Raphaël Chabloz
Publié le 06/05/2015

Mon pauvre ami de Morges


- Et toi, tu ferais quoi si tu gagnais à l'Euromillions ?
- Je ne sais pas. Je ne joue pas.
- Mais admettons, tu te trompes, tu joues par inadvertance et là, tu gagnes. Tu ferais quoi ?
- Je n'aime pas les loteries, moi. Je joue à la grande loterie de la vie, je me laisse porter par le hasard des rencontres, le hasard des jours, le hasard d'un...
- Ouais, ok. Mais si tu gagnes, mettons, à l'Euromillions. Ou même, je sais pas, à la tombola du FC Goumoëns. Tu fais quoi ?
- Je ne comprends pas que les gens, semaine après semaine, s'infligent ça, le choix des numéros, l'attente, puis la déception, forcément. On instaurerait un impôt de 10 francs par semaine et par personne, dont une partie des revenus iraient à une personne au hasard, tout le monde s'insurgerait. Et pourtant, on continue de payer volontairement cette taxe et de se demander...
- Tu ferais quoi avec cet argent ?
- Quand je pense à tout ce que les gagnants pourraient faire, éradiquer la faim dans le monde, investir dans l'écologie, sauver le Servette et non, ils continuent de perpétuer des clichés petit-bourgeois, les voyages, la grosse maison, les maîtresses et pour finir, une corde en or pour leur suicide...
- Parce que moi j'ai gagné et je me demandais ce que je devais faire, investir, rejouer, aller au bistrot...
- Et tu imagines que soudain, je vais te dire que justement, j'aurais besoin d'un petit prêt, faisant alors sombrer cette petite chronique dans le cliché le plus grossier ?
- Non, c'est juste que je me demandais quoi faire.
- Ben, je sais pas, tu as gagné combien, au juste ?
- Huit francs cinquante.
Bien que n'ayant jamais pratiqué le water-polo, je suis blogueur, journaliste, suisse, traducteur et parfois même auteur, mais pas trop. J'aimerais vous parler de mon enfance et de ma passion pour les dés de courgette. Hélas, les icônes scintillantes figurant sur ce site me terrifient et, pour le dire franchement car c'est important la franchise, me tétanisent.

http://www.bonpourtonpoil.ch/ 

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Le 21 septembre 2011 à 09:19

Le gros lot

Qui n'a pas un jour mis des petites croix dans les cases en espérant en faire une grande sur sa vie. Même moi, un jour j’ai joué à la loterie. La vraie, la grosse. Celle pour les mecs, avec des poils et tout. L’Euromillion... J’ai regretté. Ça m’a foutu les jetons (pourtant des jetons pour un jeu d’argent, ça tombait bien). 162 millions d’euros… Pffiiou... Si on me donne des pièces d’1 euro par exemple, ça me fait une pile de 162km de haut. Vu que je n’ai aucune chance de la faire tenir debout, le mieux serait de les aligner, debout sur la tranche, face contre face. Et là, j’aurais un rouleau de 162km… de chez moi jusqu’à beaucoup plus loin, rien que des pièces de 1 euro. Plus d’une heure trente de bagnole, sur l’autoroute et s’il n’y a pas de travaux, pour toutes les voir… Même si on me donne des billets de 10 euros, j’aurai quand même une liasse d’environ 1km620 de haut ! 5 tours Eiffel. Un coup de vent, et tous mes billets de foutre le camp un peu partout. Certes, les billets on peut les ranger ailleurs. Dans les ruines d’une banque pour faire plaisir aux courtiers et autres assureurs qui se battraient pour me lécher le cul (sûr que là je serais moins regardant sur mon hygiène. Ben oui, tant qu’à faire…). Mais ils se serviraient au passage. Pas si grave, de toute façon c’est impossible de dépenser tout ça à moins de faire une guerre. Là oui, tu dépenses ça toutes les heures. Mais bon, c’est un peu chiant. Il faut parler américain, il y a du sable, il fait chaud, et tout et tout. Et si je gagne, je devrais expliquer aux médias pourquoi je n’ai pas changé de voiture, ni acheté une île au soleil, ni un jet privé, ni une équipe de foot, pourquoi je n’ai pas un yacht de 60m de long avec un équipage de 10 personnes pour décapsuler ma bière, pourquoi à la Saint-Valentin je n’ai pas offert une bague plus grosse, et pourquoi je n’habite pas dans un maison de 42 pièces avec vue sur l’amer… Mais moi, je ne veux pas tout ça. Devoir fuir pour éviter d’être harcelé. Me terrer avec ma famille pour éviter les enlèvements. Bouffer du caviar à la louche et boire du champagne, en me faisant chier comme un crabe royal mort sur une plage déserte. Fréquenter des stars complètement pleines, et coucher avec des mannequins vides. Créer une fondation humanitaire, et ne plus dormir la nuit parce que même avec 162 millions je n’arrive pas à faire assez... Non, moi je ne voulais rien changer. J’ai eu du bol. J’ai perdu.

Le 11 novembre 2014 à 07:52

L'expression "Tout est bien qui finit bien" ne s'appliquerait qu'à la fiction

Une enquête menée auprès de la fine fleur des scénaristes et auteurs de fiction français révèle que l’expression « Tout est bien qui finit bien » ne s’appliquerait pas au monde réel, mais serait plutôt un pur produit de leur imagination. Ils sont environ 1500 à avoir accepté de répondre aux questions de l’équipe de Dominique Meyre, Docteur en sciences du langage. Les résultats sont sans appels, puisque tous les auteurs affirment à l’unanimité avoir tout inventé lorsqu’il terminaient leurs oeuvres dans un « happy end ». « Mais bien sûr que tout est faux. Vous pensez vraiment que dans la réalité, les gentils s’en sortent et que le héros mal dans sa peau repart avec la belle qu’il convoitait depuis des années.  Réfléchissez un peu et ouvrez les yeux » explique Noémie Haddouche, scénariste pour la télévision. Un fantasme collectif Sceptiques sur leurs premiers résultats, les équipes du Docteur Meyre ont donc poussé leurs vérifications jusqu’à mettre le nez dans les histoires privées de plusieurs milliers de volontaires. Et là encore les chiffres parlent plus que les mots, puisque les chances de voir survenir une fin heureuse tomberaient à 11% dans la réalité. « Il faut arrêter avec ce fantasme généralisé qui consiste à penser tout le temps que les choses vont rentrer dans l’ordre avec le temps. Maintenant c’est établi » affirme le professeur. Dominique Meyre dit espérer que les conclusions de son étude pourront faire évoluer les mentalités. « Les raisons de ne plus espérer et de céder au fatalisme ne manquent pas, mais les gens continuent bêtement d’avoir foi en l’avenir. Cela est très préoccupant » explique-t-il en précisant vouloir proposer une signalétique particulière sur les œuvres de fiction, rappelant au lecteur ou au spectateur au moment du happy-end que toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. La rédaction

Le 16 mai 2011 à 12:00

Helvète underground

ventscontraires sans frontières

Raphaël Chabloz est un nouveau venu parmi les chroniqueurs de ventscontraires.net. Dans le reste du monde, celui qu'on connaît mieux sous le nom de Raph FlipFlap est une véritable star. Depuis 2003, son blog BonPourTonPoil s'est imposé comme une véritable institution en termes d'absurde, d'humour décalé et de lolistique comparée. C'est depuis son QG secret planqué dans une zone reculée de l'Helvétie profonde qu'il a accepté de répondre à nos questions.Quand et pourquoi avez-vous commencé votre blog ?Le 7 mai 2003. A la base, je voulais écrire un article sur les blogs, alors j'en ai lu quelques-uns. Je me suis dit que c'était pratique pour écrire des bêtises et, surtout, les faire lire, sinon ça n'a pas grand intérêt (je n'ai finalement écrit mon article qu'un an plus tard).Votre premier article parlait de quoi ?Je m'y demandais de quoi parler. C'est assez amusant parce que huit ans plus tard, je n'ai toujours pas trouvé. Vous pouvez le lire là. Lâchez des comms !Comment pourriez vous caractériser votre style/humour/ton ?Spontanément, le mot qui me vient à l'esprit est : chamarré.Mais encore ?L'absurde, les mauvais jeux de mots, le cynisme et les bébés animaux me font beaucoup rire, j'essaie de mélanger un peu tout ça.Qui est, selon vous, l'inventeur de l'humour ?Noé. "Je vais construire un bateau et mettre dedans deux moustiques, deux galagos, des baleines et deux bacilles de Koch", c'était une excellente blague. Dommage qu'on l'ait pris au premier degré, surtout pour les moustiques.D'autres modèles, inspirateurs ?Il y a des gens qui me font rire, et je pense que ça se sent : Gotlib, Alexandre Astier, Edika, Jean-Michel du 59. Et Desproges, bien sûr (je le connais trop mal, mais la loi oblige à le citer)Internet est une source d'inspiration pour vous. Ils faisaient comment les humoristes avant ? Ils sortaient dans la rue ?Je ne sais pas. Il y avait des vidéos de chats, dans la rue ? Internet, c'est pratique, parce que ça permet de passer ses journées au café du commerce sans devenir alcoolique. (Même si, parfois, ça donne envie de boire pour oublier, quand même)Dans la vraie vie, vous êtes quelqu'un à qui on demande de raconter des blagues (ou d'arrêter avec ses blagues) ou quelqu'un de plus sombre ?Je ne raconte pas tellement de blagues, au sens totoesque du terme. Je suis plutôt timide, donc non, je ne suis pas tellement le boute-en-train de la soirée. Cela dit, internet ce n'est pas de la fausse vie.Vous êtes depuis peu chroniqueur pour ventscontraires. Qu'est ce que ça a changé à votre vie ?Le premier effet, ça a été qu'à chaque fois qu'un de mes amis a, comme disent les jeunes, liké la page, j'ai vu ma tronche apparaître sur Facebook, ce qui est assez déstabilisant. Et sinon, j'ai vu que Noël Godin était un de mes « collègues », ce qui est hyper prestigieuxAuriez-vous un message à lui faire passer ?Comment se fait-il qu'Oskar Freysinger* n'ait encore jamais été entarté ? (*Oskar Feysinger, membre du parti populiste suisse UDC, principal porte parole de l'initiative  "Contre la construction des minarets")Suisse et jeune, c'est compatible ?C'était totalement interdit, jusqu'au jour où la Suisse est devenue championne du monde de football des moins de 17 ans. Depuis, c'est toléré, mais à condition de jouer en silence, merci. Et suisse et drôle, c’est légal ?Il y a d'excellents humoristes suisses, comme Frédéric Recrosio et Jean Ziegler*. Titeuf, mais il a mal tourné, Plonk&Replonk et Patrick Juvet.(* Jean Ziegler est un homme politique, sociologue, écrivain et polémiste suisse. Son livre L'Empire de la Honte a inspiré le documentaire We Feed the World.)Au fait, où sont les femmes ?La mienne est au sport, à cette heure-ci. (Oui, on peut être suisse et sportif)L'humour est-il un sport de combat ?Je n'ai jamais réfléchi à la question et pourtant, je ne suis pas trop fan des coups portés au-dessous de la ceinture. Etes-vous tenté par d'autre formes d'écriture : roman, scénario, odes, discours politique ?Roman, oui : j'en suis à mon 1740e chapitre 1 en 18 ans. J'ai aussi écrit des nouvelles, j'ai une idée de scénario de bd sous le coude mais il faudrait que je la mette plutôt sur papier. En fait, je m'intéresse environ à tout ce qui demande de l'imagination, mais je suis aussi et surtout un champion de la procrastination. Et je suis très intéressé par les cartes postales. Quelle est la plus belle carte postale que vous avez reçue ?J'ai une magnifique collection de cartes postales moches, car internet sert aussi à rencontrer des fous. Ma préférée... peut-être cette magnifique reproduction d'un château anglais en hologramme.Quelle carte postale aimeriez-vous envoyer aux lecteurs de ventscontaires.net ?Une carte postale avec des bébés chats, un jeu de mots genre "Chat baigne" et la recette de la souris d'agneau. Et au dos, classique, efficace : temps magnifique, soleil radieux, bisous. Par contre, il me faudra leur adresse.Et enfin, une question simple pour conclure : qu'est-ce qui pourrait changer le monde ?Les jeunes UMP, ou alors l'interdiction de la méchanceté, la béatification de Barack Obama. Ou les bébés chats.

Le 5 mai 2015 à 08:00

Les sosies des stars à leur tour tentés par l'exil fiscal 

Effet pervers et surprenant de l’exode fiscal de plusieurs vedettes françaises ces dernières semaines, quelques uns de leurs sosies annoncent être à leur tour tentés de suivre leur modèle et de s’expatrier fiscalement, pour suivre en toute logique leurs illustres inspirateurs. Reportage. Un métier ingrat qui demande des sacrifices Nouveau rebondissement dans la polémique autour des exilés fiscaux de renom qui fuient le fisc à l’étranger. Après le départ médiatique de Gérard Depardieu et son obtention de la nationalité russe, ou celui, plus ancien, de Johnny Hallyday, c’est au tour des sosies des vedettes de décider de partir. Pour eux, il s’agit avant tout de coller à leur modèle et d’offrir au public la meilleure prestation possible. Nous avons rencontré certains d’entre eux qui ont accepté de s’expliquer. André Brehert est âgé de 56 ans. Il est un des sosies de Gérard Depardieu. Et depuis plusieurs jours, il prépare lui aussi son départ pour la Belgique. Motif : être le plus crédible dans son œuvre de reproduction. « Le métier de sosie demande beaucoup de sacrifices, il est ingrat. Vous devez agir et vous comporter comme votre modèle. Mais ce n’est pas facile. C’est une étape de plus » explique André. Celui-ci a déjà déposé une demande de domiciliation auprès de la petite ville de Néchin où réside déjà Gérard Depardieu. « Je n’ai pas peur, cela fait partie du métier. J’ai pris plus de 35 kilos, et subi deux opérations à cœur ouvert donc non, ça ne m’impressionne pas plus que ça. J’espère surtout retrouver mon public là-bas » Michel Grebault a 67 ans. Depuis vingt ans, il est un des sosies officiels de Johnny Hallyday. Et comme lui, il a choisi l’exil fiscal, à Gstaad en Suisse « Ça n’a pas été facile au début mais pour moi c’était logique. En tant que sosie, il faut que je me mette dans la peau de mon modèle, que je ressente les longs moments de solitude et d’ennui profond dans une station de sports d’hiver huppée où Internet passe difficilement et où, comme me l’expliquait mon ami Français Groclert, sosie de Michel Sardou, on s’emmerde quand même pas mal. …» Autre sosie, autre situation. Pierre Dacqueux est sosie d’ Alain Afflelou. Bien que peu connu,  ce sosie a aussi décidé de déménager. Direction l’Angleterre. Si Alain Afflelou – le vrai – se défend d’un quelconque exil fiscal, pour son sosie, c’est l’occasion de toucher enfin un nouveau public. « Pour moi c’est très positif, c’est un nouveau départ. J’ai eu beaucoup de mal à remplir les salles en France, j’ai très hâte de commencer. j’espère que le public anglais sera plus compréhensif ». Contacté par le Gorafi, le gouvernement a refusé de commenter ces informations. Le Gorafi

Le 2 novembre 2011 à 08:45

France-Ethiopie

Carte postale d'Addis Abeba

Vue à travers les yeux de bon nombre d’Ethiopiens, la France est un Eldorado prodigieux où l’argent déborde des poches de tous comme d’une fontaine inépuisable, où les gens habitent dans de belles et vastes maisons remplies d’objets de prix, où personne ne meurt de faim, où l’on peut rire publiquement du gouvernement ; bref, où liberté et abondance sont les maîtres mots. Un paradis fermé, inaccessible, dont la clé est un visa. Saint-Pierre, qui la détient, habite à l’ambassade, derrière un guichet vitré. Il a laissé sa barbe et son sourire bonhomme quelque part dans les nuages. Il n’est pas très accommodant.   Moi qui suis français, je ne me laisse pas prendre à ces histoires d’une naïveté amusante. Je ne m’en laisse pas conter, non : je lis la presse en ligne. On y trouve toutes sortes de récits édifiants. Les cantines servent trop de viande, le PSG bat Lens sur le score de 3 à 1, les chiffres des derniers sondages baissent, l’immobilier monte, tel politique de droite gesticule vigoureusement, tel autre, à gauche, mouline des bras pour faire du vent (contraire). Je peux embrasser d’un seul coup d’œil cent petites phrases, mille analyses, cent mille faits divers, tous très importants.   A y bien réfléchir, on s’y perd un peu. Je ne la vois peut-être pas si bien, la France, là-dedans…   Si l’on ne peut croire ni le regard des Ethiopiens ni celui des médias, il me reste du moins les yeux du souvenir. Que vous dirai-je ? Vues d’Addis Abeba, les rues françaises manquent de chiens errants et d’ânes en goguette, de chats pelés, d’eucalyptus, de chèvres, d’odeurs de café frais mêlé d’encens, de soleils froids et rasants, de grands tissus blancs flottant derrière les femmes. Mais on peut y déguster en terrasse, dans ce petit restaurant de la rue de l’Arbre Sec, des planches couvertes de fromages et de charcuterie, arrosées d’un rouge léger de Loire dont la seule évocation me met les larmes aux yeux.   La voilà, tiens, la France que je préfère. Celle qui rigole à une table de bistro dans la fraîcheur automnale, les yeux allumés par le Bourgueil.   Cette table même où, il n’y a pas si longtemps, je rêvais de l’Ethiopie.

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