Les bonus de la saison
Publié le 06/06/2015

Rodrigo García : "On vit dans une espèce de Walt Disney animalier"


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Rencontre avec l'écrivain, metteur en scène et directeur de théâtre Rodrigo García au resto du Rond-Point. 4e épisode : les animaux, qu'on l'accuse de torturer en scène lorsqu'il fait nager un hamster ou cuisiner un homard exactement comme on le fait dans les grands restaurant – ce qui n'avait pas manqué de déclencher une polémique sur Internet.

"Les animaux, pour moi, sont des animaux je vis à la campagne dans les Asturies et quand j'étais enfant, je vivais en Argentine dans un endroit très pauvre alors la relation avec les animaux est normale : un chien est une chose qui dort à l'extérieur de la maison évidemment, une mule, une vache, on doit les frapper pour qu'ils avancent. Il y a des gens qui disent qu'il ne faut pas frapper la vache, pourtant la vache on l'a toujours battue parce qu'on travaillait dans les champs et que c'était le seul moyen pour qu'elle ne parte pas sur une autre chemin pour aller n'importe où. De la même manière, un porc, on doit l'ouvrir, le tuer, le manger. C'est incroyable, on vit dans une société qui a fait des animaux une sorte de Walt Disney animalier mais les animaux ne sont pas Dumbo ou Mickey ou tous ces animaux stupides. Les animaux sont dans la nature, en relation avec les cycles naturels, en relation avec l'homme, l'être humain, ils ont une raison d'être, un raison d'exister. C'est de la folie que des gens puissent penser qu'une poule ou un poulet sont des animaux domestiques. Mais non, une poule sert à donner des œufs et à être tué pour donner de la viande, et un homard sert à être mangé, personne ne le garde chez lui en décoration, ça va très loin, c'est tout à fait stupide, je dis ça parce que les gens qui écrivent, les gens qui prennent la parole sur leur ordinateur n'ont aucun contact avec les animaux, c'est drôle, ce sont des gens qui vivent en ville et n'ont aucun contact avec les animaux et je serais curieux de savoir ce qu'en diraient les gens qui vivent à la campagne.

Je pense que les gens qui s'énervent le font à cause de l'usage que je fais de ma propre liberté d'imaginer les choses et de les apporter sur la scène et je ne le fais pas seul, je le fais avec d'autres acteurs. Je pense que si je le faisais seul, ce ne serait peut-être pas aussi problématique aujourd'hui c'est la première fois que j'y pense mais je pense que ce qui irrite le plus les gens c'est que nous sommes plusieurs, que nous sommes un groupe de personnes d'accord pour faire ces choses. Il y a une pensée que je peux transmettre à d'autres ou cela peut-être un travail d'équipe, l'idée n'est pas nécessairement la mienne. C'est peut-être ça qui les irrite, qu'il y ait un groupe de gens, une cellule, qui pense et agit de manière différente de ce que la société demande pourtant on peut supposer que c'est le travail de l'artiste, c'est absolument étonnant on en arrive à un point où on demande à l'artiste d'être une personne banale et ordinaire, qui parle normalement et se comporte normalement comme s'il était un type normal c'est étrange parce que, non seulement l'artiste, mais tout le monde ressent le besoin de casser une table, de rire, de sauter, de crier mais ça n'arrive pas, on a toujours une manière de nous exprimer tellement clean, tellement propre et à l'intérieur, on va exploser, éclater parce qu'on a le besoin de crier, de faire le mal, oui on a besoin de faire le mal aussi, on a besoin de casser des choses mais c'est mal vu et ça en revient à nier une partie importante de l'être humain."




Confessions, confidences et indiscrétions. Les spectacles, les auteurs, les artistes et tous ceux qui font la saison du Rond-Point. 

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Rodrigo García

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Pierre Notte fait un carton avec son solo L'Effort d'être spectateur, clownerie théorique brillante et joueuse qui propose une réflexion sur l'art du théâtre. Où un auteur-metteur en scène-compositeur-chanteur dépiaute sans complaisance la relation scène-salle, sans jamais prendre son public pour un troupeau. Un magnifique jeu de dépliage relationnel, qui prouve qu'on peut être intelligent en faisant du hoola-hoop et en montrant son cul. Pierre Notte – Je ne suis pas un bon conférencier, et je suis un très mauvais acteur. Je prends en charge ma parole, ma pensée, mon expérience, avec mes provocations, mes points de vue, ma maladresse. Je veux tenter de prouver ce que j’avance, quand il est question du danger, sur scène, de ce qui nous fait nous sentir vivants, nous spectateurs, quand il est question de la nudité de l’acteur... Quand il est question des effets qui forcent des émotions, de la langue des auteurs vivants, ou des conventions éculées. Comme je suis nul en tout, je veux bien essayer de tout faire, ce sera au moins ça. Danser, chanter, faire du houla-hop, de l’harmonica, et jouer, prouver, vivre et brûler sur scène. Pour la première fois, je m’expose en tout, avec le regard bienveillant de Flore Lefebvre des Noëttes, je prends en charge ma parole, mes idées, la mise en scène du tout et j’interprète moi-même, en m’exposant jusque bout. C’est la moindre des choses... Si je me casse la gueule, j’aimerais bien que soit en beauté. En partenariat avec theatre-contemporain.net

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Rencontre avec l'écrivain, metteur en scène et directeur de théâtre Rodrigo García alors qu'il vient caler les derniers préparatifs de son spectacle Daisy au Rond-Point. 1er épisode : son art poétique. Jean-Daniel Magnin – La poésie est devenue minoritaire en Europe occidentale au début du XXe siècle. Et cependant tes écrits pour le théâtre ressortent de la poésie.Rodrigo García – Je suis d'accord avec Joseph Beuys quand il dit que tout le monde peut être un artiste. Je pense que tout homme, toute femme peut être un poète, peut-être pas en écrivant des livres, mais en vivant une vie avec une capacité poétique et avec liberté. Le problème est celui de la liberté. Il y a beaucoup trop de normes dans l'Europe occidentale que tu évoques trop de règles que curieusement, nous autres citoyens acceptons bien, c'est extraordinaire ! Moi, quand j'étais jeune, adolescent, inquiet et révolté, les règles de conduite ne me plaisaient pas, elles m'apparaissaient comme quelque chose d'orthopédique, d'externe.Aujourd'hui c'est étrange, je vois les jeunes qui réclament des règles de conduite restrictives, comme si les gens avaient besoin de petites prisons dans lesquelles ils se sentent en sécurité, c'est extraordinaire de se sentir en sécurité dans une prison ! C'est ce qui me vient en tête quand tu poses cette question alors qu'est-ce que je peux faire, moi, au théâtre, comme auteur ou comme directeur de théâtre ? Montrer des moments de liberté extrêmes, incorrects, pour inciter le public à se demander : comment est-il possible, alors que ces gens font ces choses sur scène, que moi, je n'en sois pas capable dans ma vie quotidienne ? C'est notre intention lorsqu'on propose une œuvre théâtrale, quand j'écris... – Avec toi, comment a démarré la maladie d'écrire ?– Je n'avais pas de vocation littéraire à l'adolescence. J'avais une vocation philosophique. Toutes mes lectures d'adolescent étaient de la philosophie et je suis arrivé à la littérature beaucoup plus tard, vers 18 ou 19 ans. Platon, Sénèque, Aristote, Schopenhauer ont beaucoup plus retenu mon attention que Musil, Cervantes, Joyce. Je n'avais pas de vocation littéraire, ni même de désir d'écrire, mais maintenant oui ! Aujourd'hui je ne peux pas ne pas écrire, j'ai besoin d'écrire.Je me souviens, j'avais des amis à Buenos Aires en Argentine, j'avais 18 ans, ils avaient un fanzine, une revue underground, photocopiée. La première chose que j'ai écrite était une espèce de manifeste contre le Christ ! Tu te rends compte, avant Golgota Picnic qui s'est joué Rond-Point, la première chose que j'ai écrite était un manifeste contre la religion, très naïf, très mal écrit, stupide, complètement stupide, un peu influencé – parce qu'à ce moment-là, je lisais le Marquis de Sade, un peu influencé par le Marquis de Sade et vraiment stupide. C'est la première chose que j'ai écrite.Plus tard, j'ai commencé à écrire du théâtre par hasard, quand je suis arrivé en Espagne. Je voulais être metteur en scène mais je ne trouvais pas de subventions pour mes propres mises en scène. Il y a eu un concours littéraire et je me suis mis à écrire un texte qui n'était qu'une copie, un plagiat de Heiner Müller. A ce moment-là, je regardais beaucoup Heiner Müller, j'avais 21 ans. Je me suis mis à écrire et j'écrivais à la manière de Heiner Müller, mais mal ! – En lisant tes différentes pièces, j'ai l'impression de lire une seule saga...– Quand les gens me disent : "Cette pièce que tu as écrite me plaît moins ou plus que la précédente", je ne comprends pas de quoi ils parlent parce que l'œuvre d'un créateur est un tout. Sur la durée de ta vie, tu développes un travail, je ne crois pas qu'il y ait le meilleur ou le pire... il y a une réalité concrète c'est que tu vieillis, il t'arrive des choses, tu peux avoir plus de connaissances, tu peux devenir moins courageux ou alors plus courageux parce que tu n'as plus rien à perdre. Ça dépend des individus mais il peut se passer beaucoup de choses. L'œuvre forme un tout parce que c'est l'histoire d'une même personne.Après il y a une question, pour moi au moins, liée à la spécificité du métier d'écrivain, c'est celle du style. J'ai dû travailler beaucoup pour trouver un style.Dans mes premières pièces, j'avais un style très flou et petit à petit, j'ai cherché mon style. Quand je parle de style, je parle d'une manière personnelle de s'exprimer. C'est un travail très agréable parce que tu dois rester enfermé chez toi toute la journée, à écrire écrire, écrire, ré-écrire pour trouver la forme. C'est un travail qui m'enchante.En général, quand je travaille sur une pièce, je l'écris, en même temps que je la répète. Je commence à écrire à 9 heures du matin et quand arrive 17 heures et que je dois partir à la répétition, je ne veux pas y aller, je veux rester à écrire à la maison parce que je suis coincé dans un problème formel qu'il faut résoudre. C'est comme un jeu d'échecs, un jeu qu'il faut résoudre. Et j'aime ça. – Tu écris pour être encore plus près de toi ou pour devenir un autre ? Je pense au Poème de l'enfance de Peter Handke : "Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi ?"– C'est curieux, je n'ai jamais parlé de Peter Handke, mais Handke est pour moi une authentique référence. C'est aussi pour moi un type dangereux, il a une manière de penser et de s'exprimer qui est contagieuse, qui me contamine... Ça fait un moment que je me dis qu'il faut que j'en reste éloigné. 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Pourquoi les agences de notation conservent sa note AAA+ à la France

Alors que Standard and Poor's dégrade la note de la dette américaine

ventscontraires.net s’est procuré la copie d’une circulaire du ministère de l’Agriculture adressée à la charcuterie Befalon & fils de Vire, à partir de laquelle on peut déduire que Bercy a lancé un vaste plan de mobilisation des éleveurs de porcs, particulièrement en Bretagne, pour augmenter de manière drastique la qualité et la quantité d’andouillettes produite ces douze derniers mois. Entre juillet 2010 et juillet 2011, la France est passée d’une production de 18 257 tonnes d’andouillettes dont la note moyenne est AAA à 43.943 tonnes d’andouillettes avec un pourcentage AAAAAA (la note maximale) en augmentation de 48%. Résultat dû au sens civique des éleveurs de porcs et charcutiers, heureux de quitter leur image d'empoisonneur au nitrate des nappes phréatiques. Leur enthousiasme  a explosé les projections les plus optimistes du ministère de l’Economie, qui tablait sur 29.000 tonnes d’andouillettes AAAA en douze mois. Cet excédent a permis à la France d’augmenter sa production de A, de AA, de AAA, de AAAA et de AAAAA dans des proportions sans précédent. Bercy a su ainsi maintenir sa position AAA+ chez les trois principales agences de notation, et mieux que ça, puisqu’elle va pouvoir exprimer sa solidarité envers la Grèce et les autres pays latins membres de l’UE en leur versant les milliards d’Euros votés récemment en nature – sous forme d’andouillettes. Pour d’autres raisons, essentiellement linguistiques, la Pologne qui souffre dans sa langue nationale d’un manque congénital de voyelles (problème signalé pour la première fois par Roland Topor), s’est montrée également intéressée.

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