Thomas Vinau
Publié le 04/06/2015

Bête de mauvaise vie


Prévert c'est une loutre
Guillevic un gros minou
André Laude un vieux braque
Pirotte un hérisson
Emaz une petite souris
Bâsho une tortue
Baudelaire un moineau gris
Rimbaud un renardeau
Emilie Dickinson  une rainette des marais
Maiakowski un bélier
Un ours pour le Big Jim
Bukowski rat d'égout
Brautigan un héron
De Luca une buse
Perros cheval de trait
Réverdy chauve-souris
Apollinaire un beau blaireau
Lorca un léopard
et Pavese une grive
Regardez par vous même
ça marche à tous les coups
il semble indubitable
qu'une bête
de mauvaise vie
se voit irrémédiablement
condamnée
à se réincarner
en poète
Né en 1978. Habite dans le sud avec sa petite famille. S'intéresse aux choses sans importance et aux trucs qui ne poussent pas droit. Est un etc-iste et un brautiganiste. Se prend parfois pour le fils de Bob Marley et de Luke la main froide. S'assoit sur le canapé. Se reprend. Décapsule. Ecrit des textes courts et des livres petits.
etc-iste.blogspot.com 

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Le 1 février 2015 à 08:44

Don Diego de la Vegan

- Grand-papa, dis, c'est vrai que tu mangeais des animaux ?- Ben... pas des animaux entiers, quand même ! Mais il m'arrivait de manger de la viande, oui.- Mais pourquoi ? - Il n'y avait pas encore de steaks de synthèse à l'époque et puis... je ne sais pas, tout le monde le faisait, on ne se posait pas la question, quoi.- Mais tu les chassais toi-même avec un arc et des flèches ?- Attends, tu me prends pour un barbare ? Je les achetais prédécoupés au supermarché !- Mais le supermarché, il les chassait avec un arc et des flèches ?- Ça, c'était au Moyen-Âge. Le supermarché, il avait des abattoirs et tout.- Et tu mangeais du chat ?- Tu me prends vraiment pour un sauvage, hein. Je mangeais du boeuf, comme tout le monde.- Du boeuf ?- C'est comme ça qu'on appelait les vaches quand on les mangeait.- Et ils sont devenus quoi, les animaux qu'on élevait pour les manger ?- Quand on a interdit la viande, le gouvernement les a relâchés, c'était très beau, une très belle fête, les vaches s'ébrouaient, les poules caquetaient, les moutons moutonnaient...- Ça a dû être si émouvant !- Bon, bien sûr, ensuite, il a fallu les abattre, parce que ça devenait dangereux. Et puis parce qu'on en a profité pour constuire des complexes immobiliers sur les anciens pâturages, aussi. Mais quand même, un très grand moment. Après, il y a eu le problème avec les renards qui pesaient dans les 200 kilos à force de se gaver des poules qu'on avait remises en liberté, mais tout de même. Ça a été un moment très émouvant. - Et dis, grand-papa ?- Oui ?- C'est vrai que tu mangeais des plantes ?

Le 27 décembre 2011 à 08:57

Heureux les animaux!

L'homme occupe une place toute particulière au sein du règne animal. En effet, il est au sommet de la chaîne alimentaire et ce, bien que la plupart d'entre eux soient en bas de la chaîne agroalimentaire (l'homme est un loup pour l'homme). L'homme est un animal social, un animal politique, certes, mais l'homme, in fine, n'est pas un animal. Pourquoi ? Peut-être parce que le rire est le propre de l'homme. Ou peut-être parce qu'il a une âme, qui sait ? Or, il y a quelques semaines de cela, dans l'église Sainte Rita, on bénissait des animaux. Cela a paru étrange à certains, car l'animal, comme jadis la femme, n'est pas censé avoir d'âme, pas plus que d'humour. Quelqu'un a objecté que, depuis des siècles, dans les hôpitaux et les maisons de retraites, on bénit des légumes et personne n'y trouve rien à redire ! Moi, je trouve que ça se tient, de bénir les animaux. Vous-même, et là c'est votre conscience humaniste que j'interpelle, trouvez-vous plus logique de bénir un chien d'aveugle ou celui qui a crevé les yeux de son maître ? Ô cruel dilemme ! J'ajouterai qu'en plus, si on prend le plus emblématique des canidés, Lassie, qui est un chien, oui oui, d'accord, mais fidèle avant tout -haha!- là, on retombe sur nos pattes. Sur nos quatre pattes, pour ne pas citer Kierkegaard. Plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien, comme disait l'autre. Mon chien, à moi, j'ai dû le faire piquer. La pauvre bête était devenue aveugle. Non, l'homme n'est pas un animal, l'homme est bête, nuance.

Le 20 mai 2015 à 09:10

Entre un chat et un canapé il faut choisir

A force de voir mon chat faire ses griffes sur mon canapé j’ai fini par l’abandonner. Comme ça, un soir, sur un coup de tête. Je sais que c’est moche, mais n’allez pas croire que je l’ai fait sans aucune compassion.   Le plus difficile a été de le faire rentrer dans la voiture, comme s’il se doutait de quelque chose, à moins que ce ne soit parce qu’il faisait nuit et que je n’y voyais pas grand chose contrairement à lui. J’ai commencé à rouler sans la moindre idée d’où aller, la seule chose à laquelle je pensais était de partir le plus loin possible, m’assurer qu’on ne puisse pas me le rapporter, suffisamment loin pour ne pas être tenté de faire demi-tour au moment venu où le remord viendra ronger le vide de la banquette arrière et de ma solitude annoncée.   Je jetais de temps en temps un regard dans le rétroviseur pour m’assurer qu’il était bien attaché et ne se fasse pas la malle au moindre virage serré. Après une bonne heure de trajet, j’ai fait ce que tout le monde aurait fait à ma place à ce moment là, je me suis arrêté sur une aire d’autoroute. J’ai fait le plein d’essence et je suis reparti.   Lorsque je me suis retrouvé suffisamment loin, là où le paysage autoroutier vous offre ce qu’il y a de plus ennuyeux à regarder et que le son de la radio n’émet plus que d’inaudibles grésillements, j’ai fini par emprunter la première sortie qui venait avant de m’arrêter quelques kilomètres plus loin, dans un endroit à première vue idéal, en plein milieu des bois.   D’ici on pouvait apercevoir quelques étoiles et la nuit était agréablement froide. Je l’ai sorti de la voiture avec cette fois-ci beaucoup moins de précautions qu’au départ. Je l’ai lâché là, en pleine nature, sans même me retourner, pressé de repartir de peur d’être rattrapé par la culpabilité.   Lorsque je suis arrivé chez moi, quelle ne fut pas ma surprise de trouver mon chat qui m’attendait sur le pas de la porte. J’étais persuadé de l’avoir laissé à l’intérieur tout à l’heure en partant. En tout cas, il n’avait pas l’air plus contrarié que cela de ne plus avoir de canapé à lacérer.   Les chats s’accommodent facilement de l’absence de leurs maîtres, si vous ne leur donnez pas à manger, ils vont chez le voisin ou bien ils bouffent vos plantes tandis que le canapé peut lui se laisser mourir. Je ne sais pas encore si je reprendrais un jour un canapé, mais si cela devait arriver et que j’ai encore mon chat, ce sera forcément un canapé déjà amoché, un canapé soldé, un canapé dégriffé.

Le 26 février 2013 à 08:57

En plein débat à l'Assemblée, un député fait un avion en papier vraiment aérodynamique

C’est un évènement comme on en voit rarement à l’Assemblée Nationale. Hier après-midi, alors que les députés de tous bords planchaient sur des questions de société, l’un d’eux, Dominique Dord, s’est mis à construire un avion en papier. L’anecdote pourrait s’arrêter là si l’avion en question n’avait pas été d’une très grande qualité. Ce qui a laissé bouche bée les élus de la majorité comme de l’opposition. Décryptage. Un pliage de haute précision Des lignes fines, un pliage net et précis et une forme qui n’est pas sans rappeler celle du célèbre Concorde. Dominique Dord, député UMP de Savoie a produit hier en plein débat à l’Assemblée, ce qui semble être un avion en papier d’une excellente facture. Après quelques minutes de confection, ce dernier s’est élancé dans le ciel de l’hémicycle, dansant par-dessus la tête des députés avec un aérodynamisme digne des plus grands avions de chasse. En face, sur les bancs de la gauche, alors qu’on cherche d’habitude le moindre prétexte pour déstabiliser l’opposition, les députés de la majorité étaient pour une fois impressionnés par une telle œuvre. Rémi Pauvros, député PS du Nord était présent sur place : « C’était vachement impressionnant. On était en train de débattre sur la régulation des activités bancaires et là je l’ai vu passer sous mes yeux. Il fendait l’air tel un sabre. » Réaction identique chez  Pierre-Alain Muet, autre parlementaire socialiste : « C’est vraiment du bel ouvrage. Et on a beau parfois se chamailler pour des raisons politiques, il faut savoir reconnaître quand son adversaire entreprend quelque chose d’admirable. » Un président impressionné Michel est huissier à l’Assemblée Nationale. Il fait partie du fameux personnel chargé d’apporter des missives aux députés présents dans l’hémicycle : « En 22 ans de service c’est la 1ère fois que je vois un pliage d’une tel qualité. D’habitude les députés parviennent au mieux à faire de grosses boulettes très compactes, pratiques et faciles à projeter sur les députés de l’autre camp. ». Pour cet autre fonctionnaire, l’instant restera gravé à jamais dans sa mémoire : « C’est comme une parenthèse de poésie dans le tumulte de l’arène politique. C’était si beau à voir que je me souviens avoir entendu Claude Bartolone, le président de l’Assemblée hésiter à proclamer une suspension de séance. »   Le Gorafi

Le 3 juillet 2015 à 07:42

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Les animaux font-ils de la politique ?

NON. Les animaux ne font pas de politique. Or, comme chacun sait, ceux qui ne font pas de politique votent à droite. Donc, les animaux sont de droite. Ils préfèrent la nature aux maisons de la culture ; ce sont des scouts qui s'ignorent. Avec ça, ils sont très famille-famille et ils n'aiment pas les étrangers : le taureau, par exemple, se montre particulièrement chatouilleux quand on en entre dans son enclos ; il voit rouge, c'est un anti-communiste primaire. Ajoutons à cela que la plupart des animaux ne connaissent que l'agressivité, l'instinct, la force. Chez les crocodiles, cela s'explique facilement : ils n'ont jamais lu une seule ligne du Contrat social de Rousseau. Leur cerveau reptilien reste assez borné, et c'est bien dommage pour ceux qui, tombant dans la rivière et qui ont peut-être lu le Contrat social, découvrent tout à coup que la philosophie n'est d'aucun secours quand un bataillon de sauriens vient de réduire vos jambes au niveau du torse. Mais, me dira-t-on, c'est user là d'un exemple excessif. Et puis, qu'est-ce qui prouve que, parmi les crocodiles, il n'y en a pas un qui a lu Rousseau ? Un crocodile intello. Un saurien de gauche, qui aurait lu Marx et Groucho. Un croco qui dirait à la réunion de cellule : « Camarades, la violence n'appelle que la violence : si vous ne voulez pas finir en sacs à main, refusons la violence de ceux qui nous exploitent juste pour notre peau ! Bref, arrêtons de jouer aux crocodiles. Devenons pandas, dauphins, ours en peluche, Bisounours... » Mais il y a fort à parier que ce croco-là se ferait dévorer par ses congénères bas du front, qui finiront eux aussi en sacs à main, car c'est entendu : les animaux ne font pas de politique !

Le 13 juin 2011 à 18:00

Correspondance d'un sédentaire avec des morts

"Entretien" avec Baudelaire sur le sommet de l'environnement

CB. – La Nature est un temple où de vivants piliers. Laissent parfois sortir de confuses paroles FC. – Alors oui Charles, puisque vous me parlez d'écologie, que pense le poète du sommet pour l'environnement? CB. – L'homme y passe à travers des forêts de symboles. Qui l'observent avec des regards familiers. FC. – Oui vous pensez aux lobbies? Que le discours devrait prendre forme en actions c'est bien cela ? CB. – Comme de longs échos qui de loin se confondent. Dans une ténébreuse et profonde unité. FC. – Oui un écho aux différents problèmes que rencontre l'Homme moderne pour sa survie... Quelle place dans l'éducation de nos enfants pour que cela fonctionne? CB. – Vaste comme la nuit et comme la clarté. FC. – Oui ! CB. – Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants. FC. – Euh... Je crois que vous être en train de glisser vers autre chose là, si je... CB. – Doux comme les hautbois, verts comme les prairies.  FC. – Mais il suffit non! Vous… CB. – Et d'autres, corrompus, riches et triomphants. Ayant l'expansion des choses infinies. FC. – Ah… On vous récupère! Dieu merci! Que pensez-vous que l'Homme devienne d'ici 20 ou 30 ans même? CB. – Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens. Qui chantent les transports de l'esprit et des sens. FC. – Merci M. Baudelaire pour vos vues très précises sur la vie, le temps, la terre et pour ce formidable optimisme que vous partagez à merveille...

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