Etienne Lécroart
Publié le 11/05/2015

Inutile de monter


Je m'appelle Etienne Lécroart.

Je fais des dessins d'humour dont tout le monde se tape et des bandes dessinées que personne n'entrave. 

J'ai quand même réussi à être membre de l'Oubapo et de l'Oulipo. On se demande bien comment.

Je ne comprends pas trop ce que je fiche ici. Et pour pas un rond.

http://e.lecroart.free.fr/

 

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Le 6 mai 2015 à 10:33

Mon pauvre ami de Morges

- Et toi, tu ferais quoi si tu gagnais à l'Euromillions ?- Je ne sais pas. Je ne joue pas.- Mais admettons, tu te trompes, tu joues par inadvertance et là, tu gagnes. Tu ferais quoi ?- Je n'aime pas les loteries, moi. Je joue à la grande loterie de la vie, je me laisse porter par le hasard des rencontres, le hasard des jours, le hasard d'un...- Ouais, ok. Mais si tu gagnes, mettons, à l'Euromillions. Ou même, je sais pas, à la tombola du FC Goumoëns. Tu fais quoi ? - Je ne comprends pas que les gens, semaine après semaine, s'infligent ça, le choix des numéros, l'attente, puis la déception, forcément. On instaurerait un impôt de 10 francs par semaine et par personne, dont une partie des revenus iraient à une personne au hasard, tout le monde s'insurgerait. Et pourtant, on continue de payer volontairement cette taxe et de se demander...- Tu ferais quoi avec cet argent ?- Quand je pense à tout ce que les gagnants pourraient faire, éradiquer la faim dans le monde, investir dans l'écologie, sauver le Servette et non, ils continuent de perpétuer des clichés petit-bourgeois, les voyages, la grosse maison, les maîtresses et pour finir, une corde en or pour leur suicide...- Parce que moi j'ai gagné et je me demandais ce que je devais faire, investir, rejouer, aller au bistrot... - Et tu imagines que soudain, je vais te dire que justement, j'aurais besoin d'un petit prêt, faisant alors sombrer cette petite chronique dans le cliché le plus grossier ? - Non, c'est juste que je me demandais quoi faire. - Ben, je sais pas, tu as gagné combien, au juste ? - Huit francs cinquante.

Le 20 mai 2015 à 08:34
Le 4 avril 2012 à 09:10

Pauvres gens !

Interrogé ce mardi dans la Matinale de Canal + sur ses relations avec André Bettencourt et les soupçons de financement illégal de sa campagne de 2007, Nicolas Sarkozy a démenti catégoriquement les accusations portées contre lui en dénonçant les « boules puantes » de ses adversaires politiques. Contredisant sa ligne de défense habituelle, le président-candidat a admis qu'il était « bien sûr » possible qu'il ait pu rencontrer l'ancien dirigeant de L'Oréal, précisant que ce dernier n'était pas un délinquant et que le « pauvre homme » était mort depuis des années.   Celui que beaucoup qualifient de « candidat des riches » révèle donc une nouvelle fois le lien particulier qu'il entretient avec les concepts de « richesse » et de « pauvreté ».   Déjà, en 2008, alors qu'un visiteur du Salon de l'Agriculture refusait de lui serrer la main, l'ancien maire de Neuilly-sur-seine lui avait lâché le désormais mythique « casse toi pov' con ».   Car dans la bouche de Nicolas Sarkozy, l'adjectif « pauvre » revêt une tonalité particulière : le pauvre est un objet de pitié ou de mépris, de condescendance et d'incompréhension.   A défaut d'éradiquer la pauvreté en France, celui qui prétendait être le président du pouvoir d'achat et dont le patrimoine personnel s'est accru de 28% en 5 ans fait donc habilement disparaître du champ sémantique de la pauvreté son étymologie première, celle de la misère et du dénuement.   Pour mémoire, en 2009, on considérait comme « pauvre » un individu dont les revenus mensuels sont inférieurs à 795 ou 954 euros. La veuve du « pauvre » André, Liliane Bettencourt, est à la tête d'une fortune estimée à 17 milliards d'euros et percevrait, excusez du peu, un revenu mensuel de plus de 34 millions d'euros. On a la pauvreté qu'on peut.

Le 21 décembre 2010 à 12:57

Laissez Noël en paix (réactualisé)

Conseil Citoyen 6

Nous voilà en décembre et ton moral en berne Face au jeu malicieux de ceux qui nous gouvernent Te fait conjecturer que pour le réveillon Tes rejetons n’auront ni cadeau ni bonbon, Que seuls de pauvres trous rempliront leurs chaussettes, Que tu n’auras pour feu que quelques allumettes Et que le seul sapin restant à décorer Ce sera ton cercueil et ses quatre poignées.   Arrête-là, veux-tu  et redresse la tête Surtout pour ce qui est de préparer les fêtes. Ne sais-tu pas, l’ami, que la nuit de Noël, Avec tous ses présents et sa bonne nouvelle,C’est l’arnaque du siècle et le baise couillon Le plus élaboré pour prendre ton pognon ? Si tu crains de sombrer au cœur de la tourmente Ne va pas te mêler aux masses consommantes. Il y a des moyens pour remplir une hotte Qui ne coûtent pas plus qu’une boîte de crottes.   Surtout pour ce qui est des tout petits enfants, Je veux parler de ceux qui ont moins de trois ans. Dis-toi bien que ceux-là ne savent pas du tout Si Noël est en mai, en décembre ou en août. C’est donc quand tu le veux, si tu veux bien le faire Et il en va de même à leur anniversaire. Et si pour eux quelqu’un te donne des étrennes Tu les mets dans ta poche et puis tu les fais tiennes.   A partir de trois ans et disons jusqu’à sept Si tu ne donnes rien, ils te feront la tête. Alors n’hésite-pas, vas-y le cœur en liesse, Rends leurs allègrement le menu de leur pièce ; Tableaux de grains de riz, cendriers de Saint-Jacques Poupées de mie de pain ou colliers de pâtes.   Pour les plus grands, ma foi, tout est dans l’emballage Et dans la marque aussi. Ce qu’il faut pour leur âge, C’est un logo connu qu’ils pourront exhiber. Dans ce goût tout est bon et rien n’est prohibé. Passe chez Emmaüs et pique une étiquette Recouds là bien en vue sur une autre liquette Et ne t’affole pas à cacher l’origine Grande marque ou chiffon tout est cousu en Chine.

Le 2 novembre 2011 à 08:45

France-Ethiopie

Carte postale d'Addis Abeba

Vue à travers les yeux de bon nombre d’Ethiopiens, la France est un Eldorado prodigieux où l’argent déborde des poches de tous comme d’une fontaine inépuisable, où les gens habitent dans de belles et vastes maisons remplies d’objets de prix, où personne ne meurt de faim, où l’on peut rire publiquement du gouvernement ; bref, où liberté et abondance sont les maîtres mots. Un paradis fermé, inaccessible, dont la clé est un visa. Saint-Pierre, qui la détient, habite à l’ambassade, derrière un guichet vitré. Il a laissé sa barbe et son sourire bonhomme quelque part dans les nuages. Il n’est pas très accommodant.   Moi qui suis français, je ne me laisse pas prendre à ces histoires d’une naïveté amusante. Je ne m’en laisse pas conter, non : je lis la presse en ligne. On y trouve toutes sortes de récits édifiants. Les cantines servent trop de viande, le PSG bat Lens sur le score de 3 à 1, les chiffres des derniers sondages baissent, l’immobilier monte, tel politique de droite gesticule vigoureusement, tel autre, à gauche, mouline des bras pour faire du vent (contraire). Je peux embrasser d’un seul coup d’œil cent petites phrases, mille analyses, cent mille faits divers, tous très importants.   A y bien réfléchir, on s’y perd un peu. Je ne la vois peut-être pas si bien, la France, là-dedans…   Si l’on ne peut croire ni le regard des Ethiopiens ni celui des médias, il me reste du moins les yeux du souvenir. Que vous dirai-je ? Vues d’Addis Abeba, les rues françaises manquent de chiens errants et d’ânes en goguette, de chats pelés, d’eucalyptus, de chèvres, d’odeurs de café frais mêlé d’encens, de soleils froids et rasants, de grands tissus blancs flottant derrière les femmes. Mais on peut y déguster en terrasse, dans ce petit restaurant de la rue de l’Arbre Sec, des planches couvertes de fromages et de charcuterie, arrosées d’un rouge léger de Loire dont la seule évocation me met les larmes aux yeux.   La voilà, tiens, la France que je préfère. Celle qui rigole à une table de bistro dans la fraîcheur automnale, les yeux allumés par le Bourgueil.   Cette table même où, il n’y a pas si longtemps, je rêvais de l’Ethiopie.

Le 17 mars 2015 à 11:03

Oh je vous vois venir

Oh je vous vois venir, vous froncez le sourcil, vous vous dites, ça y est, il va encore nous vendre quelque chose d’inutile, faire sa réclame de bonimenteur devant l'étal, un découpe-caillou, un aspirateur à encre, un tabouret à treize pieds, une machine à se caresser la nuque quand on pleure. Je vous comprends, je comprends votre défiance, Mesdames messieurs, mais laissez-moi vous présenter un produit tout à fait révolutionnaire, quelque chose qui va changer votre vie, croyez-moi, ça va tout chambouler, faites-moi confiance ! Je vous présente… l’autre, oui l’autre ! Oui, c’est tout, mais attendez voir. D’accord, d’accord, il n’a l’air de rien, vous vous demandez sûrement ce que vous pourriez bien en faire, et puis il va attraper la poussière ! Eh bien je vous comprends Messieurs dames, oui, je vous comprends, et moi aussi, au début, et je vous le dis tout de go, je me suis dis que l’autre est quand même particulier ! Sans le vexer, sans le juger, sans le cataloguer, l’objectiver, l’étiqueter, faut reconnaître que l’autre est différent, oui c’est vrai, il est différent. Physiquement, il faut le savoir : l’autre ne nous ressemble pas. Pas du tout. Il a un autre nez, une autre bouche, un corps tout autre. Parfois, rarement mais ça arrive, un autre pourrait presque se faire passer pour nous, mais non, si on regarde bien, c’est un autre, certains détails le trahissent, par exemple sa voix ou sa façon de penser jamais tout à fait la même, jamais tout à fait la nôtre. Ah il ne sent pas comme nous, il ne voit pas comme nous, il n’entend pas comme nous. L’autre ne fait rien comme nous. Et autant que vous le sachiez, l’autre ne fait aucun effort pour être comme nous, pour être nous, non, oh non, l’autre est fier, il s’entête à être lui, à être l’autre et parfois, le plus fou, c’est qu’il nous prend pour l’autre, alors que l’autre c’est lui ! Ah madame, monsieur, oui, je vous comprends, on peut ignorer l’autre et passer son chemin. Vous vous demandez sûrement où je veux en venir alors, si l’autre est l’autre et ne veut être que lui ? Hein ? D’autant que pour tout vous dire, l’autre est pénible, oh oui, parce qu’il faut tout lui expliquer, parce qu’il doit tout nous raconter, vous voyez je suis franc, je vous dis tout, absolument tout, y’a pas d’entourloupe : l’autre est une perte de temps considérable, ah oui, on irait beaucoup plus vite s’il n’y avait que nous. Oui, messieurs dames, sans lui, sans l’autre, la vie serait plus facile, plus tranquille, on serait entre nous, pas gênés par les différences. Mais y’a un mais, messieurs dames, y’a un mais parce que oui, l’autre peut parfois être utile. Pour jouer au football, il faut un autre, au tennis, au rugby, pour porter des trucs lourds, pour apprendre des machins qu’on ne connaît pas, pour faire l’amour, faut un autre, pour l’amitié, pour sécher les larmes et vous tenir dans les bras, faut un autre. L’autre peut aussi servir à construire des cathédrales, des chemins de fer, des métros aériens, des vélos, l’autre a des qualités pour mener les révolutions, découvrir de nouveaux continents et aller sur la lune, l’autre fait l’union qui fait la force. L’autre a beaucoup d’autres qualités encore, d’autant qu’il y a énormément d’autres, je ne vous parle ici que de certains d’entre eux, par commodité et par nécessité, on ne va pas y passer la nuit. L’autre peut être utilisé à la guerre comme ennemi. Il peut faire un excellent rival amoureux. Sans lui, pas d’espoir de lutte, pas de conflit et donc de résolution du conflit. Il faut être deux pour faire la guerre et la paix. Il faut un autre pour se réconcilier. L’autre peut encore décorer une journée de sourires ou de moues bougonnes, l’autre peut surprendre, épater, décevoir, trahir, sauver, l’autre sert à aimer, à enfanter, à haïr, à tuer, à vivre, il sert à se sentir seul dans la foule ou heureux en famille devant un feu de cheminée, il sert à se changer les idées, à penser contre soi-même, à s’ouvrir le crâne en deux avec une hache pour voir le monde de deux façons différentes ou de mille si on rempile avec mille autres, il sert aussi énormément dans les bouchons sur le périph ou sur l’A6 les jours de grands départs. Oui Madame monsieur, sous ses airs de rien, l’autre est probablement la chose la plus utile qu’il soit, mieux qu’un plumeau à plafond haut, qu’un dénoyauteur de figue de barbarie ou qu’un mixer à huîtres, l’autre, c’est le trésor de la ménagère, du père de famille ou du célibataire, de la jeune fille, de l’intello, du prêtre, de l’ado, des soldats et des enfants heureux. Et vous savez le plus fort ? L’autre est gratuit ! Je vous en mets deux  ?

Le 6 juillet 2015 à 08:30
Le 26 août 2011 à 08:11

Ils veulent qu'on les taxe

Chronique d'un divorce annoncé

Ils brassent des milliards, ont des résidences principales et secondaires somptueuses, mais aussi des résidences ultra secondaires tout aussi somptueuses. Le luxe est leur religion. Le stupre leur divertissement. Les qualificatifs ne manquent pas pour désigner cette caste qui tient le monde entre ses mains : les riches, les ultra-riches, les milliardaires, les fortunes du CAC 40… La bourse est leur terrain de jeu. Les entreprises qu’ils détiennent, achètent, vendent, démantèlent sont les voitures de leur train électrique. Les salariés qui valsent au gré des plans de licenciement sont leurs petits soldats de plomb. Et voilà qu’aujourd’hui ces grands enfants trop gâtés par la vie font preuve d’un allocentrisme pour le moins suspect. Ils veulent qu’on les taxe, qu’on les impose. Ils affichent leur solidarité avec le monde d’en bas, celui qu’habituellement ils toisent, celui qu’ordinairement ils écrasent sans le moindre remord. Mais que leur arrive t-il ? Ont-ils été soudainement touchés par la grâce d’un autre Dieu que celui du capitalisme qu’ils vénèrent ? Ne rêvons pas. Evidemment non ! Mais peut-être craignent-ils que le seuil de tolérance de la populace ne soit trop proche, si proche qu’il deviendrait suicidaire de ne pas intervenir. Car le riche n’existe que tant que le pauvre accepte sa condition d’esclave, que tant que les miettes qu’il picore le maintiennent sous ce fameux seuil.

Le 16 avril 2013 à 10:06

Accidents domestiques : vers l'interdiction de la dernière marche des escaliers ?

Chaque année, les accidents domestiques font des milliers de morts et de blessés en France. Pour s’attaquer à ce problème de front, le gouvernement a demandé une étude d’urgence. Remise au Premier ministre ce jour, elle recommande l’interdiction de la dernière marche dans tous les nouveaux escalierset une vérification de tous les anciens escaliers. Une mesure qui suscite beaucoup de commentaires à droite comme à gauche. Cette matinée d’octobre, Luc s’en souviendra toute sa vie. Alors qu’il descend l’escalier qui mène à son hall d’immeuble, il rate la dernière marche. Le verdict est sans appel, une méchante foulure de la cheville. Mais cela aurait pu être plus grave. « Il m’est arrivé ce qui arrive à bon nombre de personnes au quotidien. J’ai raté la dernière marche. Je m’en tire à bon compte ». Chaque jour, ce genre d’accident domestique se produit partout en France, avec des conséquences parfois plus graves. Face à ce phénomène, le gouvernement a demandé un rapport destiné à mettre fin ou mieux prévenir ce risque d’accident. Parmi les choix retenus, celui de la suppression de la dernière marche des escaliers. « Dans plus de 85% des accidents constatés, c’est la dernière marche de l’escalier qui apparaît comme responsable direct. » affirme le rapport. La suppression de cette marche réduirait les accidents de deux tiers, toujours selon l’étude. « L’avantage est que vous n’avez plus à vous soucier de cette dernière marche, qui parfois surprend. Car souvent, et c’est le souci, après la dernière marche, il n’y a plus de marche. Le cerveau qui gère les informations cherche une marche après la dernière. Et c’est ce qui provoque les accidents ». Le rapport préconise que les nouveaux escaliers installés en France ne soient plus munis de dernière marche et recommande une inspection de tous les autres escaliers. « C’est une mesure démagogique et totalement irresponsable de demander d’inspecter les millions d’escaliers en France » affirme-t-on à droite. À gauche, certains s’interrogent sur la pertinence de l’étude, comme plusieurs députés écologistes qui affirment : « Supprimer la dernière marche est bien mais les statistiques montrent que les accidents arrivent dans les trois dernières marches, nous demandons donc plus d’audace au gouvernement ». Le Gorafi Illustration: EricVega/iStock

Le 9 juillet 2014 à 09:37

Maintenant nous sommes devenus la Mort

Nous vivons nos vies sous une dictature financière dominée par l’inquiétante bienveillance d’une minorité de criminels, qu’on appelle les super-riches. Le problème, leur problème, c’est qu’ils ne savent pas quoi faire de nous. Tout d’abord, ils vivent sur des principes d’une grande bêtise, qu’ils nous forcent à avaler : l’idée que la compétition entraine l’innovation ; l’idée d’un monde où la richesse appelle la richesse, et où de plus gros profits engendreront davantage de savoir, d’éthique, de bienveillance, de bonté… Autant de beautés et de grandeurs qu’ils n’ont toujours pas réussi à obtenir pour eux-mêmes, mais qu’ils imaginent résider pour nous quelque part au bout de leur incessante quête de réformes plus radicales, et d’inégalités plus massives. Soit ils sont idiots, soit ils nous prennent pour des idiots En fait, le pouvoir rend idiot. Et l’argent rend idiot. C’est presque mathématique : plus ils deviennent riches, plus ils ont peur, et puis ils nous font une vie infernale, remplie de mesures sécuritaires, d’interdits. Ce qu’il leur manque, c’est d’un véritable sens économique à long terme, où ils comprendraient que : plus ils ferment des usines, plus ils créent de la délinquance, et plus ils dépensent leur petits sous à acheter des instruments de flicage. Ce qu’il leur manque, c’est d’une véritable intelligence de l’humain, où, au lieu de considérer autrui comme un prédateur, ils comprendraient que les hommes, dans leur majorité, ne demandent pas mieux que de se comporter correctement, décemment. Leur seule excuse, au fond, ce serait qu’ils soient pervers. Leur seule excuse, ce serait qu’ils aient besoin de savoir que nous souffrons à cause d’eux pour qu’ils soient heureux. Ainsi parlait Jules Renard : « Il ne suffit pas d’être heureux : il faut encore que les autres ne le soient pas. » Leur seule excuse, ce serait qu’ils soient malades. Ils vont nous tuer à la tâche – c’est clair, mais laquelle ? Pour augmenter leurs marges, nos dominants licencient à tour de bras, et ils se retrouvent avec nous, sans maîtres et sans moyen d’adorer leur dieu « immatériel » : l’argent. Et maintenant, pour couronner le tout, ils ont peur. Peur qu’on leur foute de grosses grèves dans la gueule – une bonne grosse grève générale, crémeuse comme un gâteau de mariés, qui « immobiliserait » tout le pays et les « prendrait en otage ». Alors ils nous montent sans cesse les uns contre les autres. Ils créent des conflits partout ; c’est leur seul moyen de tenir. Maintenant il faut en plus qu’ils aient peur. Ce sont des enfants. Le travail – on en a besoin pour être. On en a besoin pour apprendre. On en a besoin pour rire. On en a besoin pour créer. On en a besoin pour aimer. Il n’y a rien de plus horrible que de ne pas travailler… La plus perdue de toutes les journées est celle que l’on a chômée. C’est le professeur Choron qui a raison quand il répond à Pierre Carles dans son grand film Choron dernière : « – Une société où les gens méprisent le travail, c’est-à-dire qu’ils méprisent ce qu’ils font… Pour quelle raison ? Tu vois bien les gars qui foutent rien. Qu’est-ce qu’ils font ? Où c’est que tu les retrouves ? Ils ont rien à se dire. « – Mais c’est pas naturel de travailler. « – Ta gueule, eh con, c’est pas naturel ! Mais tu me parles comme un âne ! Tu sais les ânes, ils ont toujours plein de trucs, plein de machins chouettes, etc. Ils ont tout lu. J’ai lu Proust, la Recherche du Temps perdu, etc. etc. etc. Plus ils ont d’« et cætera », plus ils ont l’air érudit ! Eh ben, le sage, il te dit qu’il faut flinguer tous les gens qui travaillent pas, ça c’est le comble de la sagesse ! » Le travail était autrefois indissociable du parcours initiatique : tout travail était sacré, parce que, dans tout travail, il y avait la transmission d’un regard, et la création d’un rapport entre nous et le monde. Dans tout travail, il y avait la possibilité d’apprendre un instrument qui serait à la fois une arme et une alliance dans la guerre nuptiale entre soi et la réalité. Aujourd’hui, après avoir détruit toute possibilité de transmission d’un savoir-faire avec leurs révolutions industrielle puis cybernétique, ils confient les jobs à des machines, nous privent de travail, et ensuite ils nous traitent de feignants. Mais ce profit a un prix : il plonge la Terre dans les ténèbres. Le monde devient petit. Le monde devient sombre. Ils sont peu et nous sommes beaucoup. Et ils le savent. Et ils savent qu’on ne s’arrêtera pas ; on ne s’arrêtera jamais. Le travail présente trois visages. Le premier visage, c’est la création. Le second, c’est la conservation. Et le troisième visage, c’est celui de la destruction. Quand il n’y a rien, il faut créer. Quand il y a quelque chose de beau, de juste, de décent, il faut le conserver. Et quand ce qu’il y a est pourri, il faut le détruire. Cette destruction est encore un travail, est peut-être le plus difficile de tous. Comme dit le Père Ubu : Nous n’aurons point tout démoli si nous ne démolissons mêmes les ruines ! Cornegidouille : il faut concevoir un travail shivaïque, un travail ubuesque, un travail apocalyptique. Il faut concevoir un travail qui soit le travail de la destruction. Moins ils nous donneront du travail, plus nous travaillerons à détruire cette absence de travail et nous leur prendrons même ce qu’ils ne nous donnent pas ; même ce qu’ils n’ont pas. C’est à détruire leur monde que nous travaillerons. Maintenant nous sommes devenus la Mort.

Le 13 mai 2015 à 07:39
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