La crise du travail
Publié le 06/05/2015

Emmanuelle Pireyre, Gilles Weinzaepflen : "Mes chers concitoyens, j'avais dit que je le ferai... et je l'ai pas fait"


Rêve et travail 3#

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Autres épisodes :

Diplômée en féerie générale, la romancière Emmanuelle Pireyre s’acoquine avec le barde cinéaste et musicien Gilles Weinzaepflen pour nous évader du boulot en chansons rêveuses.
« Quand on voit l’état du travail, comme disait un jour à ses collègues de la mairie Victor Hirsch, un élu de la team municipale, quand on voit l’état du travail, on se dit qu’il faudrait un gros levier pour le déplacer. Ce gros levier serait le rêve, on utiliserait la force centrifuge du rêve, car ce rêve serait un rêve centrifuge à la Jung et pas un rêve centripète à la Freud. Vous ne voyez plus comment vous en sortir ? Rêvez, disait Victor Hirsch. Vous exécutez chaque jour des tâches que vous désapprouvez ? Rêvez. Vous vouliez être gardien de la paix, mais vous voilà posté en bas des escaliers de la gare à trier les visages par couleurs dans le plus pur style apartheid ? Rêvez. Vous vouliez créer des meubles, et vous débitez des planches d’aggloméré toxiques ? Rêvez, rêvez plus fort. »

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Trousses de secours 2e saison : conférences-performances autour de la crise du travail

Formation ouverte à tous : soyez encore plus flexibles, plus compétitifs, plus « zéro défaut » qu’on vous le demande… mais autrement ! Les écrivains, chercheurs, artistes des conférences-performances du Théâtre du Rond-Point renversent perspectives et idées reçues, croient au partage horizontal des savoirs, déboulonnent férocement les piliers de la pensée dominante.

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Le 10 avril 2017 à 09:52

Jean-Daniel Magnin : "Dans un canard", les influences

Ses pièces ont été jouées au Festival d’Avignon, à la Comédie-Française. Avec "Dans un canard", il écrit et met en scène une comédie grinçante qui épingle la drôle de catastrophe de la société du travail, ses dérives, ses failles, ses pièges, sa folie. Jean-Daniel Magnin — J’ai eu la chance d’avoir exercé trente-six métiers parallèlement à ma vie d’écrivain de théâtre, à tous les échelons et dans tous les secteurs. Mais c’était avant la mise en place de cette méthode de domination appelée  le benchmarking, avec ses coachs-évangélistes, ses autoévaluations mutilantes, la recherche de la qualité zéro  défaut qui contrôle, compresse et parfois tue. Si vous désirez en savoir plus, et si vous avez les nerfs solides, regardez sur le Net la formidable série documentaire La Mise à mort du travail de Jean-Robert Viallet, et aussi les analyses accablantes du psychiatre du travail Christophe Dejours.    La leçon que j’en tire ? La pièce campe un monde où les revendications syndicales, la défense des droits sont  oubliées ou perçues comme obsolètes. C’est la maladresse du héros qui va provoquer des catastrophes et révéler la souffrance de chacun au sein de l’entreprise. Je ne suis pas optimiste quant à la résistance possible dans le  monde du travail, mais je crois à une chose qui grippera à un moment ou un autre la machine, une chose qui réside au fond en chacun de nous : la paresse et la lâcheté, un peu comme autrefois dans le monde soviétique...  Cette pièce n’est pas un constat ni une leçon sur notre rapport au travail, mais plutôt une vision tendre et comique qui va contribuer, je l’espère, à nous rassembler un instant autour de cette question. Qu’est-ce qui est pire ? Travailler, ou ne pas travailler ? Je ne pense pas que la question soit celle du travail, mais plutôt celle de l’emploi. Dans le monde sans emploi et automatisé en train de se mettre en place, tout un chacun devrait pouvoir s’adonner sans souci à l’activité  qui le motive et le fait grandir. Qu’il s’agisse d’art, d’engagement associatif, de bricolage ou d’agriculture,  peu importe. Il faut regarder vers les pays qui commencent à mettre en place un système de revenu garanti  minimum, et considérer l’émergence croissante d’initiatives expérimentant une économie contributive qui  permettrait à chacun de se responsabiliser sur ces questions...    > en partenariat avec theatre-contemporain.net

Le 31 juillet 2014 à 08:34

François Jarrige : "Et si on imaginait une société où le travail serait libérateur ?"

Rage contre la machine ? #3

François Jarrige est historien, enseignant-chercheur à l'université de Bourgogne. Il s’intéresse à l’histoire des mondes du travail, des techniques et aux controverses qui ont accompagné l’industrialisation. Il a notamment publié Au temps des « tueuses de bras » (2009) et Face au monstre mécanique (2009). Son dernier ouvrage Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences est sorti en février aux éditions La Découverte. Troisième et dernière partie de l'entretien qu'il a accordé à ventscontraires.net > Première partie   Rencontre-t-on des oppositions majeures à ce mouvement ? Quelles formes prennent-elles ? Assez peu, il me semble. La colonisation de nos vies par l'informatique est si rapide, l’atomisation des individus si poussée et la croyance dans les vertus intrinsèques du progrès technique si puissante que la contestation de ces nouvelles trajectoires semble très limitée. Les protestations existent, mais elles sont marginales et marginalisées et très peu relayées par les médias et les institutions dominantes. On peut par exemple citer le cas de ces éleveurs résistant à l’électronisation de leur troupeau, et à la généralisation du puçage des bêtes couplés à des logiciels de traçage. Contre cette évolution un collectif intitulé « Faut pas pucer » a vu le jour ; des groupes d’opposants sont apparus dans les régions de montagne où subsiste un petit élevage, comme dans le Tarn, les Alpes-de-Haute-Provence ou l’Ariège.   Doit-on se résoudre à entrer dans une société post-travail ? Faut-il s'en inquiéter ou s'en réjouir ? Cette question ne cesse de revenir et a beaucoup occupé les sociologues, les philosophes et les économistes depuis 30 ans. Le débat sur la fin du travail et la forme d’une société « post-travail » semble renaître à chaque phase de chômage de masse, on le trouvait déjà dans les années 1930. Dans les années 1990 on a beaucoup discuté de la « fin du travail » ou du moins de la place du travail dans la société de loisir qui s’annonçait. Il est indéniable que le volume de travail a fortement diminué dans les pays industrialisés, le temps travaillé en Europe constitue moins de 20 % du temps éveillé aujourd’hui contre 40 à 50 % dans l’industrie du XIXe siècle. Face à ce constat, deux positions se font face : certains s’en réjouissent et voient dans la disparition du travail une chance à saisir. La réduction drastique du temps du travail au profit des loisirs, voire la création d’un « revenu universel » découplé de tout travail, devrait permettre à chacun de s’émanciper en profitant du temps libéré. Les médias et la culture de masse, les séries TV et les jeux vidéo, semblent d’ailleurs tout prêts pour occuper ces temps de loisirs rendus disponibles. D’autres s’en inquiètent au contraire car le travail reste une valeur centrale, l’horizon essentiel par lequel les individus s’insèrent dans la société et obtiennent des biens aussi bien matériels que symboliques.   Quels sont les scénarios de transition possibles ou souhaitables ? Ce qu’on appelle une société post-travail a en réalité peu de sens car elle peut revêtir des visages très différents. S’il s’agit de supprimer le travail salarié le plus aliénant au profit d’un monde d’égaux, on ne peut que s’en réjouir ; s’il s’agit en revanche de créer un peuple d’humains soumis et désœuvrés, dépendants des robots et de leurs prothèses numériques, alors l’avenir s’annonce assez sombre. L’alternative n’est pas à mon avis entre un monde dominé par le travail et un monde libéré du travail, il est plutôt entre un monde fondé sur un travail absurde et aliénant et un monde du travail émancipé et émancipateur. Tous les travailleurs savent combien le travail peut être épanouissant et joyeux, et combien certaines activités manuelles sont tout aussi dignes – voire bien davantage – que les « tâches cognitives » des cadres supérieurs. Au lieu d’une « société des loisirs » floue et illusoire, j’aimerai une société du travail libéré, créateur et écologiquement sain. Ne pourrait-on pas imaginer de réorienter les trajectoires techniques pour les redensifier en travail, au lieu de la quête incessante de productivité visant à éliminer l’humain ne serait-il pas possible d’imaginer une société où le travail serait libérateur, source de joie et de plaisir, sans effet prédateur à l’égard du monde et des autres ?

Le 4 août 2014 à 09:28

Dominique Méda : "La réduction du temps de travail devrait absolument être pensée comme un projet de société"

C'est pas du boulot ! #2

Dominique Méda est professeure de sociologie à l'Université Paris-Dauphine, titulaire de la chaire Reconversion écologique, travail, emploi, politiques sociales au Collège d’études mondiales. En 2013, elle a publié La Mystique de la croissance. Comment s’en libérer chez Flammarion et Réinventer le travail avec Patricia Vendramin aux PUF. Deuxième partie de l'entretien qu'elle a accordé à ventscontraires.net La réduction du temps de travail est-elle essentiellement un outil de lutte contre le chômage ou un pas vers un autre type de société ? Elle devrait absolument être pensée comme un projet de société ou du moins comme l’un des instruments intéressants nous permettant d’organiser la transition vers une société où les différentes activités marchandes et non marchandes seraient mieux équilibrées, où elles seraient également mieux réparties entre hommes et femmes (par exemple, j’avais pu mettre en évidence avec des collègues que la RTT avait permis un début de rééquilibrage dans la prise en charge des enfants) et où la qualité de l’emploi devrait être mise au cœur de nos préoccupations. Plus généralement, je pense qu’il faut tenir ensemble les questions relatives à l’avenir du travail et à la nécessité d’engager nos sociétés dans une véritable reconversion écologique qui nécessitera un plus grand volume de travail, qu’il nous faudra répartir sur un plus grand nombre de personnes. La RTT pourrait donc être un instrument puissant au service du changement du travail, de la lutte contre le chômage et de la transition écologique.   L'automatisation croissante nous condamne-t-elle à une disparition du travail ? Je ne le crois pas. Certes, des tâches de plus en plus nombreuses seront prises en charge par des robots, mais de très nombreuses activités nécessitent du travail humain dans l’éducation, la prise en charge des enfants ou des personnes âgées, la santé…Surtout, nous devons bien comprendre que la nécessité de prévenir le changement climatique et donc de réduire nos émissions de gaz à effets de serre nous oblige désormais à produire de façon très différente et très certainement, comme l’a bien mis en évidence Jean Gadrey, avec plus de travail humain.   Tous les secteurs d'activité sont-ils aujourd'hui menacés ? Nous ne devons pas céder au déterminisme technologique : certains secteurs seront certainement plus robotisés et permettront des économies de travail humain, mais nous devrons avoir recours à de plus grandes quantités de main d’œuvre dans bien d’autres : tous ceux qui nécessitent du lien, comme je le disais plus haut, mais aussi le secteur des énergies renouvelables, l’agriculture, le bâtiment, le recyclage qui, étant données les contraintes écologiques auront besoin d’un plus grand volume de travail. Philippe Quirion a évalué le nombre d’emplois accompagnant l’un des scénarios présentés lors du débat sur la transition énergétique, le scénario Négawatt, fondé sur un surcroît d’efficacité et de sobriété. Il a mis en évidence que la mise en oeuvre de ce scénario s’accompagnerait de créations d’emplois en nombre non négligeable. Par ailleurs, on peut penser que la relocalisation des activités nécessitée par l’anticipation du changement climatique et le souhait des populations de retrouver du sens au travail pourrait pousser dans ce sens. Il n’en reste pas moins que nous continuons et continuerons sans doute à faire des gains de productivité et qu’il importe de réduire le temps de travail à due proportion. Il y a d’ailleurs autour de cette question des gains de productivité de véritables choix de société à opérer : cessons de penser que nos comportements doivent nous être dictés par l’évolution du progrès technique. A nous de dire quels services nous voulons, avec quelle qualité de travail, avec quelle quantité de main d’œuvre employée. Si nous utilisions pour mesurer nos progrès d’autres indicateurs que le PIB, nous pourrions faire des choix de façon plus informée. Pour revenir aux gains de productivité, je suis d’accord avec Gadrey qui pense qu’on doit cesser de vouloir en faire dans certains secteurs et que l’on doit y substituer des gains de qualité et de durabilité.

Le 28 novembre 2016 à 17:53

Kery James : faire se rencontrer les deux France

Rond-Point – Kerry James, pourquoi aujourd'hui écrire et interpréter une pièce de théâtre ? Kery James – Je veux faire de À vif une pièce dont on ne ressort pas indemne, une pièce qui marque, bouleverse parfois et peut-être même change les choses. Peut-être même une seule. Une pièce importante, sociale, nécessairement politique mais pas politicienne. En d’autres termes, une pièce qui participe à la vie de la cité. Ce sont là les objectifs que je me suis fixés tout au long de ma carrière musicale et je ne saurais faire autrement dans le théâtre, la peinture ou le cinéma. Cette pièce a selon moi la capacité d’intéresser un très large public car elle raconte la rencontre entre ce que j’appelle les « Deux France ». « Deux France » qui ne se connaissent pas ou s’ignorent. « Deux France » qui se méprisent parfois et qui continueront à avoir peur l’une de l’autre tant que seuls les médias et la classe politique leur serviront d’intermédiaires.   Ces deux mêmes France que l’on va tenter d’opposer en 2017, lors des élections présidentielles. Il est une évidence que les mots d’ordre pour les prochaines élections seront la division, la stigmatisation et l’exclusion d’une partie des Français du sentiment d’appartenir à la Nation. Il s’agira d’une course pitoyable à la séduction de l’électorat de Marine Le Pen.   Cette pièce ne règlera certainement pas le problème, mais proposera quelque chose de fondamental à la cohésion nationale : un dialogue. Elle tentera de briser les idées reçues et de mettre en évidence la complexité de ces deux France que certains tentent d’opposer en les présentant comme deux blocs compacts et soudés dans lesquels tout le monde vit et pense de la même manière.   C’est pourquoi tout au long de mon écriture, je me suis efforcé à ne caricaturer aucune de ces deux France. Les deux avocats se livrent tous les deux à une plaidoirie fortement argumentée et construite. Je n’ai pas cherché à favoriser une opinion plutôt qu’une autre. Ma conviction intime étant que tous ensemble nous pouvons parvenir à améliorer la situation des banlieues en France et le vivre ensemble.   En 2012, je me suis produit au Théâtre des Bouffes du Nord pendant trois semaines. Accompagné d’un clavier et d’un percussionniste, j’y ai interprété les titres les plus marquants de ma carrière. Le public amateur de rap dans une forme plus habituelle n’a pourtant pas boudé le concept, au contraire. Il s’est retrouvé mélangé au public habituel du Théâtre des Bouffes du Nord et aux curieux, qui ne connaissaient pas mon répertoire. En raison du sujet évoqué, en plus du public habitué à fréquenter les théâtres, À vif attirera des spectateurs qui habituellement n’y viennent pas car ils le jugent, à raison selon moi, trop abstrait et éloigné de leur réalité.   Les deux France se rencontreront au théâtre, dans le réel et peut-être même, échangeront. Ce sera déjà un petit pas vers le vivre ensemble. Les montagnes sont faites de petites pierres.

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