Nicolas Delesalle
Publié le 02/06/2015

Le trou


Mon père creuse. Je creuse. Voilà, ça va finir comme ça. C’est difficile, c’est long d’arriver à l’essentiel. Il n’y a plus rien d’autre à faire. Donner des coups de pelle dans la terre dure au pied du grand sapin sous la neige fondue. On ne parle pas. Il est trois heures du matin. On n’avance pas. Creuser en janvier, c’était pas une bonne idée. J’ai les mains gelées, le front brûlant et le nez qui coule.

On a galéré pour trouver le bon emplacement. Il ne fallait pas tomber sur les autres. Depuis cinquante ans, on creuse toujours sous le grand sapin. Du coup, il atteint les vingt mètres de haut, l’animal.

Les sons sont étouffés par la nuit, janvier, l’air comprimé par le froid, on creuse dans du coton noir et dur. On respire comme des paquebots des années vingt. Nos vapeurs s’entrecroisent et dessinent de jolies volutes. Je fais une pause. La lampe torche est par terre et son faisceau enveloppe la silhouette de mon père qui continue de creuser. Son ombre menaçante s’étale dans le champ. Raspoutine est à côté, dans le drap blanc.

Il était toujours fourré avec nous, ce chien. Dans les voyages. À la maison. Avec sa gueule de loup, ses grands yeux de biche, ses longs cils et sa langue trop longue dont le bout dépassait quand il dormait. J’avais huit ans quand on l’a eu, vingt-deux quand on l’a perdu.

Il avait été un partenaire de jeu idéal. Nous étions gamins en même temps. Je lui ai cassé une patte en l’installant sur un tourniquet de square, j’ai ramassé consciencieusement ses crottes dans le jardin, je lui ai lancé des centaines de bâtons qu’il a toujours ramenés comme un couillon de chien, yo-yo horizontal, boomerang à poils, et puis il a grandi plus vite que moi.

On courait ensemble l’été, à la campagne, sur un chemin de pierres blanches, des footings de dix bornes sous le cagnard, et il se foutait de moi, caracolant en tête, puis il se figeait, revenait, poursuivait des mouches ou des proies imaginaires. Avec le temps, il a cessé sa course erratique de jeune chien fou, il s’est mis à trotter à mon rythme, ni plus, ni moins, la langue pendante sur le côté. Plus tard encore, il n’a plus réussi à suivre, il peinait vingt mètres derrière moi, prêt à crever la gueule ouverte pour ne pas me perdre de vue et j’étais obligé de raccourcir la foulée pour l’attendre. Voilà, il était vieux.

Les nuits de janvier à la campagne, ça gèle et toute la nature est morte. C’est comme si les arbres ne servaient plus à rien et les paysages ressemblent à de très vieilles femmes sèches qui n’ont plus la force de se maquiller.

Papa fait une pause à son tour et s’allume un cigarillo. Je descends dans le trou. Il me reste des forces et je voulais un trou profond, quelque chose de net, pas un trou d’amateur, mais je sens que ce n’est déjà plus de la rage qui me fait tenir, ce n’est plus de la peine, c’est quelque chose de plus doux qui tend mes muscles.

On l’appelait Ras’, ou Poutine, Poupoutche, plus une centaine d’autres surnoms tous plus imbéciles les uns que les autres. Raspoutine, c’était quand il faisait une connerie, quand il bouffait une poule pendant les vacances à la campagne, coursait un de ses congénères ou mendiait un os. Il avait été là à chaque instant, témoin silencieux de tout ce qui construit une enfance, une jeunesse quand je suis rentré de ma première cuite, de mon premier rendez-vous, quand je me suis fait casser la gueule, quand j’ai eu mon bac, quand j’ai fumé ma première clope en cachette, quand j’étais dans le canapé ce jour de printemps et que le parfum de l’herbe coupée dilatait mes pupilles, il était là. Il était toujours là.

On avait l’impression qu’il souriait tout le temps, un peu comme les dauphins avec leur gueule figée dans la joie. Il y a une innocence infinie dans l’oeil d’un chien, une jeunesse éternelle dans le cristallin qui contrarie le pourrissement des muscles et les années dans les os. Sur la fin, c’était moins drôle, il pissait partout, son arrière-train se carapatait, on avait attendu le plus longtemps possible, mais il avait quatorze ans et un cancer généralisé, il était au bout de ce qu’on peut réaliser quand on vit à quatre pattes, qu’on course des bâtons et des mouches et qu’on ahane au premier rayon de soleil.

Je n’ai plus de chien, je n’ai plus de chat, mais je sais que leur présence sans jugement, sans morale, leur présence de meuble toujours heureux avait quelque chose de rassurant. Moi, ça me rassurait de me faire caresser la paume de la main par les poils de mon chien.

Je sors du trou, je suis épuisé, en sueur et gelé. Papa me remplace, il saute, le cigarillo toujours à la bouche, on dirait Clint. Il creuse. Je m’allume une clope. Je vois le bout incandescent de son cigarillo monter et descendre comme une luciole.

Au cours d’un reportage chez un crémateur animalier, j’avais feuilleté le livre d’or noirci par les gens quand ils viennent déposer leur chien, leur chat et qu’ils repartent avec une urne minuscule. J’étais parti là-bas avec l’idée de bien rigoler. J’étais revenu avec la gueule de travers et toute la solitude des hommes sur les épaules. Des hommes à l’écriture tremblante qui parlent de leur animal de compagnie comme de leur enfant, le dernier remède à l’isolement, le vaccin aux journées nues, le dernier lien. On ne doit pas souvent être trahi par un animal.

J’ai souvent compté les trucs en vies de chien, sept ans par sept ans. J’avais trois ans quand c’est arrivé, trois ans en vie de chien. Un soir, on s’est réunis en famille. Raspoutine respirait péniblement dans le couloir. On a fermé la porte du salon comme s’il pouvait comprendre. Papa a dit qu’on ne pouvait plus le garder comme ça. Maman a ajouté qu’il fallait le libérer. Mes soeurs et moi, nous étions grands, alors on n’a rien dit, on était d’accord. On avait peur de la réaction de ma soeur Irina, parce que c’était un peu son chien, elle l’avait eu pour ses dix ans, elle y était plus attachée que tous les autres, mais elle a opiné du chef sans rien dire. Elle n’en a jamais parlé après. Il doit y avoir des trucs qu’on garde pour soi dans des lieux sacrés, tout au fond, et qui ne refont jamais surface, même dans l’humour, même des années après. Les épaves sous-marines de nos plus grands renoncements.

Le dernier soir, je suis redescendu dans la nuit, comme un spéléologue, avec des cordes plein la tête, pour pas me casser la gueule. Peut-être que mes soeurs et mes parents ont fait pareil, discrètement. J’ai posé sa grosse tête de loup sur mes genoux, il avait comme une crinière de lion, très douce, des poils très longs, noir et feu, je l’ai caressé. Il m’a regardé avec cet air de dire « C’est pas grave, ça va aller, n’aie pas peur, c’est pas grave. »

Il m’observait attentivement et j’essayais de comprendre ce que disait son regard. Je me suis aperçu qu’il m’avait ouvert la voie et peut-être que ces yeux ne disaient rien d’autre « Voilà, Kolia, c’est ça, en résumé, une enfance, une adolescence, l’âge adulte, la maturité, la vieillesse, le naufrage, c’est ça une vie. » Voir vivre un chien, le voir mourir, ça sert peut-être à ça, à ne pas mourir soi-même au dernier moment, à commencer plus tôt.

On a pris rendez-vous chez le vétérinaire un vendredi après-midi. On y est allé tous les six. Avec mon père, on a aidé Raspoutine à monter dans le coffre. Il était excité comme un grabataire qui sent venir l’infirmière gironde et son décolleté parfumé. Il devait croire qu’on partait en forêt. Il allait vite déchanter.

Il avait des yeux de berger, c’est-à-dire qu’il y avait pas mal de trucs qui nageaient dans son regard et c’était difficile de faire la part entre ce qu’on y ajoutait et ce qu’il s’y tramait vraiment. On est entrés. La vétérinaire était plutôt du genre cool, deux paquets de clopes par jour, la cinquantaine joyeuse et déglinguée. Une petite bonne femme toute sèche avec de grands yeux clairs qui avait lâché son mari et ses trois fils pour se mettre en couple avec son aide-soignante, une Hollandaise géante et un peu brutale qui matait les molosses les plus furieux en levant un sourcil.

J’avais un peu peur de la grande Hollandaise, je ne voulais pas qu’elle soulève Raspoutine comme un paquet de viande morte. Je me trompais. Elle a été très délicate au contraire, elle a soulevé ses cinquante kilos comme si c’était un piano Steinway et je comprenais soudain ce que la véto lui trouvait, à cette grande gigue de Hollandaise. Le chien n’a pas moufté alors que d’habitude il se cachait sous la table.

Les deux blouses blanches ont chuchoté. Elles nous ont laissés un moment avec lui. Mon père a bombé le torse, il a posé la main sur la tête du chien, il a inspiré un coup et puis il est parti fumer des cigarillos. Il avait euthanasié son chien précédent tout seul, en secret, à la campagne, quand on était gamins, et je crois que ce souvenir l’avait anesthésié, il ne pouvait plus, il ne voulait plus, il se protégeait.

Mes soeurs et ma mère pleuraient comme des Roumaines officielles, les femmes pleurent en Europe de l’Est, c’est la tradition, ça chasse les mauvais esprits. Je ne savais pas trop comment me comporter, j’étais censé être un mec, ne pas pleurer en public, alors j’étais figé comme une truffe héroïque dans un arrêt sur image au moment le plus dramatique du film.

Il y avait tant de peine, tant de souvenirs dans cette petite pièce en carrelage blanc et le coeur du chien qui battait encore et son regard, putain, son long regard qui semblait dire « c’est bon, je crois que je suis prêt », ou « je vous ai tant aimé », ou « je veux pas mourir », ou « ramenez-moi dans mon couloir sur mon tapis », ou quelque chose du même style, il y avait tant de tensions dans ce huis clos que je serrais les dents comme dans les films de mon enfance, Paul Newman dans la Tour Infernale, à me faire péter les plombages.

Et puis, soudain, Ras’ a tourné un peu la tête et m’a regardé avec ce genre de paires d’yeux qui vous flinguent le moral et les guiboles. J’ai fait comme mon père, je lui ai posé la main sur la tête, j’ai inspiré un grand coup et j’ai dit « au revoir, mon vieux », et je suis sorti.

La vétérinaire et la Hollandaise sont revenues. Il y a eu les dernières caresses, les derniers mots qui peuvent sembler si ridicules pour ceux qui n’ont jamais eu de chien, et mes soeurs et ma mère sont parties à la maison, dans les larmes, dans les mots que seules les femmes savent se dire dans ces moments-là.

Quand la voiture des filles a démarré, mon père m’a regardé et il m’a tapé sur l’épaule et ce geste m’a un peu secoué. On est resté là sur le gravier dans un de ces silences typiquement masculins, un silence solidaire, cousu de fumée de cigarette, de mains dans les poches et de regards par terre. On a attendu une demi-heure comme ça et puis la vétérinaire est venue nous dire que c’était fini. On pouvait récupérer le chien.

C’était déjà plus Raspoutine, c’était une grosse masse lourde, tellement lourde, la pisse lui sortait du ventre, ça sentait déjà la mort. On l’a mis dans un drap blanc. On a mis le drap blanc dans une bâche en plastique et puis on est partis à la campagne, dans la maison de vacances, à 200 km/h vers le grand sapin, six cents bornes avec le chien mort dans le coffre.

Voilà, le trou est assez profond, pas loin d’un mètre. On attrape le drap, on le soulève, il est de plus en plus lourd, la mort double la force de gravité, c’est une loi de la physique dont personne ne parle, on le dépose au fond. On dirait une grosse larve de dinosaure. Sur la recommandation de mes soeurs, on ajoute sa couverture favorite, un truc rose immonde plein de poils, et puis une balle de tennis, un collier, une laisse, deux trois conneries qu’il aimait mâchouiller. On fait une petite minute de silence, papa prend une longue inspiration pour faire un discours. Il dit « Salut, mon Ras’. » Je le regarde. Il a les larmes aux yeux. Il ne dit plus rien. C’est fini. On chope les pelles et on remplit le trou sous la neige fondue. Voilà, c’est comme ça que ça finit parfois, un chien, une enfance.

 

Ce chapitre est extrait d'Un parfum d'herbe coupée (Préludes éditions)

Le jour où les éléphants se maquilleront les cils en utilisant des oiseaux-mouches plongés dans de la poudre de charbon, j'écrirai une biographie raisonnable. 

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Le 19 mars 2014 à 08:11

Il sort d'un coma de 19 ans et ouvre un vidéo club

Ses proches n’ont pas osé lui dire qu’il faisait fausse route. Loïc Janson, un habitant de Pau, est sorti du coma à la mi-janvier après plus de 19 années de silence radio. Aujourd’hui âgé de 37 ans, ce dernier a décidé de réaliser son rêve d’enfant, à savoir devenir le propriétaire d’un vidéo club. Hélas, le palois risque de se confronter à de sérieuses difficultés économiques, ses amis refusant de lui révéler les changements de notre société depuis son entrée dans le coma en 1995. Éviter le choc « Il s’est réveillé un jour, sans prévenir. Et avant même qu’on lui parle de ce qui avait changé, il nous a dit que la raison pour laquelle il s’était réveillé, c’était ce vidéo club qu’il voulait ouvrir plus que tout. Alors on n’a pas osé lui dire la vérité. » explique, plein de culpabilité, Loïc, le meilleur ami de Loïc. Car pour Loïc Janson, tout commence le 11 janvier 1995. Alors qu’il revient en voiture d’une soirée, le jeune homme, alors âgé de 18 ans et un peu éméché au moment des faits, rentre parfaitement chez lui. Mais trois semaines plus tard, alors qu’il joue à la Super Nintendo, Loïc est victime d’une attaque cérébrale qui le plonge immédiatement dans le coma pour les 19 années à venir. Mais au milieu du mois de janvier dernier, le palois se réveille, demande à ses proches de se réunir autour de lui au plus vite. « Il nous a fait venir. Il avait le sourire. Il disait n’avoir aucun regret, que c’était le destin mais que maintenant il était temps pour lui d’être celui qu’il était au fond, un gérant de vidéo club. » raconte Loïc Sr., son père. Alors, famille et amis décident de ne pas révéler à Loïc l’impasse dans laquelle il se trouve, par peur de lui infliger un choc psychologique trop lourd. « Il avait l’air si heureux de pouvoir reprendre une vie normale. C’est tellement dommage qu’il choisisse une voie dans laquelle il va se marginaliser socialement. » commente Loïc, la sœur de Loïc. Étaler les révélations Malgré ce tabou dans lequel Loïc Janson est maintenu par son entourage, les proches de ce dernier souhaitent tout de même essayer de le ramener dans ce siècle qui est le nôtre. « On va d’abord tenter de lui annoncer que le service 3615 Ulla n’existe plus. Il faut y aller pas à pas. Parce que s’il tombe sur un Blu-ray par accident, il est capable de nous refaire un AVC avec un autre coma derrière. Ce qui serait plus pratique pour tout le monde cela dit. » nous dit le père de Loïc.   Le Gorafi

Le 2 janvier 2014 à 10:01

Chère National Security Agency

Merci de lire tous nos messages

Chère NSA Tu entends comme la presse mondiale joue les effarouchées en "découvrant" tout d'un coup ce qui est connu depuis bien longtemps : tu nous aimes. Tu collectionnes  dans tes serveurs enterrés dans des cavernes tous nos mouvements sur google, nos comptes facebook ou skype, tu as décidé de devenir le dépôt légal de nos conversations téléphoniques, de nos échanges mails et de nos balades Internet. Tu rapatries dans tes chers USA chaque mouvement de nos cartes bancaires alors qu'ici nous sommes incapables de tenir des comptes sérieux. Et tu les conserveras jusqu'à la fin des temps. For ever. Alors, puisque toi tu nous écoutes, je voulais te demander pour lundi : est-ce que tu pourrais envoyer un drone sur l'horloge atomique de Darmstadt - c'est sur elle que se coordonnent nos montres et réveils en Europe ? Car vois-tu j'ai pas mal fait la fête ce week-end et je me sens pas trop de me lever aux aurores demain matin. Thank you et bon courage! Fleur Ho PS : pour être sûre que tu t'intéresses à mon message parmi les milliards que tu reçois ce matin, je te mets quelques mots que tu aimes qui je l'espère alerteront tes vaillants robots : wikileaks, julian assange, bradley manning, glenn greenwald, edward snowden, wikileaks, julian assange, bradley manning, glenn greenwald, edward snowden, wikileaks, julian assange, bradley manning, glenn greenwald, edward snowden, wikileaks, julian assange, bradley manning, glenn greenwald, edward snowden

Le 24 novembre 2015 à 08:31

L'ours bipolaire est désormais une espèce en voie de disparition

Surnommé « l’instable du Grand Nord », l’ours bipolaire vient d’être ajouté à la liste rouge des espèces menacées par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). A l’heure actuelle, il resterait moins de 300 spécimens de cette espèce qui survit dans les régions arctiques et dont le comportement parfois irrationnel joue contre sa préservation. Auto-destruction L’ours bipolaire, animal étrange aux agissements parfois incompréhensibles évoquant à la fois la mère de famille en plein baby blues ou le trader excessivement euphorique, vit exclusivement sur la banquise. Selon l’UICN, il reste aujourd’hui moins de 300 spécimens, qui vivent de manière solitaire sur la glace. Parmi les facteurs qui ont provoqué le déclin des populations d’ours bipolaires, il y a évidemment le braconnage et la perte des habitats naturels. Mais la cause principale de sa lente disparition reste le comportement même de l’ours bipolaire que les experts de l’UICN jugent « totalement imprévisible et préjudiciable pour l’ espèce même ». Car cette espèce serait la moins adaptée à la survie en milieu hostile, toujours selon l’UICN : « Les ours bipolaires sont souvent dépressifs. Ils manquent d’appétit et d’intérêt pour la chasse qui est nécessaire à leur survie. Il arrive parfois qu’ils fassent preuve d’une grande anxiété et de haine envers eux-mêmes. Autant d’éléments qui les transforment en maillons faibles de la zone arctique. » explique Lana Purlac, de l’organisation. Mais à tous ces handicaps, il faut ajouter également le caractère des ours bipolaires : « Ils ont de très fortes manies, parfois violentes. Ils peuvent passer des semaines à frapper la banquise avec leurs pattes, juste par obsession. Dans les cas les plus graves, certains sont victimes de délires et se focalisent sur des théories du complot au sein du cercle polaire. C’est une perte de temps et d’énergie considérable pour tout prédateur de ce genre. » précise également l’expert de l’UICN. Encadrer l’espèce Pour aider à combattre la disparition progressive de l’ours bipolaire, les organisations de défense des animaux militent intensément pour la mise en place d’un plan de sauvegarde de l’espèce : « C’est difficile pour nous d’être dans cette situation. Déjà qu’on a du mal à protéger les animaux de l’homme, mais si en plus il faut demander aux pouvoirs publics de protéger une espèce contre elle-même, c’est très dur à faire passer comme idée. » nous explique un cadre de l’association PETA avant de conclure : « L’idéal serait peut-être de transférer les derniers ours bipolaires dans des instituts spécialisés pour qu’ils soient encadrés, quelque chose comme un zoo dans l’esprit. » Le Gorafi Illustration : iStock / RobertScottJacobs / IRCrockett

Le 20 septembre 2010 à 10:18
Le 17 mars 2013 à 08:51

Chronique du retour en France

A bord du vol Addis-Abeba - Paris

« Mesdames-Messieurs-bonjour, dans quelques instants nous commencerons notre descente vers Paris-Charles de Gaulle, où nous devrions atteindre notre point de stationnement d’ici une dizaine de minutes. Veuillez redresser votre siège, plier votre tablette et attacher vos ceintures en vue de notre proche atterrissage. A l’arrivée le temps est couvert et la température extérieure est de six degrés… [silence] C’est l’hiver, quoi. Il a neigé y a pas longtemps mais ça n’a pas tenu. [silence]. Dommage, c’était sympa ces batailles de boules de neige dans la rue. Mes enfants étaient tout jouasses. Hum. [silence] Je ne sais pas depuis quand vous étiez partis mais vous trouverez peut-être que ça n’a pas beaucoup changé depuis que vous avez quitté la capitale. Paris est Paris ; on y galope après le temps pour se sentir moins fragile ; les transports en commun charrient chaque jour des tonnelées de travailleurs maussades habillés de gris, de beige et de bleu marine, absorbés dans leurs téléphones et casqués pour la plupart, oublieux du monde qui les entoure au point qu’il faut les tirer par la manche pour asseoir une vieille dame ou monter une poussette dans les escaliers. Le bruit médiatique est toujours aussi assourdissant mais on s’y retrouve finalement assez vite ; les uns répètent ce que racontent les autres, Cosmo parle de fesse, l’Equipe de la Ligue 1, Le Point est à droite, Libé à gauche, le Fig à Dassault et le Canard à personne, vous ne serez pas dépaysés. Vous allez peut-être aussi retrouver l’abondance incroyable des supermarchés d’ici , les vingt marques de papier toilette entre lesquelles il faut choisir ; celui-ci rose à pois verts mais celui-là doté d’une Ouverture Facile, ce troisième Extra-Doux et ce dernier tout en haut moins onéreux mais à tête de papier de verre… Ca prend un petit moment mais on s’y fait, vous verrez. Et puis j’espère que vous avez déjà un appart où dormir parce qu’en ce moment c’est presque impossible si vous n’avez pas deux CDI, trois garants et un compte en Suisse (ou un oncle acteur en Belgique, ha ha) ; bref si vous n’avez pas de quoi acheter l’immeuble et – ah – une petite seconde, on m’appelle, je suis à vous tout de suite *bip*. *bip* excusez-moi, il fallait que je réponde, c’était les gars de la tour de contrôle qui m’appelaient. Ils me trouvent un peu trop négatif. Ils ont raison, je me suis laissé emporter. Au fond Paris vaut bien Addis Abeba, ou Hanoi, ou Oulan Bator pour autant que je sache. C’est juste que ça va peut-être vous faire bizarre de rentrer. Ce n’est pas que la ville soit si dure à vivre, non ; c’est plutôt que vous ne serez plus ailleurs. Vous verrez, ça secoue un peu. Enfin vous trouverez bien aussi de quoi vous remonter le moral, hein, je ne me fais pas de souci pour vous, attendez, je sors mon Pariscope, ah, y a Morel qui joue à la Pépinière, j’adore ses pièces ; y a plein de conférences gratuites à la BNF et des concerts en pagaille un peu partout, tiens, il y a Akalé Wubé qui joue bientôt, c’est du son éthiopien, ça ; et puis vous pouvez aller boire du thé à la menthe à la Grande Mosquée si ça ne choque pas votre orthodoxie, il est super bon, bref il y a plein de trucs à faire si vous savez prendre le temps. C’est pas rassurant, ça ? Allez Mesdames, allez Messieurs, souriez, Paris n’a pas changé mais Paris vaut le coup quand même ; il y a la place des Vosges et l’Opéra, Belleville, le Jardin des Plantes et les troquets de Pigalle, les bourdons tibétains fossilisés de la Piazza Beaubourg, le canal Saint-Martin, tous les gens mélangés, la ville humide et froide recolonisée par la vraie vie vivante et l’espoir du printemps. Mais je parle, je parle, voilà la piste qui approche et je n’ai toujours pas sorti les roues. Allez, on atterrit. Dernier virage, hop-là, désarmement des toboggans, pouf-pouf, voilà, le contrôle au frontières vous attend avec le sourire. Enfin, peut-être. Allez, Mesdames-Messieurs, bonne journée, n’oubliez pas que le monde est vaste et qu’il fait plutôt bon y vivre. Bon séjour à Paris, bonne route à vous,  A bientôt. »

Le 12 avril 2012 à 09:31

Tout juste bon à ramener au Perreux !

  Dans l'argot des coulisses, ramener au Perreux, c'est renvoyer un décor qui, selon le metteur en scène, ne convient pas, ne joue pas.   C'est le renvoyer là où il a été construit : dans les ateliers de décors, situés généralement à l'Est de Paris, la banlieue la moins chère au regard du délire immobilier de la capitale et des quartiers résidentiels. L'Est, c'est Pantin, Aubervilliers, Le Perreux... L'Ouest, c'est Neuilly, Sceaux, Saint-Germain-en-Laye...   Dans le langage courant, être complètement à l'Ouest, c'est être décalé, à côté de ses pompes, à côté de la plaque.   Car, « le bon côté » n'est-il pas là où l'on est ? Comme l'expression vient du milieu du spectacle, et que les machinistes, les techniciens ont élu domicile plutôt vers l'Est, être de l'autre côté, c'est se retrouver du « mauvais côté ».   Dans le milieu du cinéma, s'entendre dire : - T'es à l'Ouest ! doit se comprendre comme : - Tu gênes sur le plateau ! Les studios de cinéma ne se trouvent-ils pas à Joinville !   Bien sûr, on peut penser à l'Ouest américain, aux westerns, à la conquête de l'Ouest. Mais, il est une expression, to go west, qui veut dire : être bousillé par la came. A rapprocher de passer l'arme à gauche. La gauche étant, depuis longtemps, considérée comme le mauvais côté, la sinistra italienne.   Balzac évoque l'un de ses contemporains ayant « le nez à l'Ouest ». Comme Alexandre, César, Louis XIV, Newton, Voltaire, Frédéric II, Byron, tous des hommes célèbres tenant leur tête légèrement penchée vers la gauche. Disgracieux !   De son côté, le soleil se couche à l'Ouest et se lève à l'Est. N'est-il pas plus valorisant d'être debout que couché et préférable de se lever tôt que de se coucher tard ?   Un décor bon à ramener au Perreux, son lieu de fabrication, une fois sur scène, a l'air gauche, l'air de ne pas être à sa place.

Le 30 juin 2014 à 09:59
Le 19 janvier 2012 à 07:57

Chronique Rurale

Troisième jour : tout est préalablement laid.

> Premier épisode                    > Episode suivantAujourd’hui, c’est la Toussaint alors j’arpente les allées du cimetière, à la recherche sans doute d’une illumination, d’une révélation au sujet de ma destinée, de mon identité, ou plus basiquement - vu le lieu et le contexte -, de ma propre mort à venir. Je rassure l’auditeur, quand je dis « à venir », je ne veux pas dire que je vais mourir sous ses yeux d’ici à la fin de cette histoire, c’est plutôt une façon de dire que de toutes les façons je vais bien finir par y passer un jour ou l’autre, et que marcher sous la pluie dans un cimetière est toujours l’occasion d’y repenser un petit peu. Bref. Ce petit cimetière est donc la réponse à toutes les questions, il est LA réponse : tout ce qui est ne sera plus.   Un homme au profil noir et au nez saillant jaillit soudain dans un contre jour immonde. C’est le curé qui sort de sa grosse bagnole, une Laguna gris métallisée modèle 1998, série limitée « Allez les Bleus ». Et moi qui pensais qu’en me prêtant sa mobylette il faisait acte de charité… Dans un geste, il actionne la fermeture centralisée des portes, remonte la fermeture éclair de sa parka grise, et se tourne vers moi, les yeux plissés par le soleil. Nous nous faisons face, de part et d’autre de la grille du cimetière.   – « Vous priez, Mon Fils ?  – Si je prie ? Je dois avouer que je n’en suis pas sûr. » lui sors-je avec aplomb. – « C’est une réponse valable. On n’est jamais vraiment sûr qu’il y ait quelqu’un au bout du fil. Je vais à mon tour vous avouer une chose : je ne prie plus. En fait je n’ai jamais prié. J’entre dans l’oratoire, je ferme les yeux, et je dors. J’ai acquis la surprenante capacité de pouvoir m’endormir à genoux sur le carrelage sans tomber.  – Mon Père, je me disais en faisant le tour du cimetière : tout ce qui est ne sera plus. – Même chose : pas de réponse définitive. En tout cas pas pour moi. – En venant, tandis que défilaient devant la mobylette les fils de la ligne THT, et qu’on pouvait distinguer le chantier de l’EPR dans le lointain, je regardais sur le goudron dégueulasse le vent emporter le cadavre d’un chat écrasé. Puis en marchant jusqu’au portail, j’écoutais la pluie goutter sur mon K- Way pourri et me dégouliner dans l’oreille. J’arrêtai mes yeux sur un tas de mégots détrempés sur lequel reposait un bout de capote arraché. Je me suis alors demandé comment le bon Dieu avait pu permettre qu’une telle crasse se déverse sur une telle beauté. Je veux dire, comment autant de saloperies peuvent-elles se glisser quotidiennement dans un monde à priori aussi beau ? – Question de point de vue. » me répond aussitôt Monsieur le Curé. « Personnellement j’ai fini par penser que tout était préalablement laid. C’est un postulat qui évite de s’énerver pour rien. Les gens sont laids, ils ont tous des gros culs et des têtes de pioches. Même les gens théoriquement beaux sont finalement vulgaires et vicieux. Alors ajouter de la laideur à la laideur ne provoque chez moi aucune indignation. Je reste calme et serein. Atone. Si vous priez, priez pour mon âme minable, je suis un homme mauvais, un porc. Et nous allons tous crever. Nous allons brûler jusqu’à l’os. – C’est gai. – Il pleut. Je rentre au presbytère, lutter contre le pêché. »   Et il se barre. Quand je rencontre des types comme lui, je me dis que la Foi est véritablement un don qui résiste à tout. A ce moment-là, rien ne laisse présager que la suite de cette aventure nous réunira malgré nous dans un unique et paradoxal destin.

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