Mazen Kerbaj
Publié le 27/04/2015

Un été de merde


Mazen Kerbaj n’a jamais voulu être cosmonaute.
Il travaille depuis sa plus tendre enfance à devenir auteur de bande dessinée, musicien, peintre, barbu et arabe. Il espère être sur le bon chemin pour assouvir cette ambition démesurée.

> www.kerbaj.com

(Dernière mise en jour il y a un paquet d’années. Sinon il y a toujours ce bon vieux Google)

 

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Le 20 août 2013 à 09:12

Meetic: les célibataires qui refusent trois offres seront exclus du site

Soucieux de se redynamiser sur le marché des sites de rencontres sur Internet, « Meetic » a présenté ce jour sa nouvelle charte. Désormais, les célibataires qui refuseront jusqu’à trois offres « sans raison » et « sans motif légitime » seront exclus du site. Une nouvelle qui ne fait pas que des heureux mais que la société défend dans un but de redonner des couleurs à un marché saturé et en manque d’expansion. Des célibataires « trop fainéants »? Face à la concurrence des sites de rencontres de célibataires, « Meetic » a décidé de frapper un grand coup. Débordé par « Adoptunmec« , par des sites de rencontres pour « célibataires exigeants » ou même des sites pour adultères, le site a décidé de donner un coup de fouet à sa politique. Désormais, le célibataire qui refusera plus de trois offres « sans justification » pourra être exclu « de manière temporaire ou définitive » du site. « Nous constatons une certaine fainéantise dans la recherche » selon Julien Prozet, directeur commercial. « Cela touche surtout les hommes, dans une grande majorité. Ils ont tendance à zapper ou refuser des offres de célibataires qui sont tout à fait viables pour se concentrer sur des personnes qui de toute évidence ne correspondent en rien à ce qu’ils recherchent. » Avec cette nouvelle offre, le célibataire devra réduire son champ de recherche et se montrer moins gourmand, avec le risque d’accepter quelqu’un qui ne lui plaira pas forcément. « Pour nous c’est une très bonne chose. Nous sommes les premiers à mettre ce système en place et les autres sites suivront cette politique » continue Julien Prozet. Mais cette gestion très comptable ne va-t-elle pas à l’encontre du sentiment amoureux ? « Pas du tout, nous voulons juste que certains cessent d’idéaliser des relations avec une personne pour qui cela ne sera pas réciproque et ventiler la base d’inscrits sur le site. » Entre clients surpris et rassurés Les premières réactions ne se sont pas fait attendre. « On a un peu l’impression d’être du bétail » rétorque Benjamin*, utilisateur régulier du site depuis plusieurs années. « Bien sûr qu’on refuse des offres, on cherche quelqu’un qui nous plaît avant tout. » Selon lui, le site de rencontre fait fausse route. « Quand on vient sur ce site on cherche quelqu’un d’unique, pas quelqu’un à tout prix« . Tous les clients ne partagent pas cette avis. Justine*, 51 ans,  inscrite elle aussi depuis plusieurs années, désespère de ne pas trouver « l’homme idéal » et pense que ces nouvelles conditions vont enfin changer les choses. « Ma fiche est souvent refusée, parfois sans aucune raison. Désormais, je me sens enfin à chance égale, j’espère rencontrer quelqu’un très vite« . Dans l’immédiat, les sites de rencontres concurrents n’ont pas souhaité commenter cette nouvelle politique mais pour beaucoup une brèche est ouverte, dans laquelle d’autres risquent de s’engouffrer. (*) les prénoms ont été changés. Le  Gorafi

Le 29 novembre 2014 à 09:03

Eyjafjallajökull

Under the volcano

J'ai de plus en plus peur que la surchauffe de mon cerveau formidable ne se joue aux dépens de mon intégrité physique, car n'y a-t-il pas, déjà, dans mes plus forts moments créatifs, des fumerolles qui s'échappent de la coupole de mon crâne, soumise à de trop fortes pressions internes ? Voilà pourquoi je m'attends, tôt ou tard, à l'explosion terminale, assortie d'une éruption qui devrait intéresser le public, surtout si elle s'offrait sous l'aspect d'un fantastique jaillissement de vocables que l'on verra monter très haut, s'épanouir en un large dôme, et redescendre lentement jusqu'à se trouver enfin, pour ceux de leur tribu qui auraient survécu à la traversée des atmosphères, à la portée des spectateurs soucieux ne pas repartir les mains vides. Encore ne saurais-je leur garantir que tout, de leur butin, sera exploitable, et tel qui faisait le fier pour avoir empli sa musette du plus riche butin lexical, sa désillusion sera grande si, de retour à la maison, il n'en retire qu'un magma, un obscur grouillement dont il hésitera puis se résoudra à se défaire, et ce n'est pas à moi de lui donner tort. D'autres récoltants auront ramené un petit magot qui peut-être ne paie pas de mine, mais s'ils savent l'exploiter, par de subtils agencements, par des combinaisons imprévues, ils pourraient en obtenir des résultats non négligeables, mais attention, chers amis - je m'adresse aux plus aventureux -, à ne pas agiter si fort sous votre crâne votre petit matériel de récupération que ne vous étonnez pas si la menace d'une surchauffe est imminente qui, etc.

Le 19 juillet 2010 à 12:53

Sous Les Toits

Boulevard Magenta, 7e étage, 9m² mansardés jusqu’à la raie, pas de douche, robinet d’eau froide et chiottes sur le palier, 400 euros par mois. Si le soleil ne tape pas trop fort, jette un coup d’œil tout là-haut, dans l’arrondi de la toiture en taule, derrière chaque vasistas se planque un type en manque de tout. Toute la journée, il guette, sa petite radio à piles posée sur les genoux, il écoute les Grosses Têtes, les infos 15 fois par jour, il attend, il renifle, il tousse, il se marre, il dit merde, il roule sur son matelas, en écrase deux bonnes heures. Quant t’es pauvre, y’a pas grand-chose à branler, surtout à Paris. Marcher, s’asseoir sur un banc, lire deux, trois feuilles d’un journal, se rentrer, bouffer un cassoulet, descendre 3 litre d’un rouge dégueulasse, et basta. Tous les jours comme ça. Jusqu’à plus soif. Et rien en vue. Jamais. On était vendredi soir, mon voisin avait recouvert de merde les murs presque blancs des chiottes du palier, et la femme de ménage ne serait pas là avant mardi. J’ai cogné à sa porte. Il a ouvert en ticheurte calbute douteux. Il était raide. – Qu’est-ce tu me veux ? il a dit. – Pourquoi t’as fait ça ? j’ai demandé. – Pourquoi j’ai fait quoi ? il a dit. – Les chiottes, j’ai dit. – Si t’es pas content, c’est le même prix. Il m’a claqué la lourde à la gueule. Je suis retourné dans ma piaule en maudissant cet enfant de salaud. 30 ans qu’il vivait là, qu’il faisait la manche devant l’église de la gare de l’Est, ça lui donnait un certain pouvoir, quelques droits. J’ai ouvert une boutanche, me suis versé un verre, allumé une tige, et j’ai commencé à taper un poème à la machine à écrire histoire de passer le temps. Le temps d’être complètement raide. Le temps que tous les souvenirs bien vaseux me remontent à la surface, d’enclencher la radio. Et de chialer sur des musiques bien niaises.

Le 25 août 2015 à 08:27

L'inventeur du sac-banane se cachait depuis 35 ans au Chili

Franck O’Neil était recherché par l’impitoyable brigade du bon goût (BBG) depuis 1980 pour avoir conçu et commercialisé le sac banane. Après des années de cavale, le jeu de cache-cache s’est finalement terminé dans la ville de San Pedro de la Paz au Chili. Une enquête minutieuse et un travail de fourmi La BBG a dû recueillir un nombre impressionnant de témoignages et de preuves contre Franck O’Neil, le désignant comme la tête pensante du projet « sac-banane ». Ce programme de destruction massive et systématique des looks passait par la popularisation d’un accessoire de rangement porté à la ceinture, un type très spécial de sacoche souple dont la forme allongée rappelle celle d’une banane. Si Franck O’Neil s’est caché durant toutes ces années, c’est qu’il ne souhaitait pas subir le même sort que l’inventeur de la chemisette (dont les ravages se constatent encore aujourd’hui dans de nombreuses entreprises), pendu haut et court avec une cravate en soie. Franck O’Neil a alors changé d’identité, et a tissé des liens d’amitié avec un grand nombre de narcotrafiquants du Chili qui utilisaient ses sacs-banane pour dissimuler leurs armes ou leur drogue locale (du guacamole). Aucun remords, aucun regret Ces sacoches, qui pouvaient parfaitement arborer des couleurs flashy et fluorescentes, ont explosé durant les années 1990, faisant la fortune de son créateur, et ridiculisant des millions de pauvres gens à travers le monde. Franck O’Neil se cachait depuis le début chez un vieil ami allemand : le Dr Von Hortsman (dit « Le boucher de Francfort »), inventeur du pantacourt et connu pour avoir popularisé le port de la chaussette avec des sandalettes. Franck O’Neil, lors de son arrestation, n’a montré aucun remords, et a même hurlé devant une foule de badauds : « Les sacs-banane reviendront et vous mourrez tous ! ».

Le 1 septembre 2010 à 11:11

"Je subis depuis deux, trois mois une sorte de lapidation médiatique assez impressionnante"

Eric Woerth, ministre du Travail, interview dans Le Parisien/Aujourd?hui, lundi 30 août 2010

C’est sans doute sa contribution personnelle à la campagne de solidarité en faveur de Sakineh Mohammadi-Ashtiani, cette iranienne condamnée à la lapidation pour un adultère dont l’aveu lui a été arraché – dans les divers sens du terme – par ses bourreaux islamistes. Plus que de la sympathie, de l’empathie. Ceux qu’un tel parallèle révolte n’ont pas dû prendre la mesure de l’extrème gravité du sort particulier d’Eric Woerth. Au moment où il s’exprime Sakineh attend, dans sa cellule de la prison de Tabriz, confirmation de la sentence par un tribunal islamique, alors que lui est en cours d’exécution, sans aucun sursis du tribunal médiatique. Une crauté sans nom. En Iran, le supplicié a le corps demi-enseveli exposé aux lanceurs de pierres, mais au moins on lui recouvre le visage. En France, au lieu d’objets contendants – ni trop petits, ni trop gros pour faire durer l’agonie – on arrose de « papiers » confondants – ni trop courts, ni trop longs – on bombarde de sons et d’images à heures fixes, sans que le malheureux puisse y échapper, faute d’avoir été rendu sourd et aveugle par une toile serrée autour de son cou. Et tout ça pour quoi ? Pas même un adultère, il aurait juste été trop attentif au sort de son épouse, et peut-être trop attentionné envers un bienfaiteur de son parti, décoré de la légion d’honneur. Que de la générosité. C’est ainsi que cet homme est grand.

Le 18 mai 2012 à 11:05

Bof-héros...

Je suis au plus mal. Je ne sais si mon cerveau un peu dingo se rit de moi - ou si j'ai un jour sauvagement été désincarcéré de mon quotidien monotone, puis parachuté de force dans une dimension parallèle - mais j'ai longtemps cru (j'en avais même l'intime conviction) être ni plus ni moins qu'un super-héros. Mais un vrai, hein : avec des super-pouvoirs, et tout et tout... Je jurais même à qui voulait l'entendre, que de jeunes enfants échangeaient, un peu partout dans le monde, des vignettes autocollantes à mon effigie - vous savez, celles que l'on colle dans ces albums en carton qu'on ne terminera sans doute jamais.  J'étais heureux, j'étais fier. Mais en assistant d'un oeil distrait, l'autre jour, à l'investiture de notre nouveau président, je fus comme lui, et au même moment, littéralement foudroyé : amphibie, serrant des mains par milliers, commandant au tonnerre, changeant l'eau en vin... cet homme prétendument "normal" ne pouvait être fait de chair et de sang seulement. Non, j'en étais sûr : à l'instar du fameux Steve Austin, il devait au moins valoir trois milliards.  Alors que moi, rien, nada. Oui, rendons-nous à l'évidence : - Des super-pouvoirs ? Hormis ma propension à multiplier les points de suspension, vraiment, je ne voyais pas... - Je m'étais bien confectionné une cape avec quelques torchons usagés, mais elle ne m'attirait que jets de pierres, jurons et quolibets. - Contrairement à François Hollande ou Captain America, même pour ce qui est de désigner mon super-vilain-ennemi-juré-à-moi - malgré ma fâcheuse tendance à considérer comme adversaire tout quidam faisant montre d'un peu plus de talent que moi - je tâtonnais. Oh il y a bien cet auteur-compositeur-interprète américain (je ne veux pas de problèmes, alors laissons-lui une lichette d'anonymat, et appelons-le Sophian Stephen) que je déteste par-dessus tout et à qui je ferais bien entendre raison une bonne fois.... Mais je l'aime à peu près autant que je le hais, c'est embêtant. Quel bien pâle super-héros je fais. Un moyen ou un bof-héros, oui ! Tant pis, il ne me reste qu'à pleinement sombrer en dépression, pauvre de moi...

Le 1 avril 2010
Le 24 mai 2010 à 10:49

Laurent Tailhade

Les cracks méconnus du rire de résistance

Si, à la fin du XIXe siècle, Léon Bloy avait surnommé Laurent Tailhade « le cyclope des vespasiennes », c'est parce que c'était un cyclope (l'écrivain anar avait été énucléé, oh ironie !, par l'explosion d'une bombe ravacholesque) et parce que ses piques ne volaient pas toujours extrêmement haut (« Romain-Rolland ? De la littérature de pasteur qui sent mauvais des pieds. »). Illustre poète mondain aux cravates rouges légendaires se rendant chaque jour chez le barbier du « Jockey-Club » en fiacre et prisant fort les latinismes pédants, ogre rabelaisien dont les déjeuners étaient couramment composés d'une douzaine d'oeufs, deux côtelettes et un faisan, « le dernier gentilhomme », ainsi qu'on l'appelait volontiers, se fâchait tout rouge dans les journaux contre « la hideuse fiction du nationalisme » et « la justice des hauts de forme » ; faisait le coup de poing dans les théâtres pour défendre les pièces anarchisantes boycottées comme Un Ennemi du peuple d'Ibsen ; trempait dans des canulars gloupitants avec son poteau Alphonse Allais (à la fin de sa vie, il frigoussera même de faux Rimbaud qui seront authentifiés par la critique !) ; et entrait impromptu dans les églises chics pour y apostropher les prêtres officiants (« Vomissons nos dieux ! » ; « Vomissons les soeurs de charité, ces monstres doucereux et sans entrailles, châtrées de tout sentiment humain »). Mais ce qui faisait surtout scandale à la Belle Epoque, c'était les fulminations de Laurent Tailhade contre « le bétail infâme des honnêtes gens, aux âmes fétides et carnassières, ces larves faites en bourgeois que Forain dessine en des poses d'irréfutable ignominie ». En 1901, ça se corse pour « le serpent à sonnets ». On ne lui pardonne pas d'avoir eu un accès d'humeur dans le journal Le Libertaire contre le tsar Nicolas II, « l'escroc impérial de toutes les Russies » en visite diplomatique en France, et contre les « lécheurs de bottes » qui l'accueillent, « ceux de l'Académie et ceux des maisons closes, les trigauds de la presse, les pouacres de l'Etat-Major, les pieds plats de l'Elysée et les bassets du Ministère, dans une épilepsie unanime de domesticité » :  le canard est saisi et Tailhade est condamné à douze mois ferme. C'est alors que, dans ses oubliettes, le littérateur a la bonne idée de poser sa candidature à la députation contre le ministre du Commerce Millerand, lequel se hâte de négocier la levée d'écrou du fauteur de troubles contre une promesse de désistement. La vie de « ce coquillard de Tailhade », comme disait Anatole France, ne fut pas le moins du monde assombrie par sa réclusion. Pas plus que par la perte de son oeil ou que par ses duels tournant mal. La seule et unique chose qui pouvait vraiment mettre à la torture le pamphlétaire, c'était quand, après s'être rabiboché avec une personnalité qu'il avait insultée en vers, il devait s'escrimer, lors de la réédition du poème en question, à se trouver un ennemi dont le nom avait la même rime et le même nombre de pieds.   Laurent Tailhade par Félix Valloton, pour Le Livre des masques de Remy de Gourmont (1896)

Le 22 septembre 2015 à 08:44

Trop réaliste, la réalité virtuelle bientôt aussi ennuyeuse que la vraie vie

Présentés il y a une semaine lors du dernier E3 à Los Angeles, les nouveaux casques de réalité virtuelle pourraient, selon de nombreux spécialistes, atteindre très prochainement un niveau de détails permettant de retrouver le coté ennuyeux et pénible de la réalité. Au point que plusieurs joueurs pourraient se laisser tenter par un retour dans le monde réel. La vie c’est de la merde Brendan Iribe est le créateur du dernier casque de réalité virtuelle, l’Oculus Rift, petit bijoux de technologie. Le développeur affirme que son projet, toujours en cours de développement, atteint aujourd’hui un niveau de réalisme jamais égalé auparavant. « Nous souhaitons faire vivre au joueur une expérience bien connue : celle de la vie de tous les jours, ennuyeuse, barbante et répétitive  » explique-t-il Pour marquer le coup à l’E3, Brendan Iribe avait mobilisé plusieurs studios pour travailler sur des applications développées spécialement pour l’occasion. Simulation de file d’attente, regarder la pluie tomber par la fenêtre, remplir un formulaire administratif, dispute avec le conjoint, les joueurs ont pu avoir le choix entre plusieurs scénarios pour selon lui « une plongée déconcertante dans toutes ces petites choses du quotidien qui finissent par nous pourrir la vie  ». Christopher Trisby fait parti des rares privilégiés à avoir pu tester le fameux casque. Après avoir lancé plusieurs applications et passé des heures à peler de fausses pommes de terre et à chercher virtuellement ses clés, il avoue être totalement conquis. «  Techniquement c’est irréprochable. On retrouve vraiment l’agacement, le coté barbant, répétitif de la réalité » explique-t-il. Fortement déconcerté en retirant le casque, l’homme a préféré quitter le salon en courant  pour tenter de réaliser son rêve de devenir joueur de hockey professionnel.

Le 9 avril 2015 à 08:33

IRL

(Imprimeries Réunies de Lausanne)

- Moi, ça ne me dit rien, tous ces réseaux sociaux. Je préfère la vraie vie.- Mais les réseaux sociaux, c'est comme de la vraie vie, mais avec un écran devant.- Justement. Un écran. Ne dit-on pas "faire écran" ? C'est bien la preuve. Tout ça ne vaudra jamais une rencontre autour d'un café à la menthe dans un établissement traditionnel.- Mais oui mais regarde, sur Facebook, je peux très bien créer un évènement, "café traditionnel" à 16 heures, et j'invite tous mes amis à y participer et regarde, il y en a déjà trois qui ont dit "Peut-être" ! - Mais c'est facile, tout ça. Facile de se dire ami. Facile de dire "peut-être". Mais ce n'est pas ça, la vraie vie ! Nous, dans la vraie vie... déjà, à 16 heures, on travaille. Car la vraie vie, il faut la gagner. - Mais c'est quoi que tu appelles la vraie vie, au juste ?- Mais je ne sais pas, les rencontres au supermarché, à la poste, dans les transports publics, partout, la vie est partout si l'on prend le temps de lever le nez de son téléphone portable. - Ah mais nous aussi, dans la fausse vie, on adore le supermarché, la poste, les transports publics. Ça fait toujours des super statuts, très likogènes.- Voilà, toujours cette recherche d'attention, cette envie de plaire en permanence.- Mais dis moi, n'as-tu pas rencontré Gunda, ta charmante épouse, précisément par le biais d'internet ?-  Ah mais ça n'a rien à voir. Nous nous sommes rencontrés sur le forum d'un site de cuisine, dans les commentaires d'une recette de gougères. Le fromage, ça, c'est de la vraie vie. - Ça dépend. Pas l'emmental.

Le 4 juillet 2010 à 17:19

La femme la plus profonde du monde

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Brigitte Lenoir, la femme la plus profonde du monde est froide. Brigitte Lenoir s’entraîne. À la profondeur, au froid, aux mélanges de nitrox, de trimix et d’héliox, des mélanges réservés aux nageurs de combat. Elle plonge. Elle plonge des années durant. Des années de profondeur et de froid, des années à -110 mètres, à -120 mètres dans l’eau à quatre degrés du lac Léman. Le 10 avril 2010, elle bat un premier record : -154 mètres à Saint-Gingolph, en eau froide et douce. Dix jours plus tard, le 20 avril 2010, le record est pulvérisé par Sofia Ponce, au Venezuela : -190 mètres en autonomie complète, en eau chaude et salée, grâce aux mélanges minutieux de trimix 7/67, de trimix 10/50, de nitrox 32, de nitrox 50 et de nitrox 80. Alors Brigitte Lenoir s’entraîne, se prépare, se concentre. Ce sera au large de Dahab, en Égypte. Le 15 mai 2010, Elle atteint -200 mètres et remonte. Pallier, par pallier. Elle a dépassé Sofia Ponce de dix mètres, elle est tranquille, elle peut remonter calmement. Elle détient le record de profondeur féminine en eau salée. Mais chaude. À -147 mètres, son recycleur reste bloqué en position oxygène, un gaz bien trop simple pour des poumons mortels. Hyperoxie, perte de connaissance et convulsions. Personne ne pourra rien faire. Son corps restera dans la noirceur de la mer rouge. Depuis le 15 mai 2010, Brigitte Lenoir, la femme la plus profonde du monde, est froide.

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