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Publié le 14/05/2015

Monique Pinçon-Charlot/Michel Pinçon : "La violence symbolique à l'encontre des pauvres est extraordinaire"


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Autres épisodes :

Dans les millieux populaires, on perçoit que "les autres ne sont pas comme nous"

Dans leur travail sociologique, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon se sont beaucoup intéressés au concept de violence symbolique, inspiré par Bourdieu, dans le rapport riche/pauvre. Il appraît que la différence entre les riches et les pauvres n'est pas seulement matérielle et financière mais réside aussi dans l'intériorisation des inégalités culturelles et de relations.

Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

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Le 9 mai 2013 à 10:15

Christian Salmon : Ces histoires qui nous gouvernent #6

> Premier épisode           > Episode suivant Dans sa conférence-performance "Ces histoires qui nous gouvernent", l'écrivain et journaliste Christian Salmon poursuit son salutaire travail d'analyse du story-telling. Dans cet extrait, il revient sur un récit édifiant mais fictif qui a joué un rôle décisif dans l'intervention américaine en Afghanistan et même au-delà. "Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une « arme de distraction massive ».L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré. Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine. " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

Le 4 novembre 2014 à 10:55

Le Poème du Management et de la Mort

Article paru conjointement dans Le 1 n°30

La vie d’une langue ne dépend pas de ceux qui la parlent mais de ceux à qui elle s’adresse. La chaîne des causes et des conséquences y est inversée comme dans l’amour – où la puissance tantrique dépend moins de la finesse d’émission de ceux qui désirent que de la force de réception de ceux qui sont désirés. La langue n’est un outil de communication que secondairement ; elle est d’abord une maille pour attraper les êtres invisibles, un masque à pensées et une boîte à rêves. C’est pour ça que nous pouvons lire Finnegans Wake, alors que Joyce écrit dans une langue qui n’est parlée par personne. A la source de chaque langue, il y a sa relation avec la « langue des oiseaux », c’est-à-dire la façon dont elle entre en relation avec d’autres états de notre être – ceux que l’on appelle, à défaut d’un meilleur terme, les Anges. Ceux qui parlent « la Langue des Oiseaux » parlent secondairement aux hommes. A travers les hommes, ils s’adressent toujours aux êtres invisibles, aux animaux, aux âmes ou aux forces. Et tous les poètes parlent la « langue des oiseaux », qui n’est pas seulement une question de jargon secret mais parfois la simple découverte d’un rythme ou d’une syntaxe émotive inédite. Toute parole poétique, comme tout amour, est un passage vers l’au-delà. Ce n’est pas son mélange avec les autres langues qui appauvrit le français ; même celui de l’anglais des films et de la musique pop. Come on, dudes ! C’est sa contamination par le langage de l’entreprise, le jargon des publicitaires et politiques, la langue de l’information et de la communication. Ce qui tue une langue c’est son usage « de communication », c’est sa volonté d’être « comprise » à tout prix, son obsession à pénétrer dans le cerveau de son interlocuteur. Cette langue-là, qu’on voit à l’œuvre dans n’importe quel débat d’idées, on peut franchement la haïr comme un viol, parce qu’elle ne s’adresse qu’à ce qui nous rabaisse. Elle ne nous perçoit que comme de la viande à voter, acheter, se faire bien baiser, payer le prix fort et recommencer. Elle ne s’adresse jamais à l’Ange ou à l’Animal qui est en nous, mais toujours à cette sous-merde à laquelle nous voudrions échapper. Et on ne peut jamais lui répondre, puisque c’est à cet usage polémique qu’elle cherche toujours à nous rabaisser. C’est comme les oiseaux mécaniques qui pourrissent la vie du président Schreber : ça ne fait pas « débat » qu’il ne sert à rien de les insulter ou de les frapper ; le névropathe doit leur répondre par d’étranges variations homophoniques pour qu’ils se taisent : il doit les « confondre », les « rendre idiots ». On doit faire pareil avec les managers, les publicitaires, les chroniqueurs et les experts : seule l’interruption poétique pourra mettre fin à leur règne. On doit les tuer par un mystère qui les enferme et les dépasse. La presse quotidienne devrait ouvrir des pages « rebonds » aux écrivains asilaires, aux excentriques scientifiques, aux messies sans disciples : ce sont eux qui commenteraient l’actualité. Eux, mieux que personne, vivent dans les ténèbres de leur chair ce que nous expérimentons superficiellement à l’air libre. Comme Renfield dans Dracula, leur angoissant délire n’est jamais que la vision prophétique de l’apparition imminente d’un Maître de mort. Qui mieux que Jean-Pierre-Aimé Lucas, auteur d’un invraisemblable Traité d’application des tracés géométriques dans lequel il nie l’existence de l’hyperbole ou dissèque la charpente osseuse du cercle dans lequel il découvre quatre carrés de parfaite égalité, a décrit la folie extrême des instituts scientifiques du XIXe siècle ? Les affirmations de la linguistique furent explosées par les visions de Jean-Pierre Brisset, pour qui toutes les langues descendent du bassin d’Anjou, lorsque la grenouille se transforma en homme à l’apparition de son sexe. Le grotesque inhérent à l’appréciation esthétique est démontré par la Balance de la nature de Marie Le Masson Le Golft, qui donnait des notes au cyclamen, au jaguar, à la saveur du crabe ou à l’odeur du laurier rose. Aujourd’hui, les hollow men du monde de la politique et des médias, comme les storytellings épuisants et insistants de leurs spin-doctors, devraient être analysés par les descendants de Berbiguier de Terre-Neuve du Thym qui voyait dans les moindres actions des hommes la main des Farfadets, « perturbateurs du repos et du bonheur du genre humain ». Qui écrira enfin Le poème du management et de la mort ? Car c’est ainsi que prend fin le monde. Pas sur un boum ni sur un murmure. Sur une émission de BFM-TV. On dit que les hommes d’autrefois, menés par Nemrod, le roi-chasseur, avaient construit une Tour pour accéder au ciel. Le démiurge la détruisit ; et de cette destruction provint la multiplicité des langues. Franz Kafka et Raymond Abellio ont tous deux parlé de la Fosse de Babel. Mais le monde de la communication et du management nous apprend que Babel n’est ni une tour ni une fosse. C’est une plateforme – et c’est sur la Plateforme de Babel que nous marchons tous aujourd’hui, priant pour qu’un démiurge revienne afin de la mettre en pièces une bonne fois pour toutes. Car on ne meurt ni dans l’unification titanesque des Anciens, ni dans la dissémination des Modernes. On meurt dans la langue aplatie des ministres et des hommes d’affaire, des technocrates et des chroniqueurs télévisuels. Une langue que tout le monde parle, mais que personne n’écoute. > Retrouvez Pacôme Thiellement au Théâtre du Rond-Point le samedi 29 novembre à 18h30 : La Société secrète du spectacle Cet article est parudans une version plus courte dans le n°30 de l'hebdo Le 1partenaire de ventscontraireset du Théâtre du Rond-Point

Le 19 mars 2015 à 09:15

André Minvielle : "Ma langue s'écrit en parlant, se parle en marchant, se marche en chantant"

Le "voc’alchimiste" André Minvielle, fou du jazz afro-américain de Jon Hendricks, du battle de Sam the drummer, du chant des pistes aborigènes, vient le 28 mars au Rond-Point avec sa Circonférence de la manivelle (Attention au retour !) : "Pas de musique sans accents. C’est la voix des gens.  Leur parole à faire entendre. Leurs contre chants en face la norme énorme."   Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?André Minvielle – Il me paraît difficile de répondre à cette question, n’étant pas philosophe, sociologue, professeur, académicien, écrivain, auteur de théâtre. A votre question du « notre », je m’interroge à trouver de qui, de quoi est le « nous » ? Pour moi, il est, de prime abord, conflictuel et fragmenté. Complexe en somme. Pour pouvoir penser, il faut déjà manger à sa faim. Pour simplifier (si j’y arrive), je dirais que le rapport que « nous » entretenons avec la langue est du même ordre que celui que nous avons avec les étrangers, les immigrés, les provinciaux, les nomades, notre histoire. La France du grand « F » entretient avec sa langue des rapports de domination sur le peuple qui la constitue, qui l’habite. Celui qui la parle, celui qui travaille ou qui chôme, revendique, rêve, n’est pas tout à fait le même que celui qui l’écrit, l’invente, la construit, la codifie, la légifère, l’élabore. Depuis l’ordonnance de Villers de Cotterêts, le français a ses voix, ses classes, ses diversités de sol, nés d’ici ou là. Aujourd’hui, la norme domine. Centralisme oblige. Une « musique » normative. Un grand moule. Qu’on le veuille ou non le français condescend dans ses medias, sa production culturelle, sa politique. C’est la grande rotative perpétuelle. Tout est bien « branché » au pays du cartésianisme. Le box office des ventes du livre. Voyeurisme. Pauvre Rabelais. Nous perdons du terrain sur le corps de la belle complexité. Sur son rapport avec d’autres langues qui l’imprègnent autour, de près ou de loin. Le latin, l’anglais, l’arabe, l’allemand, le créole… Quels rapports entretenons nous avec nos langues de France, les langues dites « régionales » (quel mot laid aurait dit Boby) avec aussi nos parlers, nos langues SMS téléphoniques, nos langues numériques, nos langues mathématiques, avec nos langues internétiques ? Le grand épanchement. Du « casse toi pauv’con » à « la phobie administrative ». – Selon vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Ce qui la menace c’est de la vider de sa créativité, de son sens de l’hospitalité. La langue de bois de nos politiques, la phobie administrative, le langage publicitaire. L’appauvrissement du vocabulaire. Jusqu’où iront nos élites pour s’y entendre à employer les mots de la langue commune comme s’ils étaient les larbins de leur médiocrité sans faille. Sans dec… Ce qui la menace c’est le mépris dérisoire que ces jacobins français entretiennent pour les langues de France. Arrogance… Ce qui la sauve de sa médiocrité, c’est par exemple tous ces traducteurs anonymes qui arrivent tant bien que mal, par leur amour du langage, à traduire la pensée d’une langue à l’autre, là ou il faut s’engager dans sa langue pour ne pas perdre toutes les mille pistes du sens d’une autre langue. La belle « polysémie ». A tous ces traducteurs ces traductrices mon admiration sans bornes. Ce qui la sauve c’est la francophonie des gens, non des politiques menées, mais celle des gens qui fondent dans la résilience comme l’africain poète du Sénégal Leopold Segar Senghor qui énonce « Dans les décombres du colonialisme, nous avons trouvé cet outil merveilleux, la langue française. » Comme il en est de leur créativité dans la syntaxe, leur accent qui l’altère, comme Peter Brook fait son théâtre. Le monologue de Juliette (Juliette et Roméo) « accentué » par une africaine que j’ai entendu un soir sur l’île de Gorée ou toute la beauté des sens refait surface, comme par une magie nouvelle à moi. Et puis, la langue française, ces dix dernières années, tient ses deux Prix Nobel : Le Clézio, Modiano.   – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Elle s’écrit en parlant, elle se parle en marchant, elle se marche en chantant. A l’usage. Elle est la trace de ma créolisation. C’est mon rapport aux autres. Oui je la créolise. Elle est ainsi laborieuse. Dans le mot « laborieuse » il y a labo comme laboratoire et rieuse comme un sourire à lui rendre. Pour la chanter c’est ce qu’il me faut. Des sons, du chant sans mots ni langue aussi. Ce que je cherche en elle. Ce qui me fait souffrir quand je rame à la poser. Ainsi, je l’improvise parfois par voie de voix. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Le souvenir créé de ma grand-mère Alice qui m’appelle Andreù, le souvenir vécu des « grands » qui se mettent à parler une autre langue pour que je ne comprenne pas ce qui se dit. Le désir érotique d’y accéder parce que le gascon c’est l’occitan et que l’occitan c’est excitant. Ma langue de « jazz » en français… Je suis maintenant facteur d’accents, œuvrier d’Uzeste Musical, co-fondateur de la Cie Lubat dé gasconha, compagnie transartistique de divagation. Et je me nourris au quotidien de mes  lectures présentes passées et à venir : Le Dictionnaire raisonné des onomatopées françaises de Charles Nodier en 1828. La Vie devant soi d’Emile Ajar par Romain Gary. L’Abécédaire de Gilles Deleuze, la pensée d’Edouard Glissant et de Franz Fanon dans un coin de ma voix de berbère les fagots. Queneau, Prévert, Boby Lapointe, Nougaro, Dario Fo pour le grommelot, « Nous les Eureupéens » d’ André Benedetto, la voix d’ Antonin Artaud, Jean Dubuffet et sa poésie faune éthique de « Plu kifekler moin kon nivoua ». Le Chant des pistes de Bruce Chatwin. L’Anthologie des expressions vocales « Les voix du monde ». CD édité par le C.N.R.S., le Musée de l’Homme et les éditions musicales « Le chant du monde ». Le Monde diplomatique. Jean Rouch. Mes collectages et ma réflexion sur le terrain de mon projet/sujet : Suivez l’accent. Les accents de la francophonie, des langues de France et autres langues à suivre… La complexe articole de déterritorialisation. Nul n’est censé ignorer la Loire. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue".... Comment allez-vous vous y prendre ?                                        – M’y prendre à prendre à dire et lire a faire en tendre chant prendre de gant. Ainsi, m’y re-prendre, entre-prendre et sur-prendre ce qu’il y faut com-prendre. Ensemble.    

Le 29 janvier 2020 à 16:20

Participez à un procès contre l'argent !

"Trials of money", performance participative de Christophe Meierhans

Après avoir présenté un projet de constitution citoyenne basée sur le tirage au sort - c'était lors du premier festival "Nos disques sont rayés", l'artiste européen Christophe Meierhans revient au Rond-Point le vendredi 14 février avec Trials of Money, une performance participative où vous serez les jurés d'un procès intenté contre... l'argent ! Peut-on tenir l’argent que nous utilisons tous les jours pour responsable de la situation difficile dans laquelle les humains se trouvent aujourd’hui ?Nous sommes à la fois au théâtre et au tribunal. Programmée dans de nombreux pays, cette performance interactive va faire le procès de l’argent. S’il est bien vrai que « l’argent gouverne le monde », ne serions- nous pas alors en droit de lui demander de rendre des comptes pour ce qui est arrivé à notre monde sous sa gouvernance ? Trials of Money va le faire avec tout le sérieux d’une cour de justice. Christophe Meierhans a élaboré cette nouvelle performance à partir d’interviews de banquiers, juristes, personnes en situation d’extrême précarité, psychothérapeutes, économistes, philanthropes, travailleurs sociaux du surendettement, représentants de nations indigènes et activistes monétaires : il interprète neuf personnages qui se tiennent à la disposition des spectateurs en tant que témoins et répondent à leurs questions. Le dessinateur Luca Mattei, tel un chroniqueur judiciaire, « croque » les témoins. > le programme complet du festival

Le 5 mai 2014 à 09:46

Famille recomposée

– Le week-end, tu vas chez ton schtroumpf ou chez ta schtroumpf ? – Ça dépend. Le plus souvent je vais chez mon schtroumpf, mais je vais chez ma schtroumpf aussi, seulement c’est plus petit – C’est plus loin aussi ? – Mais je peux aussi bien aller chez le schtroumpf de mon schtroumpf. C’est là que je vais le plus souvent en fait. Il a une grande baraque. – C’est vrai que ton schtroumpf a un nouveau schtroumpf. J’avais oublié. Ca fait longtemps qu’ils sont ensemble ? – Assez. – Et tu t’entends bien avec le schtroumpf de ton schtroumpf ? – Pas vraiment. – Tu t’entends mieux avec le schtroumpf de ta schtroumpf ? – Pas vraiment non plus. J’aimais mieux quand mon schtroumpf était avec ma schtroumpf. – C’était plus simple. – Pas vraiment parce que je n’étais pas certain que mon schtroumpf était vraiment mon schtroumpf, si tu vois ce que je veux dire. J’ai eu des doutes dès le début. – Mais tu es le schtroumpf de ta schtroumpf au moins ? – En principe. – Pourquoi « en principe » ? – Parce que je sais qu’il y a une schtroumpf porteuse dans ma schtroumpf. – Mais alors, dans ce cas, même si tout le monde croit qu’elle est ta demie schtroumpf, la Schtroumpfette n’est peut-être que ta quart de schtroumpf ? – C’est possible. Il faudrait vérifier auprès du schtroumpf de mon schtroumpf. Il doit le savoir, mais il n’en parle jamais. – Tu t’entends bien avec lui pourtant… – C’est un bon schtroumpf, mais je préfère mon vrai schtroumpf. Tout ce monde autour de son schtroumpf fait beaucoup trop de bruit. Il ne faut pas oublier qu’il a cinq schtroumpfs de son côté. – Tu as ta chambre à toi, au moins ? – J’en ai six. Bien équipées. Une dans chaque maison. – Tu partages avec ta demie schtroumpf ? – Ou avec un de mes schtroumpfs, ça dépend. – Et ça se passe bien ? – Oh oui. Ce qui est dur c’est quand mon schtroumpf s’allume avec le schtroumpf de mon schtroumpf. Ils ont du mal à se supporter. – Mais c’est pourtant son schtroumpf ! – Justement ! Ca serait trop simple. Si tu crois que les schtroumpfs s’entendent simplement parce qu’ils ont le même schtroumpf, tu rêves ! Il n’y a pas pire schtroumpf que le schtroumpf légitime. Je ne peux pas supporter le petit schtroumpf à son schtroumpf, par exemple. « Mon petit schtroumpf » par-ci, « mon schtroumpfinet » par là… Et c’est pourtant le plus gentil ! Ma demie-Schtroumpf l’adore ce schtroumpfion. – Mais toi au milieu de tout ça, tu te sens comment ? Extérieurement, ça a l’air très compliqué, mais intérieurement ? – Je me sens schtroumpf.

Le 25 septembre 2014 à 09:50

Philippe Meirieu : "Ce qui m'anime c'est de susciter le plaisir d'apprendre et la joie de comprendre"

Ça va bien à l'école ? #4

D'abord instituteur puis professeur de philosophie et de Lettres, Philippe Meirieu est aujourd’hui professeur des universités en sciences de l’éducation à l'université LUMIERE-Lyon 2. Engagé à plusieurs reprises dans des chantiers importants de l’Éducation nationale, il a beaucoup travaillé sur le collège, le lycée et la formation des enseignants. Parmi ses derniers livres : Faire l’Ecole, faire la classe (ESF éditeur, 2009), Lettre aux grandes personnes sur les enfants d’aujourd’hui (Rue du Monde, 2011), Pédagogie : des lieux communs aux concepts-clés (ESF éditeur, 2013), Le plaisir d’apprendre (Autrement 2014). Une version refondue et actualisée de sa Lettre à un jeune professeur sort en librairie le 10 septembre. Pour Ventscontraires.net, il accepté de répondre à quelques questions. Quatrième et dernière partie de cette instructive plongée au coeur de l'école. > Première partie Le fort taux de chômage actuel doit-il nous inciter à faire évoluer l'école en l'adaptant aux « réalités économiques » ? Il est, malheureusement, un taux plus fort que celui du chômage, c’est celui de l’abstention – en particulier des jeunes - aux différentes consultations électorales ! C’est ce déficit citoyen là qui me semble, d’abord, interpeller l’École dans sa fonction fondatrice. Comment accepter que notre École « produise » autant de gens qui se désintéressent de la vie publique ? De toute évidence, notre « éducation civique », sous ses différentes formes et appellations, n’est pas d’une grande efficacité ! Peut-être faudrait-il se demander si l’École ne doit pas, enfin, introduire le droit comme discipline de plein exercice ? Car c’est quand même paradoxal d’ « affirmer que nul n’est censé ignorer la loi » alors que notre institution scolaire ne l’enseigne pas dans le cadre de la scolarité obligatoire : il y a pourtant des principes fondateurs comme « nul ne peut se faire justice soi-même », « nul ne peut être, à la fois, juge et partie » qui devraient bien être présentés et expliqués à tous de manière dynamique en montrant leur importance décisive pour la construction du lien social. Et puis, il y a la manière dont notre École est gérée et la part qu’y prennent – ou, plus exactement, que n’y prennent pas – les élèves. Pas question, évidemment, de singer en classe la démocratie directe en faisant voter les élèves sur le programme à traiter ! Mais, en revanche, l’apprentissage de la responsabilité dans un collectif, l’identification de l’autorité légitime, la distinction entre ce qui relève des obligations statutaires et ce qui relève des choix personnels et collectifs, la réflexion sur les conditions du travail en commun… tout cela fait partie pleinement des missions de l’École. Là encore, les pédagogues ont défriché le terrain depuis bien longtemps ; là encore, ils ne sont guère entendus et la « machine école » fonctionne dans l’indifférence générale en promouvant implicitement ou explicitement l’individualisme systématique. Ce n’est pourtant pas très compliqué : dès quatre ans, en classe maternelle, un enfant peut comprendre qu’en tant que responsable du bocal à poissons rouges, il détient une autorité légitime liée intrinsèquement à sa responsabilité ! Il peut apprendre ainsi qu’une autorité légitime ne s’exerce toujours « qu’en tant que… ». De même, très tôt, des rituels peuvent permettre d’organiser des débats structurés à l’école et de réfléchir sur les droits et les devoirs de chacun au sein du collectif… Jusqu’aux « délégués de classes » qui peuvent progressivement avoir une véritable fonction de proposition dans la vie de l’établissement… Pas question de prendre les élèves pour des « citoyens avant la lettre ». Mais abdiquer sur toute véritable formation progressive à la citoyenneté est une véritable démission que nous payons très cher ! Qui peut imaginer qu’un jeune reçoit « l’onction citoyenne » la nuit de ses dix-huit ans et qu’il peut, du jour au lendemain, comprendre ce qu’est une société solidaire et voter en conséquence de cause ? Quant au chômage, il interroge, bien évidemment, lui aussi, le système scolaire. Mais il ne doit pas le faire en l’amenant à renoncer à ses ambitions culturelles pour toutes et tous et en mettant en place un « utilitarisme » à courte vue avec des orientations prématurées et plus ou moins obligatoires vers les « métiers en tension » : ce serait une catastrophe ! Il doit, en revanche, intégrer, à la fois, une véritable découverte des métiers dans leur diversité, dès l’école primaire, et introduire, très tôt, une éducation au choix, avec un système de choix réversibles avant les choix irréversibles… Plus globalement, évidemment, le chômage de masse que nous vivons interroge la place de la « formation tout au long de la vie » et pose la question du partage du temps de vie entre « formation personnelle et professionnelle », d’une part, et « implication productive », d’autre part : je suis partisan, pour ma part, d’un « crédit formation » de cinq années, par exemple, que pourrait prendre en cours de carrière toute personne qui n’a pas bénéficié d’une formation initiale longue. Il n’est pas certain, d’ailleurs, que cela coûterait très cher dès lors que l’on se déciderait à flécher une partie significative des 32 milliards de la formation continue en France vers ce dispositif.   Les faits divers donnent l'impression d'une violence croissante à l'école. Selon vous, est-ce le cas ? Les incidents et les agressions augmentent, en effet, inégalement selon les établissements et les quartiers, mais significativement. De même que le harcèlement entre élèves, y compris sous la forme nouvelle du cyber-harcèlement, d’autant plus violent, parfois, qu’il n’est pas facilement repérable par les éducateurs et que l’agresseur ne voit pas la souffrance de sa victime qui, dans la face à face, aurait pu l’inviter à la modération. Mais ces phénomènes sont, à mes yeux, la conséquence, d’une part, de réalités sociales qui font ainsi irruption dans l’univers scolaire et, d’autre part, d’une sorte de désinstitutionalisation de cette École qui est moins capable aujourd’hui de se protéger et, surtout, de prévenir ce type de comportements. Concernant les réalités sociales, il y a, bien évidemment, tout un contexte de banalisation de la violence - en particulier à travers les médias, films et jeux vidéo - qui peut inciter au passage à l’acte des enfants ou des adolescents fragiles et peu soutenus familialement. D’autant plus que je fais partie de ceux qui s’interrogent sur les difficultés d’exercice de la parentalité aujourd’hui et pensent qu’elles sont très largement sous-estimées. Beaucoup de parents sont totalement démunis face à Internet, par exemple, ou face à des phénomènes de socialisation juvénile radicalement nouveaux : ils ont tendance alors à attendre de l’École qu’elle résolve des questions qui relèvent d’abord – même si ce n’est pas totalement – de l’éducation familiale. Il n’est pas question, ici, de culpabiliser quiconque ; en revanche, il faut noter que la France est un pays qui apparaît vraiment très en retard en matière de recherches et de pratiques d’aides à la parentalité. Et ce phénomène se conjugue avec ce que j’appelle la désinstitutionalisation de l’École. En effet, jadis profondément structurée en fonction d’impératifs sociétaux indiscutables, pourvue de rituels nombreux scandant le temps et organisant l’espace, sous la tutelle d’une hiérarchie pyramidale toute-puissante, l’École était un de ces « dispositifs disciplinaires » décrits par Michel Foucault, destiné à assujettir les corps pour mieux asservir les esprits. Même si je trouve, pour ma part, la description de Foucault ainsi que l’usage qui en est fait trop caricaturaux, il n’en reste pas moins que cette École « tenait » et « contenait » relativement bien les tentations centrifuges d’une population encore, il est vrai, fortement triée sur le volet dès la fin de l’école primaire. Or, cette structuration s’est effritée et le cadre s’est considérablement distendu… On doit, bien sûr, se réjouir que les rituels jugés humiliants ou obsolètes aient disparu. Mais le problème, c’est qu’ils n’ont pas vraiment été remplacés et que le cadre, lui, a même parfois, complètement disparu. Les établissements scolaires, en particulier les collèges, sont ainsi devenus progressivement des lieux de passage où rien ne vient jamais vraiment stabiliser des postures physiques et mentales, où l’appartenance symbolique n’est plus guère possible et où l’institution elle-même, dans sa cohérence et son projet, devient insaisissable. Comment des enfants de onze ans, qui entrent en sixième, peuvent-ils se représenter ce qu’est leur collège et ce que l’École attend d’eux quand ils ne voient jamais ensemble la quinzaine d’adultes qui est chargée de leur éducation et qu’ils sont ballotés, tout au long de la journée, entre des salles et des situations dont rien ne vient signifier l’unité ? Certes, on fera parfois une séance d’explication du règlement intérieur, mais cela ne peut remplacer l’implication dans un collectif solidaire qui ne s’éprouve, lui, qu’à travers des activités communes et un encadrement cohérent… Je fais l’hypothèse que la montée des comportements anomiques est profondément liée à un mode de gestion des établissements où, faute d’un cadre structurant à taille humaine encadré par un groupe d’adultes identifiés et solidaires, dominent l’anonymat, l’individualisme, la débrouillardise, la recherche exclusive de son propre intérêt, avec, à terme, le mépris pour le collectif vécu comme générateur de contraintes et non comme lieu d’expression de sa liberté. La découverte fondatrice que « l’interdit autorise » et que le respect de la loi permet non seulement de « vivre ensemble », mais aussi donner le meilleur de soi-même dans le respect d’autrui, me semble être un impératif politique – au sens le plus noble de ce terme – de l’École. Et, là encore, non pas en rajoutant des « cours » spécifiques, mais en se saisissant des activités d’enseignement pour leur donner la force structurante, tant psychique que sociale, dont les élèves ont besoin. Faute de quoi, ils ne les fréquentent qu’en « touristes » et pratiquent sans scrupules les transgressions qui leur permettent de se sentir exister… Certes, je ne suis pas naïf et je sais que certains enfants et adolescents sont porteurs d’une violence que de simples aménagements pédagogiques ne pourront pas contenir. Pour eux, de toute évidence, nous avons besoin de professionnels formés et d’un soutien spécifique des enseignants chargés de leur encadrement. Mais, pour la grande majorité des incidents qui viennent compromettre le quotidien des établissements et rendent les apprentissages difficiles, voire impossibles, je suis convaincu que « réinstitutionnaliser » les établissements, en inscrivant les élèves dans des collectifs de taille raisonnable (quatre classes semble un bon étiage), encadrés par des équipes structurées, avec des activités mobilisatrices, des rituels adaptés et des modes de gestion plus proches des personnes, permettrait de construire ces cadres éducatifs qui nous font tant défaut aujourd’hui.   Et pour finir, une question plus personnelle : qu'est-ce qui vous a tellement marqué dans votre propre rapport à l'école pour que vous ne vous en éloigniez jamais ? On ne sait jamais très bien identifier l’origine de nos engagements et l’on reconstruit souvent a posteriori de belles histoires qui relèvent plus de la fiction que de la réalité. Pour ce qui me concerne, je crois que ma passion est plus celle de la transmission que celle de l’École. C’est pourquoi sans doute, je me suis souvent permis d’interroger les formes actuelles de l’École – comme la classe « homogène » d’élèves prétendument de même niveau censés faire tous la même chose en même temps… c’est-à-dire le modèle de « l’enseignement simultané » imposé par Guizot – au nom de sa faible efficacité en matière de transmission. Je ne crois pas que les modalités actuelles de l’École soient sacrées et doivent être pérennisées sans jamais être interrogées. Mais il faut interroger ces modalités de l’École au nom des finalités qu’on lui affecte et c’est cela que j’ai tenté de faire depuis tant d’années. Et puis, ce qui m’anime, en fait, c’est de susciter le plaisir d’apprendre et la joie de comprendre. C’est là où je trouve aujourd’hui encore le plus de satisfactions, bien loin de toutes les formes d’exercice du pouvoir institutionnel qui, dans l’Éducation nationale comme ailleurs, devraient, à mes yeux, s’assigner à plus de modestie.

Le 26 septembre 2014 à 09:22

Claude Lelièvre : "Les violences à l'Ecole ont eu lieu de tout temps et en tous lieux, même les plus huppés"

Ça va bien à l'école ? #3

Agrégé de philosophie, Claude Lelièvre est professeur honoraire d’histoire de l’éducation à la faculté des sciences humaines et sociale-Sorbonne (Paris V), spécialiste dans l’histoire des politiques scolaires aux XIXe et XXe siècles. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages parmi lesquels : « L’Ecole obligatoire : pour quoi faire ? », Retz, 2004 et « Histoires vraies des violences à l’école », Fayard, 2007. Il a accepté de répondre aux questions de ventscontraires.net. Troisième et dernière partie de cet entretien exclusif. > Première partie Les faits divers donnent l'impression d'une violence croissante à l'école. Selon vous est-ce la cas ? Lorsqu'on y réfléchit, on se rend compte qu'il est impossible de se prononcer de façon sûre (ou même approchée) dans un sens ou dans l'autre. D'abord parce que ce qui est caractérisé comme violence et ce qui est posé comme seuil du non tolérable varie avec les établissements, avec le statut de celui qui parle (enseignant, personnel de direction, conseiller d'éducation, élève, etc..) et avec son âge ou son sexe (comme le montrent nombre d'enquêtes à ce sujet). Ensuite parce chacun selon la place et la façon dont il peut anticiper les résultats d'un signalement (''positifs'' ou ''négatifs'' pour lui, pour l'établissement, etc) a plus ou moins ''intérêt'' à une certaine ''publicité'' ; ce qui peut aussi varier selon telle ou telle période (plus ou moins jugée propice à l'accueil de ces ''signalements''). Et ce n'est pas automatiquement parce que des ''signalements'' (à l'administration, à la justice, dans la presse) sont plus fréquents que les violences (ou certaines violences) sont ''réellement'' plus fréquentes (on peut sans doute faire une comparaison, à ce sujet, avec la tendance à l'augmentation du nombre de signalements des viols). Ce qui peut être tenu pour assuré en tout cas, c'est que les violences à l'Ecole sont toujours sous-estimées et qu'elles ont eu lieu de tout temps et en tous lieux, même les plus huppés. Ainsi en 1883, au sein même du prestigieux lycée Louis Legrand, en pleine période du ministère de Jules Ferry. Chahuts dans la cour, refus d’obéissance. Cinq élèves sont mis aux arrêts, ce qui a pour effet d’accentuer le désordre. Trois cents élèves montent dans les dortoirs : les vitres, les vases de nuit, les lavabos sont cassés et jetés ; les matelas sont éventrés à coups de couteau. Le vice-recteur accourt et décide de faire entrer dans le lycée soixante sergents de ville. Armés de tessons de vase de nuit et de barres de fer arrachés aux lits, les élèves se battent contre eux . Les dégâts matériels sont évalués à 20000 francs/or (soit le revenu annuel moyen de dix enseignants). Une centaine d’élèves sont exclus. Cela n’empêchera pas une autre révolte, cinq ans plus tard. De 1870 à 1879, on comptabilise quatre-vingt révoltes lycéennes (sur guère plus d’une centaine de lycées existant alors en France). Ainsi, durant cette décennie, 8% des lycées de France se sont révoltés chaque année, en moyenne, pour des raisons disciplinaires. Imagine-t-on ce que cela serait actuellement ? Que ne dirait-on pas ! Ces révoltes, qui ont lieu dans des établissements secondaires n’accueillant pourtant guère alors que des ‘’fils de famille’’ ( pas plus de 2% d'une classe d'âge, l'élite sociale et scolaire) peuvent être très violentes : maîtres frappés, mobiliers brisés. Il est fait appel à la gendarmerie ou à la police voire à l’armée, le plus souvent à la suite de barricades dressées dans les dortoirs. Et l'on remarquera qu'un nouveau type de scolarité est à peine institué (à savoir la création en 1880 d'un secondaire féminin réservé à des jeunes filles également de la bonne bourgeoisie) que des violences éclatent au grand jour. C'est ainsi que le 1° décembre 1882, le journal conservateur « L’Abbevillois » ne manque pas de faire le compte-rendu d’une manifestation quelque peu débridée dans un lycée de jeunes filles de Montpellier pour s’en prendre au nouveau pouvoir républicain : « Une directrice d’externat déplacée harangue les externes qui démolissent les barrières, brisent les vitres et vomissent des obscénités à la face de la directrice de l'internat. Elles ont beuglé la Marseillaise. Ces infantes, élevées sur les genoux de la République dans le culte des idées nouvelles que résume la formule ‘’ni Dieu ni Maître’’, promettent de fières épouses aux infortunés crétins qui voudraient bien les honorer de leur confiance. Que de promesses, sapristi, dans les incartades de ces Louise Michel en herbe pour qui l’insurrection est déjà le plus sacré des devoirs ! » Le métier d'enseignant est-il toujours « le plus beau métier du monde » ? « Le plus beau métier du monde » ? Pour qui ? Pour les enseignants ? Pour les non-enseignants ? Par rapport à quoi et à qui ? Selon une enquête ''Viavoice'' commanditée par le Nouvel Observateur et menée auprès de plus de 5000 personnes représentatives de la population française active de plus de 15 ans en octobre 2013, les enseignants déclarent à 85% « être heureux au travail » (alors qu'ils ne sont que 73% à le dire pour l'ensemble de la population active). Les enseignants se retrouvent au troisième rang (sur 23 catégories professionnelles distinguées par l'enquête), précédés seulement par les « cadres de la fonction publique » et les « agriculteurs » (qui sont respectivement 90% et 86% à se déclarer « être heureux au travail »). Ils sont aussi 79% (contre 63% pour l'ensemble des catégories professionnelles) à déclarer exercer « une activité professionnelle qui passionne », et 91% (contre 79%) à « faire une travail utile ». Par ailleurs une étude récente du SE-Unsa ( l'un des principaux syndicats d'enseignants) portant sur 15000 enseignants montre que 84% des enseignants déclarent être satisfaits du travail qu'ils accomplissent et 62% qu'ils s'y épanouissent. Mais 84% d'entre eux considèrent que l'opinion publique ne comprend pas leur travail, et la moitié se sentent incompris par leur entourage. L'enquête internationale (TALIS) de 2013 sur l'enseignement au niveau du collège dans les pays membres de l'OCDE révèle qu'à peine 5% des enseignants français en collège ont « l'impression que la profession d'enseignants est valorisée dans la société » (contre 31% en moyenne dans les 34 pays de l'OCDE étudiés). Serait-ce le résultat d'une dégradation avérée ? Pas si sûr, car le sentiment dominant chez les professeurs depuis longtemps (voire très longtemps) est de n'être pas estimé à leur juste valeur. Il y a déjà un demi siècle, en 1965, ils pensaient massivement être peu reconnus (et, par exemple, de ne bénéficier de l'estime que de moins de 15% des commerçants, industriels ou militaires). Pourtant un sondage IFOP réalisé en 1959 avait établi que la considération du public les plaçait certes après les médecins et les prêtres, mais presque à égalité avec les ingénieurs, et bien avant les notaires ou les officiers. Selon une enquête effectuée par la SOFRES en 1977 ( et publiée dans le « Monde de l'éducation » de février 1978), plus des trois quarts des professeurs pensaient - il y a déjà plus d'une génération - que leur métier leur valait un prestige faible ou nul. Et une étude menée en 1972, il y a plus de quarante ans, avait montré que la très grande majorité des enseignants estimaient que leur prestige avait reculé. Pour la période récente, il est à noter qu'un sondage CSA effectué en octobre 2013 indique que, pour près de huit Français sur dix, enseignant est un métier d’avenir. L’enquête révèle que 81% des sondés ont de la « considération » pour eux et « une image positive du métier »  (89% chez les sympathisants de gauche, 74% chez ceux de droite), et que les trois-quarts seraient fiers que leur enfant devienne enseignant. Selon 87% des sondés, les professeurs aiment leur métier ; 82% d’entre eux pensent qu’ils s’investissent dans leur travail et 77% estiment qu’ils méritent une plus grande reconnaissance. Un an auparavant, un sondage IPSOS sur « Les  Français et l’école » (réalisé fin juillet 2011 auprès d’un échantillon représentatif d’un millier de personnes pour le magazine « L’Histoire ») allait sensiblement dans le même sens. Il apparaissait notamment que les deux tiers des Français « encourageraient leur enfant à devenir enseignant s’il le souhaitait » (17% « tout à fait », 49% « plutôt », 29% « plutôt pas » et 6% « pas du tout »). Finalement, avec l'historien Antoine Prost, « on peut se demander, à voir le même thème repris de génération en génération, si la nostalgie d'un âge d'or où l'enseignant était quelqu'un de bien considéré n'est pas un trait caractéristique du milieu lui-même. L'autodépréciation, le sentiment d'être ignoré , délaissé, mal compris, envahissent en tout cas le corps enseignant qui s'imagine avoir dans le public une réputation plus négative que celle dont il jouit effectivement » (1981, « L'enseignement et l'éducation en France » in « L'Ecole et la famille dans une société en mutation », Nouvelle Librairie de France, p. 327).

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