Nicolas Delesalle
Publié le 02/06/2015

Le trou


Mon père creuse. Je creuse. Voilà, ça va finir comme ça. C’est difficile, c’est long d’arriver à l’essentiel. Il n’y a plus rien d’autre à faire. Donner des coups de pelle dans la terre dure au pied du grand sapin sous la neige fondue. On ne parle pas. Il est trois heures du matin. On n’avance pas. Creuser en janvier, c’était pas une bonne idée. J’ai les mains gelées, le front brûlant et le nez qui coule.

On a galéré pour trouver le bon emplacement. Il ne fallait pas tomber sur les autres. Depuis cinquante ans, on creuse toujours sous le grand sapin. Du coup, il atteint les vingt mètres de haut, l’animal.

Les sons sont étouffés par la nuit, janvier, l’air comprimé par le froid, on creuse dans du coton noir et dur. On respire comme des paquebots des années vingt. Nos vapeurs s’entrecroisent et dessinent de jolies volutes. Je fais une pause. La lampe torche est par terre et son faisceau enveloppe la silhouette de mon père qui continue de creuser. Son ombre menaçante s’étale dans le champ. Raspoutine est à côté, dans le drap blanc.

Il était toujours fourré avec nous, ce chien. Dans les voyages. À la maison. Avec sa gueule de loup, ses grands yeux de biche, ses longs cils et sa langue trop longue dont le bout dépassait quand il dormait. J’avais huit ans quand on l’a eu, vingt-deux quand on l’a perdu.

Il avait été un partenaire de jeu idéal. Nous étions gamins en même temps. Je lui ai cassé une patte en l’installant sur un tourniquet de square, j’ai ramassé consciencieusement ses crottes dans le jardin, je lui ai lancé des centaines de bâtons qu’il a toujours ramenés comme un couillon de chien, yo-yo horizontal, boomerang à poils, et puis il a grandi plus vite que moi.

On courait ensemble l’été, à la campagne, sur un chemin de pierres blanches, des footings de dix bornes sous le cagnard, et il se foutait de moi, caracolant en tête, puis il se figeait, revenait, poursuivait des mouches ou des proies imaginaires. Avec le temps, il a cessé sa course erratique de jeune chien fou, il s’est mis à trotter à mon rythme, ni plus, ni moins, la langue pendante sur le côté. Plus tard encore, il n’a plus réussi à suivre, il peinait vingt mètres derrière moi, prêt à crever la gueule ouverte pour ne pas me perdre de vue et j’étais obligé de raccourcir la foulée pour l’attendre. Voilà, il était vieux.

Les nuits de janvier à la campagne, ça gèle et toute la nature est morte. C’est comme si les arbres ne servaient plus à rien et les paysages ressemblent à de très vieilles femmes sèches qui n’ont plus la force de se maquiller.

Papa fait une pause à son tour et s’allume un cigarillo. Je descends dans le trou. Il me reste des forces et je voulais un trou profond, quelque chose de net, pas un trou d’amateur, mais je sens que ce n’est déjà plus de la rage qui me fait tenir, ce n’est plus de la peine, c’est quelque chose de plus doux qui tend mes muscles.

On l’appelait Ras’, ou Poutine, Poupoutche, plus une centaine d’autres surnoms tous plus imbéciles les uns que les autres. Raspoutine, c’était quand il faisait une connerie, quand il bouffait une poule pendant les vacances à la campagne, coursait un de ses congénères ou mendiait un os. Il avait été là à chaque instant, témoin silencieux de tout ce qui construit une enfance, une jeunesse quand je suis rentré de ma première cuite, de mon premier rendez-vous, quand je me suis fait casser la gueule, quand j’ai eu mon bac, quand j’ai fumé ma première clope en cachette, quand j’étais dans le canapé ce jour de printemps et que le parfum de l’herbe coupée dilatait mes pupilles, il était là. Il était toujours là.

On avait l’impression qu’il souriait tout le temps, un peu comme les dauphins avec leur gueule figée dans la joie. Il y a une innocence infinie dans l’oeil d’un chien, une jeunesse éternelle dans le cristallin qui contrarie le pourrissement des muscles et les années dans les os. Sur la fin, c’était moins drôle, il pissait partout, son arrière-train se carapatait, on avait attendu le plus longtemps possible, mais il avait quatorze ans et un cancer généralisé, il était au bout de ce qu’on peut réaliser quand on vit à quatre pattes, qu’on course des bâtons et des mouches et qu’on ahane au premier rayon de soleil.

Je n’ai plus de chien, je n’ai plus de chat, mais je sais que leur présence sans jugement, sans morale, leur présence de meuble toujours heureux avait quelque chose de rassurant. Moi, ça me rassurait de me faire caresser la paume de la main par les poils de mon chien.

Je sors du trou, je suis épuisé, en sueur et gelé. Papa me remplace, il saute, le cigarillo toujours à la bouche, on dirait Clint. Il creuse. Je m’allume une clope. Je vois le bout incandescent de son cigarillo monter et descendre comme une luciole.

Au cours d’un reportage chez un crémateur animalier, j’avais feuilleté le livre d’or noirci par les gens quand ils viennent déposer leur chien, leur chat et qu’ils repartent avec une urne minuscule. J’étais parti là-bas avec l’idée de bien rigoler. J’étais revenu avec la gueule de travers et toute la solitude des hommes sur les épaules. Des hommes à l’écriture tremblante qui parlent de leur animal de compagnie comme de leur enfant, le dernier remède à l’isolement, le vaccin aux journées nues, le dernier lien. On ne doit pas souvent être trahi par un animal.

J’ai souvent compté les trucs en vies de chien, sept ans par sept ans. J’avais trois ans quand c’est arrivé, trois ans en vie de chien. Un soir, on s’est réunis en famille. Raspoutine respirait péniblement dans le couloir. On a fermé la porte du salon comme s’il pouvait comprendre. Papa a dit qu’on ne pouvait plus le garder comme ça. Maman a ajouté qu’il fallait le libérer. Mes soeurs et moi, nous étions grands, alors on n’a rien dit, on était d’accord. On avait peur de la réaction de ma soeur Irina, parce que c’était un peu son chien, elle l’avait eu pour ses dix ans, elle y était plus attachée que tous les autres, mais elle a opiné du chef sans rien dire. Elle n’en a jamais parlé après. Il doit y avoir des trucs qu’on garde pour soi dans des lieux sacrés, tout au fond, et qui ne refont jamais surface, même dans l’humour, même des années après. Les épaves sous-marines de nos plus grands renoncements.

Le dernier soir, je suis redescendu dans la nuit, comme un spéléologue, avec des cordes plein la tête, pour pas me casser la gueule. Peut-être que mes soeurs et mes parents ont fait pareil, discrètement. J’ai posé sa grosse tête de loup sur mes genoux, il avait comme une crinière de lion, très douce, des poils très longs, noir et feu, je l’ai caressé. Il m’a regardé avec cet air de dire « C’est pas grave, ça va aller, n’aie pas peur, c’est pas grave. »

Il m’observait attentivement et j’essayais de comprendre ce que disait son regard. Je me suis aperçu qu’il m’avait ouvert la voie et peut-être que ces yeux ne disaient rien d’autre « Voilà, Kolia, c’est ça, en résumé, une enfance, une adolescence, l’âge adulte, la maturité, la vieillesse, le naufrage, c’est ça une vie. » Voir vivre un chien, le voir mourir, ça sert peut-être à ça, à ne pas mourir soi-même au dernier moment, à commencer plus tôt.

On a pris rendez-vous chez le vétérinaire un vendredi après-midi. On y est allé tous les six. Avec mon père, on a aidé Raspoutine à monter dans le coffre. Il était excité comme un grabataire qui sent venir l’infirmière gironde et son décolleté parfumé. Il devait croire qu’on partait en forêt. Il allait vite déchanter.

Il avait des yeux de berger, c’est-à-dire qu’il y avait pas mal de trucs qui nageaient dans son regard et c’était difficile de faire la part entre ce qu’on y ajoutait et ce qu’il s’y tramait vraiment. On est entrés. La vétérinaire était plutôt du genre cool, deux paquets de clopes par jour, la cinquantaine joyeuse et déglinguée. Une petite bonne femme toute sèche avec de grands yeux clairs qui avait lâché son mari et ses trois fils pour se mettre en couple avec son aide-soignante, une Hollandaise géante et un peu brutale qui matait les molosses les plus furieux en levant un sourcil.

J’avais un peu peur de la grande Hollandaise, je ne voulais pas qu’elle soulève Raspoutine comme un paquet de viande morte. Je me trompais. Elle a été très délicate au contraire, elle a soulevé ses cinquante kilos comme si c’était un piano Steinway et je comprenais soudain ce que la véto lui trouvait, à cette grande gigue de Hollandaise. Le chien n’a pas moufté alors que d’habitude il se cachait sous la table.

Les deux blouses blanches ont chuchoté. Elles nous ont laissés un moment avec lui. Mon père a bombé le torse, il a posé la main sur la tête du chien, il a inspiré un coup et puis il est parti fumer des cigarillos. Il avait euthanasié son chien précédent tout seul, en secret, à la campagne, quand on était gamins, et je crois que ce souvenir l’avait anesthésié, il ne pouvait plus, il ne voulait plus, il se protégeait.

Mes soeurs et ma mère pleuraient comme des Roumaines officielles, les femmes pleurent en Europe de l’Est, c’est la tradition, ça chasse les mauvais esprits. Je ne savais pas trop comment me comporter, j’étais censé être un mec, ne pas pleurer en public, alors j’étais figé comme une truffe héroïque dans un arrêt sur image au moment le plus dramatique du film.

Il y avait tant de peine, tant de souvenirs dans cette petite pièce en carrelage blanc et le coeur du chien qui battait encore et son regard, putain, son long regard qui semblait dire « c’est bon, je crois que je suis prêt », ou « je vous ai tant aimé », ou « je veux pas mourir », ou « ramenez-moi dans mon couloir sur mon tapis », ou quelque chose du même style, il y avait tant de tensions dans ce huis clos que je serrais les dents comme dans les films de mon enfance, Paul Newman dans la Tour Infernale, à me faire péter les plombages.

Et puis, soudain, Ras’ a tourné un peu la tête et m’a regardé avec ce genre de paires d’yeux qui vous flinguent le moral et les guiboles. J’ai fait comme mon père, je lui ai posé la main sur la tête, j’ai inspiré un grand coup et j’ai dit « au revoir, mon vieux », et je suis sorti.

La vétérinaire et la Hollandaise sont revenues. Il y a eu les dernières caresses, les derniers mots qui peuvent sembler si ridicules pour ceux qui n’ont jamais eu de chien, et mes soeurs et ma mère sont parties à la maison, dans les larmes, dans les mots que seules les femmes savent se dire dans ces moments-là.

Quand la voiture des filles a démarré, mon père m’a regardé et il m’a tapé sur l’épaule et ce geste m’a un peu secoué. On est resté là sur le gravier dans un de ces silences typiquement masculins, un silence solidaire, cousu de fumée de cigarette, de mains dans les poches et de regards par terre. On a attendu une demi-heure comme ça et puis la vétérinaire est venue nous dire que c’était fini. On pouvait récupérer le chien.

C’était déjà plus Raspoutine, c’était une grosse masse lourde, tellement lourde, la pisse lui sortait du ventre, ça sentait déjà la mort. On l’a mis dans un drap blanc. On a mis le drap blanc dans une bâche en plastique et puis on est partis à la campagne, dans la maison de vacances, à 200 km/h vers le grand sapin, six cents bornes avec le chien mort dans le coffre.

Voilà, le trou est assez profond, pas loin d’un mètre. On attrape le drap, on le soulève, il est de plus en plus lourd, la mort double la force de gravité, c’est une loi de la physique dont personne ne parle, on le dépose au fond. On dirait une grosse larve de dinosaure. Sur la recommandation de mes soeurs, on ajoute sa couverture favorite, un truc rose immonde plein de poils, et puis une balle de tennis, un collier, une laisse, deux trois conneries qu’il aimait mâchouiller. On fait une petite minute de silence, papa prend une longue inspiration pour faire un discours. Il dit « Salut, mon Ras’. » Je le regarde. Il a les larmes aux yeux. Il ne dit plus rien. C’est fini. On chope les pelles et on remplit le trou sous la neige fondue. Voilà, c’est comme ça que ça finit parfois, un chien, une enfance.

 

Ce chapitre est extrait d'Un parfum d'herbe coupée (Préludes éditions)

Le jour où les éléphants se maquilleront les cils en utilisant des oiseaux-mouches plongés dans de la poudre de charbon, j'écrirai une biographie raisonnable. 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 16 janvier 2011 à 10:46

Le cercle des indignés

La deuxième décennie du nouveau siècle avait débuté avec un petit bouquin  de 24 pages d’un vieillard plus que digne qui enthousiasma tout le pays en même temps qu’était diffusé un énième sondage inepte classant ses habitants champions du monde des pessimistes. On aimait bien se distinguer dans l’hexagone et on accueillit ces deux nouvelles avec une jubilation blasée. Indignez-vous qu’il disait et tout le monde l’avait pris au mot. Le monde à feu et à sang n’intéressait pas vraiment ; on s’indignait surtout de ne pas être suffisamment pris en compte  dans l’échiquier de nos vies rétrécies, via les réseaux sociaux où chacun y allait de sa cause, en un clic sur une conscience en berne. Sur les lamelles molles d’un microscope daté, on plaçait ses mesquines préoccupations au centre des éternelles lamentations. « Je m’indigne donc je suis », formule typiquement française et purement rhétorique s’en tenait là. Peu importait la cause, il y en avait tant, disait le patriarche et comme cette fois on se devait de saluer avant l’issue fatale l’homme auréolé de la rumeur qu’il avait participé à l’élaboration de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (excusez du peu) on ne pouvait raisonnablement pas passer à côté de cette aubaine là. Alors on s’indignait comme autrefois les Shadock pompaient, à hue et à dia. L’année se plaçait sous l’augure de débats creux et insipides annonçant une élection dont on se demandait à quoi elle pouvait bien rimer. Puisque l’ennemi avait été identifié, que l’on s’apercevait avec horreur de l’inutilité crasse des politiques face à ce monstre tentaculaire, on s’indignait. Puisqu’on avait maintenant un auditoire, certes illusoire, on se déplaçait de mur en mur pour annoncer la bonne nouvelle : indignez-vous ! 153 amis aimaient ça. Puisqu’on ne pouvait raisonnablement admettre nos solitudes emplies d’angoisse, on propageait la bonne parole : indignez-vous ! 168 amis aimaient ça. Puisque la promesse infâme de visibilité, d’ubiquité, d’universalité et toute autre tasse de thé semblaient à notre portée, on colportait cette parabole : indignez-vous ! 392 amis aimaient ça. Au même moment, à un jet de pierre de nos côtes méditerranéennes, personne ne s’indignait des massacres perpétrés contre des arabes affamés, des étudiants bâillonnés, des marchands ambulants n’ayant plus rien à vendre. On ménageait la susceptibilité des dirigeants installés en tenant discrètement une morbide comptabilité. Surtout, on s’en fichait royalement de ces basanés, on avait notre lot de haine ravalée. Alors on s’indignait comme on pissait quand Brel pleurait sur les femmes infidèles…Illustration : Nicolas Sarkozy et Zine El-Abidine Ben Ali

Le 16 novembre 2011 à 08:20
Le 29 septembre 2015 à 10:52
Le 9 septembre 2014 à 10:48

La classe, c'est aussi la Truant Class

C'est la rentrée des cancres La rentrée des classes, ce n’est pas seulement bien sûr la rentrée de la lutte des classes à l’école, c’est aussi la rentrée des cancres, des cancres présentables certes, les ptits morpions faisant rigoler dans les chaumières sortant tout droit de la fadasse Foire aux cancres, les têtards que Beaumarchais appelait « les insolents chérubins ». Et les cancres réellement mal léchés en faisant voir plus d’une aux pères la baguette, aux madames j’ordonne et aux profs pot-de-colle dans le droit fil des garnementeries de Max et Moritz, de Poupon la peste, de Lucignolo (le mauvais camarade anarchisant de Pinocchio), du Voleur de Bagdad, du Giannino Furioso de Vamba, du Bon Petit Diable de la Comtesse, des « Lucifers en culottes courtes »* de Pascal Bruckner (dans Le Palais des claques, 1986) ou des non moins infernaux Katzenjammer kids. Insupportables « petits fous-fous », comme disait de vous Jehan Rictus, vous avez votre place dans les premiers rangs du Rond-Point. Au même titre que bien d’autres mauvais sujets. Grâce au ténébreux Jules Van, l’historien dans les Libé des eighties du « Vrai Art nouveau » (l’art du détournement, de l’imposture, du sabotage, du pique-assiettisme sauvage…), j’ai mis la main sur un des meilleurs éloges anonymes du « cancre dira-t-on » ayant flâné dans les préaux de France. Ça date de 1979. Les peaux de vache, les faux-culs et les concons  « À la maternelle déjà, je haïssais les maîtres. En face d’eux, j’étais un gamin tout sourire, charmant et naïf. Aussitôt hors de vue, je pilais les craies dans les encriers, gravais des obscénités sur les belles tables cirées et répandais de l’encre sur la chaise des maîtresses aux jolis froufrous. Au lycée, en 4e, je fondais avec deux voisins de fronde le groupe « Arsène Lupin », dont la malfaisante activité était la guerre aux professeurs et aux pions. Dès les premières semaines, nous savions à quoi nous en tenir sur le noble caractère de notre chiourme. Nous la classions en trois catégories, les « peaux de vache », les « faux-culs » et les « concons ». Avec les peaux de vache, tous les coups – clandestins – étaient permis : clous rouillés sur la chaise, tableau pesant effondré en plein cours, insultes blessantes et anonymes, « vache qui rit » collées au plafond tombant en débris mous, pneus lacérés, chapeau plein de merde. Face aux faux-culs, nous étions plus ouvertement ignobles. S’ils se vengeaient sans pitié pendant les conseils de classe ou nous livraient aux censeurs, ils devaient subir ensuite notre vengeance et nos farces monstrueuses. Nous venions au cours avec dix de ces petites boîtes qui imitent à la perfection le « meuh ! » gras d’une vache, et donnions une heure de concert alpestre. Dès qu’une boîte était découverte, une autre hurlait de plus belle dans la travée d’à-côté. Et ainsi de suite. Nous attendions que notre faux-cul craque, nous étions méchants et cruels. Prétextant sa mauvaise haleine, toute la classe lui tournait soudain le dos ou se protégeait le visage avec une moue dégoûtée. Nous déclenchions après cinq minutes de leçon la sonnerie de la fin des classes, un magnétophone caché dans un sac et sortions en hurlant dans la cour. Le faux-cul était savonné par la direction. Avec les « concons » enfin, espèce des plus rares, nous étions toujours absents et trichions sans vergogne. » Touche pas à mon terrain vague En guise de complément, voici une info de La Libre Belgique du 8 février 1973 que je trimballe depuis lors dans mon cabas sur ce qui peut nous tomber sur la cafetière quand on court sur le haricot des cancres. « Deux garçons de treize ans ont démoli à l’aide d’un bulldozer une maison toute neuve que l’on avait édifiée sur leur terrain de jeu favori, à Reno, aux États-Unis. Ils ont attendu que les ouvriers du chantier soient partis pour la nuit et sont alors allés chercher un bulldozer dont ils avaient repéré la présence à un kilomètre de là. Avec cet engin, ils ont passé à quatre reprises sur la maison neuve. Lorsque les ouvriers sont revenus le lendemain matin, ils n’ont pu trouver que des gravats. » Nous laissons les mots de la fin tout d’abord à la bien oubliée aujourd’hui Nicole Bley, alias La Panthère bleue, qui frigoussa en 1972 le pamphlet carabiné Lâche ton cul, camarade (Pauvert). « Tous les enfants feront ce qu’ils voudront : ils se passeront des films interdits, et y’aura plus d’écoles ; ils pourront jouer à l’eau ; et se mettre les doigts dans les trous de nez, et ils pourront manger leurs crottes de nez et dire aux vieux tout ce qu’ils pensent d’eux ; roter, pisser, péter et chier à la figure de qui ils veulent ; puis dessiner des cochonneries partout virgule, faire des virgules virgules, sur tous les murs, avec leurs excréments !... Faire des pâtés de sable avec le sang coagulé de leurs parents. » Et c’est Pierre Desproges qui ferme notre rideau scolaire avec sa version personnelle de L’École est finie : « Il faut mettre le terme aux maîtres ! »   NB : La Truant Class : la classe des petiots faisant l’école buissonnière. * « Les Lucifers en culottes courtes crevaient les pneus des voitures de leurs maîtres et maîtresses, les bombardaient de petits suisses et de fromage blanc pendant les cours, posaient des clous, pointes retournées, sur leur chaise, les huaient, les sifflaient ouvertement. »  

Le 11 novembre 2015 à 08:38
Le 1 avril 2010

Contributions : la question de la censure

Courrier interne

Chère amie et co-rédactrice en chef,Je vous interroge sur un problème que je qualifierais d’éthique. Madame X (je tais le nom mais son avatar a des ailes de papillons, vous voyez qui je veux dire ?) a parcouru avec succès toutes les étapes de la Piste d’envol. Trois de ses innombrables posts ont fini par être acceptés par nos soins et ont été publiés dans cette section réservée aux internautes. Jusque là tout va bien. Simplement, comme le veut la règle de notre revue fort ludique, certes, mais extrêmement rigoriste quant à son fonctionnement, Madame X a légitimement le droit devenir une chroniqueuse officielle de ventscontraires.net. Ce qui a été fait en grande pompe : Stéphane Trapier, l’illustrateur illustre, lui a dessiné l’avatar de ses rêves (avec des ailes de papillons donc). Madame X vient de nous envoyer une quarantaine de nouvelles inédites qu’elle n’est jamais parvenue à faire publier. C’est infâme, chère amie et co-rédactrice en chef : infâme. Que pouvons-nous faire ? Dites-moi vite !Jean-Daniel Magnin Cher ami et co-rédacteur en chef,Vous avez voulu être chef, maintenant, il faut assumer. Votre neutralité suisse dût-elle en prendre un coup. Un chef, ça fait des choix. Madame X peut avoir toutes les ailes de papillon qu’elle veut, si ses textes ne méritent pas d’être publiés dans notre revue fort rigoriste et néanmoins ludique, ils ne le sont pas. Même chose pour nos chroniqueurs de choix, même chose pour vous, cher ami et co-rédacteur en chef. Et même chose (aïe) pour moi. Pas de collier anti-éthique, dura lex, sed, vous savez… lex.  Laure Albernhe

Le 12 août 2011 à 08:45

Toujours regarde le brillant côté de la vie

« Plus optimiste, ton prochain billet », m'a-t-on prié. C'est vrai que l'actualité actuelle n'est pas des plus réjouissantes. Mais chaque revers a sa médaille et avec un peu de bonne volonté, on finit par trouver des raisons de se réjouir dans les plus inquiétantes des nouvelles. Alors bien sûr, l'Angleterre est secouée par de terribles émeutes, et on ne sait même pas s'il s'agit d'un cri d'alarme lancé par des jeunes sans avenir, ou juste de mecs qui volent des télés. Mais le bon côté des choses, c'est que les éditorialistes finissent forcément par citer les Clash, ce qui est nettement mieux que Colonel Reyel. Alors bien sûr, la note des Etats-Unis a été abaissée, la France tremble pour la sienne et les marchés financiers, par compassion, n'en finissent pas de paniquer comme des pucelles effarouchées. Mais ce n'est pas si grave, une mauvaise note : je me rappelle, en primaire, je m'étais planté à une interro sur le passé simple et aujourd'hui, plus personne ne l'utilise, c'est bien la preuve. Alors bien sûr, on a un été pourri, ma bonne dame et franchement, il n'y a plus de saisons, plus d'été, plus de Printemps arabe, mais c'est excellent pour la relance économique des vendeurs de parapluies et de bateaux à rames. Alors bien sûr, la Somalie meurt peu à peu, mais peut-être que quelqu'un va avoir l'idée de faire un disque pour la sauver. C'est bien, les disques. Alors bien sûr, Carla B-S est toujours enceinte, mais du coup elle ne sera pas sur le disque pour la Somalie.

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication