui-ci :

« J’arrive au cimetière pour un bout de temps, à très vite. »

Tu peux aussi plus simplement faire appel à un proche pour qu’il s’occupe de ta présence en ligne pour peu que tu lui aies laissé le mot de passe de ton trousseau d’accès. Avec des risques d’abus possibles.

https://twitter.com/ThePoke/status/475963080313409536/photo/1

Une chose est certaine : il sera bientôt impensable de ne pas gérer son identité virtuelle après sa mort, on pratiquera tous une sorte de personal branding post-mortem. Je vois d’ici les manuels du type « Gérer son e-ghost pour les nuls » et les nouveaux influenceurs, stars du passage de vie à trépas.

Pour ma part, j’aimerais bien expérimenter des choses. Pourquoi pas lancer la mode des selfies post-mortem, programmer un Follow Friday spécial twittos morts, tenter de tweetclasher un vivant ou encore être le premier twittos de l’au-delà à aller troller Christine Boutin. Je me tâte encore. Les possibilités sont si grandes et le temps si court. Ou si long.

Sur ce, n’oublie pas ces sages paroles :

« Mange, bois, joue… Viens ! »


Tristan Mendès France
@TristanMF 

Article publié initialement dans le numéro 2 de Nichons-nous dans l'Internet


Nichons-nous dans l'Internet est une revue semestrielle en papier intégralement consacrée à Internet. Elle parle de tuyaux, de réseaux, de fenêtres, mais surtout des gens qui naviguent sur Internet. Tour à tour artistes, archéologues, habitués du réseau, simple web-surfeurs, tous ont leur place dans Nichons-nous dans l'Internet.

http://nichonsnousdanslinternet.fr/

 

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Le 18 septembre 2012 à 08:00
Le 29 avril 2012 à 07:36

Combien de temps ?

Cette nuit, moi j’ai rêvé que je perdais mes dents. Alors j’me suis levée, j'ai fait le tour de mes sentiments. Mais aussi le tour de ma vie pour voir si j’étais méritante. C’est pas bon signe le coup des dents... c’est signe de mort qu’on dit tout l'temps ! J’ai inspecté ma mémoire, j’voulais savoir... si j’aurais droit au paradis ou bien alors au purgatoire. Et j’ai même pensé à St Pierre avec sa barbe au fromage blanc, son air gentil, enfin j’espère, parce-ce… quand j’y pense: toutes les conneries que j’ai pu faire... c’est peut-être l’enfer qui m’attend !  Allez, demain c’est sûr, j’irai les voir, mes vrais amis et mes parents. J’vais rattraper tous mes retards, j'vais leur crier combien j’les aime, malgré l’existence qui nous saigne. Parce-que tout n’a qu’un  temps… mais pour combien, combien de temps ?   J’me suis pincée, j’me suis fait mal... c’était pas bon signe, j’ai rigolé. Je préfère rire que de penser que j’vais mourir, j’suis pas pressée ! C’est important de le savoir parce-qu’ici tout est illusoire... tout n’a qu’un temps… Et puis… j’me suis regardée dans le miroir pour voir si j’étais quelqu’un de bien. J’ai vidé même tous mes tiroirs pour être sûre que j’oubliais rien… Mais j’ai rien vu dans le miroir, y’avait personne, pas de reflet ! Alors tout est devenu noir, j’me suis même pas entendue crier. Y’avait personne dans le miroir! La mort m’avait donc prise en traître... mais comment peut-on disparaître, comme ça, sans s’en apercevoir ? Alors maintenant c’est sûr, j’peux plus les voir…  mes vrais amis et mes parents. J’peux plus rattraper mes retards, ni dévoiler mes sentiments à celui qui est mon seul amour, il ne le sait pas, mais c’est plus le jour ! J’peux plus crier combien j’les aime, à cause de la mort qui m’entraîne... j'peux plus crier, malgré tous mes efforts… Mais combien, combien de temps dure la mort ?      

Le 25 février 2014 à 08:35

Étude : La mort, 1ère cause de décès chez les Français de tous âges

Ce matin, 09 h 30 au siège de l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) à Saint-Maurice, dans le Val-de-Marne. La presse a fait le déplacement en masse pour suivre une conférence de presse dont l’importance est à la hauteur de l’affluence. A 09 h 35 précise, une équipe de chercheurs en biologie de l’InVS a rendu publics les résultats d’une recherche sur les causes de la mortalité chez les Français entre fin 2010 et début 2013. Et surprise. Alors que la plupart des observateurs scientifiques s’attendaient à voir les tumeurs et autres maladies cardio-vasculairesdécrocher la médaille d’or, le verdict des chercheurs a laissé bouche bée tout le monde. Selon ces derniers, la mort serait en réalité le 1er véritable facteur de décès dans la population française. « Les gens meurent parce qu’ils meurent » Anne Latieule est chercheuse en biologie à l’Institut de Veille Sanitaire. Elle a participé à cette étude autour de 540 700 cas de décès et son verdict semble sans appel : « Après un listing pour le moins exhaustif de tous les types de morts ces dernières années, on en est venu à cette conclusion aussi simple qu’évidente. Les gens meurent parce qu’ils meurent. Au-delà de la cause secondaire du décès, comme par exemple un cancer, un accident de voiture ou un suicide par pendaison, les Français meurent avant tout parce qu’ils « peuvent » mourir. » Une cause première visiblement ignorée pendant des années et qui pourtant semble concerner tous les citoyens de la France, comme le souligne Jacques Lafarge qui a piloté cette recherche : « Nous n’avons jusque là trouvé aucun cobaye de nationalité française qui ne pouvait pas mourir. La mort semble donc inhérente à l’existence de chacun des Français et peut-être même à l’existence d’êtres humains de nationalité étrangère. Mais sur ce dernier point, il ne s’agit encore que d’une hypothèse. » Une idée loin des croyances des Français Le fait d’être mortel comme raison primordiale de l’ensemble des décès dans l’Hexagone et dans les DOM-TOM ? Une vision de notre condition bien loin de ce que la majorité des Français s’imaginait jusque là, comme le souligne très justement Jacques Lafarge : « Les gens, en tout cas les Français de manière certaine, semblent oublier que la mort fait partie de notre nature apparemment. Et quand quelqu’un qui leur est proche meurt, ils préfèrent se focaliser sur la cause secondaire de la mort et ils s’attristent parce qu’ils se disent que cela aurait pu être évité. Ou alors ils souffrent tout simplement parce qu’ils ont oublié que nous, Français, nous mourrons. Naturellement. » Le Gorafi

Le 19 décembre 2010 à 11:47

« Cessez d'emmerder les Français ! »

Jacques Myard, Assemblée nationale, jeudi 16 décembre 2010

Europhobe, homophobe et tenant de la trique sécuritaire, ce député UMP est réputé pour ses saillies dans l’enceinte du Palais Bourbon, ce qui n’a bien sûr aucun rapport avec le fait qu’il soit élu de Maisons-Laffitte (Yvelines), « Cité du cheval ». Lors de la discussion du projet LOPPSI 2, acronyme gentillet d’une loi à poigne sur Internet, la vidéosurveillance, les mineurs de 13 ans, les squats, les écoutes, les fichiers, les polices municipales ou encore les chauffards, le liberticide s’est révélé libertaire avec ce cri du cœur inspiré du fameux « Arrêtez d’emmerder les Français ! » de Georges Pompidou. C’était en 1966 et le Premier ministre pestait contre l’excès de lois, décrets et circulaires. Moyennant quoi leur nombre n’a jamais cessé de croître. Rien que depuis 2002 on en est à dix-sept lois sur la sécurité et cinq sur l’immigration. Mais Jacques Myard visait seulement la réglementation du permis à points dont il souhaitait un assouplissement. Avec cet argument fort : un « pépé » flashé à 56 km/heures sur « les berges de la Seine » et qui serait de la sorte sanctionné. Il a flotté soudain comme un parfum de nostalgie sur l’hémicycle puisque si la bagnole peut faire la course avec les péniches dans la capitale on le doit à… Georges Pompidou. Au cas ou Delanoë persiterait dans son projet de rendre ces berges aux piétons, qu’il ne s’étonne pas si Jacques Myard remonte en selle avec un slogan tout trouvé : « Faites pas chier les Parisiens ! ».

Le 17 mai 2011 à 13:14

Vendredi, dix heures du matin...

Lettre retrouvée de Victor Hugo

Ma petite Eponine,   J’ai bien reçu ta lettre de mercredi. Malheureusement, je ne puis accéder à ta requête. Je sais que tu aimes ce Marius au sourire si doux, mais je ne veux pas changer la fin de mon roman. Ce n’est pas toi qu’il va épouser, mais la douce Cosette. Je puis maintenant te l’avouer, j’ai créé ton personnage parce que je trouvais Cosette un peu trop sage pour être vraiment intéressante. Comme nous en étions convenus, ton contrat prendra fin rue de la Chanvrerie, sur la barricade, le cinq juin. Mais c’est une belle mort, sais-tu ? Tu donneras ta vie pour Marius, et tu rendras ton dernier soupir dans ses bras, en lui avouant tes sentiments. Une amoureuse comme toi peut-elle rêver plus doux trépas ? Que reste-t-il de la vie, excepté d’avoir aimé ? Comme je t’envie, et comme je désirerais mourir ainsi, en sauvant ma Juliette bien-aimée ! Ta lettre me laisse entendre que, ta prestation terminée, tu te retrouveras sans ressources. Rassure-toi, mon enfant, j’y ai songé. Il ne sera pas dit que je te laisse ainsi dans la gène. Aussi, va trouver Flaubert de ma part, il aura une place pour toi dans son Salammbô, qui se déroule à Carthage. Je le sais, c’est bien loin, Carthage, mais c’est beau. Et ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse ? Ne me remercie pas, c’est normal, n’es-tu pas un peu comme ma fille ? Je dois te laisser maintenant, ma petite Eponine, car Juliette m’attend, et ce que femme veut… Je te serre dans mes bras, Ton dévoué, Victor H.Illustration : Hugo par Mérimée

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