Rattraper la langue
Publié le 02/07/2015

Clémentine Mélois : "Anthologie de la Poésie Pop"


Licence poétique #4

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Lirons-nous aujourd’hui Maudit Bic d’Herman Melville, ou Père et Gay de Léon Tolstoï ? Découvrez l’étonnante bibliothèque de Clémentine Mélois, qui compte quelques raretés de bibliophilie folle et autres inédits manipulés. Des ouvrages uniques seront dévoilés, issus des confrontations entre la haute poésie et le prosaïque du quotidien, du hit-parade ou de la pub : Anthologie de la poésie française pour l’administration, haïkus de comptoir ou vers de pure poésie œnologique. Au fait, quel philosophe a écrit le Crépuscule des idoles des jeunes ?

Enregistré le 27 mars 2015 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point

Place aux poètes, aux créolisants, aux corsaires du langage, place aux passeurs et aux décrypteurs de paroles, place aux cracheurs d'avenir.
Pauvre langue. Réduite en « éléments de langage ». Qui nous parle de plus en plus petit. Pasteurisée, simplifiée, désertifiée par les stratèges en communication. Confisquée par les adeptes du pugilat médiatique, de la harangue haineuse et du bashing. Nos paroles, nos pensées, les mots avec lesquels nous rêvons n'ont jamais été si convoités. Le langage est notre bien le plus précieux. Alors rattrapons ce qui nous échappe peu à peu. Ce langage qui nous façonne. Et qui façonne le monde. Toutes nos infinies façons de dire.

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Le 7 février 2014 à 08:25

Rêves minuscules de comptoir #1

Il suffit de s’accouder au comptoir des cafés et d’attendre. Se laisser bercer par les conversations. Devant un verre. Flotter un peu. Ecouter. Distraitement. Au milieu des mots des buveurs bavards parfois perce, comme une fleur minuscule dans le sous bois des grands discours, un petit rêve. Souvent il s’exprime à voix basse, entre deux éclats. «  Moi si j’avais dix centimètres de plus, je serais parfaite ». Une enfance de l’envie. Un croquis. Une herbe fine qui plie sous la rosée luisante d’une goutte d’alcool. Souvent, cela commence par «  moi j’aimerais bien que… », «  moi si j’étais… » Ces minuscules rêves de comptoir dessinent des personnages frêles comme des grands mômes. Les buveurs ne veulent pas grandir. Soudain, le gros gaillard du bout du bar s’exprime et retrouve ses dix ans, on écoute sans se gêner le rêveur qui parle, sans déranger. Il aimerait bien « avoir un chien qui parle », ce rêveur, là bas, qui boit du blanc ! Et pourquoi pas ? Petit rêve de comptoir tombé sur le zinc comme une graine minuscule. Il se dégage de ces mots une grande douceur. Le buveur signe une trêve avec lui-même et avec les autres. Stop. En vision infrarouge, le rêve de comptoir se reconnaît à son halo pourpre couleur des roses trémières.Ce sont ces rêves de comptoir qui, peut être, nous font traverser la vie avec un éclat vif encore et toujours piqué au fond des yeux. Il existe des vieilles dames au visage flétri dont l’œil pétille et nous disent que,  «  si elles volaient, elles rentreraient chez elles par la fenêtre, plutôt que prendre les escaliers. » Joli rêve de vieille dame endimanchée, recroquevillée devant son kir framboise servi en aquarelle. Œil améthyste. Cheveux gris bleu.Ces rêves de comptoir sont une soie. Un trait d’air frais. Une légèreté soudaine. Des vacances. Une critique de la raison pure en quelques mots. Poèmes à la mie de pain ! aurait dit la vieille dame qui boit du kir framboise et rentre chez elle par la fenêtre en volant. Du brut de décoffrage ! aurait dit le maçon en faisant claquer sa large paume sur le zinc.Ces petits rêves mis bout à un bout font une grande chaine du rêve. Un guide pour la main. Les doigts serrés sur cette corde tendue nous avançons. Petits rêves essentiels qui donnent la direction. Vraiment oui, cela nous fait du bien de nous lancer au visage tous nos rêves minuscules ! Pour nous prouver encore la plasticité de nos cœurs élastiques. Plaisanterie sucrées. Roses et bleues comme des dragées. Petits jeux de l’esprit. Espiègleries. Pensées buissonnières. Un pas de côté. Galéjades !  Enfants grisés sautant pieds joints dans des flaques de mots. La vieille dame qui vole en a toute une collection de petits rêves en quatre mots collés dans ses cheveux. Phrases très légères. Douces. Transparentes parfois. Je les ai écoutés s’exprimer ces petits rêves à tous les comptoirs visités des villes et des campagnes. Il faut frapper des mains pour les voir s’envoler comme des nuées de papillons, tourbillonner au dessus de nos têtes et se reposer sur nos épaules. Petits rêves agiles et colorés ! Presque rien et presque tout. Je les ai notés sur ce carnet qui ne me quitte jamais pour en faire un jour un petit livre. Un petit livre avec son trèfle à quatre feuilles. Un petit livre porte bonheur. Petit bouquin à 2 euros. Soit deux cafés. Un demi. Deux brins fins de muguet achetés sur un trottoir à un gamin.Il suffit de s’accouder au comptoir, alors penchons nous sur le zinc. Il suffit de commander à boire, alors commandons ! Les petits rêves de comptoir se préparent à l’envol. Buvons à la santé des minuscules rêves de comptoir. Que vivent les petits rêves et s’envolent à leur suite les gens qui les portent en eux !           Si c’était que moi, le trèfle à quatre feuilles porterait bonheur à partir de deux feuilles.     J’aimerais bien avoir les pieds plus grands, j’adore les chaussures !     C’est dommage que la salade porte pas bonheur comme le muguet.    

Le 25 novembre 2010 à 12:24

L'empereur des mots

Slam qui se la pète

Je veux parler sans accroc Sans accrocher les motsÊtre capable de déverser tel un flot de laitUn flow de lettres et de voyelles qu'on sonneDe consonnes qui riment sans frime ni trimer peut-être un peu ramerUn beau rameau d'olivier encastré sur ma te-té Nouvel empereur des motsPeureux des morts et marre des vivantsCésar des césuresKaiser des cassuresTsar star des stancesQui met le feu dans l'assistanceEt si j’bégaye pas et que j’t'égaye toiJ’ai gagné ma soirée alors souriez c'est si rare c'est si beauCécile me manque mais je fais abstraction pour ne pas perdre votre attention Virtuose de la prose je décompose les mots des mauxDémodés mon flow mon phraséNON emphasés hyperbolés oxymorés métaphoriqués alambiquésJe transforme en or les fersJe libère les mots dans l'atmosphèreAlchimiste activiste intégriste du verbeJ’aime quand le sens est poétique lyrique cosmique comique atypiqueAh on s'pique vite au rythme de la rime dynamiqueQui revient comme le TAC après le TICTAC TIC TAC TIC TAC TICJ'astique les mots pour qu'ils brillent à la lueur du microESCROC Ce texte n'est pas de moi je l'ai chopé dans le dicoCambrioleur de litotesVioleur de définitionsProfanateur d'expressionsPourfendeur de profondeur mon texte est creux comme du LeerdamerMais messieurs dames ayez du coeur je veux votre bonheurPas un slam malsain ni un slam fastQui fasse maigrir les idéaux rétrécir les espritsJe suis aware pas avareMais bavard barbuPlus Babar que shiatsuMes cafards je les chasse devant Lamu Je n’ai pas mauvaise réputation à part en dictionAlors je modère mon choix de mots pour pas chuinter ni chuterNi chanter petit bémol de ma vie privéePas dépravée ni dépourvue Je ne vis pas dans la rueSinon ça aurait été un bon jet-su Je sueJe sens que la fin est proche Faudrait que je raccrocheAvant que je ne déclenche une clameur d'ennuiNon ce n’est pas finiFaudra me bâillonner plus un coup de baïonnetteEt me finir à la mitrailletteEt si un jour je découvre que dans cette nationExiste la liberté d'expressionJ’aurai enfin trouvé une bonne raisonDe me taire

Le 18 janvier 2014 à 08:23
Le 28 novembre 2013 à 10:52

Jean-Michel Espitallier : "Les loisirs, quel boulot !"

Trousses de secours : la crise du travail

Entre rire jaune et émerveillement toponymique, le poète-batteur Jean-Michel Espitallier (il tient la batterie dans un groupe rock) nous invite à une performance loufoque sur le contraire du travail : les loisirs et les vacances. Avant sa venue au Rond-Point, une batterie de questions ventscontraires : – Quel rôle joue la scène dans votre trajet d'écrivain ?La scène est une autre façon de faire vivre ses textes, elle permet une publication dans un autre espace, celui de l’oralité et du son, lequel en éprouver la texture, les subtilités, les forces ou les faiblesses. S’y opère la « sortie du livre » chère aux poètes sonores, et aussi, c’est très important, un retour immédiat du public, en temps réel. C’est aussi, bien souvent en ce qui me concerne, un banc d’essai. En même temps, monter sur scène pour y lire ou y performer ses textes, parfois écrits pour la scène, c’est aussi apparaître avec son corps. Le corps de l’écrivain qui est, dans une sorte d’inconscient collectif, un personnage qu’habituellement l’on ne voit pas (cliché romantique de l’écrivain retranché dans sa chambre, solitaire, cf Proust, par exemple, dans sa chambre capitonnée du boulevard Haussmann, Rimbaud écrivant dans la grange de la maison familiale, etc.), ce corps qui soudain apparaît surexposé. Le texte n’est plus une marqueterie typographique rangée dans un livre, destiné à une lecture silencieuse, intérieure. Il sort du corps de son auteur, en direct. Et puis, la dimension scénique de l’écriture implique toujours aussi une sorte de réécriture, par la bouche. Mes textes n’ont pas le même statut quand ils sont imprimés ou oralisés, ce sont parfois deux histoires différentes, deux moments d’une même bouture. Deux formes plastiques d’un même projet, deux idylles d’un même amour. Qui se complètent et se nourrissent. Sans compter que l’oralité, et le son, permettent de faire dériver le sens d’un texte, ce qui est d’ailleurs assez extraordinaire.– Qu'il s'agisse de la vie ou de la mort, des célébrités célèbres ou oubliées, vous marquez une certaine prédilection pour l'écriture par listes ou catalogues. Pourquoi ?J’adore les listes, et les listes sont partout dans la littérature, classique et moderne, à commencer par la Bible ! La liste appelle le monde à soi, accumule des traces, et le listeur est un peu comme le fétichiste ou le collectionneur, il cherche le mot idéal, celui qui résumerait tout et qui, bien sûr, n’existe pas. La liste est un objet tellement simple, banal, qu’elle en devient saugrenue, étrange dès lors qu’on l’importe dans l’espace littéraire. La liste est aussi un geste littéral, qui pose et expose des mots sans passer par la syntaxe, sans commentaire. Et puis lister c’est aussi faire se côtoyer des mots qui n’étaient pas forcément faits pour se rencontrer… Soudures ou juxtaposition contre-nature dont le frottement, les collisions produisent du sens, d’autres moyens de faire sens. La fameuse rencontre de la machine à coudre et du parapluie. C’est assez magique. Et puis, bien entendu, la liste est également le terrain du rythme, de la répétition, de la scansion, de la frappe, de la vitesse et de ses modulations.– Cherchez-vous une poésie à hauteur du "magasin de couleurs" qu'est devenu le monde d'aujourd'hui, pour citer Nietzsche ?Puisque vous citez Nietzsche, je dois dire que c’est l’une de mes grandes références, à commencer par l’élégance de son style (et aussi par son attention portée au style, cet « aristocratisme »). Etre à hauteur du monde oui, mais une hauteur critique, qui peut certes aussi passer par l’émerveillement. Il s’agit de mettre son grain de sel et de créer des bugs dans la langue, de la mettre à nu, pour la révéler dans ses potentialités, ses leurres, ses violences ou son inanité. Parce que l’état de la langue dit d’abord l’état du monde.– Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point avec une conférence-performance sur le travail. Vous allez nous parler des loisirs. Pourquoi ?Les loisirs sont généralement opposés au travail, comme si l’un et l’autre devaient s’exclure. Cette exclusion forme couple. Voilà qui dit bien l’état dans lequel se trouve le travail, aujourd’hui où le métier est devenu un emploi. Quel mot terrible ! Nous sommes arrivés à un tel état d’aliénation que le loisir agit comme une sorte de petite revanche, de consolation, de bouffée d’air pur. En même temps, les vacances, les loisirs au sens large sont eux aussi minés par l’ultralibéralisme qui s’en est emparé pour les transformer en produits marchands et donc, aussi, les contrôler. Le temps libre est en réalité un temps de liberté surveillée, parcimonieuse, strictement encadrée. Mais il ne s’agira pas de développer cette idée dans ma performance, en tout cas pas de manière frontale. Je m’attache plutôt aux rêveries sur les toponymes (rêveries gratuites, qui n’ont donc pas de prix !), à une interrogation sur le statut de lieux touristiques qui masquent parfois des réalités tragiques (c’est l’objet de mon détournement des fameuses cartes postales de Georges Perec) et au-delà sur le sens des mots et aussi sur le tragique qui court sous des formes comiques dans tous mes livres. Et bien, sûr, je réinterroge ce lieu de tous les phantasmes qu’est le show-business et la pop culture au sens large. Mais je présenterai aussi quelques courtes pièces qui n’ont pas de rapport direct avec ce thème, je veux dire que je m’en donne le loisir…– Où partez-vous pour vos prochaines vacances ?Je suis tout le temps en vacances puisque je suis tout le temps au travail… Donc, toujours parti (je n’en reviens pas !).

Le 27 novembre 2010 à 08:42

La Moustache parce que !

Le Grandiloquent Moustache Poésie Club se dévoile

Avant de monter sur la scène du Rond-Point, Astien Bosche, Julien Pauriol (Ed Wood) et Mathurin Meslay dévoilent pour ventscontraires.net les liens profonds qui unissent poésie et moustache. Cette découverte a basculé leur vie, depuis ils ont fait leur entrée dans le club de la Moustache Poétique :  La Moustache parce que !slam viril et sincère envoyé par Ed Wood La moustache parce qu’elle est mon emblème Deux armoiries qui tranchent sur ma peau blême Deux ailes de papillon lisses et extra fines Qui battent pavillon noir sous mes fières narines   La moustache parce qu’elle pimente mes french kisses La moustache parce qu’elle chatouille les pubis La moustache parce que je préfère la fantaisie sous le nez Qu’une coquetterie dans l’œil quand on tire mon portrait   La moustache parce que Fairbanks et Errol Flynn Parce que l’immense Charlie Chaplin Parce que Dewaere, parce que Groucho La moustache parce que Frida Khalo La moustache parce qu’elle a toujours été là Même si on ne la voyait pas, cachée dans ma barbe Comme la sculpture qui existe déjà Mais qu’il faut aller chercher au cœur du bloc de marbre   La moustache parce que flic undercover Parce que gentleman cambrioleur La moustache parce qu’un seul de ses battements Provoque sous la jupe des filles le pire des ouragans   La moustache parce que le vague souvenir de mon père Parce que les bécots piquants de ma grand-mèreLa moustache parce qu’après tout je le vaux bienLa moustache parce que ma chérie le veut bien  La moustache parce que sur toi c’est ringard Alors que sur moi c’est trop la classe Parce qu’elle attire vraiment tous les regards Comme un tatouage en plein milieu de la face    La moustache parce qu’elle est mon jardin zen Je la soigne patiemment avant d’entrée en scène Chaque jour je la taille, je la structure en l’affinant Comme un bonsaï, comme l’écriture, comme un diamant   La moustache parce que je suis un homme Parce qu’elle est mon grigri, mon vade-mecum La moustache parce que c’est là que se cache mon âme Bref, la moustache même si j’étais une femme !

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