Hugo Nieddu
Publié le 02/08/2010

Un asthmatique qui ment comme il respire, c'est un peu comme un muet qui parle pour ne rien dire.


Partager ce billet :

À voir aussi

Le 4 janvier 2011 à 09:21

Pourquoi faire ?

Mais quelles sont ces manières ? Qu’est-ce que c’est que cette mode ? Que c’est irritant ! Cela fait quelques temps que j’entends les gens faire de l’essence à la pompe, faire un rhume en hiver ou même faire un cancer à la retraite. Il y en a même, des très forts, qui chaque année, font un printemps de plus… Et vous au fait, vous faites quel âge cette année ? Plus je les entends et moins je comprends ces expressions inventées, mal inventées, ou devrais-je dire mal faites ?! Mais la pire d’entre elles est celle relative aux voyages, ou plutôt aux voyageurs et à leurs nouveaux horizons. Avec un snobisme et une prétention hors norme, comme il est devenu courant de subir un : et sinon, tu as fait l’Asie ? Et vous avez fait la Jordanie ? Quoi, il n’a pas fait le Pérou ?! Voir, découvrir, visiter, oui ! Mais que l’on m’explique un peu ce que veut dire faire un pays ? Faire un voyage est-il faire un pays ? Est-il possible de connaître à ce point un continent, un comté ou même un paysage qu’on se sente la capacité de l’avoir fait ? Cette espèce de patois étrange me laisse circonspecte. Simple dérive du langage ou réelle manie de nos contemporains de se sentir si puissants qu’ils pourraient tout maitriser, tout créer, être à l’origine de n’importe quelle action ? Etre à l’origine de leurs propres maladies ou anniversaires ? Etre même à l’origine du monde, non ? Hommes à tout faire ? Faire-me ta gueule !

Le 30 novembre 2014 à 08:36

Au secours les mots : Jean-Daniel Magnin défend "Vous savez..."

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Et vous ? Sauvez un mot ou une expression ici. Je veux vous parler de cet insupportable "vous savez..." qui sort en rafale de la bouche des responsables politiques français sitôt qu'un journaliste fait mine de les pousser un tantinet dans un coin du ring. Vous voyez de quoi je parle ? De ces "vous savez..." répétitifs suivis d'expressions telles que :– "lorsqu'on est en charge de la représentation nationale…"– "on ne fait pas d'omelette sans casser les œufs…"– "être ministre c'est savoir prendre des décisions..."L'expression "vous savez...", traduction mécanique du "you know" anglo-saxon, cherche à établir une connivence factice entre l'énonciateur et son interlocuteur, sous l'apparence d'une soudaine introspection, d'une confidence imprévue. Le but étant évidemment de dire exactement le contraire de ce qui est énoncé : je vous dis que vous savez, mais en fait vous ne savez rien et moi seul qui parle sais.Le "vous savez..." dévoyé se dégaine lors des moments "de vérité" du débat ou de l'interview :– soit il signale qu'on va improviser, dans un grand afflux de sincérité, une réponse en fait préparée en amont pour parer une question piège attendue;– soit, lorsqu'on est réellement pris au dépourvu, plusieurs "vous savez..."  enfilés permettent de répondre du tac au tac tout en s'octroyant quelques précieuses secondes de réflexion (le "vous savez..." français en trois pieds apportant 50% plus de répit que le "you know" anglais). Si quelqu'un commence à vous lâcher d'un air sincère et pénétré "vous savez...", ne pensez pas que cela signifie "je sais que tu sais que je sais que tu sais...", non, c'est tout simplement qu'il est en train de vous prendre pour un con : Vous savez… planter des choux… à la mode à la mode… vous savez… planter des choux à la mode de chez nous... Traduction : seul le locuteur s'y connaît en plantage de choux ; le plantage de choux est une affaire trop sérieuse pour être confiée à des amateurs.On aurait pu traduire plus justement "you know" par  "voyez-vous", moins donneur de leçon, plus neutre. Mais plutôt que de sauver le "vous savez..." , je propose de l'utiliser comme un instrument de mesure : plus un responsable recourt au "vous savez...", plus on saura qu'il sent la mauvaise savonnette et les relents de chou farci. > D'autres mots sauvés sur ventscontraires > Jean-Daniel Magnin

Le 5 juillet 2010 à 10:15

« La politique économique que nous menons en France actuellement, c'est une politique de ri-lance"

Christine Lagarde, ministre de l'Economie, Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, 4 juillet 2010

Cacher un vilain mot que l’électeur ne saurait entendre, en atténuer un autre que le consommateur ne doit pas trop prendre… au mot, faire carburer les concepteurs d' « éléments de langage »,  produire en scène la ministre la plus rompue aux contractions anglo-saxonnes et nous voilà lestés de « ri-lance ».  C’est ce qu’on appelle un mot-valise où rigueur et relance sont rangées tête-bêche pour suggérer que tout est « under control ». Christine Lagarde n’est pas la plus antipathique des ministres en exercice et dans sa bouche « ri-lance » c’est du rire et de l’aisance, comme si tout ça n’était pas bien grave. La conduite des politiques économiques étant riche en métaphores routières on observera cependant que faire de la rigueur pour conjurer le crash budgétaire et de la relance pour éviter la panne de marché, c’est appuyer en même temps sur le frein et l’accélérateur. Généralement ça ne se termine pas très bien. De même d’ailleurs la « stagflation » des années 60 (stagnation et inflation vont dans la même valise !) où, cette fois, on débrayait et accélérait tout à la fois. L’avantage de « ri-lance », par les temps présents, c’est que pour sacrifier à la mode des « lipduds » on verrait bien les ténors UMP en faire la promotion sur du Mika : « rilance…relax...take it easy… ».

Le 9 juillet 2010 à 15:00

Voici "voilà"

Je ne sais pas si vous avez remarqué mais s’il est un mot qui envahit notre existence, un mot anodin qui, comme le sparadrap au bout du doigt, ne nous lâche plus, c’est bien lui. Alors voilà. A la terrasse d’un café, lors d’un dîner entre amis, à la télévision comme à la radio, « voilà » se mêle à nos conversations, s’incruste à notre table, se pose sur notre épaule sans qu’on ait rien demandé. Du moins en apparence. Car voilà : comme la pollution nous intoxique lentement mais sûrement, le mot « voilà » nous est devenu indispensable. « Voilà » crée du liant là où les liens se distendent («…voilà, c’est ce que veut exprimer cette question, oui voilà…») ; remplit les vides là où notre phrase impuissante méritait le plein («…là, j’ai vraiment eu l’impression que…enfin voilà… ») ; et conclut par un petit rot sans appel, en place du terme tant attendu par notre interlocuteur qui, finalement, se contentera de si peu («…ce n’est pas comme si, je…bon, voilà. »). « Voilà » est un mot-coucou, un de ces parasites qui prennent de la place et finissent par nous étouffer ; un mot creux qui remplit les grands vides et brouille l’hypothétique suspens de nos conversations paresseuses. « Voilà » est ce mot faussement dandy, répétitif jusqu’à épuisement du sens, ce mot solitaire qui ne peut se passer de nous et qui, pour finir, passe inaperçu en étant tout le temps là. Echo perpétuel à nos incertitudes, petit pet en rafale sur la toile cirée de nos conversations illusoires, bien à l’aise dans son époque, le voici, c’est « voilà ».

Le 12 mai 2011 à 13:32

Ce maudit orgasme

M le mot-dit

Racontez-nous votre M, votre mot-dit maudit du moment, justifiez votre haine et dépassez-la en détournant ou remplaçant le maudit… en maximum 2000 signes. Aujourd'hui Sophie Dulac déteste le mot "orgasme" :Avec son préfixe en or prétentieux et son final en consonance de maladie respiratoire, le mot fait pédant et dédaigneux. IL pue l’encyclopédie médicale bradée consultée à la va vite au fond d’une bibliothèque municipale poussiéreuse avec des sourires empruntés. IL s’imprègne des premières cigarettes, des petits émois d’adolescents amoureux qui s’instruisent en cachette avec les courriers du docteur Ruth. IL est le vilain point de mire des apprentis  libidineux. IL manque pourtant de dimension et la cible atteinte laisse un sentiment d’imperfection. La volupté est peut être ailleurs, dès les premiers effleurements, le froissement d’un déshabillé, un souffle sur l’oreiller, un corps à explorer, des murmures partagés. Lui le vaniteux de la jouissance transforme l’or en pacotille et  le trésor de se réduire en manifestation physiologique. Le mot plait pourtant, s’affiche, fait vendre. Entre le nouveau régime protéiné et les bons plans shopping, il conjugue les genres et  les styles. De la presse gay, économique, au glamour féminin ou plus populaire, on le décortique, on l’autopsie, passé au scalpel IL reste tout aussi laid comme un organe éclaté. Lui qui pourrait symboliser ce qu’il y a de plus beau n’évoque qu’un mécanisme, enterre la sensualité, allègue le sexe et oublie la chair. Sophie Dulac Vous désirez "mot-dire" à votre tour ? > c'est ici que ça se passe !

Le 13 décembre 2014 à 08:26

Dieu : « J'aimerais tellement que les gens comprennent que je n'existe pas »

On croyait Ses voies impénétrables mais Il a pourtant choisi de se mettre en travers de notre chemin. Dans le journal La Croix daté d’aujourd’hui, le Seigneur a décidé de prendre la parole à l’occasion d’une interview où Il s’exprime sans détour. Le souverain céleste regrette notamment que les êtres humains ne soient pas davantage lucides sur le monde dans lequel ils vivent. Il condamne entre autres tous ceux qui affirment qu’Il existerait bel et bien et serait tout puissant. « Un dogme stupide et dangereux » Dans cette fameuse interview publiée ce matin, Dieu emploie un langage plutôt rude à l’égard de tous les croyants, au risque de choquer ses plus fidèles fidèles : « Franchement je sais pas d’où ils sortent tout ça. Le truc sur l’omniscience et l’omnipotence là… Et alors le couplet sur la bienveillance universelle, c’est sûr c’est beau et super optimiste mais ça manque profondément de réalisme. » Le Seigneur fictif invite ensuite tous ses fidèles à changer de comportement : « Je pense que les croyants actuels du monde entier devraient arrêter de s’accrocher à leurs histoires, sympathiques au demeurant, mais légèrement absurdes. » Dans cet entretien accordé au journal La Croix, le divin créateur décrit la surprise qu’Il ressent à voir des millions et des millions de personnes continuer à croire en lui depuis des milliers d’années : « Pourquoi les gens persévèrent-ils alors qu’ils n’ont aucune preuve attestant de mon existence ? Je trouve évidemment ça très honorable d’avoir la foi comme ça mais là ça me paraît un chouia excessif. » Une incompréhension qui s’accompagne d’un sentiment de tristesse en constatant les dégâts provoqués par ce qu’Il qualifie de « superstition de comptoir » : « La croyance en mon existence a engendré tellement d’atrocités. J’aimerais tellement que les gens comprennent que je n’existe pas. Je ne sais pas trop comment faire dans la mesure où ma marge d’action est quasi nulle. Pour l’instant je vais juste continuer à ne pas être. C’est le mieux que je puisse faire. » Le Vatican indigné Cette prise de parole de Dieu a très vite entraîné des réactions en chaîne sur les réseaux sociaux. « Courageux d’avouer ça publiquement ! », lance cet internaute sur Twitter. « WTF !!! Dieu qui s’exprime dans La Croix ? C’est sérieux ou quoi ? », lance, plus dubitative, cette autre utilisatrice. Mais la réaction la plus attendue était évidemment celle de Rome et de l’Eglise catholique. Et cette dernière ne s’est pas faite attendre puisque le porte-parole du Vatican s’est fendu d’un communiqué pour le moins virulent dans lequel l’Eglise condamne les propos du Saint-Seigneur : « Les paroles tenues par M. Dieu sont inadmissibles, même si elles restent divines. Il vient semer le trouble dans la foi de ses croyants.  Des croyants qui ont besoin spirituellement et psychologiquement de croire en Lui. Sans parler évidemment de toutes les conséquences économiques néfastes que ce genre de discours négationniste peut engendrer. »

Le 9 novembre 2014 à 09:17
Le 1 avril 2010

Comment devenir un grantécrivain (1)

Dans son ouvrage "Les rillettes de Proust", Thierry Maugenest vous donne des trucs pour accéder enfin à la gloire littéraire

Nycthémère ! Évitez d’employer des mots dont les sonorités trompeuses seraient préjudiciables à vos écrits. Ainsi, les termes utilisés dans le texte ci-dessous, pourtant dénués de toute grivoiserie, suggèrent au premier abord une atmosphère bien différente de celle recherchée par l’auteur : L’ardent Antonio Vernice, harassé par une nuit de formications et par la croupade nerveuse de la haquenée qui s’agitait entre ses jambes, vit enfin le jour se lever, éternelle resucée d’un plaisir solitaire. Il repoussa sa cuculle et murmura pour lui-même :– Quel nycthémère ! Cette chevauchée m’a épuisé.Il voulut se reposer, mais les effluves d’un phallus impudique le firent fuir. Peu après, une ultime ruade et il s’arrêta enfin, l’œil réjoui par des trique-madames  en fleur et des verges d’or épanouies. Tandis qu’il entamait une miche par la baisure, en réservant une lèche pour son téton-de-Vénus, il aperçut une marie-salope qui mouillait près de lui. Il se demanda aussitôt quelle position adopter.– Je pourrais la haler par son tire-veille, se dit-il, mais je peux aussi y monter d’un saut de caracul.Inédit  Formication n.f. : fourmillement dans un membre. Croupade n.f. : saut d’un cheval qui rue. Haquenée n.f. : cheval ou jument de taille moyenne, d’allure douce. Resucée n.f. : reprise, répétition. Cuculle n.f. : capuchon de moine. Nycthémère n.m. : durée de vingt-quatre heures comportant un jour et une nuit. Phallus impudique n.m. : champignon exhalant une odeur repoussante. Trique-madame n.f. : plante grasse. Verge d’or n.f. : plante herbacée à fleurs jaunes. Baisure n.f. : côté par lequel deux pains se sont touchés dans le four. Lèche n.f. : mince tranche de pain. Téton-de-Vénus n.m. : belle variété de pêche. Marie-salope n.f. : bateau à fond mobile servant à transporter les produits de dragage. Mouiller : jeter l’ancre. Tire-veille n.m. : filin servant de rampe à l’échelle extérieure d’un navire. Caracul n.m. : mouton d’Asie élevé pour sa fourrure.(Un texte extrait de l'ouvrage Les Rillettes de Proust et autres fantaisies littéraires, paru aux Editions JBZ & Cie)

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication