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Publié le 14/06/2015

Damien Baldin : Dis-moi quel animal tu aimes, je te dirai qui tu es


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Comment le Chat a détrôné le Chien

Au XIXe siècle, en ville comme à la campagne, l'attachement aux animaux de compagnie a connu un essor sans précédent. Pour l'historien Damien Baldin, l'évolution du bestiaire préféré des Français est révélateur des tendances sociétales profondes. Et si le Chat a détrôné le Chien au panthéon de nos animaux préférés, ce n'est sans doute pas seulement pour des raisons pratiques mais aussi et peut-être parce qu'il incarne une aspiration à l'indépendance et une individuation croissante.

Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

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Damien Baldin

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Le 10 septembre 2014 à 10:29

Philippe Meirieu : "Une école qui libère et qui unit"

Ça va bien à l'école ? #2

D'abord instituteur puis professeur de philosophie et de Lettres, Philippe Meirieu est aujourd’hui professeur des universités en sciences de l’éducation à l'université LUMIERE-Lyon 2. Engagé à plusieurs reprises dans des chantiers importants de l’Éducation nationale, il a beaucoup travaillé sur le collège, le lycée et la formation des enseignants. Parmi ses derniers livres : Faire l’Ecole, faire la classe (ESF éditeur, 2009), Lettre aux grandes personnes sur les enfants d’aujourd’hui (Rue du Monde, 2011), Pédagogie : des lieux communs aux concepts-clés (ESF éditeur, 2013), Le plaisir d’apprendre (Autrement 2014). Une version refondue et actualisée de sa Lettre à un jeune professeur sort en librairie le 10 septembre. Pour Ventscontraires.net, il accepté de répondre à quelques questions. Deuxième partie de cette instructive plongée au coeur de l'école. > Première partie Instruire ou éduquer : quelle doit être, selon vous, l’ambition de cette école ? Je ne crois pas que l’on puisse opposer ces termes ni, a fortiori, que l’on ait à choisir entre eux. D’abord, on ne peut pas instruire sans éduquer, car « instruire » suppose évidemment que l’on choisit des contenus à transmettre et des méthodes pour y parvenir. Or, aucun de ces choix n’est neutre au plan éducatif : enseigner l’éducation physique plutôt que le catéchisme, les mathématiques plutôt que le droit, Baudelaire plutôt que Sully Prudhommme, la loi de Joule plutôt que le système de Ptolémée ou la relativité générale, l’imparfait du subjonctif plutôt que le lipogramme… tout cela a un sens, dit quelque chose du type d’humain que l’on veut former et, au-delà, de la société que l’on veut promouvoir. De même, exclure ou promouvoir l’entraide entre élèves, faire répondre à des questions sur un extrait de Molière ou demander aux élèves de le mettre en scène, les faire travailler sur des manuels ou sur des écrans, faire la moyenne des différentes notes obtenues à toutes les dissertations de l’année ou faire reprendre systématiquement chacune d’entre elles pour retenir le meilleur résultat… rien de tout cela n’est équivalent du point de vue éducatif : dans tous les cas, on instruit, mais on n’éduque pas de la même manière, on ne prépare pas le même avenir individuel et collectif. C’est le philosophe Bergson, professeur « classique » s’il en est, qui expliquait que la simple manière de rendre des copies – en commençant par la meilleure ou la moins bonne, de façon aléatoire, en fonction du type de commentaires que l’on s’autorisait oralement devant toute la classe – en dit déjà beaucoup sur la façon dont on entend « éduquer » les élèves, mettre en avant des comportements et des valeurs et même, finalement, appliquer en classe la devise de la République « Liberté – Égalité – Fraternité »… Nul ne peut donc instruire en s’exonérant d’un projet éducatif et autant qu’il soit explicite plutôt qu’improvisé ou dicté par une mode passagère. De même éduquer sans instruire est un leurre : aucune éducation ne peut se faire sans l’appropriation de langages structurés, sans l’enseignement de savoirs, organisés progressivement dans des disciplines et des progressions ; aucune éducation ne peut se faire sans la médiation d’objets culturels qui en constituent le matériau de base… Il n’est, d’ailleurs, pas d’exemple d’un « petit humain » qui ait accédé au statut d’être humain sans s’être approprié un ensemble de connaissances : les « enfants sauvages » qui en ont été privé dans leur enfance n’ont jamais pu rattraper leur retard et s’intégrer véritablement dans une société… Alors que la créature monstrueuse du docteur Frankenstein - qui a bénéficié de l’instruction grâce à l’observation d’une famille où l’on accueillait une étrangère, a pu accéder aux livres et à l’interlocution d’un maître aveugle – est parvenu, lui, à accéder au statut qui lui a permis de défier son créateur. Certes, la créature du docteur Frankenstein est une fiction, mais une fiction qui en dit long sur « l’humaine condition ». Et le petit Émile de Rousseau – qui est aussi une fiction et qu’on enrôlerait volontiers au service d’une « éducation pure » - reçoit, n’en déplaise aux contempteurs de Jean-Jacques, un programme d’enseignement très précis. Instruire et éduquer sont donc les deux versants inséparables de la même réalité, deux projets qu’il nous faut penser ensemble et articuler étroitement. Au risque – particulièrement grave aujourd’hui à mes yeux - de rabattre l’École sur une inculcation superficielle et de laisser l’éducation des enfants aux mains des « joueurs de flûte » de toutes sortes.   La mission de l’École ne serait-elle pas, alors, tout simplement, de « transmettre » les savoirs et les valeurs nécessaires à la construction de notre avenir commun ? Sans aucun doute. Mais « transmettre les savoirs et les valeurs nécessaires à la construction de notre avenir commun » est tout sauf évident. La transmission entre les générations, c’est l’acte fondateur par lequel l’éducation garantit ce qu’Hannah Arendt nommait « la continuité du monde ». Les nouvelles générations ne peuvent pas réinventer le monde et chaque humain est, comme le disait aussi Hannah Arendt, un « obligé du monde » : il existe toujours un monde qui est déjà là et qui lui permet de se construire à travers des rituels, des langages, des connaissances déjà élaborées, toute une culture qui permet aux humains de se parler et d’habiter ensemble l’univers. Et c’est précisément la transmission de tout cela qui garantit à la fois, selon Hannah Arendt, la continuité du monde et la possibilité de le renouveler… Transmettre est donc un impératif et ne pas transmettre est une démission : l’enfant qui vient au monde y arrive toujours infiniment démuni parce que consubstantiellement inachevé. Contrairement aux animaux, ses savoirs et savoir-faire sont extrêmement réduits et la part d’indétermination qu’il porte est immense : nul n’a jamais vu une abeille démocrate, l’abeille est génétiquement royaliste ! Mais, aucun humain, en revanche, ne porte ses opinions politiques et son projet d’organisation sociale dans ses gênes… C’est pourquoi Kant explique que l’homme est le seul être vivant qui a besoin d’être éduqué. La transmission est le corollaire de « l’humaine condition », c’est aussi ce qui permet à l’humain de sortir de la répétition et d’entrer dans l’histoire grâce à l’invention dont il devient ainsi capable. Mais la transmission, quand elle s’impose brutalement, quand, au nom de son impérieuse nécessité, elle s’effectue au forceps, devient inculcation : elle est alors inévitablement menacée d’indifférence ou de rejet. Pour l’enfant ou l’adolescent, ce qu’on lui transmet ainsi, ce sont les savoirs et les valeurs de « la tribu d’en face », sans autre légitimité que celle du pouvoir que les adultes ont sur lui. La tentation est forte, alors, de les récuser, de camper dans une opposition systématique ou de ne les adopter que superficiellement, pour « avoir la paix », en jouant, par ailleurs, la facilité ou en se soumettant au plus séducteur de ses pairs ou au plus habile des « marchands du temple »… Car, en réalité, on ne transmet rien vraiment sans que celui à qui l’on s’adresse ne s’implique, ne s’engage lui-même dans un apprentissage dont il doit être l’acteur pour devenir progressivement auteur. Auteur de lui-même et auteur dans le monde. « Aucun apprentissage n’évite le voyage », écrit Michel Serres et « tout apprentissage nécessite, comme l’explique Vladimir Jankélévitch, le courage des commencements ». Car, apprendre, c’est toujours faire quelque chose qu’on ne sait pas faire, précisément pour savoir le faire. C’est toujours, quelque peu, une prise de risque, un saut dans l’inconnu. Avant de savoir réciter un poème devant ses camarades, on ne sait pas si l’on va y arriver. Avant de se coltiner un problème de mathématiques, on ne sait pas si l’on va en venir à bout. Avant de s’engager dans un travail écrit, on est toujours saisi de l’angoisse de ne pas y parvenir… C’est pourquoi la transmission éducative n’a rien de mécanique et la pédagogie n’est nullement une science mais plutôt, selon la belle formule de Michel de Certeau, un « art de faire » : il s’agit, pour celui qui veut transmettre, de construire des institutions, d’inventer des situations, de développer des relations qui favorisent l’engagement indispensable du sujet dans ses apprentissages. C’est là un travail qui nécessite une obstination sans faille, d’autant plus qu’on n’a jamais fini de créer les conditions qui favorisent l’engagement de celui qui apprend… tout en sachant qu’aucune condition – aussi élaborée soit-elle – n’exonèrera l’élève de sa décision et de son effort. Il y a donc dans la transmission quelque chose d’irréductible aux approches scientistes - ou même simplement « scientifiques » - des apprentissages : c’est une aventure proprement humaine où s’engrènent la conviction d’un éducateur – qui croit en l’éducabilité de chacune et de chacun – et la volonté d’un éduqué qui se met en jeu parce qu’il entrevoit, même fugitivement, le plaisir d’apprendre et la joie de comprendre. C’est une affaire, à proprement parler, de « pédagogie ». Qu’est-ce que la pédagogie ? Une approche de la mystérieuse complexité du rapport de transmission entre les êtres et les générations, une approche qui se nourrit tout autant de « romans de formation » que d’expériences-limites avec les exclus de toutes sortes, de réflexion philosophique que de rencontres artistiques. Une approche développée, depuis des siècles par quelques grandes figures comme Comenius, Itard, Pestalozzi, Korczak, Makarenko, Montessori, Freinet ou Paulo Freire, tous ceux et toutes celles qui nous donnent à lire, à travers leurs œuvres, les contradictions vives de l’entreprise éducative et peuvent ainsi nourrir notre détermination à « éduquer sans inculquer », à « former sans conformer », à associer devoir de transmission et émergence de la liberté… Mais il semble bien qu’ainsi conçue, la pédagogie soit, aujourd’hui, rangée parmi les vieilleries dont nous devrions nous passer pour conduire, sous l’autorité des neurosciences et des théories du management réunies, les générations qui viennent vers la « société du contrôle » dont parlait Gilles Deleuze dès 1990, avec, en perspective, « le meilleur des mondes » ! Relisons Huxley pour mesurer les dangers qui nous menacent ainsi !   Quels fondamentaux l’École doit-elle  aujourd'hui offrir aux élèves ? A la question « Qu’est-ce qui vaut la peine d’être enseigné ? », le philosophe Olivier Reboul, mort en 1992, répondait : « Ce qui libère et ce qui unit ». Je fais volontiers mienne cette réponse. L’École doit, en effet, enseigner « ce qui libère » du narcissisme enfantin et du fantasme de la toute-puissance : quand toute la société marchande ne propose que la rétention dans le caprice, la précipitation dans la pulsion, le triomphe de l’immédiateté, l’École doit offrir du temps pour la pensée, la réflexion, l’anticipation ; elle a pour mission d’introduire ces médiations nécessaires qui permettent à un sujet de se construire dans une temporalité maîtrisée, en faisant le détour par les savoirs qui permettent de comprendre les enjeux individuels et collectifs de nos actions. L’École nous libère ainsi de nos préjugés, de notre suffisance, de nos certitudes faciles, de nos enfermements claniques ; elle ouvre l’horizon devant nous, nous permet d’aller voir au-delà de nos cercles d’appartenance, de rencontrer d’autres manières de penser : elle nous offre ainsi les conditions d’une véritable liberté de choix. Pas une « liberté du vide », mais une liberté informée, réflexive, distanciée. J’allais dire « une liberté citoyenne », si ce dernier adjectif n’était pas aujourd’hui si galvaudé. Mais l’École doit aussi enseigner « ce qui unit » et c’est là, à proprement parler, où se conjuguent sa fonction culturelle avec sa fonction sociale et politique. D’abord, dans la tradition laïque, l’enseignement a pour mission d’aider chacune et chacun à désintriquer le « croire » et le « savoir ». Non pour discréditer le « croire » - les laïques n’ont presque jamais imaginé, d’ailleurs, qu’on puisse se passer du « croire » -, mais parce que le « croire » relève de la sphère privée alors que le « savoir » est ce qui est vrai pour tous, quelles que soient nos croyances par ailleurs. Certes, cette désintrication n’est jamais totalement aboutie – il restera toujours probablement un peu de « croire » dans tous les savoirs comme on trouvera toujours quelques bribes de « savoir » dans toute croyance -, mais l’École, la classe, la situation pédagogique doivent être portées par l’exigence de vérité ; c’est cette exigence – qui s’exprime à travers la méthode expérimentale ou documentaire, la démonstration et la recherche de cohérence - qui en font une institution publique, une institution « qui unit », non pas « en plus » des enseignements qu’elle dispense mais bien « par » les enseignements qu’elle dispense… Et puis, symétriquement, l’École doit, par la culture qu’elle transmet, permettre aux élèves qui la fréquentent de se découvrir parties prenantes de l’humaine condition, à travers leurs histoires personnelles et sociales, leurs croyances et leurs émotions. L’éducation artistique et culturelle a, à cet égard, un rôle absolument essentiel : non parce qu’elle fournirait des réponses dogmatiques qui s’imposeraient à tous, mais parce qu’elle permet de faire vivre et de partager les questions fondatrices qui nous réunissent au-delà de nos différences : à travers la rencontre des œuvres culturelles comme grâce au travail de création que l’on peut faire dans ce domaine, les élèves peuvent, en effet, se découvrir animés par les mêmes interrogations sur l’amour et la mort, la solitude et la violence, le pouvoir des hommes et l’avenir de notre univers. Pourquoi faut-il continuer à raconter Le petit Poucet aux enfants d’aujourd’hui, sous une forme ou sous une autre ? Parce que tout enfant a peur d’être abandonné par ses parents et qu’en lui offrant un récit littéraire, on lui permet de se reconnaître en lui, d’être relié aux autres grâce à lui, de mettre des mots sur ce qui l’habite… et tout cela sans le violer dans son intimité. Pourquoi faut-il lui raconter l’histoire de l’ogre ? Parce que, comme tout humain, il est hanté par une question sans réponse : peut-on aimer quelqu’un sans le dévorer ou l’étouffer ? Ou encore : peut-on être aimé de quelqu’un sans être mangé par lui ? Et il faut aider l’enfant comme l’adolescent à mettre des images et des mots sur ces questions. Il faut lui permettre d’entrer dans le symbolique pour pouvoir se dégager du chaos intérieur qui peut, sinon, devenir mortifère pour lui comme pour ses proches… Alors, s’il fallait résumer « les fondamentaux » de l’École aujourd’hui, je dirai : la construction exigeante de la pensée contre toutes les formes du « capitalisme pulsionnel », si bien décrit par Bernard Stiegler, et la construction minutieuse de ce qui unit les humains entre eux, aussi bien dans les savoirs positifs que dans les interrogations anthropologiques dont ils sont porteurs. C’est à partir de cela, je crois, qu’il faudrait penser les programmes scolaires. > Troisième partie

Le 27 novembre 2015 à 10:26

Bigre : le sketch auquel vous avez échappé

Avec Pierre Guillois, Agathe L'Huillier, Olivier Martin-Salvan

Trois voisins dans trois minuscules chambres de bonne continguës, sous les toits, promiscuité catastrophique. Voilà la trame principale de Bigre, dernière création de l'auteur metteur en scène Pierre Guillois. Il s'est invité sur le plateau avec Agathe L'Huillier et Olivier Martin-Salvan, ses comédiens. Et les a invités à inventer avec lui cette pièce sans paroles mais avec bande son, à la Tati. On aurait voulu les interroger sur la démarche, la méthode de travail, l'écriture scénique collective. Mais non. Ils ont refusé. Têtus comme pas trois, ils ont préféré nous montrer en direct comment ils ont procédé pour écrire à trois ce Bigre. Et on pondu in petto devant notre caméra le sketch inédit que voici. Bonus : un extrait volé d'une interview de Pierre Guillois tirée du dossier de presse du spectacle, pour prouver qu'il y a quand même une pensée derrière toute cette entreprise : "Un spectacle sans parole doit quand même trouver un titre. L’idéal aurait été un titre qui ne veut rien dire. Mais même « dieozndovudznetdive » en dit encore trop. J’aime le léger archaïsme de « Bigre » et surtout son côté sonore et qui exprime la stupéfaction. On l’imagine précédé du silence de la catastrophe. Les personnages de cette pièce sont toujours stupéfaits par les catastrophes et les ratés dont ils sont l’objet. Stupéfaits par l’ingratitude du destin."

Le 25 novembre 2010 à 12:24

L'empereur des mots

Slam qui se la pète

Je veux parler sans accroc Sans accrocher les motsÊtre capable de déverser tel un flot de laitUn flow de lettres et de voyelles qu'on sonneDe consonnes qui riment sans frime ni trimer peut-être un peu ramerUn beau rameau d'olivier encastré sur ma te-té Nouvel empereur des motsPeureux des morts et marre des vivantsCésar des césuresKaiser des cassuresTsar star des stancesQui met le feu dans l'assistanceEt si j’bégaye pas et que j’t'égaye toiJ’ai gagné ma soirée alors souriez c'est si rare c'est si beauCécile me manque mais je fais abstraction pour ne pas perdre votre attention Virtuose de la prose je décompose les mots des mauxDémodés mon flow mon phraséNON emphasés hyperbolés oxymorés métaphoriqués alambiquésJe transforme en or les fersJe libère les mots dans l'atmosphèreAlchimiste activiste intégriste du verbeJ’aime quand le sens est poétique lyrique cosmique comique atypiqueAh on s'pique vite au rythme de la rime dynamiqueQui revient comme le TAC après le TICTAC TIC TAC TIC TAC TICJ'astique les mots pour qu'ils brillent à la lueur du microESCROC Ce texte n'est pas de moi je l'ai chopé dans le dicoCambrioleur de litotesVioleur de définitionsProfanateur d'expressionsPourfendeur de profondeur mon texte est creux comme du LeerdamerMais messieurs dames ayez du coeur je veux votre bonheurPas un slam malsain ni un slam fastQui fasse maigrir les idéaux rétrécir les espritsJe suis aware pas avareMais bavard barbuPlus Babar que shiatsuMes cafards je les chasse devant Lamu Je n’ai pas mauvaise réputation à part en dictionAlors je modère mon choix de mots pour pas chuinter ni chuterNi chanter petit bémol de ma vie privéePas dépravée ni dépourvue Je ne vis pas dans la rueSinon ça aurait été un bon jet-su Je sueJe sens que la fin est proche Faudrait que je raccrocheAvant que je ne déclenche une clameur d'ennuiNon ce n’est pas finiFaudra me bâillonner plus un coup de baïonnetteEt me finir à la mitrailletteEt si un jour je découvre que dans cette nationExiste la liberté d'expressionJ’aurai enfin trouvé une bonne raisonDe me taire

Le 12 février 2013 à 10:24

Peter Handke, contrairement lui-même

Sa pièce "Souterrainblues" est créée au Rond-Point

Jusqu'au 9 mars, Peter Handke est doublement à l'affiche du Rond-Point, avec une adaptation de son film La Femme gauchère et un texte récent, Soutterrainblues, interprété par Yann Colette et Sophie Semin, dans une mise en scène de Christophe Perton Lorqu'un journaliste parvient à approcher Peter Handke, il dit qu'il n'a jamais été un enfant de son époque. Qu'on ne peut pas changer le monde. Qu'on peut simplement déplacer les mauvaises choses, les éloigner un instant de soi. Il ne se voit pas comme un artiste. Les artistes sont des génies trop rares. Sa patrie est celle des créateurs, "ceux qui ont de la peine, qui ont un problème à résoudre". Il se voit comme un artisan, un chercheur, en expédition, lancé dans l'inconnu de soi comme sur la pellicule friable d'un lac gelé. Et nous l'y suivons avec une allégresse intime.Handke se doute bien que si on le questionne sur ses romans, ses pièces de théâtre, son journal, c'est pour en venir à petits pas jusqu'à La question derrière toutes les autres questions : la Serbie, sa mise au ban en 2006 après qu'il s'est rendu à l'enterrement de Milosevic, sa solitude depuis. Et il répond peu, ou à peine : le pays retrouvé de ses ancêtres qui se désagrège sous ses yeux alors qu'il vient d'apprendre le slovène ; l'enterrement de la Yougoslavie qui résonne étrangement avec le suicide de sa mère slovène. "J'accepte de me perdre. Je veux bien être perdu aux yeux du monde, mais non être perdu dans les mots."Ou, comme il l'a écrit en 2008  : "Mais il fallait, il faut peut-être s'égarer, dans l'intérêt de la scène, dans l'intérêt du théâtre? Comme je me suis dit un jour : Je vais résolument m'égarer."> écouter Peter Handke interrogé par Laure Adler sur France Culture, partenaire de ces lectures> interview de Peter Handke par Alexandre Lacroix, Philosophie Magazine© photographie Lilian Bimbaum

Le 26 septembre 2014 à 09:22

Claude Lelièvre : "Les violences à l'Ecole ont eu lieu de tout temps et en tous lieux, même les plus huppés"

Ça va bien à l'école ? #3

Agrégé de philosophie, Claude Lelièvre est professeur honoraire d’histoire de l’éducation à la faculté des sciences humaines et sociale-Sorbonne (Paris V), spécialiste dans l’histoire des politiques scolaires aux XIXe et XXe siècles. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages parmi lesquels : « L’Ecole obligatoire : pour quoi faire ? », Retz, 2004 et « Histoires vraies des violences à l’école », Fayard, 2007. Il a accepté de répondre aux questions de ventscontraires.net. Troisième et dernière partie de cet entretien exclusif. > Première partie Les faits divers donnent l'impression d'une violence croissante à l'école. Selon vous est-ce la cas ? Lorsqu'on y réfléchit, on se rend compte qu'il est impossible de se prononcer de façon sûre (ou même approchée) dans un sens ou dans l'autre. D'abord parce que ce qui est caractérisé comme violence et ce qui est posé comme seuil du non tolérable varie avec les établissements, avec le statut de celui qui parle (enseignant, personnel de direction, conseiller d'éducation, élève, etc..) et avec son âge ou son sexe (comme le montrent nombre d'enquêtes à ce sujet). Ensuite parce chacun selon la place et la façon dont il peut anticiper les résultats d'un signalement (''positifs'' ou ''négatifs'' pour lui, pour l'établissement, etc) a plus ou moins ''intérêt'' à une certaine ''publicité'' ; ce qui peut aussi varier selon telle ou telle période (plus ou moins jugée propice à l'accueil de ces ''signalements''). Et ce n'est pas automatiquement parce que des ''signalements'' (à l'administration, à la justice, dans la presse) sont plus fréquents que les violences (ou certaines violences) sont ''réellement'' plus fréquentes (on peut sans doute faire une comparaison, à ce sujet, avec la tendance à l'augmentation du nombre de signalements des viols). Ce qui peut être tenu pour assuré en tout cas, c'est que les violences à l'Ecole sont toujours sous-estimées et qu'elles ont eu lieu de tout temps et en tous lieux, même les plus huppés. Ainsi en 1883, au sein même du prestigieux lycée Louis Legrand, en pleine période du ministère de Jules Ferry. Chahuts dans la cour, refus d’obéissance. Cinq élèves sont mis aux arrêts, ce qui a pour effet d’accentuer le désordre. Trois cents élèves montent dans les dortoirs : les vitres, les vases de nuit, les lavabos sont cassés et jetés ; les matelas sont éventrés à coups de couteau. Le vice-recteur accourt et décide de faire entrer dans le lycée soixante sergents de ville. Armés de tessons de vase de nuit et de barres de fer arrachés aux lits, les élèves se battent contre eux . Les dégâts matériels sont évalués à 20000 francs/or (soit le revenu annuel moyen de dix enseignants). Une centaine d’élèves sont exclus. Cela n’empêchera pas une autre révolte, cinq ans plus tard. De 1870 à 1879, on comptabilise quatre-vingt révoltes lycéennes (sur guère plus d’une centaine de lycées existant alors en France). Ainsi, durant cette décennie, 8% des lycées de France se sont révoltés chaque année, en moyenne, pour des raisons disciplinaires. Imagine-t-on ce que cela serait actuellement ? Que ne dirait-on pas ! Ces révoltes, qui ont lieu dans des établissements secondaires n’accueillant pourtant guère alors que des ‘’fils de famille’’ ( pas plus de 2% d'une classe d'âge, l'élite sociale et scolaire) peuvent être très violentes : maîtres frappés, mobiliers brisés. Il est fait appel à la gendarmerie ou à la police voire à l’armée, le plus souvent à la suite de barricades dressées dans les dortoirs. Et l'on remarquera qu'un nouveau type de scolarité est à peine institué (à savoir la création en 1880 d'un secondaire féminin réservé à des jeunes filles également de la bonne bourgeoisie) que des violences éclatent au grand jour. C'est ainsi que le 1° décembre 1882, le journal conservateur « L’Abbevillois » ne manque pas de faire le compte-rendu d’une manifestation quelque peu débridée dans un lycée de jeunes filles de Montpellier pour s’en prendre au nouveau pouvoir républicain : « Une directrice d’externat déplacée harangue les externes qui démolissent les barrières, brisent les vitres et vomissent des obscénités à la face de la directrice de l'internat. Elles ont beuglé la Marseillaise. Ces infantes, élevées sur les genoux de la République dans le culte des idées nouvelles que résume la formule ‘’ni Dieu ni Maître’’, promettent de fières épouses aux infortunés crétins qui voudraient bien les honorer de leur confiance. Que de promesses, sapristi, dans les incartades de ces Louise Michel en herbe pour qui l’insurrection est déjà le plus sacré des devoirs ! » Le métier d'enseignant est-il toujours « le plus beau métier du monde » ? « Le plus beau métier du monde » ? Pour qui ? Pour les enseignants ? Pour les non-enseignants ? Par rapport à quoi et à qui ? Selon une enquête ''Viavoice'' commanditée par le Nouvel Observateur et menée auprès de plus de 5000 personnes représentatives de la population française active de plus de 15 ans en octobre 2013, les enseignants déclarent à 85% « être heureux au travail » (alors qu'ils ne sont que 73% à le dire pour l'ensemble de la population active). Les enseignants se retrouvent au troisième rang (sur 23 catégories professionnelles distinguées par l'enquête), précédés seulement par les « cadres de la fonction publique » et les « agriculteurs » (qui sont respectivement 90% et 86% à se déclarer « être heureux au travail »). Ils sont aussi 79% (contre 63% pour l'ensemble des catégories professionnelles) à déclarer exercer « une activité professionnelle qui passionne », et 91% (contre 79%) à « faire une travail utile ». Par ailleurs une étude récente du SE-Unsa ( l'un des principaux syndicats d'enseignants) portant sur 15000 enseignants montre que 84% des enseignants déclarent être satisfaits du travail qu'ils accomplissent et 62% qu'ils s'y épanouissent. Mais 84% d'entre eux considèrent que l'opinion publique ne comprend pas leur travail, et la moitié se sentent incompris par leur entourage. L'enquête internationale (TALIS) de 2013 sur l'enseignement au niveau du collège dans les pays membres de l'OCDE révèle qu'à peine 5% des enseignants français en collège ont « l'impression que la profession d'enseignants est valorisée dans la société » (contre 31% en moyenne dans les 34 pays de l'OCDE étudiés). Serait-ce le résultat d'une dégradation avérée ? Pas si sûr, car le sentiment dominant chez les professeurs depuis longtemps (voire très longtemps) est de n'être pas estimé à leur juste valeur. Il y a déjà un demi siècle, en 1965, ils pensaient massivement être peu reconnus (et, par exemple, de ne bénéficier de l'estime que de moins de 15% des commerçants, industriels ou militaires). Pourtant un sondage IFOP réalisé en 1959 avait établi que la considération du public les plaçait certes après les médecins et les prêtres, mais presque à égalité avec les ingénieurs, et bien avant les notaires ou les officiers. Selon une enquête effectuée par la SOFRES en 1977 ( et publiée dans le « Monde de l'éducation » de février 1978), plus des trois quarts des professeurs pensaient - il y a déjà plus d'une génération - que leur métier leur valait un prestige faible ou nul. Et une étude menée en 1972, il y a plus de quarante ans, avait montré que la très grande majorité des enseignants estimaient que leur prestige avait reculé. Pour la période récente, il est à noter qu'un sondage CSA effectué en octobre 2013 indique que, pour près de huit Français sur dix, enseignant est un métier d’avenir. L’enquête révèle que 81% des sondés ont de la « considération » pour eux et « une image positive du métier »  (89% chez les sympathisants de gauche, 74% chez ceux de droite), et que les trois-quarts seraient fiers que leur enfant devienne enseignant. Selon 87% des sondés, les professeurs aiment leur métier ; 82% d’entre eux pensent qu’ils s’investissent dans leur travail et 77% estiment qu’ils méritent une plus grande reconnaissance. Un an auparavant, un sondage IPSOS sur « Les  Français et l’école » (réalisé fin juillet 2011 auprès d’un échantillon représentatif d’un millier de personnes pour le magazine « L’Histoire ») allait sensiblement dans le même sens. Il apparaissait notamment que les deux tiers des Français « encourageraient leur enfant à devenir enseignant s’il le souhaitait » (17% « tout à fait », 49% « plutôt », 29% « plutôt pas » et 6% « pas du tout »). Finalement, avec l'historien Antoine Prost, « on peut se demander, à voir le même thème repris de génération en génération, si la nostalgie d'un âge d'or où l'enseignant était quelqu'un de bien considéré n'est pas un trait caractéristique du milieu lui-même. L'autodépréciation, le sentiment d'être ignoré , délaissé, mal compris, envahissent en tout cas le corps enseignant qui s'imagine avoir dans le public une réputation plus négative que celle dont il jouit effectivement » (1981, « L'enseignement et l'éducation en France » in « L'Ecole et la famille dans une société en mutation », Nouvelle Librairie de France, p. 327).

Le 9 mai 2013 à 10:15

Christian Salmon : Ces histoires qui nous gouvernent #6

> Premier épisode           > Episode suivant Dans sa conférence-performance "Ces histoires qui nous gouvernent", l'écrivain et journaliste Christian Salmon poursuit son salutaire travail d'analyse du story-telling. Dans cet extrait, il revient sur un récit édifiant mais fictif qui a joué un rôle décisif dans l'intervention américaine en Afghanistan et même au-delà. "Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une « arme de distraction massive ».L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré. Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine. " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

Le 8 novembre 2014 à 09:26

Pacôme Thiellement : Le Langage secret des monstres

Essayiste navigant entre pop culture et tradition ésotérique, Pacôme Thiellement vient au Rond-Point le 29 novembre desceller chez les Freaks une conjuration prophétique de la société moderne, la rédemption carnavalesque de son appétit de transparence et de sa parole enchaînée. Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue . Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Pacôme Thiellement – Extrêmement technique. Et avec une obsession de l'efficacité qui confine à l'obscénité.  – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Question très hölderlinienne — du coup je répondrai : la même chose. On sauve une langue en donnant un chatoiement poétique à ce qui la menace. On menace une langue en donnant une fadeur prosaïque - un souci de rentabilité et une vulgarité de slogan - à ce qui la sauve.   – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Je l'acquiers lentement. Je l'use trop vite. Je la régénère le plus régulièrement possible.  – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Pour la logique, René Daumal ; pour la poétique, Gérard de Nerval ; pour la métaphysique, René Guénon ;  contre tout le reste : Alfred Jarry. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue"... Comment allez-vous vous y prendre ?– En la relâchant, pour qu'elle retombe d'elle-même sur ses pattes ; comme le chat à qui je l'ai donnée ! Illustration : Freaks (la Monstrueuse Parade), de Tod Browning

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