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Publié le 05/07/2015

Dany-Robert Dufour : "Privé d'instinct, l'Homme est esclave de ses pulsions"


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Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

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Dany-Robert Dufour

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Le 2 juin 2015 à 13:30

Dany-Robert Dufour : "Nous sommes des animaux ratés"

"Les animaux ont une sorte de finalisation dans la hiérarchie des espèces. Ils "savent" qui ils doivent manger et qui peut les manger. L'Homme lui ne sait pas, il est incomplet. En philosophie, on s'est toujours interrogé sur cette différence entre l'Homme et les animaux.Chez les Grecs anciens, Hésiode explique cette différence en racontant le mythe de création des races mortelles par les immortels. L'avisé Prométhée et son étourdi frère Epiméthée en sont chargés. Ce dernier se précipite sans réfléchir et distribue à tous les animaux des attibuts rassemblés dans un grand sac : la vitesse, la ruse, la petitesse, la force, etc. Quand la dernière race mortelle se présente à lui, l'Homme, il n'y a plus rien dans le sac. Prométhée doit réparer la bêtise de son frère en volant le feu sacré qu'il donne aux hommes.Ces individus qui naissent sans poils et sans dents, sans aucun attribut, peuvent se réunir en sécurité autour d'un feu... lieu de toutes les rivalités et de tous les conflits. Il faut encore qu'Hermès intervienne et leur apporte les lois et la culture.Ce manque de nature est inhérent à la condition humaine. Dès la naissance de la philosophie on sait qu'il faut y suppléer par la culture." Dany-Robert Dufour est professeur de philosophie de l'éducation à l’université Paris-VIII, ancien directeur de programme au Collège international de philosophie de 2004 à 2010 et ancien résident à l'Institut d'études avancées de Nantes en 2010-2011. Il enseigne régulièrement à l’étranger. Son travail porte principalement sur les processus symboliques et se situe à la jonction de la philosophie du langage, de la philosophie politique et de la psychanalyse. Lettres sur la nature humaine à l'usage des survivants, Petite bibliothèque philosophique, Calmann-Lévy, 1999Le délire occidental : et ses effets actuels dans la vie quotidienne : Travail, loisir, amour, Les liens qui libèrent,‎ 2014

Le 28 septembre 2013 à 07:57

Yves Pagès, François Wastiaux : Pouvoir-Point #6

> Premier épisode Dans ce nouvel extrait de leur conférence-performance "Pouvoir-Point", l'écrivain-éditeur Yves Pagès et le metteur en scène François Wastiaux poursuivent leur plongée au coeur de la restructuration du groupe éditorial Librenvi, une entreprise fictive mais dont la novlangue manageriale poussée à l'absurde devient comique – et ça fait du bien. A la tribune, Jean-Michel Michel, saisissant chef d'orchestre d'un récital PowerPoint plus vrai que nature et finalement terrifiant. "Un certain Jean-Michel Michel, leader d’un groupe éditorial ayant récemment pris de l’ampleur (Librenvi International Editing) réunit ses proches collaborateurs et cadres supérieurs pour fêter les dernières mutations en cours. Lors de cet exposé, il développe ses thèmes favoris dans le domaine « managemental », à l’aide de schémas et de mots-clefs projetés sur écran. Son discours, hanté par les barbarismes de l’ère du temps, mais sans jamais tomber de la caricature, finira par se déliter de lui-même, puis par mordre la poussière, entre trou de mémoire et délire pseudo-théorique touchant au « fractal », à la « pixellisation du désir » et à l’horizon hyper-contextuel de l’industrie du support papier. En guise de catastrophe finale, l’orateur en voie de décomposition n’aura plus qu’à laisser chanter en lui cette étrange prière d’insérer : « Ô Lord, won’t you give me a Mercedes Benz ?! ». " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point Avec le soutien de voQue & Cie En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89

Le 19 mars 2015 à 09:50

Avis aux étranges pas d'ici

Vrai,il y a beaucoup trop d’étrangers dans le monde et pas assez d’iciPREUVES :Les mille-pattes ont 998 pattes de tropLes grenouilles ont les pieds palmés, en seront disqualifiées.Les martinets sont en excès de vitesse autoriséeLes termites piquentLes poissons n’ont pas les yeux en face de nousLes anguilles sont en trouLes coquillages sont en voie de dissolution avancéeLes autruches ont un long long cou de bambouGirafes même tonneau d’en hautLes cucurbitacées tout le contraireHé, les gnousAssez de ces troupeaux de you !Hou !Les crabes ont la peau dure et en plus ils sont chauvesLes rhinolophes zéro cheveux non plusLes scarabées ils sont horodatésLes scorpions-cafards des horrifiques et ratésLes requins-marteaux sont fous de nouspas nousCétacés très périmésmal bien barrésTranchons leurs six bras aux pieuvres et huit aux araignéesLes renards et les belettes savent plus rien nous chanterLes popotames marigotent dans la pataugasseLes paresseux pendouillent comme des cheveux       Les fouines fouinentLes escargots escargassentLes gros noirs font la fêteLes petits gris font la têteLes singes ont un visage simiesqueLes humanoïdes sont lividesLes autrichiens sont des chiensLes belges parlent pas tous françaisLes wallons, salauds de salonLes zimbabwéens même pas australiensLes bocheux, comprend rienLes jivaros n’ont que notre peau sur leurs osJe hais les cambodgiens qui n’ont pas notre nez épatant(Pas tant que ça au fait)D’ailleurs, d’ailleurs, d’ailleurs tous ces gens sont d’ailleursLes terre-adéliens sont videsLes indonésiens croient en tout sauf en moiOn n’est plus chez vousPassez notre chemin !« Tu » me tuesVous : s’en foutPass your pathLes de ma ville sont des fillesDu village, rancis sur pattesMes amis sont mes ennemisMa famille s’appelle EmileLa cousine pue des mainsMaman, les pieds platsMarcel a des aissellesMoi aussi plus m’sentir (extrait de 22, Placards !, éd.Æncrages, 2014) Avant, arrière, latéral, j’aime les travelings. Particulièrement appliqués au champ littéraire, comme dans le magnifique Autour de Vaduz de Bernard Heidsieck https://www.youtube.com/watch?v=CUPuZzPaFJM , traveling arrière et circulaire qui, par vagues concentriques et sonores, parties de ce trou noir du paradis fiscal préféré des riches allemands et autrichiens, étend son blanchiment aux confins de la planète. C’est sans doute aussi pourquoi, et plus encore pour son bon sens apparent, je suis resté fasciné par cette sortie du sieur Le Pen, le 13 février 1994 sur Antenne 2 : «  J’aime mieux mes filles que mes cousines, mes cousines que mes voisines, mes voisines que des inconnues et des inconnues que des ennemis. Par conséquent j’aime mieux les Français, c’est mon droit. J’aime mieux les Européens ensuite. Et puis ensuite, j’aime mieux les Occidentaux. » Eh oui, l’autre est bien étrange, et l’étranger plus encore ! Cette phrase, qui nous frappe d’un bon bon sens, apparemment irréfragable, pose pourtant évidemment question. Car le sens de nos vies n’est pas de nature géographique, déterminé par notre seule situation dans l’espace, et imperméable à nos choix propres. Sans quoi je serais tenu de me sentir moins en affinité avec cet Inuit, qui est devenu mon ami, qu’avec mon voisin facho. Et de Tintin, si loin du Tibet, ne pourrait surgir ce cri, si proche qu’il en est pour ainsi dire à l’intérieur de lui-même, dans un rêve : « Tchang ! » (Tintin au Tibet, p.1.) Attaquons maintenant le texte lepénien sur son versant formel. Au bout du zoom, poussé à son terme, il y a bien sûr : « ce que j’aime moins que tout, ce sont les non-Occidentaux. » Et lorsqu’on le ramène à son origine, ab absurdo et ad absurdum, il ne peut y avoir autre chose que : « j’aime mieux moi. » Permettre à chacun d’intégrer qu’existent d’autres moi que moi, c’est précisément l’objectif de l’éducation. Il permettra la vie en société, en civilité, une « civilisation ». Une société dont des membres de plus en plus nombreux arrêtent leur évolution sur un moi pétrifié est en marche vers l’incivilisation. Et peut-être, au grand dam de Desproges, n’y aura-t-il plus que des étrangers dans le monde ?

Le 23 juin 2015 à 11:18

Dany-Robert Dufour : "Le toutou à sa mémère est un loup qui oublié qui il est"

Néoténiser la Nature "La passion de l'Homme néoténique, c'est de "néoténiser" le monde — la création vivante. Pensons aux bonzaïs, au loup transformé en toutou à sa mémère... Car ce toutou est un loup qui a oublié qu'il est un loup. On l'a soustrait à la meute quand il était petit. Il a perdu les caractères sociaux de la meute — marqués par la dominance. Le néotène l'a retirés de la meute, en choisissant de préférence les petits louveteaux ratés. Il se produit un fantastique transfert de dominance : l'Homme devient le substitut du chef de meute : le néotène, ce raté, devient aux yeux du chien le mâle dominant — même si c'est une vieille grand-mère chevrotante. A eux deux ils reforment l'ancien attelage "loup de la meute" et "mâle dominant". La fascination des humains pour les petits chatons, les petits d'animaux, c'est la tentation de néoténiser, de domestiquer, de transformer éléphants, félins, animaux sauvages en "animaux d'Homme". Une domestication de toutes les formes du vivant, en fonction des besoins infinis de ce néotène qui n'est jamais achevé et qui donc en veut toujours plus. C'est parce qu'il avait moins qu'il compense en voulant toujours plus. Ce qu'on appelle la pléonexie (du grec πλεονεξία (pleonexia) formé de pleon "plus" et echein "avoir") : en vouloir plus, sans fin, sans visée. Ce qui pose des questions graves. On est en train d'instrumentaliser, de détruire la Nature à force d'y prélever sans fin pour assouvir nos besoins. Si le néotène qui n'avait pas sa place dans la création veut prendre toute la place, il finira par détruire la Nature. Il est en train de faire disparaître les vrais animaux. Telle est l'action de ce petit néotène lancé dans sa course infinie à la toute puissance." Dany-Robert Dufour est professeur de philosophie de l'éducation à l’université Paris-VIII, ancien directeur de programme au Collège international de philosophie de 2004 à 2010 et ancien résident à l'Institut d'études avancées de Nantes en 2010-2011. Il enseigne régulièrement à l’étranger. Son travail porte principalement sur les processus symboliques et se situe à la jonction de la philosophie du langage, de la philosophie politique et de la psychanalyse. Lettres sur la nature humaine à l'usage des survivants, Petite bibliothèque philosophique, Calmann-Lévy, 1999Le délire occidental : et ses effets actuels dans la vie quotidienne : Travail, loisir, amour, Les liens qui libèrent,‎ 2014

Le 21 février 2017 à 10:32

Patrick Declerck : "le clochard rêve d'un autre monde"

Patrick Declerck est anthropologue, psychanalyste, philosophe et romancier. Dans les années 1990, il exerce comme consultant au centre d’accueil et de soins hospitaliers (le CASH) de Nanterre. De cette expérience, il tire des livres où il raconte s’être déguisé une nuit en clochard pour se faire embarquer au centre de Nanterre, évoque ses consultations psychiatriques auprès des SDF, explique comment il tente de les soigner, avoue les aimer autant qu’il les hait. Bouleversé par leur lecture, le metteur en scène Guillaume Barbot en tire "On a fort mal dormi", une pièce à plusieurs voix interprétées par Jean-Cristophe Quenon.   « Si l’enfant s’endort en suçant son pouce, le clochard, lui, tente d’endormir sa conscience en buvant son vin. Le monde lui est odieux. Non pas ceci ou cela dans le monde, mais le monde lui-même, le monde dans sa structure, le monde dans son être. Le clochard est égaré dans la poursuite d’une impossible ataraxie. L’ataraxie, c’est cet état de tranquillité de l’âme enfin apaisée, enfin délivrée de la tourmente incessante des désirs et des passions. Mais pour le clochard, c’est une ataraxie radicale, forcenée, qui va jusqu’à nier le fondement même de toute réalité possible. Une ataraxie devenue folle... Il s’abandonne à exister aux portes de la mort. Bercé par la perverse jouissance du néant, le clochard rêve d’un autre monde. Un monde de satisfation immédiate, sans impossible, sans frustration, sans blessure, sans hiatus. Ce monde atemporel et sans contraintes, ce nirvana de la pulsion de mort et du possible infini, est celui du fantasme utérin. Le clochard est le fœtus de lui-même. Si nous ne pouvons l’accoucher à la vie, au moins mettons-le à l’abri. Offrons-lui asile. Voyons comment ? »   Patrick Declerck

Le 6 mars 2013 à 11:09

Yves Pagès, François Wastiaux : Pouvoir-Point #2

> Premier épisode        > Episode suivant Dans ce nouvel extrait de leur conférence-performance "Pouvoir-Point", l'écrivain-éditeur Yves Pagès et le metteur en scène François Wastiaux poursuivent leur plongée au coeur de la restructuration du groupe éditorial Librenvi, une entreprise fictive mais dont la novlangue manageriale poussée à l'absurde devient comique – et ça fait du bien. A la tribune, Jean-Michel Michel, saisissant chef d'orchestre d'un récital PowerPoint plus vrai que nature et finalement terrifiant. "Un certain Jean-Michel Michel, leader d’un groupe éditorial ayant récemment pris de l’ampleur (Librenvi International Editing) réunit ses proches collaborateurs et cadres supérieurs pour fêter les dernières mutations en cours. Lors de cet exposé, il développe ses thèmes favoris dans le domaine « managemental », à l’aide de schémas et de mots-clefs projetés sur écran. Son discours, hanté par les barbarismes de l’ère du temps, mais sans jamais tomber de la caricature, finira par se déliter de lui-même, puis par mordre la poussière, entre trou de mémoire et délire pseudo-théorique touchant au « fractal », à la « pixellisation du désir » et à l’horizon hyper-contextuel de l’industrie du support papier. En guise de catastrophe finale, l’orateur en voie de décomposition n’aura plus qu’à laisser chanter en lui cette étrange prière d’insérer : « Ô Lord, won’t you give me a Mercedes Benz ?! ». " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point Avec le soutien de voQue & Cie En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89   Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.  

Le 10 mai 2013 à 08:34

Yves Pagès, François Wastiaux : Pouvoir-Point #4

> Premier épisode           > Episode suivant Dans ce nouvel extrait de leur conférence-performance "Pouvoir-Point", l'écrivain-éditeur Yves Pagès et le metteur en scène François Wastiaux poursuivent leur plongée au coeur de la restructuration du groupe éditorial Librenvi, une entreprise fictive mais dont la novlangue manageriale poussée à l'absurde devient comique – et ça fait du bien. A la tribune, Jean-Michel Michel, saisissant chef d'orchestre d'un récital PowerPoint plus vrai que nature et finalement terrifiant. "Un certain Jean-Michel Michel, leader d’un groupe éditorial ayant récemment pris de l’ampleur (Librenvi International Editing) réunit ses proches collaborateurs et cadres supérieurs pour fêter les dernières mutations en cours. Lors de cet exposé, il développe ses thèmes favoris dans le domaine « managemental », à l’aide de schémas et de mots-clefs projetés sur écran. Son discours, hanté par les barbarismes de l’ère du temps, mais sans jamais tomber de la caricature, finira par se déliter de lui-même, puis par mordre la poussière, entre trou de mémoire et délire pseudo-théorique touchant au « fractal », à la « pixellisation du désir » et à l’horizon hyper-contextuel de l’industrie du support papier. En guise de catastrophe finale, l’orateur en voie de décomposition n’aura plus qu’à laisser chanter en lui cette étrange prière d’insérer : « Ô Lord, won’t you give me a Mercedes Benz ?! ». " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point Avec le soutien de voQue & Cie En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89

Le 29 juin 2015 à 13:12

Xavier Gallais : Entrer en scène comme un animal

#1

La presse a été dithyrambique sur l'apparition "animale" du comédien Xavier Gallais dans la pièce d'Edward Albee La Maison et le zoo, traduite par Jean-Marie Besset et mise en scène par Gilbert Desveaux : "Homme animal", "Félin, loup, prince, clochard", "présence animale inouïe", "Sommes-nous tous des animaux ?", "L'homme, animal échappé du zoo", "prédateur", "l'animal qui est en nous"... On dit qu'aucun comédien ne peut rivaliser avec l'assiette incroyable qu'aura un animal en scène. Cet applomb d'évidence et cette liberté proche de la bestiole, comment s'y est-il pris pour l'avoir ? Comment fait-il ça ? Autant poser la question à l'intéressé. 1ère partie : l'entrée en scène. Xavier Gallais : "Je ne sais pas si je maîtrise tout, mais c'était évidemment une des idées de départ : il fallait qu'on voie que c'était à la fois un homme et à la fois un homme échappé du zoo — un animal. Mon désir était que d'entrée de jeu on sente qu'avec son arrivée tous les codes de théâtre qu'on avait eu au début de la pièce allaient être changés. L'animalité au théâtre, liée à cette pièce, vient comme un contre de ce qui pourrait être domestiqué. J'essaie d'analyser quels sont les signes théâtraux de la domestication. Comment un acteur est domestiqué et quels en sont les signes, favorables ou défavorables, et comment les contourner.  Moi j'aime bien travailler sur des contraintes, c'est là que je trouve ma liberté. Pour trouver une forme d'animalité, il me faut établir quelle est la normalité civilisée de l'acteur : parler de manière audible, frontale, ne pas montrer son dos, tenter de cacher ses failles, avoir un jeu entier, je pense que ce sont les signes de l'acteur domestiqué, que je devrais montrer si mon personnage le demandait. Donc ici c'est le contraire : ne pas arriver beau, montrable, mais sale, creusé, sans pouvoir cacher l'état de chaos dans lequel je suis à l'intérieur, par le maquillage, la sueur, l'essoufflement... je commence comme ça..."

Le 8 juin 2015 à 16:17

Dany-Robert Dufour : "L'homme néoténique, un homme inachevé"

L'Homme est sorti du paradis des animaux et cela l'a condamné à rester à jamais enfermé dans celui de l'enfance. C'est ce que propose depuis près d'un siècle une théorie scientifique dont parle ici le philosophe Dany-Robert Dufour : la néoténie humaine. Nous sommes un embryon de singe né avant terme, sans poils, sans dents de lait ni pouce opposable aux membres inférieurs (comme tous les foetus de primates), adapté à rien, se demandant ce qu'il fait là, la tête bizarrement accochée à la colonne vertébrale — ce qui va libérer notre glotte et notre faculté de parler. "Le néotène humain c'est celui à qui il manque quelque chose à la naissance. Les pensées religieuse et philosophique avaient déjà pensé ce manque : par exemple dans l'Antiquité Hésiode ou Platon. Et bien plus tard Pic de la Mirandole qui propose cette idée qui ouvre la Renaissance : puisque l'Homme est né incomplet, c'est à lui-même de s'achever, de se sculpter. Dieu ne l'a pas fini pour qu'il puisse entrer dans l'historicité. En 1926, l'anatomiste et biologiste Luis Bolk a reformulé scientifiquement cet inacomplissement sous le nom de néoténie humaine : « l’homme est, du point de vue corporel, un fœtus de primate parvenu à maturité sexuelle. » Idée qui eut à l'époque un retentissement considérable. Elle est reprise en 1970 par le bioanthropologue Stephen Jay Gould qui l'étaie grâce aux avancées génétiques réalisées entretemps. Toujours en 1926, Freud édite un texte vraisemblablement influencé par l'iintuition de Bolk : Inhibition, symptôme, angoisse, où il dit, dans son dernier chapitre, que la névrose constitutive de l'être humain vient du fait qu'il naît non fini et qu'il a toujours besoin de l'amour de l'autre." Dany-Robert Dufour est professeur de philosophie de l'éducation à l’université Paris-VIII, ancien directeur de programme au Collège international de philosophie de 2004 à 2010 et ancien résident à l'Institut d'études avancées de Nantes en 2010-2011. Il enseigne régulièrement à l’étranger. Son travail porte principalement sur les processus symboliques et se situe à la jonction de la philosophie du langage, de la philosophie politique et de la psychanalyse. Lettres sur la nature humaine à l'usage des survivants, Petite bibliothèque philosophique, Calmann-Lévy, 1999Le délire occidental : et ses effets actuels dans la vie quotidienne : Travail, loisir, amour, Les liens qui libèrent,‎ 2014

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