Mathias Daval
Publié le 07/06/2015

Modeste proposition pour la corrida de demain


De partout, des voix s’élèvent pour dénoncer l’archaïque et brutal spectacle offert par la corrida. Plutôt que d’écraser, à la suite des indépendantistes catalans, un pan entier du patrimoine méditerranéen : régénérons la corrida en remplaçant le taureau par un être humain. Nos aficionados ne rappellent-ils pas d’ailleurs que la corrida n’est en rien une exécution, mais une lutte symbolique destinée à fortifier l’âme ? Est-il besoin de rappeler la vaste tradition dont procède cet art plastique et sacrificiel depuis le culte à mystères de Mithra ? Sous prétexte de sauver quelques ruminants à crin dur, on voudrait éteindre le feu sacré allumé par notre légitime désir prométhéen et cathartique ? Finies les ganaderías de mille hectares, ces champs s’étalant à perte de vue, empiétant sur les terres agricoles et financés par le contribuable à l’heure où ce dernier subit déjà les affres de la crise économique… On me dira que la vision d’un homme courant nu dans une arène n’est pas comparable à la beauté brute d’un taureau excité par les banderilles. Mais il ne s’agit pas de redéfinir le code tauromachique. Pas d’affront au sang et à la sueur des toréadors historiques ! Une gageure : conserver le protocole de la lidia, sa ternarité cosmique, écho à un schéma essentiel incrusté au plus profond de l’univers. S’il faudra adapter le jeu subtil de la faena, le duo mystique entre le héros sacerdotal et l’humain réduit à l’état de bête sauvage conservera ses intentions dionysiaques. Cessons de faire souffrir les bêtes. Croyons en l’homme, car ne plus croire en lui, c’est ne plus croire en rien. Rêvons un monde où l’espace sacré de nos ancêtres sera encore le nôtre. Un monde où, sans aucun doute, la corrida sera plus humaine.

Journaliste, consultant, web designer, traducteur, éditeur, administrateur de compagnie de théâtre, organisateur de soirées artistiques, il se consacre depuis quelques années à l’écriture. Il est auteur et compositeur pour le groupe Dazie Mae. En 2014, il est lauréat du prix Don Quichotte et de la bourse d’aide à l’écriture du CNT. Il vit actuellement entre Paris, Barcelone et d’autres dimensions de l’espace-temps plus difficilement accessibles.
www.mathiasdaval.com

 

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