Clémentine Mélois
Publié le 08/08/2015

L'Origine du monde 2015


Une ironie douce amère, parfois un peu d'impertinence, des eaux dormantes qu'il vaut mieux ne pas agiter, de la tendresse et du mordant, un tout qu'il faut aborder lentement et laisser imprégner.

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Le 14 décembre 2012 à 08:23

De Mona à l'Origine du Monde

Mona Mailing n°7

Ma chère, ou plutôt devrais-je dire, ma chair. Je me lance. Jusqu'alors je ne savais pas où poser les yeux. Avoue que c'est gênant tout de même ! Mais un moment de honte est vite passé, disait ma nonna, alors j'ai relevé mes jupes, franchi la Seine et me voici, dans ta gare où l'on voyage immobile. Je viens faire la paix, bellissima. J'ai mis le temps, j'en conviens, car je fus choquée, indignée lorsque tu t'exposas au tout venant. Une femme de bien se livre t-elle ainsi ? Moi la femme tronc, comment tolérer l'indécente femme fleur ? Puis je fus admirative devant ta sereine opulence. Quel sourire, jeune fille, sur tes lèvres pulpeuses ! Je confesse même un soupçon de jalousie. En voyant le désir que tu suscites, j'ai parfois grincé des dents - et cela ne me sied guère. Mais depuis j'ai réfléchi et aujourd'hui, ma douce, je compatis. Nous sommes soeurs. Musée haut, c'est moi, musée bas c'est toi, tout en lèvres, toi sexe, moi bouche et le reste ils s'en moquent. Je ne sais ce que tu penses car tu es, quoique d'aucuns disent, impénétrable, mais si parfois tu es triste ou rageuse, rappelle-toi, ma louve, nous sommes, telles des déesses, insondable mystère pour nos adorateurs. Après tout, ne serait-ce pas de me revivre nue sur un lit qui me réjouit ? Je me plais à penser que sur ton visage absent flotte cette expression de secret ravissement d'après amour. Le célèbre sourire du chat ne serait-il pas celui d'une chatte ? Après tout... Ne t'inquiète pas, ma ténébreuse, je veille, d'une rive à l'autre je te couve du regard, mon enfant, ma soeur, et depuis que tu es là je songe à nouveau à la douceur... Mais...chut ! La tua sorella Mona   PS : Les petits matins sont glacés, s'il te plait, couvre-toi.

Le 23 septembre 2012 à 10:47

Mona Mailing n°5

Attendez voir si je me lève !

Dites-donc vous ne voyez pas que derrière mon écran de sfumato, je suis brûlante comme l’Etna ? Et entière ! Un jour, je vous jure, je sortirai de mes gonds. Les alarmes pourront bien hurler, je sauterai par-dessus votre fichu cordon sanitaire et je sortirai la boîte à gifles. Je ferai voler les appareils photos et les téléphones mobiles, je fendrai la foule, je dégringolerai les marches 4 à 4, et, ô jouissance absolue... j’exploserai les présentoirs. Fini la Joconde en tête de gondoles, non mais quelle infamie pour une Florentine ! Je pulvériserai les tasses, tordrai le cou aux cravates, lacérerai les livres. Je laisserai juste les cahiers de coloriage pour que les gosses et les Duchamp continuent à m’en faire voir de toutes les couleurs. Qu’est ce que ça fera du bien, depuis le temps que j’en rêve… plus de deux siècles que ce traître d’italien francisé, ce révolutionnaire césarisé m’a livrée aux peuples acculturés. Moi qui aimais tant l’intimité troublante des cabinets privés, la confidence et l’exclusivité, le souffle chaud et les doigts caressants sur mon décolleté. Que du prince, que du roi, que du gibier de choix ! Maintenant c’est le tout venant. Pas de tri sélectif, l’incessant défilé et jamais de sévices. Fini le gémissement du vernis qu’on écorche, le craquement du bois qu’on lapide, les enlèvements romantiques, les amants éperdus qui risquent la prison, les amours défendues. J’avais l’habitude avec Giocondo ! L’amour qui déchire, cris et réconciliations et pour finir la couche et de jolis enfants. Voilà, vous êtes contents : je suis cataloguée ! Me voici définitivement fille publique, en pâture. Mona Lisa, fille de joie. 9€ la passe. Produits dérivés en sus. Sauf le mardi pour cause de repos et contrôle sanitaire.

Le 4 juillet 2013 à 08:24

Se trouver beau (poil au dos !)

Quand je me regarde dans le miroir, je me trouve acceptable. Sans plus. Un morceau de viande pas trop gras, pas trop maigre. Peut-être le temps et l’habitude ont-ils patiemment éteint toute velléité de transformer ce qui ne pouvait pas l’être. Sans doute ont-ils émoussé une éphémère aspiration à ressembler à quelque chose d’autre que ce que je devais devenir. Il y a bien sûr ce poil dans le dos, que je traite à la pince à épiler. Un œil fermé, la langue sortie par l’effort de concentration : tac ! Une fois de temps en temps, quand il repousse. Essayez pour voir, de viser un seul et unique exemplaire entre les fines mâchoires d’une pince en visée indirecte ! Vous apprécierez alors la dextérité de votre serviteur, et mesurerez le travail accompli pour mettre le geste au point, précis et rapide. Quand il est apparu, ce poil, j’ai vu en lui l’éclaireur téméraire d’une armée qui allait envahir mon dos. J’ai redouté un temps de me transformer en yéti, ce qui m’aurait affligé, c’est sûr. Longtemps j’ai été extrêmement vigilant et je me suis préparé au combat, prêt à éradiquer toute contagion folliculaire. En mes jeunes années où cet événement est intervenu, j’ai nourri la crainte de ne pas être désirable aux yeux des filles. Et puis finalement non. Il est demeuré solitaire. Il est très courageux et très obstiné, il faut bien le reconnaître. Finalement, j’ai appris à l’aimer d’un amour un peu vache, certes, mais je confesse que le jour où ce phœnix capillaire ne réapparaitra plus, je m’inquiéterai un peu. Et puis j’ai appris que certaines femmes aiment les hommes tout poilus du dos. Et pas que des moches qui jettent leur dévolu sur des mâles au rabais : des très désirables aussi ! Certes, cela peut vous paraître totalement invraisemblable, mais je vous affirme que c’est vrai ! Tout compte fait, j’aurais pu partager cette toison dorsale avec une autre femme que la mienne. Comme bien d’autres hommes finalement. Et puis j’ai appris que certaines personnes passent leur vie à essayer d’être quelqu’un d’autre. Qu’elles tentent de se transformer. Qui par l'épilation, qui par la chirurgie ou tout autre artifice misérable. Elles y passent le plus clair de leur temps. Ça exaspère leur entourage. Parfois, elles le quittent pour rejoindre d’autres personnes également obnubilées et narcissiques. Souvent, elles vieillissent mal et font chier tout le monde. Tout bien compté, il est heureux que mon poil ait choisi les étendues difficiles de mon omoplate pour son existence tourmentée. Il eut choisi le creux de ma main ou pire, ma langue, j’en eus certainement souffert davantage. Mon existence en eut été affectée à coup sûr ! Des fois, je pense à Spinoza qui dit que « la satisfaction intérieure est en vérité ce que nous pouvons espérer de plus grand", et je me dis qu'il a bien raison.

Le 29 décembre 2014 à 09:08

L'Ampère éternel

Tout le monde connaît, croit connaître La Création de l’homme peinte par Michel-Ange sur la voûte de la chapelle Sixtine. Or voici que les toutes dernières avancées de l’imagerie scientifique – infrarouges, réflectographie, spectrométrie etc. – viennent de débusquer les dessous anatomiques de la fresque admirable. Le sulfureux dossier allait plonger à tout jamais dans les caves du Vatican quand l’info fuita, comme l’atteste le document sensationnel que nous sommes heureux de révéler au public. Non seulement l’étincelle créatrice y jaillit visiblement, mais son éclat nous éblouit, qui procède du câblage génial que l’autre créateur : le peintre, avait secrètement ourdi sous l’épiderme et le derme des deux partenaires. Que voyons-nous, en effet ? Non pas de banals métacarpes, de quelconques osselets articulés, mais un beau bouquet de gaines gaiement colorées au sortir desquelles s’élancent de fines torsades cuivrées … Plusieurs siècles avant Volta, Edison, Nikola Tesla, le grand Michelangelo avait donc doublé son œuvre picturale, en quelque sorte exotérique, d’un prodigieux ouvrage ésotérique. Sous couvert de montrer La Création de l’homme, il représentait L’Invention de l’électricité ! Reste cette anomalie du doigt surnuméraire, puisque les cinq doigts de chair enveloppent … six doigts de cuivre ! Mais on aura déjà compris que ce sixième doigt, présent chez les deux personnages, ne saurait être qu’un doigt d’honneur, du créateur à sa créature, et vice-versa.

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