Blandine Costaz
Publié le 18/07/2015

Voir


Il y a tout ce qui sert à ne pas voir : racisme, homophobie, mysoginie, clou, porte, tank (par exemple).

Il y a tout ce qui sert à voir : cœur, yeux, poumons, rate, intestin (et tous les pores de ma peau).

Et les rêves aussi.

Il y a ce que j’ai envie de voir : tout (absolument tout).

Pas forcément tous les jours et tout le temps.

Je ne suis pas infinie.

J’enrage.

Comment ça la femme que je suis n’est pas infinie ?

Elle fait pourtant partie d’un tout.

Tout le temps.

Elle passe son temps à jouer ailleurs. C’est une actrice. Elle écrit. C’est une auteure. Elle revient sur sa terre natale, trouve tout très bizarre, ne comprend rien. Aujourd’hui encore, elle continue à écrire, à jouer et à ne rien comprendre.

 

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Le 27 mars 2019 à 18:32

HK : "Je suis"

Nos disques sont rayés #3 Festival citoyen des "périféeries urbaines"

Carte blanche à Amnesty International : "Au pays des droits... de qui ?" Soirée débat et concert avec : Amnesty International, Slim Ben Achour, Kamel Daoudi, Nicolas Krameyer, Mathilde Robert, HK et ses musiciens Manuel Paris, Saïd Zarouri, Meddhy Ziouche Présumés coupables Contrôles discriminatoires, assignations à résidence illimitées, violences policières contre les migrants et harcèlement des citoyens qui les soutiennent, les politiques de sécurité s’apparentent de plus en plus à une carte blanche donnée à l’arbitraire... Amnesty International donne la parole à celles et ceux qui vivent et combattent cet état de fait : l’avocat Slim Ben Achour dénonce le contrôle au faciès et le profilage ethnique pratiqués par la police française, qui se croit protégée par la croyance aveugle au principe d’égalité ; contacté par appel vidéo, Kamel Daoudi, le plus vieil assigné à résidence de France depuis qu’on le soupçonne d’être lié à Al Kaïda, ne voit pas d’issue à son exil intérieur dans un village français où il doit aller pointer plusieurs fois par jour à l’antenne de police ; Mathilde Robert, jeune militante, a documenté les violences des forces de l’ordre contre les migrants et le harcèlement policier dont sont victimes citoyens solidaires présents dans la jungle de Calais. Le tout en musique avec le chanteur engagé HK et ses musiciens. Conférence programmée le 8 février 2019 par Jean-Daniel Magnin pour le Théâtre du Rond-Point et Ivan Guibert pour Amnesty InternationalCaptation Léo Scalco et Sarah Mei-Chan

Le 21 janvier 2014 à 12:53

Pascal Blanchard : "Il reste des barreaux dans nos inconscients collectifs"

Trousses de secours : la crise du travail

Spécialiste du fait colonial et des immigrations, l'historien Pascal Blanchard sera au Rond-Point le 30 janvier pour une conférence-performance où sera déployée la question du corps exotique comme marchandise. – Vous venez nous parler des zoos humains, énorme succès en Europe au XIXe siècle et même jusqu'en 1940.  Cet exemple mêlant domination, science et spectacle est-il éclairant pour le temps présent ? – C’est entre girafes, autruches, éléphants, crocodiles, singes et autres « merveilles » de la nature réinventée que les visiteurs vont découvrir en Europe et en Amérique des « hommes » aux mœurs bizarres et aux rites quelque peu effrayants. Le mythe du sauvage devient alors une réalité. Il est présent, devant nos yeux, et va le rester près d’un siècle. Les zoos humains viennent de naître. Premier phénomène de masse du XIXe siècle avec les expositions universelles, avec leurs millions de visiteurs (1,5 milliard estimé entre 1810 avec la Vénus hottentote et 1940), ils répondent aux fantasmes et aux inquiétudes de l’Occident sur l’ailleurs et donnent une réalité au discours racial alors en construction. Si le fait colonial — premier contact de masse entre l’Europe et le reste du monde — induit encore aujourd’hui une relation complexe entre Nous et les Autres, ces exhibitions en sont le négatif tout aussi prégnant, car composante essentielle du premier contact, ici, entre les Autres et Nous. Un autre importé, exhibé, mesuré, montré, disséqué, spectularisé, scénographié, selon les attentes d’un Occident en quête de certitudes sur son rôle de « guide du monde », de « civilisation supérieure ». Aussi naturellement que le droit de « coloniser », ce droit d’« exhiber » des « exotiques » dans des zoos, des cirques ou des villages se généralise de Hambourg à Paris, de Chicago à Londres, de Milan à Varsovie… Oui, le « sauvage » existe ! Je l’ai vu… Le défi imposé par la compréhension de ce qui nous apparaît, aujourd’hui, comme l’une des démonstrations les plus révoltantes de l’infériorisation de l’Autre – parce qu’elle rapproche volontairement l’homme de l’animal – est à la mesure des enjeux cristallisés par les zoos humains. Est-on capable aujourd’hui de prendre en compte ce que signifient pour l’Occident les zoos humains ? C’est l’objectif de cette conférence. Il ne fait guère de doute que ces exhibitions ethnologiques représentent un tournant essentiel dans la construction d’un imaginaire sur l’Autre fondé sur une vision raciste, validé par la science anthropologique et qui trouve à travers cette spectacularisation une médiatisation sans précédent. Les zoos humains, véritable culture de masse, instituent à bien des égards le rapport à l’Autre de l’Occident puisque l’immense majorité des Européens et Américains auront leurs premiers contacts avec les populations « exotiques » – bientôt majoritairement coloniales – à travers les grilles, les enclos et les barrières qui les séparent de ces « sauvages ». Les zoos humains constituent ainsi ce lieu qui paraît fondamental dans l’accélération du passage d’un racisme scientifique à un racisme populaire, pratique et opérant. Le spectacle de la diversité « raciale » sous couvert de scènes ethnographiques, s’articule alors autour de trois fonctions distinctes : distraire, informer, éduquer. On pourrait les penser, ou les trouver, antinomiques. Elles le sont d’ailleurs. Mais elles se croisent et se mélangent pourtant dans les zoos humains. La même troupe passe du jardin à la scène de music-hall, du laboratoire du savant au village indigène de l’exposition, de la reconstitution coloniale au spectacle de cirque. Les frontières sont brouillées, les genres mélangés, les intérêts divers. C’est en redénouant le fil complexe de cette histoire, que l’on peut en mesurer aujourd’hui les enjeux. Car, au début du siècle, aller au Jardin zoologique d’Acclimatation ou au « village nègre », ce n’est pas seulement pouvoir observer la diversité du monde, c’est aussi pouvoir y lire la place de chacun, celle de l’Autre et la sienne. Si tout le monde passe par les zoos humains – les freaks, les exotiques, les colonisés –, on perçoit vite qu’il y a une barrière irréductible entre celui qui voit et celui qui est vu. – Sommes-nous aujourd'hui tous des "sauvages" calibrés et évalués par une colonisation encore plus vaste ? – Le rôle de la science fut alors essentiel, et cela a fabriqué des frontières qui demeurent. Puisque c’est elle, tout particulièrement l’anthropologie physique, qui va établir – à partir de l’idée de collection chère aux naturalistes des Lumières – la notion de hiérarchies, cognitives et civilisationnelles, en prenant appui sur les particularités physiologiques des différents groupes humains. Légitimés par les savants, les premiers zoos humains vulgarisent ce registre tout en rendant ludique les austères analyses scientifiques. Le discours fondateur des zoos humains, le différencialisme raciste, n’a, en quelque sorte, pas besoin d’être explicité, la mise en scène se suffit à elle-même et fait passer, bien plus efficacement parce que souterrainement, le principe raciste qui la fonde. Tout cela remonte, par vague à la surface, comme en ce moment en France et en Europe. On a fabriqué alors des « racistes » et des « colonialistes », par le « spectacle » et le ludique, sans même avoir besoin de l’énoncer ou de l’affirmer. Une sorte de machine infernale, incroyablement efficace et « divertissante », au carrefour de la science vulgarisée et des spectacles de music-hall, qui correspond aux attentes d’un Occident en cours de construction identitaire. Tout cela laisse des traces. – En quoi le refoulé colonial affecte-t-il notre relation à l’autre ? – Le projet colonial s’inscrit dans cette volonté uniformisatrice, de remodeler le monde à son image, de faire disparaître le « sauvage » comme on a marginalisé le handicapé ou le « taré ». Projet d’une raison occidentale irriguée par l’utopie de la transparence scientifique, il nie la nécessité de la présence de l’Autre, de sa manifestation comme témoignage de ce que l’on est à travers ce que l’on n’est pas. La violence est ici présente. Tout autant dans le regard, dans le normal, dans le banal, dans le côté « bon enfant » de ces exhibitions, que dans les crimes les plus visibles. C’est justement le risque d’une lecture émotionnelle d’un tel phénomène qui pourrait conduire à concevoir de bonnes et de mauvaises exhibitions, de positives ou de négatives tournées ethnographiques, de normales ou d’anormales mises en scène... C’est alors que commence le révisionisme en la matière : celui de nous faire croire que ces zoos humains sont, en fait, un premier contact presque « normal » entre Nous et les Autres. Les zoos humains font partie du patrimoine culturel des sociétés occidentales et nous questionnent sur plusieurs strates. C’est l’objectif de cette conférence que d’entrer en profondeur dans les différents niveaux d’analyse du fait pour mieux en extraire le sens. Soulignons d’abord que la césure entre histoire coloniale et histoire nationale paraît avoir fait son temps, à l’aune des études rassemblées ici. Autant la colonisation a profondément traumatisé les sociétés soumises à l’hégémonie impériale, autant le colonialisme nous semble avoir profondément imprégné les sociétés occidentales, y compris les nations n’ayant jamais eu de colonies (comme la Suisse par exemple). L’histoire de ce processus ne pourra désormais faire l’économie de cette analyse dialectique. Ceci ouvre des perspectives pour l’historiographie. Il est, entre autres exemples, parfaitement net que la construction des identités nationales et collectives en Occident est inséparable du rapport que celui-ci entretient au monde. Du colonialisme à la mondialisation, des lignes de continuités – sans être systématiques – doivent pouvoir être tracées. De même, la rupture avec les décolonisations n’a ici aucun sens, les imaginaires demeurent et perdurent, et dans notre regard sur l’autre la grille de lecture est encore à décoloniser. Les cages ont disparu, mais il reste les barreaux de nos inconscients collectifs.

Le 12 juin 2010 à 17:39

Le sacrifice jurisprudentiel

Dieu bientôt de retour aux affaires ?

Christine Boutin, ex-ministre du Logement, vient d'inaugurer un nouveau genre d’esquive en politique : le sacrifice jurisprudentiel, par lequel un responsable politique pris la main dans le sac fait briller soudainement une auréole autour de sa tête, tout en détournant vers ses camarades les regards et les soupçons. C’est Jeanne d’Arc montant seule au bûcher et imposant le chemin de la sainteté à ses pairs : en renonçant à ses 9500 euros mensuels pour une mission que lui avait confiée l'Elysée, elle prévient : « Je suis en train de créer une jurisprudence avec cette décision. Parce qu'il y a beaucoup de gens qui sont dans cette situation et qui vont aujourd'hui ou demain être confrontés au même problème » – ce qui bien entendu reste à prouver. Bien mieux que le mea culpa du secrétaire d'état à la Coopération Alain Joyandet, pincé il y a peu pour avoir loué aux frais de l’Etat un Falcon privé pour se rendre à Haïti après le tremblement de terre. Si la même grâce l’avait lui aussi touché, qu’aurait-il fait, sinon doubler la mise en offrant de sa poche deux fois 116 000 euros aux sinistrés qu’il s'empressait de visiter ?Et Christian Estrosi, ministre de l'Industrie, accusé d’occuper deux logements de fonction ? Miracle, il déménage, offre les clefs à deux familles dans le besoin en proclamant : que tous ceux qui ont un logement de fonction suivent mon exemple !Imaginez le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, récemment condamné pour injure raciale, se jetant à terre et suppliant qu'on le pardonne, se dépouillant de ses vêtements avant de cheminer vers la Mecque pour y faire pénitence...

Le 29 avril 2014 à 13:50

Ça va la famille ?

– Pas vraiment. Récemment j’ai croisé Jean-Michel Ribes, il m’a demandé ce que j’étais en train d’écrire. C’était « La Servante du Seigneur », un livre sur ma fille qui a rencontré un sacripant pas très catholique qui l’a entraînée dans une religiosité suspecte. Jean –Michel m’a dit «  C’est vrai toi t’as du matos. » C’est vrai, ma famille m’a fourni du matos : un père alcoolique qui se suicide à table chaque dimanche : Il a jamais tué personne mon Papa. Une mère hypocondriaque qui mourait toutes les semaines, mais qui a fini par mourir pour de vrai :  La Mère est froide (en préparation). Deux enfants handicapés pour de vrai à qui j’ai écrit Où on va papa ?  Une épouse charmante qui meurt subitement que j’ai ranimée dans Veuf. Pas de quoi rire mais de quoi écrire…J’ai, comme dit Cendrars, trempé ma plume dans ma vie.Je suis devenu le greffier de ma famille, je leur ai élevé des monuments en papier. En les faisant entrer dans des livres, j’ai essayé de faire durer ce qui ne dure pas. Je n’ai pas eu à inventer des personnages pour peupler mes livres, ils m’ont été fournis. Mon père était un héros de roman, livré clé en mains, il était alcoolique, médecin de campagne, il ne faisait pas payer ses clients, rentrait en voiture dans les troupeaux de moutons mais il a jamais écrasé le berger. Il mettait au bout de ses vieux souliers des caoutchoucs de bocaux pour refermer la semelle qui baillait. Si j’avais eu un père comme les autres, expert comptable, qui ait des souliers brillants et qui boive de l’eau d’Evian… peut-être que j’aurais jamais eu envie d’écrire…

Le 7 février 2019 à 17:27

Tania de Montaigne : L'Assignation

Nos disques sont rayés #3 Festival citoyen des "périféeries urbaines"

Conférence-performance de Tania de Montaigne et Stéphane Foenkinos : "L'Assignation" On ne dit plus « race », on dit « origine », mais le principe est le même. « J’essaie de me souvenir du temps où je n’étais pas Noire, mais seulement noire, sans majuscule. Ce temps où noire était un adjectif, pas un nom : une simple couleur. » Dans cette performance imaginée avec le metteur en scène Stéphane Foenkinos, la romancière et journaliste Tania de Montaigne revendique le fait de pouvoir dire « noir », « jaune », « juif » et – quoiqu’en pensent les identitaires de tout poil – le droit de s’interroger sur ce qui nous fait français : « être français, c’est être le protestant qui a été découpé à Paris comme celui qui l’a massacré, c’est être le juif qui est mort à Auschwitz comme celui qui l’a livré, c’est être le noir qui est mort dans les bateaux comme l’esclavagiste. » Envisager qu’une personne ne soit déterminée que par sa couleur, et pas du tout par l’endroit où elle vit, la langue qu’elle parle, l’histoire qui l’a construite, n’est qu’un tour de passe-passe idéologique. Comme si la nature, plutôt que la culture, nous définissait malgré nos expériences singulières. Libre adaptation du livre "L'Assignation" (Grasset), de Tania de Montaigne.Mise en scène : Stéphane Foenkinos. Avec Tania de Montaigne, Stéphane Foenkinos, Livio, Florence Maury, Joseph Truflandier. Productions 984. Programmé le 5 février 2019 par Jean-Daniel Magnin pour le Théâtre du Rond-Point

Le 30 novembre 2013 à 13:02

Yves Pagès : "Nous pourrions tous être des chômeurs heureux"

Trousses de secours : la crise du travail

L'écrivain-éditeur-performeur-blogueur Yves Pagès revient au Rond-Point avec une nouvelle conférence-dérive. La saison dernière il explosait à tout jamais la bêtise des présentations PowerPoint. Aujourd'hui c'est notre rapport paradoxal au labeur qu'll explore - "depuis l'homme préhistorique (l'âge de pierre) jusqu'au télévigile (l'âge du drone). – Depuis plusieurs années tu blogues sur www.archyves.net. Existe-t-il selon toi une écriture spécifiquement numérique ?– On écrit toujours en fonction du support. Pour tenir un blog ou nourrir un site, on s’adapte aux contraintes du Net, en l’occurrence d’un lieu de lecture rapide, zappeuse, à mi-chemin de l’oral et du écrit-relu-corrigé. Donc, il faut s’en tenir à un état de semi-brouillon, d’inachèvement partiel. D’autre part, sur ce support, on peut alterner l’écrit et l’image (le son aussi mais techniquement ça me dépasse), et cette navette entre bloc de texte et pavé photographique dépasse le simple jeu de l’illustration et du commentaire iconographique, ça s’éclaire dans les deux sens et permet certains raccourcis, certaines ellipses, puisque l’image parle aussi d’elle-même.– Ta conférence-performance est-elle la suite de ton livre Petites Natures mortes, où tu croquais en deux coups de crayon le destin de ceux qui cherchent dans les emplois précaires un peu d'oxygène pour leur survie ?– Ce faux-cours de psycho-physiologie du travail tient à une approche forcément différente, puisqu’elle s’inscrit dans un registre: le cours magistral (avec diapos projetées). C’est une parole dominante, un discours d’autorité, qui n’est donc pas dénonciateur, ni ironique par rapport aux arbitraires sociaux. Mais au sein de cet esprit de sérieux (tous les faits et documents que je vais présenter étant a priori), ma parole pseudo-pédagogique va finir par dévoiler une mutation du rapport au travail dont les précaires ont déjà fait les frais et dans le même temps éprouvé le potentiel libérateur. Bref, je vais montrer (par une démonstration abusive sans doute, mais non dépourvue de réalité) comment le travail humain n’est plus là où l’on continue à le faire croire, bref comment nous pourrions tous être des chômeurs heureux (à deux tiers temps). – Le pilotage de drones ouvre-t-il une nouvelle étape dans notre rapport au travail ?C’est un cas exemplaire de travail qui apparaît vers la fin de mon cours/démonstration. En l’occurrence piloter un drone, c’est jouer sur une console vidéo, où il ne se passe quasiment rien, et puis tuer à distance tel ou tel suspect à raison de trois secondes d’activité pour une semaine de télé-surveillance du néant. Un peu comme les traders devant leurs huit écrans d’ordinateur qui déroulent les encéphalogrammes de l’économie de marché. Bref, tous ces métiers sont à la fois du farniente forcé (ce qui ne va pas sans stress) et de la télésurveillance, au même titre qu’un vigile qui surveille sur son écran les 7% de comportements suspects des passants dans tel parking, tel sas de banque ou telle rue piétonne aux abords d’un centre commercial.– Le travail c’est la santé ?Le travail en français mélange toutes les activités (rémunérées, domestiques, sans oublier le travail du deuil, le travail de l’accouchée et… c’est l’objet de la fin de ma conférence, le travail de l’inconscient au cours du rêve). Or ce qui rend malade, ce n’est pas d’activer ses neurones ou ses muscles, mais de le faire inutilement, d’œuvrer pour des choses qui nous dégoûtent, de justifier par notre présence un organigramme hiérarchique sans objet, de répondre à des cadences productives inhumaines (alors que des machines s'en chargeraient bien mieux toutes seules)… bref, de dépenser son énergie le plus souvent à contre-emploi pour un salaire qui ne permet même plus de se loger, nourrir et festoyer dignement. Par contre, s’il y a un travail au sens neuro-physiologique qui sert à quelque chose et qui fait du bien à notre santé, c’est celui du sommeil paradoxal, ce temps nocturne où nous rêvons, inventons des idées, arpentons d’autres mondes possible… que le nôtre.

Le 22 avril 2017 à 09:26

Christophe Pellet : "J'ai essayé d'inventer un personnage féminin pour aujourd'hui"

Expérience scénique dangereuse, la pièce "Erich von Stroheim" de Christophe Pellet nous entraîne dans un triangle charnel entre une femme libre et deux hommes perdus. Sous la direction de Stanislas Nordey,Emmanuelle Béart, Laurent Sauvage et Thomas Gonzalez dessinent les traits d’une humanité décentrée. Troubles tangibles d’individus fissurés, qui cherchent réparation. Christophe Pellet — Erich von Stroheim est convoqué comme une figure symbolique. Cet être magnifique qu’il fut, flamboyant et à terre, reste profondément moderne. Cinéaste scandaleux à son époque (il mettait en scène ses obsessions, ses désirs), dans la marge comme créateur et comme individu, accepté comme acteur mais  pour des rôles toujours très typés, incompris, perçu comme un pornocrate. Les personnages de la pièce sont eux même dans la marge : l’un par ses activités (il prête et vend son corps), l’autre par sa volonté de disparaître du paysage social (il ne souhaite pas travailler, ni s’intégrer au monde, autrement que dans une fusion amoureuse : il est épris d’absolu). L’un et L’autre seront broyés. Le personnage de la femme s’en sort mieux, car elle connaît les règles, c’est elle même qui les dicte. Mais ce que je voulais explorer c’est comment ces trois personnages s’éteignent les uns et les autres, en une alchimie tragique. Si la pièce est pornographique, c’est que la société qui l’a vu naître est elle-même pornographique. Comme toutes les pièces que j’ai écrites il y a une grande part documentaire – sinon autobiographique – sans cette nécessité je n’écrirais pas. Même si je ne me la suis pas posée en l’écrivant, il est passionnant de se poser la question de la pornographie sur une scène de théâtre. Beaucoup d’autres praticiens de la scène le font, c’est même devenu une sorte de passage obligé. Mais cela, il me semble, passe surtout par les images scéniques, le corps des acteurs, les actes, voire les vidéos – la projection  –, et pas tant que cela dans les situations et les mots, même s’il y a quelques tentatives (les adaptations  de Sade, auxquelles Stanislas Nordey a participé). La scène finalement rejoint en ce domaine particulier les représentations du cinéma et du flux sur le net : même si au théâtre le scandale est plus grand. Mais en dehors de ce scandale immédiat et direct, il n’y a pas vraiment de fable, ni peut-être même de sens. D’un côté, la représentation théâtrale offre une stylisation, une dimension formelle et distancée, de l’autre, les écrans  proposent une matière brute et interchangeable. Même si au théâtre on voit bien la volonté de démontrer une forme d’aliénation, ce qui n’existe pas la plupart du temps dans la pornographie diffusée. Il y a aussi le désir de montrer un peu crânement et vainement qu’un acte pornographique sur scène est autant possible que sur le net. Mais au bout du compte c’est la même vacuité ; l’acte lui-même se désincarne, faute de mots, ou tout simplement parce que le sens de cette agitation échappe. Un auteur peut alors tenter de prendre le  relai, et questionner cet acte via la fable. Cependant la pornographie n’est pas le sujet central de la pièce : le sujet c’est l’émancipation difficile de trois êtres. Et le sujet, avant tout, c’est moi-même. Sans aucune  réflexion sociologique, politique, ou philosophique, tout simplement parce qu’en écrivant ce texte, je n’avais pas de recul, j’étais en état de stress. Et qu’une fois publié (très vite, dans la foulée, comme pour m’en débarrasser), je n’y suis pas revenu pour en accentuer telle et telle dimension réflexive. S’il apparaît une  dimension pornographique dans le corps de ce texte, c’est qu’elle est dans mon corps à moi, parce que les textes que j’écris et mon corps ne font qu’un. > en partenariat avec theatre-contemporain.net

Le 19 mars 2015 à 09:50

Avis aux étranges pas d'ici

Vrai,il y a beaucoup trop d’étrangers dans le monde et pas assez d’iciPREUVES :Les mille-pattes ont 998 pattes de tropLes grenouilles ont les pieds palmés, en seront disqualifiées.Les martinets sont en excès de vitesse autoriséeLes termites piquentLes poissons n’ont pas les yeux en face de nousLes anguilles sont en trouLes coquillages sont en voie de dissolution avancéeLes autruches ont un long long cou de bambouGirafes même tonneau d’en hautLes cucurbitacées tout le contraireHé, les gnousAssez de ces troupeaux de you !Hou !Les crabes ont la peau dure et en plus ils sont chauvesLes rhinolophes zéro cheveux non plusLes scarabées ils sont horodatésLes scorpions-cafards des horrifiques et ratésLes requins-marteaux sont fous de nouspas nousCétacés très périmésmal bien barrésTranchons leurs six bras aux pieuvres et huit aux araignéesLes renards et les belettes savent plus rien nous chanterLes popotames marigotent dans la pataugasseLes paresseux pendouillent comme des cheveux       Les fouines fouinentLes escargots escargassentLes gros noirs font la fêteLes petits gris font la têteLes singes ont un visage simiesqueLes humanoïdes sont lividesLes autrichiens sont des chiensLes belges parlent pas tous françaisLes wallons, salauds de salonLes zimbabwéens même pas australiensLes bocheux, comprend rienLes jivaros n’ont que notre peau sur leurs osJe hais les cambodgiens qui n’ont pas notre nez épatant(Pas tant que ça au fait)D’ailleurs, d’ailleurs, d’ailleurs tous ces gens sont d’ailleursLes terre-adéliens sont videsLes indonésiens croient en tout sauf en moiOn n’est plus chez vousPassez notre chemin !« Tu » me tuesVous : s’en foutPass your pathLes de ma ville sont des fillesDu village, rancis sur pattesMes amis sont mes ennemisMa famille s’appelle EmileLa cousine pue des mainsMaman, les pieds platsMarcel a des aissellesMoi aussi plus m’sentir (extrait de 22, Placards !, éd.Æncrages, 2014) Avant, arrière, latéral, j’aime les travelings. Particulièrement appliqués au champ littéraire, comme dans le magnifique Autour de Vaduz de Bernard Heidsieck https://www.youtube.com/watch?v=CUPuZzPaFJM , traveling arrière et circulaire qui, par vagues concentriques et sonores, parties de ce trou noir du paradis fiscal préféré des riches allemands et autrichiens, étend son blanchiment aux confins de la planète. C’est sans doute aussi pourquoi, et plus encore pour son bon sens apparent, je suis resté fasciné par cette sortie du sieur Le Pen, le 13 février 1994 sur Antenne 2 : «  J’aime mieux mes filles que mes cousines, mes cousines que mes voisines, mes voisines que des inconnues et des inconnues que des ennemis. Par conséquent j’aime mieux les Français, c’est mon droit. J’aime mieux les Européens ensuite. Et puis ensuite, j’aime mieux les Occidentaux. » Eh oui, l’autre est bien étrange, et l’étranger plus encore ! Cette phrase, qui nous frappe d’un bon bon sens, apparemment irréfragable, pose pourtant évidemment question. Car le sens de nos vies n’est pas de nature géographique, déterminé par notre seule situation dans l’espace, et imperméable à nos choix propres. Sans quoi je serais tenu de me sentir moins en affinité avec cet Inuit, qui est devenu mon ami, qu’avec mon voisin facho. Et de Tintin, si loin du Tibet, ne pourrait surgir ce cri, si proche qu’il en est pour ainsi dire à l’intérieur de lui-même, dans un rêve : « Tchang ! » (Tintin au Tibet, p.1.) Attaquons maintenant le texte lepénien sur son versant formel. Au bout du zoom, poussé à son terme, il y a bien sûr : « ce que j’aime moins que tout, ce sont les non-Occidentaux. » Et lorsqu’on le ramène à son origine, ab absurdo et ad absurdum, il ne peut y avoir autre chose que : « j’aime mieux moi. » Permettre à chacun d’intégrer qu’existent d’autres moi que moi, c’est précisément l’objectif de l’éducation. Il permettra la vie en société, en civilité, une « civilisation ». Une société dont des membres de plus en plus nombreux arrêtent leur évolution sur un moi pétrifié est en marche vers l’incivilisation. Et peut-être, au grand dam de Desproges, n’y aura-t-il plus que des étrangers dans le monde ?

Le 24 janvier 2018 à 11:27

Pascal Blanchard : Pourquoi la France est incapable d'avoir un Musée de la colonisation ?

Un passé qui ne passe pas ! En 2012, nous étions quelques-uns dans Libération à imaginer la nécessité d'un espace muséal sur le passé colonial en France. L'histoire coloniale est encore un enjeu politique du présent. La manière de lire ce passé, d'écrire cette histoire, de la faire entrer au musée est devenu un enjeu symbolique et identitaire fondateur. Depuis trois ans, le paysage muséographique est en mouvement, à travers l'inauguration du Mémorial ACTe en Guadeloupe, avec celle du Mémorial de l'abolition de l'esclavage à Nantes. Dans le même temps, un tel projet sur l'île de La Réunion a été stoppé suite à un changement politique au niveau régional, ainsi que le projet du Musée de l'Histoire de la France et de l'Algérie par la nouvelle municipalité de Montpellier. On le voit, le combat qui s'engage ne sera pas seulement celui de la transmission de l'histoire coloniale et son entrée au musée, mais bien de savoir si la manipulation du passé doit servir les politiques identitaires du présent. > visite de l'exposition commentée par Pascal Blanchard en seconde partie du podcast de la conférence Historien, spécialiste du « fait colonial » et d’Histoire des immigrations en France, chercheur associé au CNRS au Laboratoire Communication et Politique, Pascal Blanchard est co-directeur du Groupe de recherche Achac (colonisation, immigration, post-colonialisme) et membre du conseil scientifique de la Fondation Lilian Thuram – Éducation contre le racisme. Il a été le co-commissaire scientifique de l’exposition Exhibitions. L’Invention du Sauvage présentée au Musée du quai Branly (2011-2012), vient d’inaugurer l’exposition Zoos humains. L’Invention du Sauvage à la Cité Miroir de Liège. Il a co-dirigé de nombreux ouvrages, notamment Zoos humains et exhibitions coloniales. 150 ans d’invention de l’autre (La Découverte, 2011), La France Noire. Trois siècles de présences des Afriques, des Caraïbes, de l’Océan Indien et d’Océanie (La Découverte, 2012), Vers la guerre des identités ? (La Découverte, 2015) ainsi que le catalogue de l’exposition, Exhibitions. L’Invention du Sauvage, avec Gilles Boetsch et Nanette Snoep (Actes Sud). Il a co-réalisé entre autres les séries télévisuelles Noirs de France ; Paris couleurs ; Frères d’armes et Champions de France. Il a co-dirigé plusieurs éditions dont les ouvrages de La Fracture coloniale (2005) ; le coffret Un siècle d’immigration des Suds en France (2010) et, avec Sandrine Lemaire, Nicolas Bancel, Éric Deroo, Gilles Boetsch : Zoos Humains. De la Vénus hottentote aux reality shows (La Découverte 2002).  Enregistré le 8 février 2017 pendant le festival "Nos disques sont rayés - quinze jours sur les blocages français"Programmation du festival : Jean-Daniel MagninCaptation vidéo : Larissa Pignatari, Léo Scalco

Le 14 juillet 2015 à 11:19

« Où sont les femmes ? »

C’est une question très technique qui plonge mes compétences dans un abîme de confusion puisqu’il faut d’abord s’entendre sur le sens du mot femme. Même si au cours de ma maigre expérience j’ai eu l’occasion d’en fréquenter pendant les soirées dansantes ou autres fantaisies vétérinaires, je ne peux décemment pas prétendre savoir ce qu’est une femme et encore moins dire où elles se trouvent. Néanmoins, puisque j’ai accepté de me prononcer sur cette question publiquement, mon intégrité ne peut se contenter d’une réponse fumiste et je vais tâcher de m’en sortir par l’habile pirouette de la culture. Au gré de mes lectures, j’ai pu observer que les femmes sont ainsi faites qu’elles se cachent pour vieillir. En revanche, lorsque sonne l’heure de l’apéro, elles ne sont pas les dernières à se damner la cuisse pour un bon Mercurey. Dans certains manuels de bricolage, on souligne que les femmes sont habiles à la carabine du fait de leur sens pratique en matière de composition florale. Les femmes travaillent dans des bureaux roses, sont carmélites ou pompiers volontaires. On en trouve parfois recroquevillées sous une auto bon marché dans l’espoir qu’un jour meilleur vienne balayer leur mari hors du véhicule. Quelques autres préfèrent vivre en meute, (« entre femmes » dit-on pudiquement) ou d’autres encore lisent des poèmes d’avant-garde. La rumeur populaire raconte que seule la femme peut enfanter et cuisiner un couscous mais quelques auteurs brillants prouvent modestement le contraire. Dans la plupart des grands classiques littéraires qui peignent la nature des femmes, j’ai relevé un goût farouche pour la couleur beige, les gros nibards et les contrepèteries infantiles. Au détour de mes meilleures lectures à ce sujet, j’ai pu examiner que quelques femmes s’adonnent à la vie avec une fureur mêlée de poivre et de distance qui confère à leur existence un caractère rudement sexy. D’autres par contre, portent le poil nu et ras, à l’instar de ces petits chiens hideux que l’on s’arrache sur le marché boursier. C’est tout ce que je peux vous dire à ce sujet. En attendant le silence, je vous propose d’alimenter cette brève réflexion à l’aide de quelques ouvrages de référence sélectionnés pour l’occasion. Bien à vous, Nicole

Le 27 mars 2019 à 18:33

HK : "Sans haine, sans armes et sans violence", "Indignez-vous"

Nos disques sont rayés #3 : festival citoyen des "périféeries" urbaines

Carte blanche à Amnesty International : "Au pays des droits... de qui ?" Soirée débat et concert avec : Amnesty International, Slim Ben Achour, Kamel Daoudi, Nicolas Krameyer, Mathilde Robert, HK et ses musiciens Manuel Paris, Saïd Zarouri, Meddhy Ziouche Présumés coupables Contrôles discriminatoires, assignations à résidence illimitées, violences policières contre les migrants et harcèlement des citoyens qui les soutiennent, les politiques de sécurité s’apparentent de plus en plus à une carte blanche donnée à l’arbitraire... Amnesty International donne la parole à celles et ceux qui vivent et combattent cet état de fait : l’avocat Slim Ben Achour dénonce le contrôle au faciès et le profilage ethnique pratiqués par la police française, qui se croit protégée par la croyance aveugle au principe d’égalité ; contacté par appel vidéo, Kamel Daoudi, le plus vieil assigné à résidence de France depuis qu’on le soupçonne d’être lié à Al Kaïda, ne voit pas d’issue à son exil intérieur dans un village français où il doit aller pointer plusieurs fois par jour à l’antenne de police ; Mathilde Robert, jeune militante, a documenté les violences des forces de l’ordre contre les migrants et le harcèlement policier dont sont victimes citoyens solidaires présents dans la jungle de Calais. Le tout en musique avec le chanteur engagé HK et ses musiciens. Conférence programmée le 8 février 2019 par Jean-Daniel Magnin pour le Théâtre du Rond-Point Captation Léo Scalco et Sarah Mei-Chan

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