Paul Martin
Publié le 07/06/2015

Plus je connais les bêtes, plus j'aime les choses


Plutôt qu'une biographie assommante, voici un texte qui vous sera vraiment utile. Si votre ordinateur fige régulièrement, essayez le truc suivant : d'abord, rehaussez le moniteur à l'aide d'une ou deux briques ; puis versez dans le lecteur de DVD un verre d'eau déminéralisée à laquelle vous aurez ajouté quelques gouttes d'essence de térébenthine. Eteignez l'appareil, rallumez-le et constatez le résultat : il est comme neuf. Ne me remerciez pas, je suis comme ça, altruiste.

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Le 27 mars 2013 à 10:03

L'objet du délire #13

Tu peux pas.

Tu peux pas partir comme ça, allons, viens-là, tu vas pas finir comme ça, je t'ai dans la peau, je t'ai dans la tête, on a partagé trop de trucs salés, trop d'instants empilés, trop de secondes sacrées, tu peux pas, tu peux pas me laisser là, tout seul, tout nu sans toi, tu peux pas t'en aller comme ça, on a trop vécu, on a trop vu, trop lu, trop bu, trop entendu, j'étais là pour toi, t'étais là pour moi, on parlait pas, mais tout était là, le monde et les mots, les images et les sons, les jeux et les joies, mes doigts sur toi, ta glace sous ma pulpe, mes yeux dans ta voix, non, non, tu peux pas, tu peux pas t'en aller comme ça, tu vas faire quoi, tu iras où, je serai qui sans toi, rappelle-toi, la musique et le soleil et le printemps et les tempêtes et le métro et les voyages et les petits mots et les grands cris et ces silences et ces séismes, tu vois bien, tu peux pas, tu peux pas me laisser là, et les nuits grises, les sms tordus, l'alcool dans les circuits et les urgences et l'amour en trois lettres et la mort en six mots, je sentais tes pulsations, tu connaissais le goût de mes poches, on ne se quittait pas, partout, en haut, en bas, de travers, dans les zigzags, on parlait pas, tout était là, non, tu peux pas, tu peux pas t'en aller comme ça, je t'ai dans la peau, je t'ai dans la tête, je vais faire quoi, je serai qui, allez, me laisse pas, t'en vas pas, reste avec moi, où es-tu, reviens, reviens, me laisse pas. Me laisse pas. Putain d'Iphone.

Le 5 juin 2015 à 08:20
Le 28 août 2011 à 08:54
Le 6 mars 2012 à 08:38

Tandis que je peigne la girafe

Ou : Du bâillement

Tout en échouant lamentablement à me trouver une occupation récréative durant les dernières heures qu’il me restait à acter de ma présence chez mon employeur avant mes congés estivaux, je tombai complètement par hasard, mais pas tant que ça, puisque, surprise par mon propre bâillement, je m’étais mise en devoir de tout apprendre à propos de ce mystère humain encore non tout à fait résolu, sur une information extrêmement intrigante elle aussi. La girafe ne bâille pas.Le poisson bâille, l’oiseau bâille, le reptile bâille, le mammifère bâille, tous les vertébrés bâillent. Et la girafe ? Non. Avec sa langue bleue et sa manie de dormir debout, c’est plutôt le genre à faire son intéressante. “Coucou, je suis la girafe, je suis bizarre, et je fais plein de trucs bizarres, pour que tout le monde soit bien jaloux, ha, ha, je suis BIZARRE, je suis la GIRAFE, et pas toi. Ni toi. Ni toi. Non, toi non plus. Ha, ha.”Ensuite je suis partie en vacances, et après plusieurs jours de repos obligatoires passés à ne rien faire dans l’ensemble, ce qui est une activité reposante, certes, mais peu gratifiante au bout du compte, j’ai repris mon occupation salariée et mes pérégrinations wikipédiennes, sans plus penser à la girafe. Jusqu’à l’invitation impromptue d’une amie à visiter Thoiry, idée saugrenue s’il en est, qui m’a replongée dans mon obsession girafienne. J’erre ainsi mollement dans l’open space, répétant en boucle giraffa camelopardalis (c’est du latin), ce qui semble inquiéter légèrement mes collègues qui jettent des appels au secours du regard à mon supérieur hiérarchique, dont le teint hâlé me fait penser qu’il a sans doute une maladie de peau à en juger par les taches brunes qui commencent à apparaître sur son pelage jaunâtre. Il faudrait peut-être qu’il ait une discussion avec sa femme, parce que ces petits bouts de corne qui commencent à lui pousser sur le crâne ne m’inspirent rien de bon non plus.

Le 2 octobre 2014 à 08:48

Sachons distinguer la taupe du homard

La taupe est un petit animal ainsi appelé en raison de sa très faible acuité visuelle et de ses remarquables facultés de dissimulation. Il ne doit pas être confondu avec le homard, qui a une meilleure vue et dispose de pinces qui seraient bien utiles à la taupe dans le cadre de ses activités, mais nous verrons cela plus loin. Pour éviter toute confusion, faites bouillir ensemble les deux animaux : celui qui ne devient pas rouge à la cuisson est la taupe. Cette simple opération facilitera la vie des jardiniers, qui ainsi peuvent se débarrasser de nuisibles, à condition de disposer de mayonnaise.Le homard est un animal très pudique, qui cache ses émotions derrière une épaisse carapace. Sous la caresse, il évite de manifester son contentement. Nul ne l'entend ronronner. C'est d’ailleurs également le cas de la taupe, ce qui rendrait inutile toute sorte de comparaison fondée sur ce seul critère.La taupe, à l’instar du producteur de roquefort et du responsable du rayon bricolage du BHV, passe le plus clair de son temps à l’obscurcir en sous-sol. Elle creuse des galeries à l’aide de grosses pinces dont elle est dépourvue, ce qui la ralentit considérablement ; tandis que le homard, de son côté, observe avec appétit  quelques vers marins, son acuité visuelle étant excellente. On voit par là que la distinction est aisée à opérer entre les deux espèces, pour peu qu’on dispose d’un grand aquarium.La taupe, quant à elle, est perfide ; elle attend la nuit pour se faufiler sous les pelouses ; vous transforme un green de golf en ligne d’en-but après la mêlée.En cas d’orage, le homard reste coi ; mais la taupe nage au fil du courant, dans l’espoir d’une nouvelle vie.Quant au jardinier, il est dubitatif, et se demande ce qui est préférable pour son jardin.

Le 20 mai 2014 à 10:31

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Faut-il participer à la Fête des Voisins ?

OUI. Inutile d'être invité. Vous débarquez comme ça, les mains dans les poches: « Salut, je suis votre voisin. Vous me reconnaissez ? » Bien sûr, personne ne vous reconnait. Et pour cause : vous vous faites passer pour le voisin du dessus (ou du dessous), celui qu'on ne voit jamais, dont on ignore le nom et qui est peut-être un autre. Mais on trouve que vous lui ressemblez, il n'y a pas de doute là-dessus, encore que le voisin du dessous (ou du dessus) était peut-être en fait une voisine qui s'habillait en homme et portait la moustache. Là-dessus, les avis divergent : n'était-ce pas plutôt un bouc ? Et s'il s'agissait d'un bouc, y avait-il une chèvre dans l'appartement ? Quelqu'un s'insurge : « on devrait interdire les animaux dans l'immeuble, y compris les poissons rouges ! » « Pas d'accord ! s'écrie le chien du troisième, qui a déjà bien abusé de la sangria. » Le débat s'envenime. Il y a les pour, les contre, les partisans du Modem, les sans-opinions, les mangeurs d'oignons. Bientôt, on en vient à se jeter le taboulé à la figure, la salade niçoise, les merguez pas cuites, la dinde de Noël. C'est la guerre dans l'immeuble. Une guerre belliqueuse. Vous, bien sûr, vous ne faites que passer. Vous n'êtes qu'un observateur mandaté par l'ONU. Vous repartez incognito après avoir bu un dernier verre en douce. Vous titubez un peu. Votre vue se brouille. Pas grave ! Vous changez de quartier. Autre fête des voisins. On vous reconnait. Pas vous ! On vous tire par la manche. Vous résistez, mais mollement. On vous allonge sur la table. Vous pensez peut-être qu'on va vous faire cuire avant ? Non, pas du tout. On va vous mangez comme vous êtes. Tout cru.

Le 26 avril 2011 à 18:33

Voyager abîme

Voyager dégrade, les arbres sont immobiles les chats les chiens courent tout le temps mais les arbres restent solides immobiles ancrés et meurent surtout des mouvements des tempêtes ou des tronçonneuses. Et même avec les tempêtes et les tronçonneuses les arbres vivent plus longtemps que les chats ou les chiensTenez prenons les sourisÇa bouge, fffuït ça se dégrade viteLes chats aussi normalement, parce que ça court après les souris, mais comme maintenant il y a les croquettes et les paniers, ça va.Puis il y a les éléphants, les paresseux, ça dure, c'est lent, ça conserve bien, comme les pépés de Crète, pas à dire l'huile d'olive c'est joli mais c'est surtout qu'ils n'en bougent pas de leur île ni même du village, ça garde, ça repose, c'est discret, c'est comme un arbre c'est le paysage, là il y a un arbre, tu tournes à droite et tu verras un pépé, tu peux pas te tromper parce que celui-là il a une salopette bleue, il sera sur un banc sauf si tu arrives vingt minutes plus tard, alors tu le verras dans le jardin, certainement avec une bêche.Du repos, du mouvement mais rien de précipité : de la constance, de la régularité seulement : “Les choses à faire”Les gens avant d'être sédentaires ne faisaient pas long feuVoyager abîmeVoyager pour voir des gens qui ne bougent pas comment ils sont et s'émerveiller de la différence mais bon dieu ils ne bougent pas et ils sont heureux comment ils font abîmeAlors les voyageurs sont malades en rentrant dans leur pays. Ils veulent changer des choses mais ils abîment : leurs amis, leurs travaux, parfois leur famille mais peuEt c'est heureuxIls auront bien besoin de quelqu'un pour les réparer.

Le 12 octobre 2014 à 09:41

SOS Kivik

"Depuis quand les coussins nous espionnent-ils ?" se demanda Paul Portier. Il avait été alerté par un message codé envoyé à tous les acheteurs, que les coussins vendus avec le canapé IVAR n'étaient pas ordinaires, mais probablement des messagers transmettant des informations ultra-privées (conversations, programmes TV, historique du smartphone) à des commanditaires dont on ignorait les objectifs. "On est plus tranquille chez soi" avait réagi Irène, la femme de Paul, tandis que Lina, leur ado accro aux widgets, pianotait sur son Galaxy S4, assise sur la lunette refermée des toilettes. Quelques jours après cette mise en garde, Paul était couché avec Irène. Des jeux érotiques se profilant sous les draps, il se demanda soudain si les oreillers n'étaient pas en train d'espionner leur vie sexuelle, leurs mouvements de tête durant le sommeil, la mécanique de leurs rêves. Si tout cela n'allait pas quelque part au loin, dans une autre galaxie, où des créatures accumulaient ces informations en vue d'une prochaine invasion, voire d'un possible remplacement du genre humain. Cette pensée interrompit leur moment d'intimité, qu'ils poursuivirent dans la salle de bains. C'est là qu'ils décidèrent de combattre les envahisseurs : si les extra-terrestres étaient des coussins, alors ils allaient apprendre de quel bois on se chauffe chez les Portier. Dès le lendemain, les coussins subirent un tabassage continuel, des lavages en machine répétés, froids, brûlants, javellisés à outrance, des teintures contradictoires. Lina prit l'habitude de se masturber avec un coussin qu'elle insultait et accablait de son mépris, tandis que l'orgasme montait. Paul et Irène se lançaient dans des disputes infernales où les coussins volaient, brisant lampes, vases et sous verres. En quelques jours, non seulement les coussins furent ruinés, mais aussi tout leur intérieur. C'est alors que Paul reçut un SMS rectificatif lui annonçant que les coussins incriminés n'étaient pas ceux du modèle IVAR, mais ceux de la nouvelle collection en cuir KIVIK.(Coussins et photo Marie Beauchesne)

Le 12 juin 2015 à 08:31

30 millions d'amis

et moi, et moi, et moi

Je ne suis pas raciste, mais tout de même, vous trouvez ça normal, vous, qu'on nourrisse des pigeons idiots qui passent leurs journées à roucouler et dont les fientes abîment nos murs et nos statues, et tout ça aux frais du contribuable, bien sûr ? Vous avez déjà vu une petite vieille mettre du vieux pain sur son balcon pour attirer les rats, les cafards ?   En Suisse, une loi vient de passer pour interdire la détention de dauphins. Toujours les mêmes animaux qui ont la belle vie. Toujours les mêmes pour lesquels on légifère. Les dauphins, les ratons-laveurs, les petits lapins, les poneys. Parce qu'ils sont si choux. Pendant ce temps-là, on massacre des colonies entières de fourmis coupables d'avoir volé un peu de sucre, dans l'indifférence générale. Prenez la Constitution helvétique, je vous mets au défi de trouver une seule ligne sur les gnous, les agoutis, les carcajous ou les podagres. Alors je vous pose la question. Est-ce vraiment normal ? Est-ce vraiment ce monde-là que nous voulons pour nos chinchillas ?   Et moi, par exemple, qui vous parle, si j'étais un chaton, il me suffirait d'être mignon pour faire trois millions de vues sur youtube sans avoir besoin de me creuser la cervelle (et heureusement, parce bon, le chaton, on parle de quelqu'un qui peut poursuivre sa propre queue pendant des heures, alors se creuser la cervelle, excusez-moi, mais c'est pas tellement le genre de la maison) pour trouver une chute à cette chronique « plus animalière ».

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