Pacôme Thiellement
Publié le 23/04/2015

Les suicidés du réseau social


Chacune de nos interventions sur la toile est la fixation temporaire d’un de nos fantômes. On se souvient de la façon dont Nadar évoquait l’apparition de la photographie : « Ce mystère sentait en diable le sortilège et puait le fagot. Rien n’y manquait comme inquiétant : hydroscopie, envoûtement, évocations, apparitions. » Balzac expliqua même à son ami que chaque image était le détachement d’un des spectres foliacés du corps de la personne captée qu’on appliquait ensuite sur la feuille de papier. Depuis, nous avons été filmés, enregistrés et effacés ; nous avons communiqué par téléphone, envoyé des messages à la vitesse de la pensée et lancé des lettres d’amour à travers le monde, produisant un nombre infini de spectres et de duplicata. Et puis Internet est arrivé et nous avons tous eu, au sein de notre foyer, un four psychique où tremper nos doubles et les ressortir comme une multitude de petites épées brûlantes, prêts pour l’amour ou pour la guerre. Chacune de nos interventions sur la toile est la fixation temporaire d’un de nos fantômes, mais aussi l’envoi express de nos Golems dans les contrées de l’amitié. Seulement voilà : on a beau graver emet (vérité) dans la glaise, c’est toujours met(mort) que notre interlocuteur est susceptible de lire alors que notre créature est en train de saccager l’espace de son intimité. « Attends, semble-t-on dire alors à notre bien-aimé, attends, j’envoie mes domestiques parler avec les tiens ! »

Dans l’intervalle, ça ressemble à un conte de Kafka. Les domestiques se perdent, s’engueulent, ils butent contre des problèmes secondaires, un nombre incalculable de malentendus apparaît. Il semble qu’ils ne délivreront jamais le message. L’espace qui nous sépare de notre bien-aimé est comme celui du plus proche village, mais nous avons beau lui envoyer tous les serviteurs, diplomates et jongleurs du monde, jamais nous n’arrivons à nous faire entendre. Chaque salut inoffensif est perçu comme une provocation ; les tentatives maladroites d’humour interprétées comme des insultes ; les lolcats rugissent comme des tigres, et les smiley sont des clowns de Stephen King ! Nous sommes inabordables l’un pour l’autre. Chacun a son cercle, et se tient à l’intérieur de celui-ci. D’où notre consternation quand on se rencontre : deux personnes incapables de se faire du mal, apathiques comme deux patates – et pourtant il y avait tant de démons entre nous. Et la marche arrière est impossible. On se fait la bise et on rentre chez soi, se bombarder de mails menaçants ou de SMS suicidaires. Alors quoi ? Alors, ce sont nos esprits qui se disputent, pas nous.

Mais, du coup, qui est « nous » ? Le type bilieux qui ne lâche pas l’affaire tant que son ami ne s’avoue pas vaincu ? Le sentimental qui envoie des cœurs à sa petite copine ? L’être distingué qui publie le morceau de musique parfait sur Facebook ? Ou encore la personne derrière l’ordinateur avec son café froid et ses yeux fatigués ? Nous ne savons plus. Nous sommes tous devenus des Andy Kaufman du réseau social. Comme lui, nous sommes à la fois Oncle Andy qui anime sa page Facebook avec des chansons et des débats gentillets, et Mister Kaufman qui engueule tout le monde et considère l’humanité à peine digne de nettoyer ses pompes. Comme lui, quand nous prenons une seconde identité et nous nous transformons en troll, nous sommes son chanteur irascible Tony Clifton – pour finir par nous engueuler nous-mêmes par dessus le marché. Et puis nous sommes Foreign Man surtout : l’homme que l’hyperconnectivité a rendu hyperconformiste, mais au point où l’hyperconformisme le rend étranger à toutes et à tous. Ce que Internet nous aura démontré, c’est que, plus nous essayons de nous rapprocher, plus nous devenons étrangers au monde comme à nous-mêmes. L’univers est devenu sociable sans nous.

Mais ça ne va pas durer. Parce que nous savons que Facebook n’est qu’une lettre d’amour perdue que Mark Zuckerberg a envoyé à son ex-girlfriend Erica Albright il y a maintenant une douzaine d’années. Et le jour où celle-ci finira par accepter sa demande d’amitié, le démiurge de notre « pocket cosmos » n’aura d’autre choix que de symboliquement nous suicider. Il brûlera son chef d’œuvre et fera exploser cette incroyable manufacture d’intimité. Ce jour-là sera comme un matin où le soleil ne se serait pas levé. Nous sortirons dans les rues, tout d’abord terrifiés, mais progressivement nous verrons les liens invisibles apparaître entre nous et les autres. Jadis signes de notre aliénation et de notre incapacité à vivre, des fils vibrant d’électricité circuleront magiquement dans l’espace comme le tissu de toutes nos relations accumulées, l’aura de cette communauté d’esprits dont le monde moderne nous avait depuis si longtemps privé. Rendus hypersensibles par les années passées à errer sur les réseaux, devenus intuitifs et visionnaires, ayant soudain récupéré tous nos spectres foliacés, sentant en diable le sortilège et puant le fagot, nous serons unis pour renverser ce monde menteur comme nous ne l’avions encore jamais été. Les suicidés du réseau social seront les anges exterminateurs du cadavre de cette société.

Pacôme Thiellement, né en 1975. Ecrit des essais mêlant pop culture et tradition ésotérique. Dernières parutions : Tous les chevaliers sauvages (consacré à Hara-Kiri, éd. Philippe Rey, 2012) et Pop Yoga (éd. Sonatine, 2013). A aussi co-réalisé une cinquantaine de films avec Thomas Bertay. Prépare avec ce dernier un long-métrage sur Zappa et les Freaks nommé Rituel de décapitation du Pape. (www.popedecapitation.com). 

 

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Rencontre avec l'écrivain, metteur en scène et directeur de théâtre Rodrigo García au resto du Rond-Point. 3e épisode : le Net. "Pour moi, Internet est un outil de travail magnifique. Par exemple quand je lis un livre et que l'auteur cite un autre auteur qui cite lui-même un auteur, avant, il fallait que j'aille à la librairie, que je me déplace, que j'achète le livre, que je le commande, maintenant je peux savoir rapidement qui est l'auteur. Chacun utilise Internet pour ce qu'il veut. Avant, les gens devaient se déplacer au cinéma porno pour se masturber, maintenant, ils peuvent se masturber à la maison et c'est un avantage parce que les gens peuvent se masturber à la maison et évacuer leurs tensions sans aller au cinéma porno en supportant l'humiliation d'être vus par d'autres gens. Pour la recherche, c'est aussi très intéressant mais il faut faire attention parce que les informations ne sont pas toujours authentiques et elles ne sont pas toujours complètes alors même si j'aime beaucoup aller d'un auteur à un autre, naviguer sur le réseau, je préfère de loin aller dans une bibliothèque, prendre les livres et y consacrer du temps parce que le temps en ligne est un temps vertigineux, très rapide. C'est agréable de prendre le livre, de l'ouvrir, chercher la page et je pense que ça prédispose à une meilleure lecture et à une meilleure compréhension. De l'autre manière, c'est vertigineux et souvent superficiel." Traduit de l'espagnol par Vincent Lecoq

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"Je pense qu'il est toujours possible de faire du Web une plateforme pour le bien public pour l'expression et l'extension des idées universelles mais je pense que pour ça, il faut en changer la structure et l'architecture, comme on dit dans ce monde-là. Et en l'occurrence, il faut le faire passer à ce que nous appelons ici le Web herméneutique. Nous avons développé des méthodes que j'emploie dans les cours que je donne à mes étudiants pour que, par exemple, les étudiants qui suivent un cours prennent des notes et ensuite les partagent sur une plateforme de partage de notes et qui transforment le cours d'une façon tout à fait extraordinaire parce que tout à coup, il y a toute l'herméneutique, toutes les interprétations des étudiants... On a mis en place des systèmes qui permettent de les partager, de les confronter. On est en train de développer un réseau social spécialisé là-dedans et tout à coup, ça devient magnifique, c'est-à-dire que c'est très vivant : c'est le prof, mais c'est pas que le prof, c'est les élèves, et à un moment donné, ça donne un groupe, ce qu'on appelle ici une individuation collective et c'est passionnant. Nous pensons qu'il est possible de généraliser ça dans le Monde entier pour toute sorte d'activité, des débats politiques, la presse... Ça fait des années que je propose à la presse de développer des choses comme ça, non pas pour dire « allez, vous avez la parole, lâchez-vous » – il y a quand même 90% de choses un peu accablantes parce que ça ne produit pas suffisamment d'individuation collective. La capabilité au sens d' Amartya Sen, ce n'est pas seulement de l'individuel, c'est aussi du collectif et nous essayons de développer des instruments pour développer ce genre de choses et donc nous pensons que c'est généralisable au niveau du Web et nous avons d'ailleurs un projet : développer ça en Seine-Saint-Denis avec un opérateur de télécommunication, en grand, sur le territoire de Plaine-Commune, 430.000 habitants et de proposer à ces 430.000 habitants de développer ça pour eux, et aussi pour développer leurs capacités, y compris au bénéfice d'un modèle dont j'avais déjà parlé au Théâtre du Rond-Point, à savoir le revenu contributif, c'est-à-dire une nouvelle façon de redistribuer la richesse produite par les gains de productivité qui est colossale aujourd'hui parce que l'automatisation fait faire des gains de productivité absolument énormes mais que si on ne les redistribue pas, on va créer une surproduction énorme. On doit inventer un autre modèle de redistribution et nous, nous pensons que ces instruments dont je parle sont des instruments qui permettent de redistribuer en fonction des capacités de production de néguentropie que les gens sont capables de produire en tant qu'ils ont acquis des capacités. Et un territoire organisé comme ça est un territoire extrêmement dynamique qui valorise ses habitants, qui ne les voit plus comme des consommateurs ou comme des emmerdeurs – parce que surtout dans des régions comme la Seine-Saint-Denis, on voit surtout les populations comme des problèmes. Moi, je dis « non, c'est pas des problèmes ». Déjà parce que beaucoup d'immigrés ont des capacités absolument incroyables, beaucoup plus grandes que les sédentaires de s'adapter. Dana Diminescu qui est une Roumaine a magnifiquement bien montré ça, elle a étudié beaucoup la manière dont les immigrés s'emparent de toutes ces techniques, par exemple. Je pense qu'il y a là des choses magnifiques à mettre en œuvre mais ça suppose une politique industrielle qui véritablement s'attache à le faire, ça suppose aussi d'ailleurs de repenser très en profondeur l'enseignement public, l'enseignement supérieur en particulier. Le projet que nous avons en Seine-Saint-Denis, c'est aussi de créer des chaires de recherche, d'enseignement supérieur et d'enseignement professionnel pour faire en sorte que la prise en charge de ce genre de démarche par un territoire devienne aussi un objet de capitalisation, de formation, de recherche, de thèses. Nous voulons aussi développer sur ce territoire ce que nous appelons de la recherche contributive pour que les jeunes chercheurs travaillent avec des habitants à véritablement inventer de nouveaux modèles pour faire face à ces défis."

Le 19 juin 2015 à 08:59

Animal, transe, trou

Tu as 65 ans, pour une raison médicale qui te regarde tu sais que tu vas bientôt mourir, sur base de discussions que tu as eues avec lui ton entrepreneur de pompes funèbres expérimentales te conseille, pour ton enterrement, de te faire manger par des loups en Mongolie, comme d’ailleurs c’est la pratique traditionnelle là-bas. Tu imagines ton cadavre se faire manger, dépecer par des loups, ça te plaît tellement que tu te dis : « Eh mais je veux vivre ça de mon vivant nom de Dieu ! » Tu t’en vas en Mongolie, sur place tu te procures une dose de drogues anesthésiantes suffisantes pour endormir un yak, tu te pointes dans la steppe, marche 4 jours et 4 nuits sans t’arrêter, t’écroules par terre, les loups s’approchent, tu prends tes drogues. Le temps que la chimie fasse son effet les loups te reniflent, tu t’endors aux premiers grognements. A ton réveil tu es toujours insensible et tu constates que les loups se font bien plaisir, il te manque de solides morceaux de viande. Bizarrement, tout ceci te fait tellement triper que tu te dis : « Hors de question que je meure sans vivre encore d’autres expériences dans ce goût-là ! » De retour dans le monde civilisé tu survis, et tu survis d’autant mieux que les loups auraient apparemment bouffé toutes les saloperies qui te ravageaient le corps ; après quelques mois tu pètes la forme, tout va bien mais il manque quelque chose : tu voudrais réitérer l’expérience de ton corps livré à la faim des loups. Un jour en rue tu sympathises avec un chien qui semble sauvage, très drôle, très intelligent, très fin, subtil, rapide et rusé, drôle. Il a l’air de vouloir te montrer quelque chose, tu le suis, il t’emmène chez quelqu’un qui te dit : « Bonjour je suis une pute biohardcore anarcho-autonome, je suis sûre que je peux vous aider. » Tu lui dis : « Je veux me prostituer le corps, la viande du corps aux loups. Je veux donner un max de plaisir à une meute de loups, je veux payer de ma personne, votre métier m’intéresse, je suis fasciné par la charge mystique des fantasmes générés par votre métier de pute, je veux vivre cette charge à fond, être à fond dans le don, dans le don prostitutionnel, animal, mystico-biologique, hardcore du vivant, biohardcore. » Bref tu lui racontes ton fantasme de te faire bouffer encore par des loups, elle marche à fond mais te propose un truc encore mieux car moins cher, plus facile d’accès et très intense : un truc incroyable avec elle et des carpes, ça se passe dans un étang, sous l’eau, expérience extatique dingue. Quelques jours après ça y est, tu es complètement addict et pars vivre dans un trou dans la forêt.

Le 30 avril 2015 à 09:16

Internet mais internet biohardcore

Il y a une analogie structurelle entre Internet et la nature : prenons une forêt : il y a de l’internet à fond là-dedans, tellement d’interconnexions, d’échanges de données que l’on peut tranquillement affirmer : forêt = Internet = forêt. Partant de là allons-y à fond : profitons-en pour sauver le monde. Sauvons le monde sauvons ses poumons. Sauvons le monde sauvons ses poumons-internet : ses forêts. Or impossible de sauver les deux grands poumons de la terre (les forêts amazonienne et congolaise) tant qu’elles ne s’appartiennent pas, n’est-ce pas ? Tant qu’elles ne seront pas autonomes ? Oui car une forêt vierge est vierge précisément de toute connexion autre que celles de son internet intérieur : pour sauver les poumons du monde – et notons au passage l’analogie structurelle entre le réseau interne des bronches, bronchioles, alvéoles et la frondaison de l’arbre – il faut connecter son réseau internet intérieur à un réseau internet extérieur de type révolutionnaire biohardcore ; si vous voulez mon avis. Si vous voulez mon avis, le World Wide Web convient parfaitement comme outil politique pour faire accéder les forêts-poumons à l’autonomie, à la libre disposition de soi. Si vous voulez mon avis, pour sauver le monde et donc les forêts, il faut que ces forêts deviennent des Etats indépendants. Et ça, c’est possible grâce au www et au potentiel révolutionnaire de l’excitation inhérente à la jeunesse mondiale. Ce que je propose c’est de créer un jeu vidéo hyper addictif auquel jouera un nombre sans cesse croissant de jeunes nerds, un jeu vidéo dans lequel le but est de sauver le monde en lui sauvant ses forêts en les transformant en états indépendants. Un jeu, on l’aura compris, qui sera un jeu complètement sérieux, un jeu connecté au réel pour du tout tout vrai : alliance secrète des jeunes addicts biohardcore du monde entier, alliance improbable entre le nerd boutonneux allemand et l’enfant-soldat psychologiquement ravagé du Sierra Leone, alliance entre le petit chiffonnier de Calcutta, la petite esclave prostituée du Cambodge, l’écolier orphelin du Nord-Kivu, le fils de diplomate saoudien, etc., complétez à souhait cette liste infinie. Quelqu’un a une idée de comment réaliser ceci ? Regroupez toutes ces forces, pour combattre par drones par exemple les multinationales minières de tout poil, aider les pygmées et les indiens, connecter le réseau internet forestier intérieur au www et ainsi fabriquer des prototypes de biocratie ? Oui car cette utilisation révolutionnaire du www extérieur permettra la mise au point d’un système politique plus fun que celui de la démocratie – trop défectueuse à trop de points de vue comme nous le savons tous. La biocratie biohardcore, c’est pas fun ça, comme concept opératoire ? Un système de solution collective des problèmes non pas sur base de la volonté supposée de quelque chose comme le peuple – qui bien sûr est une vulgaire fiction – mais sur base de la volonté de quelque chose comme la vie, la nature, dans tout ce que nous lui fantasmons de hardcore – ce qui bien sûr n’existe pas non plus, mais est quand même dangereusement plus fun. Voilà le plan : la vie est révolutionnaire, la vie dans la fleur de l’âge est révolutionnaire, connectons la jeunesse révolutionnaire à la révolution biohardcore. Allez les jeunes on y va, on se défonce à la web-addiction, on se met en réseau, on y va on crée un jeu qui fout bien la merde dans le réel, on bosse à connecter l’énergie de la jeunesse, l’énergie inhérente à l’explosion foisonnante hormonale de la jeunesse, on bosse à connecter ce foisonnement chimique hormonal juvénile au foisonnement électrique et nerveux du www. Le projet est évident : connexion évidente entre le chimique et l’électrique, le tout dans une perspective biohardcore et révolutionnaire puisque la face du monde ne nous plaît pas – le monde contemporain dans sa face tangible ne ressemble plus du tout assez à une forêt, ce qui est triste car nous croyons au paradigme de la forêt, nous croyons à un retour du monde sur lui-même, comme une sorte de vague, une vague dont le pitch est la forêt, l’intensivité chimique et électrique de la forêt. C’est pourquoi au paradigme « forêt » est lié le paradigme « central park », nous verrions bien le monde en tant que structuré autour d’une série de places centrales, centrales mais sauvages-jungles, comme à New York mais en pire, en bien bien pire. Le centre sera le plus sauvage, noyau dur du sauvage, du foisonnement sauvage et morbide de la vie : tension biohardcore de la grande ville mondiale vers une série de central park-poumons-biohardcore. Cette tension-là, nul doute que l’on puisse lui augmenter efficacement l’intensité grâce à une saine tension entre la charge hormonale foisonnante inhérente à la jeunesse et le délire hétérogène, électrique et nerveux du www, allez les jeunes on y va.

Le 8 mars 2018 à 18:34

Céline Milliat-Baumgartner joue avec les fantômes de son enfance

Des bracelets, des boucles d'oreilles, du métal noirci. C'est tout ce qui reste, tout a brulé dans un accident de voiture. Le père et la mère aussi. Céline Millat Baumgartner a écrit autour du vide soudain qui a marqué son enfance, elle joue avec une légèreté magnifique Les Bijoux de pacotille au Rond-Point, dans une mise en scène de Pauline Bureau. Rond-Point — Ces « bijoux de pacotille », vous les visualisez ? Vous savez à quoi ils ressemblent ? Leur forme, leur couleur ? Céline Milliat Baumgartner — Non, je ne vois pas ces bijoux, je ne les reconnais pas, ni leur forme, ni leur couleur. Mais je les entends. Ma mère avait une bague très précieuse et tout un tas de bracelets et de boucles d’oreilles très toc. Le cliquetis des bracelets et des boucles, c’est le bruit de ma mère, c’est mon bruit rassurant, c’est le doudou de mon enfance, celui qui m’aide à dormir. La bague de diamants m’est revenue. Je la porte rarement, j’ai peur de la perdre. Mais les pacotilles toutes légères, celles que je ne vois plus mais que j’entends encore résonner, se sont perdues, elles sont parties en fumée. Et ça leur donne un prix inestimable. Les bijoux de pacotille ce sont ces souvenirs d’enfance, souvenirs brumeux et impalpables, souvenirs inestimables, invérifiables, inventés, souvenirs d’or pur. Les Bijoux de pacotille , c’est du rien dont on fait ses rêves, c’est ce recueil de souvenirs périssables qu’on grave dans un livre pour ne pas oublier, c’est comme le dit Antoine Vitez, le sable sur lequel l’acteur-poète écrit chaque soir. Éphémère et sans prix.   « Jouez-vous » encore ? Est-ce encore « jouer » ? Comment « interpréter » ? Bien sûr je joue. Je joue avec mes souvenirs, et en venant vous les raconter, je les invente encore. Raconter cette histoire, qui est la mienne, que je fais mienne, c’est jouer à démêler le vrai du faux, de la même façon que chaque fois qu’on raconte un souvenir de sa propre enfance, on triche sans le vouloir, on déforme, on invente pour de vrai, on voit tout avec la loupe déformante de nos yeux d’enfant. C’est cet endroit précis du souvenir qui m’intéresse aujourd’hui. Un frère et une sœur adultes ont souvent deux visions différentes d’un même souvenir d’enfance. Chacun réinterprète le moment passé. Moi je viens dans un rapport intime vous interpréter, à vous public, mes bribes de souvenirs, avec le plaisir de vous embarquer dans mon histoire et de la partager avec vous. Et comme tous les acteurs, parce que vous êtes là, parce que je vous tiens, parce que je ne veux pas vous perdre, je vous mène par le bout du nez. Mais je le fais à cœur ouvert, avec fragilité et pudeur, et de toute bonne foi. C’est là tout le jeu.   Propos vidéo recueillis par Jean-Daniel Magnin Interview texte réalisée par Pierre Notte

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