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Publié le 30/06/2015

Damien Baldin : "Parler d'animaux sauvages c'est déjà les domestiquer"


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Depuis la Renaissance mais surtout avec la révolution scientifique du XIXe siècle, les Européens se sont lancés à la conquête du monde. A la clé, de nombreuses découvertes de plantes et d'animaux, la naissance d'une démarche de classification des espèces animales et l'émergence des premiers parcs zoologiques. Et si cette volonté de connaître et de montrer la richesse du monde animal relevait d'une démarche de domination et peut-être même de domestication de ces espèces ?
Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

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Damien Baldin

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Le 8 septembre 2015 à 09:02

Jean-Michel Besnier : "Le transhumanisme n'est pas un progrès, c'est une rupture"

C'est après avoir lu son livre Demain les posthumains : Le futur a-t-il encore besoin de nous ? (Hachette 2009) que nous avons désiré rencontrer le philosophe Jean-Michel Besnier. D'abord spécialiste de Georges Bataille, il s'intéresse vite aux sciences cognitives et à l'intelligence artificielle. Une coopération exaltante avec des chercheurs qui l'amènent à faire la critique des ambitions des transhumanistes, ce mouvement très actif aux USA et fortement financé qui annonce, avec le futurologue Ray Kurzweil, l'homme modifié et l'immortalité pour les prochaines décennies. "Il s'agit d'une prise de pouvoir scientiste sur d'anciennes questions philosophiques, les rapports entre l'âme et le corps par exemple. Les transhumanistes rêvent de réaliser toutes les ambitions de l'espèce humaine. Il ne s'agit pas d'un "progrès de l'esprit humain" au sens où l'entendait Condorcet en 1793. Leur référence est plus à chercher du côté de la Renaissance : ils attendent non pas un progrès, mais une rupture avec tous les modèles précédents. Les renaissants n'annoncent pas un modèle d'humanité qui ferait l'objet des efforts des hommes. Mais une régénérescence, une revitalisation. On n'est pas dans une vision progressiste, on est dans l'attente d'une rupture. Ray Kurzweil lui a donné un nom : la Singularité. L'humanité serait à la veille d'être submergée par quelque chose qui fera rupture." Agrégé de philosophie et docteur en sciences politiques, Jean-Michel Besnier est professeur de philosophie à l’université Paris-Sorbonne (Paris IV), où il a créé et dirigé le Master « conseil éditorial et gestion des connaissances numérisées » de 2001 à 2013 et où il dirige actuellement l’EA 3559 « Rationalités contemporaines ». Il est membre du conseil scientifique de l’IHEST, du Directoire du MURS (Mouvement universel pour la responsabilité scientifique) et de la commission Littérature scientifique et technique du CNL. Parmi ses ouvrages :Demain les posthumains : Le futur a-t-il encore besoin de nous ? Hachette 2009L'homme simplifié : Le syndrome de la touche étoile, Fayard 2012

Le 30 janvier 2015 à 10:04

Ascanio Celestini : "Syriza et Podemos ne sont pas l'avenir mais le présent qui nous mènera du passé vers l'avenir"

Conteur des luttes ouvrières passées, inventeur de paraboles capables d'ouvrir le crâne des plus obtus réactionnaires, l'italien Ascanio Celestini redonne à la dialectique une nouvelle voie poétique, théâtrale – comique et grave à la fois. Il a mis en scène son texte Discours à la nation avec le comédien David Murgia et le guitariste Carmelo Prestigiacomo, un moment fort à vivre au Rond-Point. Nous en avons profité pour lui poser quelques questions, pour une fois d'actualité. Jean-Daniel Magnin – Qu'attends-tu de la victoire de Syriza en Grèce et de celle possible de Podemos en Espagne ?Ascanio Celestini – Nous vivons dans une nouvelle époque par rapport à ce que ma génération a connu au tournant du millénaire. Nous, nous savions que les idéologies, comme disait le poète Sanguineti, répondent à des questions pratiques, même si elles sont présentées d'une manière abstraite. En fait il faut se demander : Que faire ?Aujourd'hui, nous devons ranger l'idéologie dans un tiroir (pas dans les toilettes) et reconstruire le "Que faire" dans une dynamique de partage. Nous devons nous rassembler et décider Quoi Faire et comment le faire.Syriza et Podemos ne sont pas l'avenir mais, je l'espère, le présent qui nous mènera du passé vers l'avenir. – Peux-tu me dire quelque chose sur le Mouvement Cinq étoiles ou d'autres mouvements qui pourraient survenir en Italie ?– L'Italie est un laboratoire pour l'Occident. Le plus important parti communiste occidental a ses racines dans ce pays, mais aussi ses frondaisons chez nous. Il y a l'Eglise la plus influente, la première à avoir réuni religieux et pouvoir temporel. De ce point de vue, Israël et Daech sont des débutants qui font leurs premières armes... En Italie, il y avait la mouvance armée la plus importante des décennies allant de la fin des années 60 au début des années 80. En somme, l'Italie est la patrie des contradictions, mais aussi celle du partage.Le Mouvement Cinq étoiles a réuni ces contradictions, il les a mélangées avec le présent, et – à la manière d'une salade de fruits, d'une salade russe ou du béton – a compacté différents matériaux pour en faire un seul.Mais les mouvements qui comptent sont tout autres.Ce sont ceux qui mettent en réseaux manifestes et programmes, mais aussi ceux qui disent NON. Les No Tav*, par exemple, mais aussi tous les autres « anti » de notre péninsule. Ceux qui s'opposent aux incinérateurs, aux décharges, à l'amiante, aux grands travaux souvent inutiles, etc.Ils le font par le biais de mouvements réels et pas seulement par les mots.En Italie, il y a des tas de gens qui se reconnaissent dans une protestation joyeuse et constructive (parce qu'il peut y avoir de la joie dans le refus) contre les excès de l'Occident. – Selon toi, pourquoi dans d'autres pays comme la France les gens se tournent-ils vers l'extrême droite plutôt que vers la gauche radicale ?– Parce que les gauches de parti et syndicales des trente dernières années ont voulu nous expliquer qu'il n'existe plus ni une vraie droite ni une vraie gauche, mais le monde des bons et celui des méchants. Pour finir nous y avons tous cru. Déjà parce que ça fait plaisir de croire que nous, nous sommes les bons. Je pense qu'il faut recommencer à distinguer gauche et droite.Par exemple c'est un contresens que la gauche s'évertue à hisser les derniers au niveau des premiers. La droite parle de mérite, la gauche d'égalité. Il me semble que voilà une différence bien visible pour nous tous. – Ton art du récit nous aide à penser que nous avons laissé de côté nos élans critiques ou de révolte. Pourquoi sommes-nous devenus ainsi aujourd'hui ?– Mon grand-père disait : tu ne fais pas la révolution si tu as l'eau chaude à la maison. Alors je pense que seuls trois types de personnes sont en mesure de changer le monde : - ceux qui ont l'eau chaude mais savent qu'il n'y en a pas assez pour tous (y compris pour ceux qui se lavent avec une eau froide et polluée) ;- ceux qui ont de l'eau potable à 20 kilomètre et qui savent qu'ils doivent faire la révolution s'ils ne veulent pas mourir de soif ;- ceux qui ont l'eau potable à la maison mais boivent l'eau minérale du supermarché et utilisent l'eau potable pour leur chasse d'eau. – Quelles choses devons-nous perdre pour nous révolter ou être capables de faire bouger les choses?– Nous devons être disposés à perdre tout pour pouvoir lutter et demander TOUT. – Quel effet attends-tu de ton art poétique et de conteur?– J'espère aller boire un verre de vin avec un seul spectateur à la sortie du théâtre, et qu'il partage avec moi les doutes qui ont surgi en lui en regardant et écoutant mon spectacle ampli de doute et aussi d'un peu de rage. _____________________ * No Tav est un mouvement de protestation contre le projet de construction de la nouvelle ligne à grande vitesse Lyon-Turin, d'où le nom (TAV : treno ad alta velocità, train à grande vitesse en italien). > Discours à la nation, d'Ascanio Celestini, avec David Murgia et Carmelo Prestigiacomo : le podcast de France Culture Photo DR

Le 3 février 2015 à 18:20

Etienne Klein : Vous avez dit « boson de Higgs » ?

Trousses de secours, saison 3 : Rattraper la langue

La détection du boson de Higgs au CERN fut annoncée urbi et orbi le 4 juillet 2012, pas moins de 48 ans après que des physiciens théoriciens ont prévu son existence. Cette découverte est fondamentale en physique, mais pas seulement : elle a aussi des implications philosophiques qui viennent défaire le lien que l'on a l'habitude de faire, depuis la naissance de la physique moderne, entre le concept de matière et celui de masse. En général, nous pensons que ces deux notions sont ontologiquement intriquées : que serait en effet une matière dépourvue de masse ? Et comment imaginer une masse qui ne s'incarnerait pas en particules de matière ? Or ce que révèle la présence de bosons de Higgs dans l'univers, c'est que, contrairement à ce que l'on pensait, la masse n'est pas une propriété intrinsèque des particules élémentaires, seulement une propriété secondaire : elle résulte du fait qu’elles se frottent au vide, plus exactement au champ qu’il contient et qu’on appelle « le champ scalaire de Higgs ». On osera ici une analogie, imparfaite mais éclairante : tout se passe comme si les particules élémentaires étaient des objets sans masse, mais dotées de skis, se déplaçant sur un champ de neige qui serait l’équivalent du champ scalaire de Higgs ; les particules ayant des skis parfaitement fartés se déplacent sans frottement, donc à la vitesse de la lumière, et leur masse apparente est nulle ; celles dont les skis sont mal fartés glissent mal sur la neige, leur vitesse est moindre que celle de la lumière et leur masse est non nulle. La masse apparaît alors comme une mesure de la mauvaise qualité du fartage des skis des particules…Le boson de Higgs est à l'évidence une drôle de chose. Mais au fait, s'agit-il vraiment d'une chose ? Enregistré le 23 janvier 2015 dans la salle Roland Topor Théâtre du Rond-Point. Durée : 01:17:03 > les autres Trousses de secours dédiées à la langue

Le 21 février 2015 à 10:10

La Viande qui vient

Avant de cesser de manger de la viande, j’avais un cauchemar récurrent. Je voyageais dans mon propre ventre. Je traversais mes intestins comme si c’étaient des enfers en technicolor, avec des couleurs criardes. Au cœur de ceux-ci il y avait un grand diable fait entièrement de saucisses animées et il me narguait en me présentant, dans des souffrances épouvantables, tous les porcs qui étaient morts pour remplir mon gros ventre. Alors que mon apparence extérieure restait intacte, je sentais mon âme dévorée, non par les bêtes, mais par moi-même. Heureux, l’homme que le lion dévorera, et l’homme deviendra lion. Malheureux, l’homme qui dévorera le lion, et l’homme restera homme.Je devenais comparable à la déesse Kali, se dévorant elle-même. Je me vivais comme l’épiphanie ténébreuse d’une fin du monde. J’étais, moi-même, l’Apocalypse. Nous ne dévorons pas que des animaux. Nous dévorons aussi des hommes, et nous dégustons leurs infortunes. Nous nous saoulons quotidiennement du sang de tous ceux dont l’échec nourrit notre réussite ; nous léchons avec délectation les larmes de tous ceux dont le malheur épice notre plaisir. Il faudrait que cette envie de vomir qu’il nous prend à la vue de certains plats de viande jadis appréciés, nous puissions l’avoir au goût de certains comportements politiques qui se paient sur l’intégrité des autres. Il ne faut pas se refuser à une tentation, avec la raideur du prêtre, elle n’en devient jamais que plus impérieuse. Il faut réussir à comprendre de quoi est composé une passion pour finir par estimer tout à fait logique de s’en passer. Et, de la même façon qu’on finit par trouver qu’une odeur qui fut naguère celle, ragoûtante, d’un plat de saucisses, est devenu un dégoût perpétuel, parce qu’à cette odeur ne se rattache plus la détente de l’enfant qui va manger un hot dog à midi avec des frites, mais la vision des porcs qui meurent pour produire cette denrée ; de la même façon, on cessera de prendre du plaisir à la servitude des autres. On cessera de s’acharner avec une jubilation mauvaise sur les minorités pauvres de ce pays, on cessera de vouloir « contrôler » l’immigration et on commencera par ne pas trouver normal que nous nous enrichissions sur le pillage de l’Afrique. On en finira avec toute la politique « civilisatrice », néo-coloniale américano-européenne. On cessera de donner des leçons aux autres, et on commencera par se comporter à peu près décemment avec les personnes qui nettoient nos chiottes, nos métros, nos rues. Parce que ça nous semblerait dégradant pour nous, même, de tenir les plus pauvres et les plus faibles en servitude. Parce que ça aura cessé de nous faire jouir. La sempiternelle amnésie dans laquelle nous vivons l’ingurgitation des repas devrait nous renseigner sur la façon dont fonctionne notre appareil cérébral. La nourriture, c’est la base active sur laquelle nous composons notre traversée des émotions. Or nous ne savons à peu près jamais ce que nous mangeons, et nous nous contrefichons de ce qui doit passer par ce que nous mangeons pour que nous nous estimions repus. Egalement, passé un certain moment de la vie – celui à partir duquel on juge qu’on est « adulte » – on cesse de questionner la véritable raison de nos actes, et l’articulation entre nos sentiments, bons ou mauvais, nos réactions, bizarres ou logiques, nos expressions, rationnelles ou délirantes. Il faut imaginer que les super-riches ne se rendent pas compte du mal qu’ils produisent, et qu’ils en ressentent seulement l’impérieux besoin : ils se paient sur le dos des pauvres comme les pauvres se paient sur le dos de leur famille, qu’ils torturent, ou des animaux, qu’ils frappent et bouffent. Ils ont besoin d’assouvir une pulsion destructrice parce qu’elle leur semble la seule à les rassurer sur la réalité de leur puissance. C’est la même chose chez les amoureux déçus, malades d’amour qui transmettent leur malédiction à leur future proie. Ils veulent manger comme ils ont été mangés. Et encore, « vouloir » n’est pas le bon terme ; ils ne savent plus aimer autrement. La souffrance c’est comme une carte maudite tirée au jeu et qu’on veut remettre au plus vite en circulation, mais qui nous revient sans cesse entre les mains. En réalité, on ne peut pas s’en défaire en la refilant à quelqu’un ; rien ne sert d’essayer de s’en débarrasser ; il faut la brûler soi-même avec le feu de son âme, et c’est le travail de toute une vie. L’intensification des passions égoïstes et la façon dont le superflu devient plus obsédant que le nécessaire, il n’est pas besoin d’imaginer de raisons plus subtiles au misérable fonctionnement de ce monde. Il n’y a rien de plus facile à déduire que l’insensibilité pathologique de ceux qui réussissent : ils ont été progressivement habitués à un certain nombre de sacrifices de la part d’autrui, sacrifices qui furent nécessaires pour leur ascension, et de ces sacrifices, ils finissent par en éprouver, non pas le désir, mais bien le besoin. Les super-riches ont besoin de nous voir nous appauvrir et nous avons besoin de voir s’anéantir les misérables. Nous avons besoin de voir souffrir les animaux, et les puissants ont besoin de nous voir mourir pour eux. Nous sommes ce qu’ils mangent. Nous sommes la viande qui vient. Et plus ils grossiront, plus ils auront faim.

Le 19 mars 2015 à 09:50

Avis aux étranges pas d'ici

Vrai,il y a beaucoup trop d’étrangers dans le monde et pas assez d’iciPREUVES :Les mille-pattes ont 998 pattes de tropLes grenouilles ont les pieds palmés, en seront disqualifiées.Les martinets sont en excès de vitesse autoriséeLes termites piquentLes poissons n’ont pas les yeux en face de nousLes anguilles sont en trouLes coquillages sont en voie de dissolution avancéeLes autruches ont un long long cou de bambouGirafes même tonneau d’en hautLes cucurbitacées tout le contraireHé, les gnousAssez de ces troupeaux de you !Hou !Les crabes ont la peau dure et en plus ils sont chauvesLes rhinolophes zéro cheveux non plusLes scarabées ils sont horodatésLes scorpions-cafards des horrifiques et ratésLes requins-marteaux sont fous de nouspas nousCétacés très périmésmal bien barrésTranchons leurs six bras aux pieuvres et huit aux araignéesLes renards et les belettes savent plus rien nous chanterLes popotames marigotent dans la pataugasseLes paresseux pendouillent comme des cheveux       Les fouines fouinentLes escargots escargassentLes gros noirs font la fêteLes petits gris font la têteLes singes ont un visage simiesqueLes humanoïdes sont lividesLes autrichiens sont des chiensLes belges parlent pas tous françaisLes wallons, salauds de salonLes zimbabwéens même pas australiensLes bocheux, comprend rienLes jivaros n’ont que notre peau sur leurs osJe hais les cambodgiens qui n’ont pas notre nez épatant(Pas tant que ça au fait)D’ailleurs, d’ailleurs, d’ailleurs tous ces gens sont d’ailleursLes terre-adéliens sont videsLes indonésiens croient en tout sauf en moiOn n’est plus chez vousPassez notre chemin !« Tu » me tuesVous : s’en foutPass your pathLes de ma ville sont des fillesDu village, rancis sur pattesMes amis sont mes ennemisMa famille s’appelle EmileLa cousine pue des mainsMaman, les pieds platsMarcel a des aissellesMoi aussi plus m’sentir (extrait de 22, Placards !, éd.Æncrages, 2014) Avant, arrière, latéral, j’aime les travelings. Particulièrement appliqués au champ littéraire, comme dans le magnifique Autour de Vaduz de Bernard Heidsieck https://www.youtube.com/watch?v=CUPuZzPaFJM , traveling arrière et circulaire qui, par vagues concentriques et sonores, parties de ce trou noir du paradis fiscal préféré des riches allemands et autrichiens, étend son blanchiment aux confins de la planète. C’est sans doute aussi pourquoi, et plus encore pour son bon sens apparent, je suis resté fasciné par cette sortie du sieur Le Pen, le 13 février 1994 sur Antenne 2 : «  J’aime mieux mes filles que mes cousines, mes cousines que mes voisines, mes voisines que des inconnues et des inconnues que des ennemis. Par conséquent j’aime mieux les Français, c’est mon droit. J’aime mieux les Européens ensuite. Et puis ensuite, j’aime mieux les Occidentaux. » Eh oui, l’autre est bien étrange, et l’étranger plus encore ! Cette phrase, qui nous frappe d’un bon bon sens, apparemment irréfragable, pose pourtant évidemment question. Car le sens de nos vies n’est pas de nature géographique, déterminé par notre seule situation dans l’espace, et imperméable à nos choix propres. Sans quoi je serais tenu de me sentir moins en affinité avec cet Inuit, qui est devenu mon ami, qu’avec mon voisin facho. Et de Tintin, si loin du Tibet, ne pourrait surgir ce cri, si proche qu’il en est pour ainsi dire à l’intérieur de lui-même, dans un rêve : « Tchang ! » (Tintin au Tibet, p.1.) Attaquons maintenant le texte lepénien sur son versant formel. Au bout du zoom, poussé à son terme, il y a bien sûr : « ce que j’aime moins que tout, ce sont les non-Occidentaux. » Et lorsqu’on le ramène à son origine, ab absurdo et ad absurdum, il ne peut y avoir autre chose que : « j’aime mieux moi. » Permettre à chacun d’intégrer qu’existent d’autres moi que moi, c’est précisément l’objectif de l’éducation. Il permettra la vie en société, en civilité, une « civilisation ». Une société dont des membres de plus en plus nombreux arrêtent leur évolution sur un moi pétrifié est en marche vers l’incivilisation. Et peut-être, au grand dam de Desproges, n’y aura-t-il plus que des étrangers dans le monde ?

Le 22 mars 2015 à 09:09

L'autre peuple

On est tous dans un peuple, moi par exemple ça me fait chier, moi par exemple je ne veux pas faire partie d’un peuple, à la limite ce que je veux bien faire c’est créer un peuple, mais alors un peuple expérimental : un peuple lié à des végétaux sur terre, un peuple expérimental discret des forêts. Un peuple invisible, qui non pas se fond mais nage dans le paysage. Nage c’est-à-dire circule, mais pas spécialement exclusivement linéairement, aussi de haut en bas et de travers, de tous côtés, en fonction des circonstances. Un peuple qui végète pas mal aussi, d’ailleurs, affalé, connecté à la façon des plantes, par des moyens un peu zarb, hormonaux, souterrains. Prolifération de plantes, observées avec toute la patience du monde, prolifération de tout un peuple de plantes, les plantes comme modèles politiques, un peuple le moins humain possible, un peuple fatigué d’être humain, un peuple fatigué, un peuple fatigué d’être techniquement intelligent, un peuple qui développe des stratégies intenses de passivité, un peuple sur lequel on ne compte pas, un peuple alangui, un peuple du degré zéro de l’énergie vitale, un peuple désolé, presque pierre mais néanmoins végétal, un peuple végétal qui tend à devenir pierre, une population qui ne rigole pas, couchée, jamais debout, en désaccord avec ses organes, en désaccord avec la dictature de son système de digestion. Un peuple calme, dont le corps est l’œil, un peuple-corps-œil, content-contemplatif-fatigué. La fatigue est bonne pour la santé, c’est la pierre dans le système, le poids, le sentiment de poids dans le système nerveux, et c’est précieux car c’est le calme qui s’installe, or justement ce dont on a besoin c’est de la tristesse du calme désolé. La tristesse du calme désolé ouvre le gouffre grâce auquel l’enthousiasme peut déborder. Déborder calme, le végétal a tout compris. Le rire décolle, le poids et la tristesse collent.

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