Vincent Lévêque
Publié le 02/07/2015

C(h)alomnie ! #2


Vincent Lévêque porte des lunettes et participe à toutes sortes de projets et revues (pour enfants, pour ados, pour adultes voire même pour ragondins géants albinos).

Il aime instiller de bonnes doses de "hahaha" et de dérision dérisoire dans ses images histoire de souligner l'absurdité de tout ce qui nous entoure.

 

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Le 23 août 2015 à 15:50

La carte à Pupuce

Pubologie pour tous

Aujourd’hui c’est Friday wear chez les banquiers. La semaine est presque finie, et autour de la table de réunion, le marketing a fait valser les cravates. Les chemises nonchalamment déboutonnées laissent entrevoir la hiérarchie bien plus clairement que les marques de costume. Le responsable  - toison grise sur bronzage Gold nuance 3 semaines aux Caraïbes– annonce le sujet du jour : brainstorm’ sur les cartes bancaires. Le sous-fifre – glabre sur bronzage laiteux nuance week-end à Deauville– précise : aujourd’hui, on doit trouver des idées de thématiques pour nos cartes Collection. Ce sont des cartes bancaires dont le pricing est plus élevé parce qu’elles offrent des services targetés en fonction des passions des gens. Par exemple, on a fait la carte Rugby : on te rembourse ta licence si tu peux pas finir ton année, et t’as des réducs chez les équipementiers. Et là on cherche de nouvelles idées. Il se lève et se dirige vers le paperboard. « Bon, ben c’est parti », il annonce en débouchant son marqueur. Vague de silence sous les néons. Un regard se tourne même théâtralement vers la fenêtre, le monde libre où les gens vont boire des coups le vendredi soir au lieu de se faire chier à trouver des idées de merde pour des clients qui préfèreraient qu’on baisse leurs frais bancaires plutôt que de les vaseliner avec des services à la con. « Euh, thématique animaux ? » se risque le lèche-bottes – poils blonds sur bronzage caramel nuance Point Soleil – « les gens adorent les chatons sur Internet ». « Ah, c’est bien, ça », dit le boss, autorisant ainsi l’assemblée à trouver ça bien.  Peu à peu les langues se délient et les idées s’emballent. La musique, pour les jeunes ? La nature ! La BD. Les vêtements ? Son marqueur fusant sur le papier, le sous-fifre n’a pas le temps de penser, et il n’aime pas se faire doubler. Vite, une idée, vite. Soudain, ses yeux s’exorbitent et entre ses lèvres il dégueule : « et si on faisait un truc pour les femmes ? Avec une assurance sac à main, quelque chose dans le genre ». Silence dans l’assemblée. Les regards se tournent vers le chef, qui semble évaluer l’idée. Une, deux, trois secondes se passent, c’est une torture pour le sous-fifre aux mains moites comme pour les concurrents qui espèrent secrètement le lynchage. « C’est brillant », murmure le chef.  « En effet » murmure le lèche-bottes. Dans les yeux du market’ ce soir, il y a comme de la gratitude. Ils pensent à Pupuce, toujours fidèle et dévouée, qui en ce moment même doit être en train de préparer des crêpes pour les mioches. Pupuce, avec ses jambes poilues sa cellulite sur le cul, mais qu’ils aiment toujours, tendrement, peu importe le nombre de jeunes cruches qu’ils tronchent dans les voyages d’affaires. Oui, Pupuce mérite sa carte de crédit rien que pour elle. « Et peut-être, ajoute le sous-fifre, qu’on pourrait faire une assurance dépannage à domicile, un truc comme ça ? Pour quand il y a une panne d’électricité et qu’elles sont seules ? ». Après quelques références au porno et quelques rires gras, l’idée est finalement acceptée. Et le lèche-bottes, avec l’énergie du désespoir, renchérit : « On pourrait en faire une pour les hommes aussi ? ». La tentative est trop évidente, il le sent en prononçant la phrase. Encore, les regards convergent vers le boss, qui ne tarde pas à trancher « Ben non, pour les hommes, il y a la Gold ! ». Dans un grand éclat de rire, la réunion se termine. Le market’ peut rentrer chez lui, retrouver Pupuce, avec le sentiment du travail bien fait.

Le 13 mai 2011 à 08:32

« Je suis un mariniste »

Gilbert Collard, Valeurs actuelles, 12 mai 2011

Pour emprunter à Jacques Lanzmann :  il y en a qui contestent, qui revendiquent et qui protestent, l’avocat Gilbert Collard, lui, retourne sa robe, toujours du côté des projos. Cet opportuniste est aux prétoires ce que Michaël Vendetta est à la téléréalité : celui qui pète dans la soie pour que ses honoraires aient une odeur. Le radicalisme valoisien n’avait pas suffi à l’auréoler d’un destin politique. Par deux fois les électeurs de Vichy lui ont préféré le maire sortant Claude Malhuret et son humanitarisme aronien, garant de la réhabilitation historique de cette ville d’eaux. Ils savent désormais à quoi ils ont échappé. Un avocat « mariniste » en premier magistrat de Vichy, cela aurait fait jaser. Même si « lepéniste » était autrement connoté pétainiste, « mariniste » ça sonne cagoulard davantage que communard. Ce fameux suffixe adjectival « iste » déclinant le « isme» qui renvoie à un système de pensée (gaullisme, mitterrandisme, mendésisme – et même sakozysme, mais là c’est pour l’euphonie…), prend un tour étriqué avec la dame frontiste. Dehors les étrangers, on ferme les frontières et la République sera bien gardée : cela fait plus rabattage de voix que doctrine élaborée. Collard veut que l’on gobe une adhésion de raison, au lieu et place d’une filiation populiste. Le suffixe « ien » aurait été plus approprié. Mais « marinien » fonctionne mal. Ça navigue quelque part entre « Mars » et « rien. »  En revanche « collardien » ça s’entend mieux que « collardiste », non ?        

Le 27 février 2013 à 10:00

La cinq

Je dis pas ça pour râler, mais le mouvement cinq étoiles du comique italien Beppe Grillo a fait une percée foudroyante lors des élections générales italiennes. On savait déjà que la frontière entre humour et politique était mince : Barack Obama est très drôle, le président de la Suisse Ueli Maurer est un comique et les Guignols de l'Info ont été élus deux fois à la présidence de la France, en 1995 et 2002. Je trouve cela plutôt sain : humoriste est un métier dans lequel on passe vite de l'ombre à la lumière, du cinéma Capitole à la roche du tarpé, du million de vue sur youtube à la pub pour Crunch. Il est bon que certains préfèrent se reconvertir rapidement plutôt que d'aller grossir les rangs des chômeurs ou des invités des émissions de seconde partie de soirée sur les chaînes de seconde partie de télécommande.Il serait même bon que d'autres métiers à tendance éphémère suivent cet exemple. Je ne parle pas ici des sportifs, qui ont compris depuis belle lurette, belle lurette moins le quart qu'ils pouvaient toujours devenir consultants ou, dans le cadre des spécialistes de l'équitation, ouvrir des restaurants italiens. Ni des chanteurs à la mode qui, une fois devenus has been, peuvent toujours tenter la méthode dite du M Pokora : se faire oublier un moment puis réussir, grâce à quelques pas de danse, un auto-recyclage. Pour les autres, il reste toujours les jurys de télé-crochets, on ne dira jamais assez à quel point la prolifération des nouvelles chaînes a permis de lutter efficacement contre le sous-emploi (et de l'occuper intelligemment).Non, je parle ici des politiciens qui, une fois non réélus, plutôt que de tenter des come-back à répétition qui gênent ou fatiguent, selon les cas, feraient mieux de se lancer dans l'humour ou la chanson, comme vous et moi.

Le 17 décembre 2011 à 08:23
Le 18 février 2014 à 07:27

Après la théorie du genre, des livres pour enfants leur racontent qu'ils n'auront ni travail ni de retraite

Nouveau scandale dans l’Education nationale. Après les livres qui traitaient de la théorie du genre, plusieurs spécialistes ont repéré des ouvrages sensibles pour les enfants. Des ouvrages qui laissent entendre aux enfants qu’ils auront du mal à trouver du travail plus tard et qu’il leur sera difficile, voire impossible, d’obtenir une retraite décente. Reportage. Encore des livres qui s’en prennent à nos enfants. La découverte de ces livres à problèmes pose un réel problème, estime Michel Eckert, le premier à avoir donné l’alerte. « Sous ses allures guillerettes et innocentes, ces livres racontent comment sera le réel de nos enfants dans quelques années » explique-t-il sur son site internet. « Ainsi dans l’un, on y décrit les péripéties d’une oursonne pour trouver du travail à l’usine. Une usine qui est rachetée par le grand méchant loup. Refusant d’être délocalisée au pays du loup, Missy l’ourse se retrouve alors au chômage avant de sombrer dans la dépendance au miel » écrit-il. Le père de famille ajoute qu’il a dû rassurer son fils sur le fait qu’il trouvera bien plus tard du travail sans problème, dans la filiale qu’il veut et au salaire qu’il veut. Car ce père de famille courageux refuse que ses enfants ne se fassent de fausses idées sur leur futur. Dans un autre ouvrage incriminé, « Pas de retraite pour Papy Libellule » une vieille libellule arrivée à la fin de de sa vie souhaite se reposer. Mais hélas, ses bébés libellules sont tous partis, ne donnent plus de nouvelles et Papy Lib’ va devoir continuer à travailler pour subvenir à ses besoins car le Mouvement De L’Étang et du Fleuve estime qu’il n’a pas assez chassé de moustiques durant sa vie. « Mon fils m’a demandé si cela pouvait arriver dans la vraie, je lui ai dit que non, ça n’arrive pas, toutes les grandes personnes ont leur retraite après avoir durement travaillé » précise-t-il. Le gouvernement n’a pas souhaité commenter cette nouvelle liste de livres sensibles mais plusieurs parents d’élèves sont inquiets. « Les enfants sont des êtres fragiles et naïfs, s’ils apprennent ce qui se passe vraiment dans le monde, cela sera sans doute un choc terrible » réaffirme ce père de famille brandissant un autre livre qu’il estime dangereux. Dans cet ouvrage pernicieux, on peut y voir Isa qui joue avec ses frères à être garagiste. Mais celle-ci réalise bientôt qu’elle est moins bien payée que ses autres frères pour le même travail. « Jusqu’où cela va aller, il faut retirer ces livres avant que cela soit trop tard » s’alarment les parents.

Le 5 mai 2011 à 14:35

SuPorscherie

Même nos chroniqueurs se font enfumer

Le 3 mai, dans les colonnes du Parisien,  une photo d’Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn illustrait un article évoquant la recherche d’un QG de campagne par le candidat putatif. On les découvrait aux abords d’une Porsche Panamera d’une valeur de plus de 100.000 $. Il n’en fallait pas plus pour que les détracteurs du président du FMI s’emparent du cliché pour le transformer en symbole. Sur son site, le blogueur influent  et consultant en communication politique, Emery Doligé s’emploie à monter en épingle les photos prétendûment compromettantes avec une approche d’une finesse rare. Comment sous-entendre que DSK roule en Porsche sans le dire explicitement et s’exposer à la contradiction. Le procédé est simple et bien connu de tous ceux qui souhaitent faire décoller une information et augmenter son référencement sur les moteurs de recherche. Il suffit de poser « naïvement » la question : DSK roule en Porsche ? Notez que le blogueur, pourtant lettré, ne prend pas la peine de formuler correctement la question « DSK roule-t-il en Porsche ? ». Ainsi l’URL de son billet devient tout naturellement « dsk-roule-en-porsche » et le tour est joué. Inattaquable, Emery Doligé (MRY) n’a fait que poser une question anodine et son enquête s’arrête avant même d’avoir commencé. Il existe des photos de DSK à côté d’une Porsche, une d’Anne Sinclair montant à bord du bolide : tout est dit et le blogueur s’empresse de conclure : CQFD… SK. Pour être sûr que l’information capitale bénéficie de l’audience qu’elle mérite, MRY la twitte à cinq reprises pour que ses 10.000 followers n’aient aucune chance de passer à côté de LA nouvelle. Le buzz est lancé et très vite, le « topic » Porsche se hisse parmi les tendances France de twitter. Même ventscontraires.net est tombé dans le panneau. Evidemment l’entourage du Président de la République, par la voix du conseiller spécial Brice Hortefeux, s’est emparé de l’affaire pour fustiger «une évolution curieuse du Parti socialiste» et ironiser sur « la Porsche au volant » qui succède au « poing et la rose » de 1981. Peu importe désormais que le couple DSK-Sinclair n'est pas propriétaire de la voiture de la honte, l’expression « gauche Porsche » vient de faire une entrée tonitruante dans le vocabulaire de la campagne présidentielle et aucun démenti n’y fera rien : le mal est fait ! Dans toute cette histoire, on peut malgré tout, comme le blogueur Versac, noter une bonne nouvelle : DSK Porsche a désormais supplanté « DSK juif » dans les suggestions de google associés à DSK. C’est déjà ça.

Le 4 novembre 2013 à 08:00
Le 10 mars 2015 à 08:19

L'autre, espèce menacée

Dans mon pays, noir comme la beauté, où il pleut du soleil sur l'humain à longueur d'année grégorienne, nous avons un problème : nous ne sommes, en définitive, que des Hommes. Nous aimons, haïssons... et avons la perfidie fatale et suave d'être des Hommes dans toute la complexité contiguë au genre.Donc, dans mon pays, noir comme un jour de guerre, il y a une sagesse colorée qui dit : "Celui qui n'a personne ne se permet d'avoir une plaie dans le dos". Au delà de la proverbialisation atypique de la langue fongbé* que j'ai essayé de traduire sans en altérer l'essence du sens, que comprendre de la sagesse tropicale de mes ancêtres ? N'avoir personne au Bénin porte le sens de "ne pas avoir de famille (père, mère, frères/sœurs...)." C'est qu'au Bénin, l'individu se définit par le patronyme et par sa provenance géographique sur les 112.622 km² du territoire-pays. Et quand un Béninois rencontre un Béninois, il recherche l'altérité du Béninois d'en face. Parce que le ciment social n'a pas la même portée sémantique, cognitive ou sociologique partout sur notre belle bleue tourneuse, ici, il commence par "Comment t'appelles-tu?" et "De quelle région es-tu?" avant le "Je t'aime" expiatoire qui re-lie les sables liés dans le sablier de l'humain, ou le fatal "Tu es l'autre" qui ostracise et jette aux gémonies l'humain de par le fait de l'humain. Je suis l'autre, mais dans la communauté de nos peines et de nos pains ; de cette terre, ses scènes et son sein, il nous reste – c'est ma foi têtue – une parcelle de poésie qui nous permettra de sauver "notre" espèce car si je suis ton autre, tu es le mien. Nous sommes tous les "autre" des uns. De mon pays, noir comme un espoir, j'inaugure le geste enfanteur. Je croque la pomme en égérie sacrificielle d'un poème nouveau pour qu'il ne soit mal écrit et je signe l'ouvrage entamé de l'unique ardeur de mon vœu vivant.  C'est une invitation violente : "Inhumons l'inhumain" et soyons l'autre qui aime l'autre ! ______________________ *Fongbé : langue du continuum "gbé" parlée majoritairement au Bénin et au Togo (Afrique de l'Ouest)

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