Michel Zinger
Publié le 26/04/2015

Mondes Parallèles


iCasque musical

Après une enfance heureuse, tout juste perturbée par le fait que mes parents pensaient que je n’étais pas vraiment leur fils, je n’ai pas su trop quoi faire de l’avenir. Mes études furent bordeliques et décousues, entre faculté des lettres et des sciences, beaux-arts et musique, le tout en même temps, sans être doué pour quoi que ce soit et sans jamais aboutir à quelque chose. Un jour, alors que je cherchais un chemin que jamais je ne trouvai, je frappai par hasard à la porte d’une école renommée qui, ayant apprécié mon sens de la repartie, eut la bonté de m’accueillir, de m’enseigner des choses et de me donner de quoi occuper mon temps pour la vie avant que je ne réalise que ce temps n’existait pas.

 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 2 septembre 2014 à 09:42

Les extraterrestres pensent trouver une intelligence humaine d'ici 20 ans

Les extraterrestres restent étonnamment optimistes dans leur prévision de recherche. Ainsi, ils ont maintenu leur objectif de trouver une preuve d’une potentielle intelligence humaine sur Terre d’ici vingt ans. « Nos schémas de calculs nous montrent que notre faisceau de recherche se réduit, on va forcément toucher au but » estiment les chercheurs extraterrestres, pas découragés par la possibilité de se heurter à un possible mur. « On y pense, bien sûr. Qu’au fond, nous ne soyons qu’en fait terriblement seul dans l’Univers. Mais on pense que la Terre possède les caractéristiques nécessaires pour l’apparition de la vie et donc, pourquoi pas, d’une intelligence ». Découvrir une trace d’intelligence sur Terre remettrait en question de nombreuses théories et ouvrirait aussi la porte à un nouveau champ de possibilités. « C’est un peu notre obsession, savoir si nous sommes seuls dans l’Univers capables de raisonnement et d’empathie »  explique un chercheur,  même si pour bon nombre la possibilité que l’humain puisse posséder une telle faculté d’empathie reste clairement du domaine de la science fiction. Les chercheurs arpentent ainsi la planète depuis des années, équipés de dispositifs et d’appareils, destinés à calculer et relever les traces de vies. « Nous avons décelé des traces de vies, très résiduelles, mais pas forcément des traces d’intelligence » contre-balance un autre chercheur, moins optimiste que ses confrères. À l’issue de la conférence de presse, les chercheurs ont annoncé  leur intention de focaliser leur recherche sur une région non analysée dans l’immédiat et dans laquelle ils ont placé de grands espoirs de découvertes, le Moyen-Orient.

Le 30 mai 2012 à 09:29

Poke menteur

On m'a demandé une chronique « plus facebookienne ». J'aime ça. Je ne sais pas si vous en avez entendu parler, mais Facebook est entré en bourse. Et ça ne s'est pas très bien passé. C'est normal. Facebook, c'est simple. On aime, on partage, on remet à jour ses 4280 paramètres de sécurité pour éviter que le monde ne sache qu'on aime, on se fait spammer parce qu'on a voulu savoir ce qui est arrivé à cette malheureuse qui a bêtement oublié d'éteindre sa cam sur msn :D. La bourse, en revanche, c'est compliqué. « Le Libor a clôturé à la baisse en raison d'incertitudes sur le marché des changes liées à la publication des chiffres du chômage nord-américain », c'est quand même moins efficace que « 42 personnes aiment ça ». Et surtout, ça ne fait pas très sérieux. J'imagine un peu les traders et dans leurs foulée les boursicoteurs se dire : « Zut, Joe Smith de Tallahassee vient d'annoncer sur son profil Facebook que son entretien d'embauche s'était mal passé, allez hop, je revends toutes mes actions Nestlé ! » et, franchement, je me demande si on a été bien raisonnables de laisser ces gens-là diriger le monde. Mais peut-être que je ne comprends pas bien les rouages de l'économie mondialisée. Et du coup, ça aurait beaucoup mieux marché si la Bourse était entrée en Facebook, plutôt que le contraire. « Le CAC40 a perdu 4 fans aujourd'hui, alors que le Daxx a fait le buzz grâce à sa vidéo d'un chaton avec un haut-de-forme », tout de suite, ça parle aux gens.

Le 1 novembre 2012 à 17:03

Vladimir Antonov-Ovséenko (1884-1938)

Les cracks méconnus du rire de résistance

On sait que l’on doit certains des textes les plus tirebouchonnants qui existent à quelques fort tristes sires pathétiquement dépourvus de la moindre flammèche d’humour. À chaque lecture du récit historique désespéré qui suit, que m’a fait découvrir chez lui il y a presque trente ans un Jean-Patrick Manchette hilare, ça ne loupe pas, je m’étrangle de rire. C’est que l’ascétique commissaire à l’Armée Rouge Antonov-Ovséenko, qui supervisa la prise du Palais d’Hiver d’octobre 1917, retrace comme personne les événements qui l’atterrent. Et qu’on comprend au ton de ce passage tragique de ses Mémoires (1924) jusqu’à quel point de vieux rogatons stalino-léninistes de cette farine pouvaient réellement croire qu’une « saoulerie » collective démesurée était à même (grandiose nouvelle !) d’envoyer dinguer en quelques jours tous les acquis répressifs d’un nouveau régime dictatorial. L’historien Isaac Deutscher, dans le tome 2 du premier volet de son Trotski, considère lui aussi que la beuverie monstre décrite par le haut fonctionnaire bolcho « menaça un moment de mettre la Révolution en panne et de la paralyser ». « L’orgie joua également un rôle dans les événements qui préludèrent à la paix de Brest-Litovsk car une grande partie de la vieille armée russe s’y dissout littéralement dans le néant. »   L’ahurissante Saturnale de Petrograd « La garnison, qui se désintégrait complètement, donna personnellement beaucoup plus de souci que les partisans de l'Assemblée constituante... Une orgie sauvage et sans exemple déferla sur Petrograd; et il n'a pas encore été possible de dire avec quelque vraisemblance si elle fut ou non le résultat de quelque subtile provocation. Ici et là, des bandes d'émeutiers surgissaient, généralement des soldats, qui envahissaient les caves, les celliers et allaient parfois jusqu'à piller les cafés. Les rares soldats restés disciplinés s'épuisaient, comme les Gardes Rouges, en tâches de surveillance. Les exhortations n'étaient d'aucun effet. Les caves du Palais d'Hiver (ex-résidence du tsar) constituèrent le problème le plus embarrassant... Le régiment Preobrajensky, qui avait jusque-là gardé sa discipline, s'enivra complètement alors qu'il était de garde au Palais. Le régiment Pavlovsky, notre rempart révolutionnaire, ne résista pas davantage à la tentation. On envoya des gardes d'origine différente, choisis dans diverses unités. Eux aussi s'enivrèrent. Les membres des comités (de régiment : c'est-à-dire les chefs révolutionnaires de la garnison) furent alors désignés pour assumer la garde. Ils succombèrent à leur tour. On ordonna aux soldats des brigades blindées de disperser la foule − ils paradèrent un peu de long en large, puis commencèrent à vaciller dangereusement sur leurs jambes. Au crépuscule, la folle bacchanale faisait rage. « Liquidons ces débris du tsarisme ! » : ce joyeux mot d'ordre courait la foule. Nous tentâmes de l'arrêter en obstruant les portes. Elle pénétra par les fenêtres, arracha les barreaux et s'empara des stocks. On voulut inonder les caves avec des lances à incendie : les brigades de pompiers s'enivrèrent comme les autres. Seuls les marins d'Helsingfors réussirent à venir à bout des caves du Palais d'Hiver. Ce fut, dans son genre, une lutte titanique. Mais les marins tinrent bon, car ils étaient liés par un vœu sévère : « La mort pour celui qui trahit son serment » ; et bien qu'ils eussent été, dans d'autres circonstances, de magnifiques buveurs, il se tirèrent de ce mauvais pas, pavillon haut. Le combat, pourtant, n'était pas fini. La ville entière était gagnée par la folie de boire. Enfin le Conseil des Commissaires du Peuple désigna un commissaire spécial, doté de pouvoirs exceptionnels, et lui donna une forte escorte. Mais le commissaire, lui aussi, se révéla faillible... Une lutte sévère se déroula à l'île Vassilevski. Le régiment finnois, dont les chefs penchaient vers l'anarcho-syndicalisme, proclama l'état de siège sur son territoire, puis fit savoir qu'il allait faire sauter les caves à vin et abattrait les pillards, à vue. Ce n'est qu'après des efforts intenses que cette folie alcoolique fut enfin maîtrisée... »

Le 1 octobre 2011 à 10:44

Ernest Coeurderoy (1825-1862)

Les cracks méconnus du rire de résistance

On sait que les utopistes historiques (Platon, Owen, Cabet, Saint-Simon, Campanella…) n’étaient guère des marrants et qu’ils s’escrimaient à vouloir imposer rigoristement leur conception moralisto-hygiéniste du bonheur obligatoire. Il y a eu heureusement d’égayantes exceptions. Y a eu, bien sûr, Fourier et Rabelais. Y a eu l’Oscar Wilde de L’Âme de l’homme sous le socialisme. Y a eu, peu après 68, L’An 01 de Gébé. Y a eu au XIXe siècle l’ahurissant Didier de Chousy dont on peut découvrir les vues toc-toc dans cette rubrique. Mais il y a eu également quelques dizaines d’années avant ce dernier le docteur Ernest Coeurderoy qui avait lui aussi une sacrée écrevisse dans la tourte, ce qui ne l’empêchait pas d’être atrocement lucide quand il expliquait pourquoi il urgeait de faire la Révolution dans l’homme et dans la société, titre d’un de l’un de ses pamphlets cardinaux (1852). « Sache donc pourquoi ton intérêt particulier est toujours absorbé par un intérêt plus fort. Et tu verras que c’est la substitution du signe à la chose, de la fiction à la réalité, de la propriété à la possession, de l’héritage à l’usufruit, de l’encombrement à la circulation, du devoir au bonheur. Il n’y a plus à hésiter. Nous n’avons pas le temps d’être eunuques. Affirmons donc que ce qu’ils appellent Dieu, c’est l’autorité qui bénit le crime. Que ce qu’ils appellent Prêtre, c’est l’autorité qui protège le crime. Que ce qu’ils appellent Professeur, c’est l’autorité qui dresse au crime. Que ce qu’ils appellent Propriétaire, Banquier, Entrepreneur, Commissionnaire, Bourgeois, Patron, Roi, Maître enfin, ce sont les autorités qui entretiennent le crime. » « Arrière, froqués et défroqués !, s’écrie Coeurderoy dans Jours d’exil. Ne me touchez pas. Je n’ai besoin ni de vos enregistrements, ni de vos parchemins, ni de vos actes. Vos cierges sentent le vieux bouc amoureux, votre eau bénite est un poison, vos bureaux puent l’employé, vos prières résonnent à mes oreilles comme des chapelets de blasphèmes ! » « Quand chacun combattra pour sa propre cause, précise-t-il dans son troisième et dernier manifeste Hurrah !!! ou la Révolution par les Cosaques (1854), personne n’aura plus besoin d’être représenté. Au milieu de la confusion des langues, les avocats, les journalistes, les dictateurs de l’opinion perdront leur discours. » Car, et c’est là l’enseignement-clé du polémiste, « l’homme veut jouir, jouir de lui-même et jouir de sa vie. Et en vérité, en vérité, l’homme jouira ! » « Peuple, tu as raison ! Il te faut le beau froment qui mûrit au soleil glorieux, et puis le vin vermeil, les fruits aux saveurs fines, les métaux utiles et les pierres précieuses, les enivrants parfums, les tentures écarlates, les manteaux de velours et de soie, les femmes aux seins rosés, les coursiers hennissants, et la chasse et les fêtes, et les concerts, et les réjouissances et les spectacles qui versent dans le cœur des flots d’amour et d’harmonie. Il te faut tout cela à profusion pour accomplir ta destinée, pour développer pleinement ta splendide existence. Et si l’on te refuse tout cela, Peuple, prends-le ! »Les fulminations de notre esculape écrites d’un jet dans de petites brochures semées à tout vent lui vaudront, l’on s’en doute, quelques mistoufles. Jeté à la porte de l’hôpital du Midi de Paris, traqué par la police française pour avoir conspiré contre l’État, expulsé de Suisse où il s’était réfugié par le gouvernement radical vaudois, refoulé par les autorités belges, rechassé de France par un arrêt de la Haute Cour de Versailles, éjecté des États du Piémont « sous prétexte d’aliénation mentale », le docteur rebelle n’en continuera pas moins à fignoler par voies et chemins ses appels volcaniques, magnifiquement cocasses souvent, à la refonte hédoniste de la civilisation judéo-chrétienne. C’est ainsi que, ne doutant de rien, Ernest Coeurderoy nous invite, notamment, à réimaginer l’identité : « Votre nom doit varier suivant l’âge, le lieu, le temps et les événements. Aux uns, il suffira d’un nom pour toute leur vie, les autres en useront autant que de chemises. » À réimaginer l’amour : « On reste ensemble tant qu’on se convient, éternellement si l’on veut ; on a plusieurs hommes ou plusieurs femmes, si l’on s’en sent le courage ; on alterne, on varie. » À réimaginer l’élégance : « En ces temps de liberté, de grâce, de bonheur et de fête, chacun choisira son costume dans l’étoffe et la couleur qui lui plairont davantage. Les tailleurs seront quelquefois consultés, rarement obéis. Alors, chacun étant différent de tous, l’originalité des costumes ne sera plus un ridicule. » À réimaginer l’écriture : « Je me mets au-dessus des règles de style, de ponctuation et d’orthographe que voudrait m’imposer l’usage. Ce sont là encore des entraves, des bâillons qui paralysent mes allures libres, ma libre diction. » À réimaginer l’information : « Au premier beau jour de la liberté, les journaux pousseront tous à la fois comme chiendent en bonne terre, traceront, envahiront et finiront par étouffer leur père, le journalisme. Alors, sur chaque question, tout individu pourra donner son avis, le faire tirer à des milliers d’exemplaires et le répandre en public. » À réimaginer l’urbanisme : « Les habitations des hommes sont disposées en cercles, en croissants, en squares, en corbeilles de plantes, en ermitages, au hasard et au cordeau. » À réimaginer même la villégiature : « On est chez soi partout. Le train de plaisirs devient une réalité. On part à son heure, on s’arrête à son gré. Les convois sont fournis de toutes les commodités, de tous les luxes, de tous les divertissements désirables. Beaucoup ne connaissent plus d’autre patrie. »« Affligés, voici l’heure de la joie, épilogue le toubib insurgé. Fondons les canons de fusils avec les fers qui meurtrissent nos chairs et si le plomb nous manque, nous le chargerons avec des fragments de couronnes ! »> A lire : Ernest Coeurderoy (1825-1862) Révolution, désespoir et prophétisme, orchestré par Alain Brossat, L’HarmattanDeux éditions récentes de Jours d’exil d’Ernest Coeurderoy, l’une aux  Archives Karéline, l’autre chez Canevas

Le 11 avril 2012 à 13:00

L'inique de la Forêt Noire...

- Bonjour Marcel. Bienvenu dans notre clinique. Me dit ce grand monsieur allemand, dans un français parfait.   - Hein ?... (répondis-je, dans un français parfait, là-aussi)   - Oui, je vous explique : puisque la mode est indubitablement au rétro, nous avons décidé de produire un "reboot" de notre légendaire feuilleton à succès "La Clinique de la Forêt Noire" ! - Ah... - Bien sûr, nous désirons engager de beaux et talentueux acteurs, et c'est pour ça que nous avons pensé à vous. - C'est bien aimable, mais pourquoi m'avoir lâchement enlevé, enfin ?! Ce ne sont pas des manières, mon cher ! - Je sais, et nous vous prions de nous en excuser. mais nous avions peur que vous refusiez... - Ah, voilà. Alors que je m'apprêtais à prendre mes jambes à mon cou, deux molosses entrèrent à leur tour, et, au son de la dernière phrase émise par le grand allemand francophile avant de quitter ma chambre ("Reposez-vous bien Marcel, nous tournons la première scène dans quelques heures..."), m'attachèrent à mon lit, les salauds ! Enfin seul, je tentais désespérément de m'échapper par la seule force de ma pensée, quand le grand teuton revint m'annoncer que j'avais beaucoup de chance : les autres acteurs étaient arrivés, et l'on allait pouvoir tourner la première scène plus tôt que prévu. "Super !" feins-je de m'enthousiasmer. Je fis nettement moins le malin lorsque l'équipe de tournage arriva, escortée de quatre gros balaises sapés comme dans un épisode d'Urgences. L'un d'eux, armé d'un scalpel, m'expliqua qu'il allait "m'ouvrir". -Mais heu... Vous ne voulez pas plutôt vous lancer dans un "reboot" de L'inspecteur Derrick ? C'était sympa, aussi, comme série (et un brin plus calme)... Rudi, le grand de tout à l'heure, accouru alors pour justifier l'intervention de ce pseudo-chirurgien :  - Mais enfin, Marcel, nous sommes en 2012, les fictions d'aujourd'hui ambitionnent un certain réalisme ! Et ne vous inquiétez pas, Detleff est un excellent acteur. Et puis, prenons l'exemple d'un film à caractère pornographique : avez-vous l'impression que les membres du casting jouent "pour de semblant" ?! - Heu... Je n'sais pas, j'n'en ai jamais vu. Puis, le trou noir... A mon réveil, on m'expliqua que l'opération s'était très bien passée, et les techniciens crurent bon de m'applaudir tous en choeur, prétextant le naturel impressionnant de ma prestation. Soudain terrifié, je palpai un à un mes membres, afin de définir lequel de ceux-ci avait été bouché-charcuté... Mais ô joie, ces sots venaient de m'opérer de mon épaule droite, justement en attente d'intervention chirurgicale après avoir choisi pour hobby la fâcheuse habitude de se luxer environ tous les 6 mois. "Un mal pour un bien", donc. Par contre, mon projet secret de réécrire un à un certains grands romans français (les virgules y sont parfois mal placées, je trouve...) allait, du coup, être sacrément retardé...  Mais cet handicap momentané constituait également une excellente excuse pour justifier de mon assiduité des plus défaillantes par ici ! N'empêche, avouez je ne suis pas verni : j'avais déjà perdu l'inspiration, voilà qu'on me retirait (pour un temps, tout au moins) l'usage d'un bras. Qu'importe : tel ce valeureux chevalier à qui l'on tranche un à un tous les membres dans Sacré Graal des Monty Python, il en faudra plus pour totalement m'annihiler ! Je reviendrai !

Le 9 octobre 2012 à 08:05

Super Mario contre les spéculateurs

Econotrucs #7

Les banques de Wall Street sont des championnes du lobbying et ont influencé les décisions politiques ayant conduit à la déréglementation financières tous azimuts et aux crises récentes. Dans ce contexte, la nomination en 2011 de Mario Draghi à la tête de notre Banque Centrale Européenne (BCE) a posé question : Celui-ci a en effet été vice-président pour l'Europe de la banque d'affaires Goldman Sachs entre 2002 et 2005. Et cette même banque a aidé la Grèce à truquer ses comptes publics au tout début des années 2000. Cela sentait bon le conflit d’intérêt, et certains en ont même déduit que Mario Draghi (qui entretemps fut cinq ans gouverneur de la Banque d'Italie) était resté aux ordres de Goldman et des puissances occultes de l'argent. ( C’est la thèse du documentaire « Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde » par exemple). Depuis un ans qu’il exerce son mandat, on constate au contraire que Draghi a pour l'instant très bien joué son rôle, réussissant habilement à intervenir pour stabiliser la zone euro, tout en restant en conformité avec le mandat très étriqué qui lui a été confié. Justement parce qu'il est issu de Goldman Sachs, Draghi connaît très bien les marchés, leur fonctionnement, leurs biais, leur psychologie, et les marchés, de leur côté, le respectent et en ont même peur : les opérateurs des marchés qui ont parié sur un éclatement de la zone euro sont carrément terrorisés par ce Super Mario. Car lorsque que vous pariez sur un événement qui ne se produit pas, vous pouvez perdre beaucoup d'argent. Les grandes banques n'ont pas intérêt à ce que la zone euro s'effondre, (elles seraient les premières touchées,) mais les Hedges Funds, alliés objectifs des eurosceptiques, et tous les représentants de la finance fantôme qui ont contribué aux crises financières récentes, ont depuis 2010 souvent largement parié sur la fin de l'euro. Lorsque Draghi intervient comme il l'a fait en septembre (annonçant des achats illimités de dette si un pays voyait ses taux s’envoler) cela fait beaucoup de mal aux spéculateurs. La question qui se pose, c'est de savoir combien de temps Draghi parviendra à tenir en respect les marchés, si pendant ce temps les gouvernants continuent - le nez sur les sondages - la valse des demi-mesures, demi-tours et autres hésitations ? Une monnaie commune c'est une volonté politique, et c'est cette volonté politique que testent en permanence les marchés. En attendant, on peut remercier Goldman Sachs d'avoir bien formé Mario Draghi.

Le 28 juin 2011 à 08:28

Juste une dernière (psy)chose

- Et donc vous confirmez que Miss Crane a bien passé une nuit au motel et qu’elle est repartie le lendemain matin ? - C’est cela, Inspecteur.- Lieutenant.- Oh, Lieutenant. Reprendrez-vous du café ? - C’est pas de refus. J’adore le café. D’ailleurs ma femme me dit toujours que j’en bois trop. - Ah c’est drôle Lieutenant, ma mère aussi me répète sans arrêt : « Norman, arrête de boire tout ce café ! ». Ahahahaha !!! - Ahahaha ! Il est délicieux votre café. - Merci Lieutenant. -  Et votre motel est très agréable, très bien entretenu. Depuis combien de temps en êtes-vous propriétaire ? -  Oh, en fait il appartient à ma mère, mais elle est âgée maintenant, alors c’est moi qui m’en occupe. -  C’est un bel endroit… Un peu isolé peut-être, mais joli quand même. Et comment avez-vous trouvé Miss Crane ? -  Je vous demande pardon ? -  Je veux dire… Est-ce qu’elle vous semblait pressée ? Inquiète ?-  Oh vous savez, Lieutenant, elle est arrivée tard, et je lui ai proposé de partager mon repas, il n’y a pas de restaurant à proximité. Nous n’avons pas beaucoup parlé, elle semblait fatiguée. C’est tout ce que j’ai remarqué. D’ailleurs, elle est très vite retournée dans sa chambre. - Je comprends, je comprends… Et est-ce que vous avez vu dans quelle direction elle est partie ? - Oh, je crois me souvenir qu’elle a pris la route de Fairvale. - Très bien, Msieur, je ne vais pas abuser plus longtemps de votre hospitalité, merci encore pour le café. - Mais je vous en prie Lieutenant, Lieutenant comment, déjà ? - Colombo. Lieutenant Columbo. Oh, Mr Bates, juste une dernière chose… Je voudrais parler à Madame votre mère, peut-être qu’elle a remarqué quelque chose… - Oh, euh… Je… Euh… Oui, je veux dire… Bien sûr… Attendez ici, Lieutenant, je vais la chercher…

Le 28 février 2015 à 08:19

La mégapole intestinale

Les progrès du futur #7

En 2013 on réalisa la première greffe de microbiote. Une patiente avait l'intestin envahi par une bactérie virulente, qui mettait sa vie en danger. Les médecins décidèrent donc d'exterminer toute forme de vie dans le tube digestif à l'aide d'un puissant traitement antibiotique, puis de réinstaller dans l'intestin une population microbienne équilibrée. Concrètement, la patiente reçut une greffe de merde par sonde nasale. Sa bru fit le don de bon coeur. L'opération fut couronnée de succès et, après quelques années, la pratique se répandit sur toute la planète. En parallèle, les progrès des analyses biologiques massives aidèrent à mieux comprendre la composition et le fonctionnement de la mégapole microbienne que chaque humain porte en lui. On put même commencer à la façonner. Des chercheurs islandais prélevèrent notamment des microbes dans la panse d'animaux réputés pour leurs performances digestives, vaches, vers, phasmes, et les administrèrent à des patients incurables, à titre d'essai de la dernière chance. Les résultats dépassèrent leurs espérances : non content de sauver les patients, le procédé fit émerger de nouvelles capacités. Le mot « omnivore » prit tout son sens : grâce à ces progrès, il devint possible de se nourrir de terre, de déchets bruts, d'eau de mer. La faim dans le monde recula, et la pollution aussi. Cependant, il y eut quelques surprises, du fait de transferts de gènes inattendus entre ces nouveaux microbes et les greffés. Ainsi, la moitié de la population islandaise mourut mystérieusement pendant l'hiver 2032, jusqu'à ce qu'on comprenne qu'il s'agissait de la roséole du lombric. En contrepartie, la nouvelle digestion longue des herbacées, calquée sur celle des bovins, donna lieu à d'abondantes flatulences riches en méthane, grâce à quoi l'Islande devint un poids lourd de la production énergétique mondiale.

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication