Marie Gloris Bardiaux-Vaïente
Publié le 15/07/2015

Où (ne) sont (pas) les femmes ?


James / où (ne) sont (pas) les femmes ?

« Où sont les femmes ? », s’interrogeait un chanteur blond platine des seventies, avec ses gestes plein de charme.

Oui, bon.

Tout ça pour dire que la vraie question serait plutôt : où ne sont-elles pas ?

 

2015. France.

Direction de la fonction publique de l’État : 21% de femmes.

Direction de la fonction publique territoriale : 14% de femmes.

Élus : 26% de femmes à l’Assemblée nationale, 22 % au Sénat, 16% de femmes occupant la fonction de maire.

CAC 40 : 30% de femmes membres de CA et 11% membres des comités exécutifs ou de direction.

Professions dites supérieures : 14% de femmes.

 

On appelle communément cela « Le plafond de verre ».

Et ce serait sympa que nous parvenions à le faire exploser.

T’inquiète, ça coupe pas.

 

L’écart de salaires entre les hommes et les femmes est de 18,8% en moyenne (et pas à notre avantage, s’il est besoin de le préciser), pendant que nous effectuons 3h52 de travail domestique contre 2h24 pour ces messieurs, en moyenne, quotidiennement.

Corollaire entre les chiffres du dessus et ces dernières statistiques ? Non, tu crois ?!...


« Mais Marie, arrête, vous l’avez votre égalité : vous pouvez voter depuis 70 ans {oui enfin, ça n’a pas été sans mal, sans vouloir te faire l’historique du problème…} et puis maintenant il y a la PARITÉ. »

Alors oui, parlons-en de la parité.

J’ai été contre pendant longtemps.

Parce que j’estimais que nous n’avions qu’à nous battre et prouver nos capacités et compétences, cela se ferait tout seul.


HAHAHA !

Eh oui, une folle croyance de ma candide jeunesse…

Oui, moi aussi je ris beaucoup de ma naïveté.

 

Le fait le plus marquant à ce propos concerne les dernières élections, celles pour élire nos conseillers.ères départementaux.ales.

Avec l’obligation de parité, les partis politiques ont été obligés de présenter des binômes hommes/femmes, ce qui donne un résultat de 49 % d’élues !

 

Youhou ! Champagne et fiesta !

 

Ouais. Sauf que.

Suite au troisième tour – l’élection des Président(e)s des conseils départementaux – la gueule de bois a été assez violente : seulement 10 % de femmes.

Elles se sont bien faites bousculer dans l’escalier : « Oh ça va les filles, vous êtes passées du deuxième sous-sol au premier étage, faudrait voir à ne pas espérer l’appartement terrasse, non plus ! »

 

Ben ouais, faudrait pas que l’on commence à empiéter sur des territoires dont on nous a seriné qu’ils étaient masculins, car violents, emplis de concurrence, des espaces durs où l’on ne ferait de nous qu’une bouchée : nous ne serions pas équipées pour, …

Et pourtant…. si l’on me dit « Révolutions », instinctivement,

Je pense aux femmes qui ont marché sur Versailles un petit matin d’octobre 1789 et qui ont ramené le Roi à Paris,

Je pense à Louise Michel la Communarde,

Je pense à Podemos et aux mairesses de Barcelone et de Madrid,

 

 

Alors, finalement, où sont les femmes ?

Elles sont là où on ne les attend pas.

Elles surprennent.

Elles se mobilisent.

Elles cherchent à briser leurs chaînes.

Elles envahissent Internet et se confrontent avec violence aux haters.

Elles investissent les champs créatifs et culturels.

Elles font passer leurs messages.

Elles rabâchent encore et encore, sans se lasser.

Elles ont une endurance incroyable.

 

Elles ont surtout de moins en moins peur.

Les femmes sont en train de sortir en masse de leur invisibilité, mais leur chemin est très long, car, au-delà du plafond de verre, il passe aussi par leur propre déconstruction.

Alors, « La Femme, avenir de l’Homme » (« passion vieux poètes, et chanteurs morts à moustache ») ?

Je ne sais pas. En revanche, les femmes à la même place que les hommes, oui, bientôt, demain, tout simplement parce que ce n’est plus possible autrement et surtout, soyez-en assurés, parce qu’on ne lâchera pas l’affaire.

 

(Données chiffrées : Insee, Ministère du Travail, OPFH-AN)

Dessin : James

Scénariste de bande dessinée, historienne, militante pour l'abolition universelle de la peine de mort et blogueuse féministe en pleine déconstruction, j'écris sur tout ce qui donne du sens à ma colère et à mon désir de comprendre le monde.
Et certains soirs, quand ça ne suffit pas, je compose des poésies érotiques.

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Le 13 août 2012 à 08:05

Pour adoucir sa dépression, il faut la respecter.

J'ai pris la résolution d'aimer et de cajoler ma dépression. J'avoue l'avoir maltraitée des années durant. Dès qu'elle apparaissait, je la maudissais et j'essayais de m'en débarrasser. C'était une lutte contre-productive : à la violence induite par cette force invisible et sans limite, s'ajoutait mon épuisement à la combattre et à lui résister.J'ai compris qu'il valait mieux la laisser faire. A partir du moment où j'ai pris cette décision, elle s'est un peu calmée, elle n'avait plus d'adversaire pour l'exciter. Elle continuait à me vriller le coeur et me sauter à la gorge, à s'asseoir sur ma poitrine et me marteler le crâne, elle continuait à m'assaillir d'idées noires. Mais la cessation de ma belliqueuse humeur a sensiblement réduit l'asthénie et la mélancolie.Puis, avec l'idée d'inventer une heuristique nouvelle, j'ai posé une hypothèse : c'est parce qu'on la traite mal que la dépression blesse. Pour l'adoucir, il faut la respecter. Comme un animal sauvage que l'on souhaiterait domestiquer. Et cela a marché : la considérer comme une chose réelle et indépendante de moi, une sorte de fantôme domestique, a diminué sa virulence. Je lui parle, je lui dis, gentiment, de se calmer. Je l'amadoue.L'erreur que j'ai longtemps faite a été de croire que je pourrais un jour guérir de ma dépression. Ce n'est pas possible : impossible de m'en couper sans me couper de moi-même. Nous nous fréquentons depuis trop longtemps. Je crois que personne ne me connaît comme ma dépression. Je l'ai influencée et elle m'a construit. Je peux compter sur elle, elle n'est jamais loin, c'est un paysage qui me permet d'être toujours chez moi-même en voyage. Elle est un refuge ; bien sûr c'est un refuge douloureux, mais la réalité extérieure est pire : elle est douloureuse et étrangère. Ma dépression est des rares choses stables dans ma vie. Je sais aujourd'hui que j'y suis attaché : elle porte en elle les ressources de la création et de la joie. Je lui serai toujours fidèle.Illustration : Dupont&Barbier www.dupont-barbier.com  

Le 21 janvier 2012 à 09:40
Le 1 décembre 2012 à 07:57

Le Siège de l'UMP

Le siège de l'UMP Moins fastueux que jadis le trône made in Giscardie de Jean-Bedel Bokassa, alias Bokassa Ier, voici (photo exclusive) le fauteuil présidentiel où Jean-François Copé s'apprête à prendre place, en dépit de la terrible guerre tribale dont son vaste bureau porte les douloureux stigmates. Les tirs de mortier des phalanges fillonistes ont fait un trou béant de la cheminée qui aurait dû envoyer la fumée blanche. Financièrement exsangue, l'UMP ne serait plus en état de restaurer le siège, ni même le trône de Copé Ier. L'ex-président de la République, ex-chanoine de Saint-Jean de Latran, a refusé de s'entremettre auprès de son ancienne paroissienne de Neuilly, Liliane Bettencourt, pour solliciter une enveloppe. Il n'a même pas consenti à prêter, pour la cérémonie du sacre, quelques uns des meubles ou des tapis des bureaux dont la République lui a donné la jouissance à vie, rue de Miromesnil. A défaut, selon nos informateurs, le nouveau président de l'UMP espère que d'autres images pathétiques, à paraître cette semaine dans le numéro de Paris-Match négligemment posé sur le fauteuil présidentiel, toucheront le coeur des Français, qui mettront la main, droite, à la poche. Reste que des attaques de commandos fillonistes incontrôlés sont encore à craindre, pouvant obliger les forces légitimistes à se replier autour de leur chef dans les caves du siège, emportant avec soi, fétiche copéiste, le fauteuil présidentiel si chèrement conquis.

Le 23 août 2011 à 09:03

Hubert, chien de cirque

Le mois dernier, j’ai revu mon cousin Hubert. Je lui trouvé l’air éteint. Comme nous nous aimons bien, il s’est un peu confié. — En janvier dernier, figure-toi, j’ai ouvert un blog, comme tout le monde. Ça distrait. Trop. Je me suis enflammé pour l’auteur du premier commentaire aimable, une jeune parisienne, à ce que j’ai compris. Et me voilà parti à lui composer des poèmes, à faire des cabrioles, à inventer des tours, à la suivre à la trace sur tous les chemins virtuels possibles. Ah ! Le succès que j’ai eu, c’est peu dire qu’il ne fut même pas d’estime. Alors j’ai fermé mon maudit blog. Pour en ouvrir un second, puis un troisième qui lui était spécialement dédié. Et plus j’implorais un regard, une minute d’attention, plus les coups de pied pleuvaient. Enfin j’exagère, mais elle ne venait plus jamais me lire. La nuit, je dormais sur le paillasson de son blog à elle, sans oser y entrer. Le jour, je mettais au point pour le mien de nouveaux numéros qui auraient pu enfin l’attirer et lui plaire. Niet. Les compliments, les petits mots pleins d’esprit étaient toujours pour les autres. Je dépérissais. Puis, bizarrement, mon visage changeait un peu, mes oreilles aussi, et je me suis mis à manger beaucoup de viande, moi qui avant la détestais. Quand plus personne n’a reconnu ma voix au téléphone, j’ai compris qu’il fallait vraiment faire quelque chose. J’ai voulu supprimer mon compte, mais on m’a répondu qu’il n’existait pas, qu’il n’avait jamais existé.

Le 27 novembre 2011 à 08:56

Tieren aller länder, vereinigt euch !

A mon frère, chien de traîneau désenchainé

La ligne 9 n’est pas électrifiée. Elle fonctionnait, jusqu’à hier, grâce à des chiens de traîneau venus d’Alaska qui tiraient les rames du matin au soir à la force de leurs muscles, du matin au soir dans l’obscurité humide et malodorante. Un chien  blessé à la patte à cause d’un morceau de verre sur la voie : incident technique. Un chien satisfaisant à quelque naturel besoin : régulation. Voilà pourquoi nous subissions tant d’incidents sur cette ligne ! Et plus nous récriminions, nous usagers excédés, plus ces pauvres bêtes étaient battues, maltraitées en représailles… Lorsque nous avons compris, nous avons tout accepté : les arrêts de 5 minutes entre chaque station, le largage intempestif à Nation, le trafic perturbé, le trafic interrompu, le trafic trafiqué. Tout. Mais, bon quand même, on ne pouvait plus ignorer le sort de ces chiens esclaves ! Alors, avec quelques amis, nous avons décidé de libérer les chiens. J’avais repéré, à la station République, un homme transportant des os, des boites de nourriture, des laisses et autres indices. Cet homme à la mine de damné de la terre était le soigneur des chiens. Il s’engouffrait toutes les nuits, après le dernier métro, dans un couloir d’accès interdit au public. Hier soir, nous l’avons attendu et suivi. Derrière une porte dérobée, nous avons découvert l’immense chenil où le soigneur leur distribuait leur pitance, pansait leurs plaies et les laissait dormir pour une courte nuit. « Nous ne vous ferons aucun mal ! Fuyez ! » Il a fui, presque soulagé. Les chiens hurlaient au loup. Nous avons ouvert la porte en grand. « Fuyez, vous aussi ! Vous êtes libres ! » Ah, le bonheur de ces animaux, retrouvant la perspective du jour, les chemins de traverse et l’air de dehors ! Ce matin, ils ont remplacé les chiens par des chômeurs. Au noir !

Le 26 mai 2012 à 16:09

Le problème avec Secret Story

Le problème avec Secret Story 6 qui a commencé hier soir c’est que quoi que tout ait déjà été dit sur le degré profond de débilité d’une émission qui tendrait en comparaison à donner un air intelligent à Nadine Morano, il arrive un moment où tu réalises que dans quelques années arriveront sur le marché du travail de jeunes gens qui jamais n’auront connu le monde sans qu’il soit rythmé par une de ces annuelles Foires du Néant, du Bikini et du Grammaticide reines des prime-time et qu’en posant ton café deux secondes pour imaginer à quoi ce futur pourrait ressembler tu réalises que tu pourrais un jour hériter d’un collègue qui, balayant ta citation de Desproges d’un méprisant revers de la main déclamerait fièrement au pot de départ de Jean-Louis une des plus belles citations philosophiques de Benjamin Castaldi, jetterait au feu les poèmes de Victor Hugo que ses enfants ramèneraient de l’école pour leur faire étudier un recueil des plus beaux tweets de Mickael Vendetta, garderait en évidence sur son bureau un portrait de Moundir dont il s’inspirait largement pour conquérir de jeunes femmes qui céderaient facilement à ses désirs, immédiatement conquises par son sens de l’humour ravageur savamment acquis depuis le berceau grâce à l’écoute appliquée d’un hilarant Christophe Dechavanne qu’il considérerait comme un génie contemporain, t’offrirait un sourire dédaigneux lorsqu’à la cantine tu avoueras n’avoir jamais lu « Miette », premier chef d’œuvre poignant d’une Loana ayant détrôné Anne Frank au rayon des légendaires martyrs féminines, devenant peut être même un jour ton supérieur hiérarchique et te mettant à la porte pour faute professionnelle suite à une sombre histoire d’inversion de deux mots dans une citation de Steevy Boulay, t’obligeant alors à quitter ton bel appartement de la rue Bataille et Fontaine devenu hors de prix, et te présentant pour une demande d’HLM à la Mairie, mais que c’est au moment où ton cerveau commence à se demander si le buste de Marianne sous tes yeux est réellement moulé sur le modèle de Vincent MacDoom que tu réalises que, merde, ton café est déjà froid, et que le café froid, honnêtement, c’est dégueulasse. C’est ça le problème avec Secret Story 6.

Le 20 mai 2011 à 08:55

Nous avons remplacé notre mémoire par l'image

Restons vieux jeu

L’image omniprésente au XXIe siècle a immortalisé ce que l’Homme a déjà : le regard et la mémoire. Cette parodie est révélatrice: les gens ne cessent de se prendre et de prendre à tout va en photos. Pourquoi un arrêt sur image ? L’Homme aurait-il peur d’oublier le présent ? Notre appareil remplace notre cerveau mémoriel. L’instantanéité remplace le temps du récit, le temps de l’orateur. Voler ces instants et les publier pour que tout le monde voie ce que vous avez vu. Partager l’illusion d’être ailleurs, alors que vous êtes devant votre écran à lire. Mais nous ne voyons pas plus. Nous restons coincés entre une machine photographique, nos souvenirs et un écran. Pourtant ces instants peuvent être racontés, partagés   Une amie me racontait ces voyages passés des années 80 en Russie et en Birmanie. Les tensions dans ces pays lors de ses séjours l’empêchaient de prendre des photos. Mais son regard sur place ne l’empêchait pas de mémoriser ses événements. Elle peut vous les raconter en détails comme si c’était hier. Aujourd’hui nous croyons pouvoir tout dire, tout faire derrière notre écran. L’image tant modifiable, « photoshopée » en perd sa vérité. Nous voulons montrer quelque chose qui n’existe pas.   La mémoire est donc l’outil le plus précieux. La mémoire conserve les images, les odeurs, les sensations vécues. L’Histoire ne s’oublie pas. Le passé raconté est riche d’images. Cela s’efface avec le temps ou se déforme, mais cela garde une authenticité humaine.

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