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Publié le 27/04/2015

Bernard Stiegler : "Le Web peut toujours être une plateforme pour le bien public"


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"Je pense qu'il est toujours possible de faire du Web une plateforme pour le bien public pour l'expression et l'extension des idées universelles mais je pense que pour ça, il faut en changer la structure et l'architecture, comme on dit dans ce monde-là. Et en l'occurrence, il faut le faire passer à ce que nous appelons ici le Web herméneutique.

Nous avons développé des méthodes que j'emploie dans les cours que je donne à mes étudiants pour que, par exemple, les étudiants qui suivent un cours prennent des notes et ensuite les partagent sur une plateforme de partage de notes et qui transforment le cours d'une façon tout à fait extraordinaire parce que tout à coup, il y a toute l'herméneutique, toutes les interprétations des étudiants... On a mis en place des systèmes qui permettent de les partager, de les confronter. On est en train de développer un réseau social spécialisé là-dedans et tout à coup, ça devient magnifique, c'est-à-dire que c'est très vivant : c'est le prof, mais c'est pas que le prof, c'est les élèves, et à un moment donné, ça donne un groupe, ce qu'on appelle ici une individuation collective et c'est passionnant.

Nous pensons qu'il est possible de généraliser ça dans le Monde entier pour toute sorte d'activité, des débats politiques, la presse... Ça fait des années que je propose à la presse de développer des choses comme ça, non pas pour dire « allez, vous avez la parole, lâchez-vous » – il y a quand même 90% de choses un peu accablantes parce que ça ne produit pas suffisamment d'individuation collective.

La capabilité au sens d' Amartya Sen, ce n'est pas seulement de l'individuel, c'est aussi du collectif et nous essayons de développer des instruments pour développer ce genre de choses et donc nous pensons que c'est généralisable au niveau du Web et nous avons d'ailleurs un projet : développer ça en Seine-Saint-Denis avec un opérateur de télécommunication, en grand, sur le territoire de Plaine-Commune, 430.000 habitants et de proposer à ces 430.000 habitants de développer ça pour eux, et aussi pour développer leurs capacités, y compris au bénéfice d'un modèle dont j'avais déjà parlé au Théâtre du Rond-Point, à savoir le revenu contributif, c'est-à-dire une nouvelle façon de redistribuer la richesse produite par les gains de productivité qui est colossale aujourd'hui parce que l'automatisation fait faire des gains de productivité absolument énormes mais que si on ne les redistribue pas, on va créer une surproduction énorme.

On doit inventer un autre modèle de redistribution et nous, nous pensons que ces instruments dont je parle sont des instruments qui permettent de redistribuer en fonction des capacités de production de néguentropie que les gens sont capables de produire en tant qu'ils ont acquis des capacités. Et un territoire organisé comme ça est un territoire extrêmement dynamique qui valorise ses habitants, qui ne les voit plus comme des consommateurs ou comme des emmerdeurs – parce que surtout dans des régions comme la Seine-Saint-Denis, on voit surtout les populations comme des problèmes. Moi, je dis « non, c'est pas des problèmes ». Déjà parce que beaucoup d'immigrés ont des capacités absolument incroyables, beaucoup plus grandes que les sédentaires de s'adapter. Dana Diminescu qui est une Roumaine a magnifiquement bien montré ça, elle a étudié beaucoup la manière dont les immigrés s'emparent de toutes ces techniques, par exemple. Je pense qu'il y a là des choses magnifiques à mettre en œuvre mais ça suppose une politique industrielle qui véritablement s'attache à le faire, ça suppose aussi d'ailleurs de repenser très en profondeur l'enseignement public, l'enseignement supérieur en particulier.

Le projet que nous avons en Seine-Saint-Denis, c'est aussi de créer des chaires de recherche, d'enseignement supérieur et d'enseignement professionnel pour faire en sorte que la prise en charge de ce genre de démarche par un territoire devienne aussi un objet de capitalisation, de formation, de recherche, de thèses. Nous voulons aussi développer sur ce territoire ce que nous appelons de la recherche contributive pour que les jeunes chercheurs travaillent avec des habitants à véritablement inventer de nouveaux modèles pour faire face à ces défis."

Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

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Bernard Stiegler

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Le 10 avril 2017 à 09:52

Jean-Daniel Magnin : "Dans un canard", les influences

Ses pièces ont été jouées au Festival d’Avignon, à la Comédie-Française. Avec "Dans un canard", il écrit et met en scène une comédie grinçante qui épingle la drôle de catastrophe de la société du travail, ses dérives, ses failles, ses pièges, sa folie. Jean-Daniel Magnin — J’ai eu la chance d’avoir exercé trente-six métiers parallèlement à ma vie d’écrivain de théâtre, à tous les échelons et dans tous les secteurs. Mais c’était avant la mise en place de cette méthode de domination appelée  le benchmarking, avec ses coachs-évangélistes, ses autoévaluations mutilantes, la recherche de la qualité zéro  défaut qui contrôle, compresse et parfois tue. Si vous désirez en savoir plus, et si vous avez les nerfs solides, regardez sur le Net la formidable série documentaire La Mise à mort du travail de Jean-Robert Viallet, et aussi les analyses accablantes du psychiatre du travail Christophe Dejours.    La leçon que j’en tire ? La pièce campe un monde où les revendications syndicales, la défense des droits sont  oubliées ou perçues comme obsolètes. C’est la maladresse du héros qui va provoquer des catastrophes et révéler la souffrance de chacun au sein de l’entreprise. Je ne suis pas optimiste quant à la résistance possible dans le  monde du travail, mais je crois à une chose qui grippera à un moment ou un autre la machine, une chose qui réside au fond en chacun de nous : la paresse et la lâcheté, un peu comme autrefois dans le monde soviétique...  Cette pièce n’est pas un constat ni une leçon sur notre rapport au travail, mais plutôt une vision tendre et comique qui va contribuer, je l’espère, à nous rassembler un instant autour de cette question. Qu’est-ce qui est pire ? Travailler, ou ne pas travailler ? Je ne pense pas que la question soit celle du travail, mais plutôt celle de l’emploi. Dans le monde sans emploi et automatisé en train de se mettre en place, tout un chacun devrait pouvoir s’adonner sans souci à l’activité  qui le motive et le fait grandir. Qu’il s’agisse d’art, d’engagement associatif, de bricolage ou d’agriculture,  peu importe. Il faut regarder vers les pays qui commencent à mettre en place un système de revenu garanti  minimum, et considérer l’émergence croissante d’initiatives expérimentant une économie contributive qui  permettrait à chacun de se responsabiliser sur ces questions...    > en partenariat avec theatre-contemporain.net

Le 10 avril 2015 à 09:12

Bernard Stiegler : "L'industrie des datas menace l'espérance de survie de l'humanité"

"Il faut parler d'abord du numérique, puis du numérique réticulé et enfin du web. Le numérique, c'est la computationnalisation de toute la vie de l'entendement si on parle dans un langage qui est celui d'Emmanuel Kant. Depuis Kant, les philosophes distinguent dans la vie de l'esprit et de la conscience plusieurs facultés et, en particulier, deux très grandes facultés qui sont les concepts de l'entendement et les idées de la raison. Les concepts de l'entendement, dit Kant, sont analytiques : c'est avec l'entendement qu'on analyse le réel, l'intuition, etc. J'ai essayé de montrer que l'entendement, en tant que capacité analytique, est toujours fondé sur la rétention tertiaire et la grammatisation qui nous permet de découper le réel par des processus d'enregistrement : des peintures rupestres, des écritures hiéroglyphiques, des écritures alphabétiques, ensuite des technologies en tout genre, des films – le cinéma en anthropologie sert à analyser : on filme pour analyser. Le cinéma scientifique en général sert à ça – et aujourd'hui, le numérique. Le numérique a fait passer la capacité d'extériorisation de l'entendement dans des machines, des artefacts à un niveau inouï et qui pose un problème très très particulier dans la mesure où les machines numériques qui supportent l'entendement aujourd'hui vont extrêmement vite. Dans les cas extrêmes, elles vont 4 millions de fois plus vite que nous. Nous sommes des êtres dotés de systèmes nerveux. Nos systèmes nerveux sont constitués par des nerfs, réseaux de nerfs – c'est un Net là aussi. Sur ce réseau qui est constitué par des cellules qui se touchent, l'information, l'influx nerveux ne circule qu'à 50 mètres par seconde, ça peut aller un peu plus vite dans certains cas mais pas beaucoup plus vite. On peut imaginer de brancher directement sur le cortex visuel ou sur le néo-cortex une fibre optique, c'est ce que font certains chercheurs pour des pilotes de chasse aux Etats-Unis et en Israël notamment mais ça, c'est un autre question qu'on appelle la question transhumaniste, etc. Normalement, l'information circule dans notre corps à 50 mètres par seconde ; sur les réseaux, dans les conditions optimales, elle circule à 200 millions de mètres par seconde donc 4 millions de fois plus vite que nous, ce qui fait que quand on interagit avec le système, pendant qu'on est en train de commencer à prendre une décision, lui, il a déjà fait des millions d'opérations sur nous, sur nos congénères, sur ceux qui sont nos amis, sur ceux qui sont des profils comparables aux nôtres, etc. Et donc qu'est- ce qu'il a fait en faisant ça ? Il est devant nous comme Jiminy Cricket qui est toujours devant l'autre et il nous dit « c'est ça que tu veux ». En fait, ce n'est pas du tout ce qu'on veut mais, étant donné qu'il y a une telle ressemblance avec ce qu'on veut, on finit par se laisser prendre et donc on fait ce qu'il nous dit, on est télécommandé. Ca, c'est ultra-régressif et c'est extrêmement dangereux. C'est ce qui est produit par ce qu'une juriste et un philosophe belges appellent la gouvernementalité algorithmique et je pense que c'est extrêmement dangereux parce que ça produit de l'entropie – l'entropie étant, comme on le sait, ce qui détruit l'univers et donc je soutiens qu'aujourd'hui, cette industrie des datas est devenue hyper-entropique et extrêmement dangereuse, et il va vraiment falloir en faire une vraie critique, au sens kantien du mot, non pas pour dénoncer cette technologie – je la développe, cette technologie, je ne la dénonce pas – mais pour dénoncer les mésusages de cette technologie qui sont extrêmement dangereux aujourd'hui et absolument sans contrôle. Je siège dans beaucoup de commissions nationales voire internationales et je vois très bien que les gens – même des gens très haut placés – n'ont aucune conscience et ne se rendent absolument pas compte de ce qui se passe et ce qui se passe est très très très dangereux. C'est de la nature de ce que Paul Virilio avait décrit en 1972 dans les négociations qui avaient été ouvertes entre Brejnev et Nixon, lorsque les deux états-majors soviétiques et américains avaient prévenu leurs deux patrons que ça ne serait pas eux qui décideraient de la guerre nucléaire mais que ce serait un accident, un bug, parce qu'il y aurait une mauvaise information et que les missiles partiraient tout seuls. C'est l'automatisation de la prise de décisions, nous sommes en train de vivre cela et j'ai insisté dans mon bouquin sur le fait que c'est ce que Alan Greenspan a montré pour se défendre en 2008, en disant « mais ce n'est pas de ma faute, c'est le système qui est comme ça ». Il aurait pu dire la même chose en tant que Nixon ayant reçu un missile. Donc, moi je dis « attention, il faut arrêter ces conneries-là parce c'est vraiment quelque chose qui nous envoie dans le mur et à échéance extrêmement courte. Nous avons déjà des expériences : le krach de 2008 est en grande partie lié à ce genre de choses qui étaient beaucoup moins développées en 2008. Maintenant, c'est incommensurable. Ca, c'est le numérique réticulé, le calcul fait sur des réseaux de gens qui sont toute la population solvable du globe, deux milliards et demi de personnes en temps réel c'est-à-dire qu'à la vitesse de la lumière, tout ce que nous faisons est traité en permanence et ça produit une augmentation de l'entropie donc une diminution extraordinaire de l'espérance de survie de l'humanité, c'est ça que ça veut dire : augmenter l'entropie, c'est diminuer l'espérance (de vie), mécaniquement. Ce qui donne à la vie son espérance de vie, c'est sa capacité de néguentropie donc ce que je dis c'est qu'il faut aujourd'hui mettre le Net au service de la néguentropie et non plus de l'entropie"

Le 22 avril 2015 à 09:23

Rodrigo García : "Le Net c'est vertigineux et souvent superficiel"

Rencontre avec l'écrivain, metteur en scène et directeur de théâtre Rodrigo García au resto du Rond-Point. 3e épisode : le Net. "Pour moi, Internet est un outil de travail magnifique. Par exemple quand je lis un livre et que l'auteur cite un autre auteur qui cite lui-même un auteur, avant, il fallait que j'aille à la librairie, que je me déplace, que j'achète le livre, que je le commande, maintenant je peux savoir rapidement qui est l'auteur. Chacun utilise Internet pour ce qu'il veut. Avant, les gens devaient se déplacer au cinéma porno pour se masturber, maintenant, ils peuvent se masturber à la maison et c'est un avantage parce que les gens peuvent se masturber à la maison et évacuer leurs tensions sans aller au cinéma porno en supportant l'humiliation d'être vus par d'autres gens. Pour la recherche, c'est aussi très intéressant mais il faut faire attention parce que les informations ne sont pas toujours authentiques et elles ne sont pas toujours complètes alors même si j'aime beaucoup aller d'un auteur à un autre, naviguer sur le réseau, je préfère de loin aller dans une bibliothèque, prendre les livres et y consacrer du temps parce que le temps en ligne est un temps vertigineux, très rapide. C'est agréable de prendre le livre, de l'ouvrir, chercher la page et je pense que ça prédispose à une meilleure lecture et à une meilleure compréhension. De l'autre manière, c'est vertigineux et souvent superficiel." Traduit de l'espagnol par Vincent Lecoq

Le 21 avril 2015 à 10:03

Bernard Stiegler : "Le Web est un espace public, il doit être absolument libre"

"On parle beaucoup d'Internet on a raison parce qu'il y a toute la question de la gouvernance du Net qui est un sujet de négociations internationales permanent et c'est très important. En revanche, il y a autre chose qui est très important, largement aussi important et peut-être plus important, c'est le Web. Le Net est né dans les années 70, le Web est né dans les années 90, 20 ans plus tard. C'est avec le Web que s'est développée la société réticulaire, pas avec le Net. Moi, j'ai utilisé le Net dès les années 80 parce que j'étais universitaire et que l'Amérique du Nord a ouvert le Net aux universitaires du Monde entier, à un moment donné pour faire fonctionner son soft power et attirer dans sa sphère d'influence les académiques du Monde entier et jusqu'en avril 93, seuls les militaires et les universitaires avaient accès au Net. A partir d'avril 93, tout le monde a eu accès au Net et ça a été une explosion. Je connais très bien, en plus, la chose parce que j'ai été missionné 1 an plus tard par la Commission européenne qui m'a demandé d'observer le développement des effets de ce qu'on appelait à l'époque la Société de l'Information et qui était, en fait, le Net, sur le Nord-Pas-de-Calais. J'ai analysé ça en détail et j'ai pu voir comment cette nouveauté s'est disséminée, s'est répandue comme une traînée de poudre dans le Monde, d'une manière absolument inouïe avec un problème qui s'est posé d'ailleurs très vite qui était que – étant donné qu'il y a une croissance exponentielle des pages web – il a fallu multiplier les serveurs, les serveurs sont devenus bientôt des data centers, c'est-à-dire de très très gros serveurs coûtant très cher. Il y a eu très vite d'investissement dans des réseaux, la fibre optique, dans des serveurs etc., ce qui fait qu'évidemment l'Amérique du Nord a développé une économie qui est l'économie qu'on connaît aujourd'hui, une économie surtout californienne mais pas seulement, et a complètement pris le contrôle du Web. Pourquoi ? Parce que le Web est une organisation (je ne vais pas dire régulée parce que ce n'est pas vraiment une instance de régulation) animée par le Worldwide Web Consortium, le W3C et dans le W3C, il y a des instances de discussion qui sont là pour faire tomber d'accord des représentants de tous les acteurs du Web pour faire des recommandations, en termes de normes, de protocoles, d'interfaces, des formats de données, de métadonnées etc., qui ne sont d'ailleurs que des recommandations : vous pouvez très bien ne pas les suivre mais si vous ne les suivez pas, vous n'existez pas sur le réseau puisque, sur le réseau, par nature, vous n'existez que si vous êtes compatible avec le reste du réseau. C'est l'aspect le plus complexe de ce qu'on appelle « l'effet de réseau ». C'est l'effet de réseau qui gouverne le Web ont donc les gens qui ont un pouvoir de recommandation ont forcément les capacités, sans imposer rien à personne, de faire que les gens les suivent. C'est ce qu'on appelle en théorie du langage une performativité. Ce qui se passe aujourd'hui, étant donné que depuis 22 ans les gens qui envoient le plus de lobbyistes à Londres sont Google, Apple, Amazon, etc., c'est que le Web évolue sous contrainte de l'Amérique du Nord et cette évolution se fait au bénéfice des business models de ces entreprises et forcément a contrario de ce pourquoi avait été fait le Web parce que – ça a été dit très clairement par le CERN au début – le Web ne doit pas être commercialisé, c'est un espace public et il doit être absolument libre. De fait, personne ne vous empêche d'y aller mais la réalité c'est que vous ne pouvez y aller qu'à travers des instruments qui sont au service des business models américains. Ici, à l'IRI, nous allons organiser les 13 et 14 décembre 2015 au centre Georges Pompidou une grande discussion internationale sur l'avenir du Web. Nous pensons que le Web doit être aujourd'hui absolument réinventé par l'Europe. Nous pensons que l'Europe en a les moyens tout d'abord parce que c'est elle qui l'a inventé, contrairement à ce que prétend Obama. Obama dit « la société réticulaire, c'est les Américains » : c'est archifaux ! C'est pas l'Internet qui est à l'origine de la société réticulaire, c'est le Web et le Web, il a été inventé en Europe, en Suisse, par des Belges, des Anglais et des Français. Et la France a joué un rôle important parce que le modèle télématique qui n'était pas du tout celui de l'Internet a été fondamental dans la conception du Web. L'internet n'avait pas de basses de réseaux, c'était des relations point à point. Nous pensons ici – quand je dis nous, c'est l'IRI mais c'est aussi tout un réseau de gens au niveau international qui pensent comme nous, c'est aussi des acteurs économiques européens ou français qui n'osent pas le dire parce qu'ils ont peur de Google donc il nous disent parfois « je vous dis ça mais il ne faut pas le répéter » Parce que Google et Apple font la loi aujourd'hui sur les réseaux. Si vous ne plaisez pas à Apple, il vous vire des Apps ; si vous ne plaisez pas pas à Google, il vous vire de Google et c'est vraiment violent. Il y a donc une espèce de terrorisme, de business terroriste qui relève de ce qu'on appelle une situation de monopole de fait, etc. à travers ce qu'on appelle les plateformes qui se sont progressivement substituées à cette démocratie qu'était le Web. Dominique Cardon a assez bien décrit ça dans La Démocratie Internet même si, lui, parle trop d'Internet et pas assez du Web. Je lui ai déjà dit donc je ne lui tape pas dans le dos, je le lui redis et je suis preneur d'un débat public avec lui là-dessus. Quoi qu'il en soit, nous pensons ici à l'IRI, qu'il est possible de réinventer le Web et que c'est non seulement possible mais absolument indispensable - pas seulement pour les intérêts européens parce que l'Europe est quand même en ce moment en train de disparaître dans la trappe, et la Chine est en train de se mobiliser sur ces sujets, et quand elle va se réveiller, comme disait Peyrefitte à propos de la Chine d'il y a 30 ou 40 ans, quand elle va se réveiller dans le champ du new web, ça va faire très mal, et aussi très mal aux Américains, d'ailleurs, y compris parce qu'elle achète des boîtes américaines qu'elle pourra ensuite mettre à son service. Ce n'est pas en termes d'intérêts particuliers que je parle, c'est en termes d'intérêt général, je crois moi encore tout à fait à l'intérêt général et aux idées universelles. Je peux apparaître très certainement comme un pauvre crétin d'attardé du XXe siècle mais tant pis pour moi, je n'ai pas peur d'apparaître comme un pauvre crétin d'attardé du XXe siècle : je crois toujours à l'intérêt général et aux idées universelles."

Le 1 avril 2015 à 14:00

Toujours plus Net ?

Internet nous prend la tête. Pour le meilleur et pour le pire. Partage des savoirs. Siphonage de l’intime. Et si nous ne savions pas encore l’utiliser ? C’est sur notre ignorance – et depuis Edward Snowden, sur notre passivité – que compte la NSA pour continuer à pomper et stocker à une échelle ahurissante nos données personnelles, ce pétrole au potentiel économique inestimable, jalousement gardé derrière les barbelés de camps retranchés. C’est de notre nonchalance que s’enrichissent les Maîtres du web.2, ces ex-jeunes prodiges ayant inventé de géniales tuyauteries qui ne vaudraient pas un kopeck sans les myriades de contenus dont nous les goinfrons chaque jour gratuitement. Que devons-nous faire pour reprendre la main et ne plus être aliénés de nous-mêmes ? Pour éviter que des autoroutes de plus en plus gigantesques tiennent au creux de la main de quelques uns ? Comment être moins primitifs, moins naïfs devant ce nouvel univers qui vient de s’ouvrir en nous reliant les uns aux autres ? Pendant tout ce mois d’avril, et pour fêter le 5e anniversaire de la revue en ligne du Rond-Point, nous écouterons le philosophe Bernard Stiegler : le Net, tout comme autrefois  l’invention de l’écriture, est autant un remède qu'un poison. Qu’il faut savoir maîtriser, pour être capable de choisir entre deux destins : celui de l'automation implacable d’un monde dans lequel nous ne serions plus que des fourmis ou celui d'une nouvelle économie contributive dans laquelle chacun d’entre nous pourrait trouver sa place. Parmi vos témoignages, parmi les billets d’artistes du Net et d’écrivains fidèles à la revue, vous retrouverez les conseils éclairés du hacker Jérémie Zimmermann (la Quadrature du Net) et ceux du militant des logiciels libres Tristan Nitot : deux regards venus de l’intérieur du web, engagés pour nos libertés en ligne et la neutralité de la Toile. Nous ne resterons pas éternellement des enfants. Certains esprits optimistes imaginaient dans les années 90 qu’un jour le Net « s’éveillerait » : la Terre hyperconnectée accèderait soudain, comme un cerveau de dimension planétaire, à une conscience supérieure. Et si nous en étions justement là ?

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