le renversiste
Publié le 29/08/2015

Leçon de fer à repasser du docteur Tulp


Il peignait l'intérieur de ses tubes de peinture
Il peignait de sa toile le manche des pinceaux
Il peignait sans peinture le derrière du portrait
Pour montrer les couleurs et du noir et du blanc
 
Il cherchait dans ses rêves les détails du réel
Il cherchait dans le monde l'irréel de l'envers
Il cherchait dans son cœur les impuretés du ciel
Pour saisir la raison de ses toiles à l'envers

Effacer sans effroi tout le fond de ses formes
Déchirer les pinceaux arracher la peinture
Sous ses pas de géant tout petit minuscule

Puis peindre comme ses pieds tout l'empire du pire
Pour salir les travers de l'affaire de l'homme
A l'envers et contre tous il se jouait de l'Art.

 

Ren Versiste
 

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Le 5 août 2011 à 08:11

"L'inventeur de l'humour, c'est ce mec à Lascaux qui a dessiné un mammouth glissant sur une peau de banane"

Interview de Marc Dubuisson

Depuis une semaine, le dessinateur-blogueur belge Marc Dubuisson a rejoint l'escadrille de ventscontraires.net pour nous proposer une chronique hebdomadaire, "Only Humans". Rencontre avec cet auteur multi-casquettes à l'humour cinglant, observateur attentif et impitoyable des phénomènes sociaux. Qui êtes-vous donc ? D’où venez-vous et vos intentions sont-elles pacifiques ?Je suis Marc Dubuisson, de la planète Belgique. Pas méchant, juste un peu lourd parfois De quoi êtes-vous le contraire ?Je suis le contraire d'un esprit fin et aiguisé qui pourrait répondre à cette question par une pirouette syntaxique qui ferait rougir Pierre Dac et pouffer Jean Yanne. Comment a commencé votre carrière de dessinateur/scénariste ?Ma carrière de dessinateur a commencé par un blog, comme tout le monde. Le blog BD, c'est un peu la Star Ac du gribouilleur,  sans Nikos Aliagas mais avec Wandrille Leroy.  J'ai débuté mon blog pour occuper mes journées de chômeur, histoire de m'obliger à ne pas me lever à midi et à faire quelque chose de productif.  Au départ, je suis surtout un dialoguiste, j'ai toujours aimé écrire des répliques qui font mouche. Le dessin, c'est venu par hasard. Vous êtes un dessinateur-blogueur particulièrement productif. Comment fonctionnez-vous ? Quelle est votre méthode de travail ?Productif mais très brouillon. J'ai beaucoup de mal à me concentrer sur un projet en particulier. Jusque maintenant, je n'arrive à écrire que des histoires en une ou deux pages alors que je "bouillonne" d'idées d'histoires longues. Cela vient du fait que je ne suis absolument pas patient, dès que j'ai une idée en tête, il faut qu'elle donne un résultat très rapidement, sinon, ça ne m'amuse plus et j'ai envie de passer à autre chose. En général, j'écris quelques gags et s'ils me conviennent, soit je les dessine moi-même, soit j'en parle à des dessinateurs dont j'apprécie le travail. En fait, j'ai rarement envie de dessiner moi-même. Si j'ai réalisé les dessins de mon livre "La Nostalgie de Dieu", c'est simplement parce que je n'ai trouvé personne pour le faire. Comment caractériseriez-vous votre style, votre ton ?Au niveau du dessin, minimaliste évidemment, au niveau du ton, cynique voire parfois totalement absurde. Quels sont vos idoles, modèles, références et qui est, selon vous, l’inventeur de l’humour ?Au niveau du dessin, j'admire (sans essayer de leur ressembler) Franquin, Gotlib ou encore Watterson (Calvin & Hobbes). Pour ce qui est de l'écriture, je suis très influencé par Pierre Desproges, Audiard ou encore plus récemment Alexandre Astier pour le rythme qu'il donne à ses répliques. Sinon, pour moi, l'inventeur de l'humour, c'est ce mec à Lascaux qui a dessiné un mammouth glissant sur une peau de banane. Vous êtes avec Noël Godin le 2ème belge à rejoindre l’équipe de ventscontraires.net. Pensez-vous qu’il existe un humour spécifiquement belge et comment se caractériserait-il ?Tiens, c'est marrant, je l'ai justement croisé l'autre jour. Je n'ai pas osé lui parler parce qu'il sortait d'une boulangerie. Je ne sais pas s'il existe un humour belge, en tout cas, s'il existe, je n'ai pas l'impression d'en faire partie. Peut-être est-ce un mélange d'absurde et de désespoir ? L'humour d'un peuple qui a déjà tout vu et qui n'a rien à perdre Comment vous situez-vous dans l’histoire « franco-belge » du dessin d’humour ?Aucune idée, je ne dois pas avoir assez de recul. J'ai beaucoup de mal à analyser mon travail parce qu'il est influencé par tellement de facteurs externes à la BD qu'il m'est difficile de me rattacher à un mouvement. Je suis autant influencé par la télé, que par la littérature ou même la musique avec Brassens, par exemple. Dans vos dessins, quel rapport entretenez-vous avec l’actualité politique et sociale ?J'aime traiter de l'actualité et de la société parce que j'aime observer. Et puis, ce sont des sources inépuisables d'idées.Dessiner sur ces sujets est une façon de pouvoir faire valoir mon opinion par un vil stratagème basé sur le fait avéré que les gens vont plus facilement vers l'image que vers le texte. Le problème, c'est qu'à la fin, on recherche tellement le bon mot qu'on en finit par ne plus voir le monde tel qu'il est mais tel qu'il pourrait faire rire les autres. Quand je me rends compte que j'attends qu'une histoire se dénoue de façon sordide pour pouvoir placer une blague, je fais une pause dans le dessin d'actu et je passe à autre chose. Que vous inspire la crise politique belge actuelle et que pensez-vous du projet de Raphaël Chabloz d’instaurer la République monarchique et patatière de Wallomandie ?La crise politique actuelle est hilarante et tragique à la fois. Hilarante parce qu'on se rend compte qu'avec un simple gouvernement en affaires courantes, le pays tourne toujours sans trop de problèmes (pour le moment) et tragique parce que quand on y réfléchit en terme de démocratie, c'est un constat désastreux. Personne ne sait comment ça va se finir mais tout le monde reste calme et confiant alors que si la même chose se passait en France, on en serait déjà au 300ème jour de grève.En ce qui concerne la République de Wallomandie, nous sommes en pourparlers avec M. Chabloz. Je veux bien qu'on unisse nos régions mais je refuse de prendre leur accent ridicule. Quelle est votre actualité et quels sont vos projets en cours ?J'ai plusieurs projets en cours qui ne sont pas encore assez concrets pour en parler. En revanche, je publie un webcomic deux jours par semaine sur le portail Lapin.org (http://bureau.lapin.org/) et une adaptation théâtrale de "La Nostalgie de Dieu" est actuellement jouée du mercredi au samedi et ce jusqu'au 15 septembre au théâtre de la Comédie Contrescarpe dans le 5ème à Paris. C'est une bonne alternative pour tous les déçus de la trêve annuelle du théâtre du Rond-Point ! Y a-t-il des chroniqueurs/blogueurs/illustrateurs que vous aimeriez voir rejoindre l’équipe de ventscontraires.net ?Tout plein mais je ne les citerai pas sinon ils me feront de l'ombre (mais quand même : @Moom_light et Manu Larcenet) Et enfin, y aurait-il une histoire belge que vous auriez envie de nous raconter ?Non. Si on a inventé les blagues sur les blondes, c'est justement pour ne pas avoir à répondre à ce genre de question.

Le 25 juillet 2013 à 09:25

Mollo ! Mollo

Carnet de voyage. C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Amilcar. Non... c'était à Ürgrübn en Cappadoce, dans la love valley. Après une soirée dansante et arrosée dans un restaurant-grotte, nous n'avons pas envie de rentrer à l'hôtel. Alors, nous prenons le parti de faire comprendre au chauffeur turc du bus de rouler au pas. Nous cherchons des mots dans des langues différentes jusqu'à ce que, en désespoir de cause et, surtout, en manière de plaisanterie, je lance « Mollo ! Mollo ! ». Compréhension et exécution immédiate. Cette injonction est courante dans le vocabulaire familier des machinistes. Elle signifie : aller doucement à la manœuvre. Par exemple : charger à l'amoureuse. Autrement dit, faire descendre lentement le rideau, afin qu'il ne se fasse pas voler la poussière. En revanche, il s'agit de l'appuyer (de le monter), il ne faut pas lui faire faire l'avion. Si le mot mollo est, selon les dictionnaires, apparu tardivement dans le vocabulaire du spectacle vivant – en 1933 -, il est courant, depuis longtemps, dans celui de la marine. Il vient du verbe mollir, utilisé en météorologie marine pour dire que le vent tombe. Or, théâtre et marine sont intimement liés. Les théâtre à l'italienne, à leurs débuts, ont engagé des marins, puisque ce type de théâtre nécessitait des compétences de la marine à voile. Les marins ont apporté leurs superstitions sur les planches en faisant de l'emploi de l'emploi du mot « corde » un interdit ; c'est dire le fatal si le mot « corde » échappe à un machiniste. Sur un bateau, aussi, d'autres mots comme bout (en prononçant le « t »), filin, ganse lui sont substitués. Non seulement par mesure de précision, mais aussi parce que le seul lien qui continue à s'appeler « corde » sur un bateau est celui de la cloche avec laquelle on salue les morts. Les suicides par pendaison qui eurent lieu ensuite sur une scène vinrent renforcer l'interdit. Sur un bateau, on ne mange pas de lapin : il ronge le chanvre des cordages. Un autre exemple de proximité entre la marine et le théâtre : la gamelle. Il s'agit d'une sorte de projecteur mobile placé sur un pied orientable, destiné à éclairer une partie du décor, et non pas les comédiens. Sur un bateau, la gamelle est la soupière pour chaque plat des matelots, composé de sept hommes. N'avoir ni quart ni gamelle, c'est n'avoir rien à faire à bord. A la Comédie-Française, une expression était utilisée dans les années 1970 : chercher la gamelle au frigo, chercher un projecteur dans l'une des réserves du théâtre, endroit non chauffé, où il faisait frigo... Sur un navire comme sur les planches, marins et comédiens sont embarqués sur le même bateau.

Le 29 juillet 2014 à 08:02

Dieu se demande si activer la fonction « Désastres et épidémies » de son jeu vidéo était une bonne idée

Joueur invétéré, Dieu se demande s’il a fait le bon choix en activant la fonction « Désastres et épidémies » de son jeu vidéo, une simulation assez riche qui permet de jouer avec plusieurs civilisations en même temps. « Je pensais que c’était une bonne idée au début, quand je joue je n’aime pas quand c’est trop facile » explique la divinité qui a commencé à jouer d’abord en « difficulté moyenne ». Mais au fil du temps, le jeu lui a paru un peu répétitif, trop facile. « Je suis passé alors en mode Difficulté élevée  et c’est devenu intéressant niveau gestion, complexe » explique-t-il. Pour corser encore la chose, il décide alors d’activer la fonction « Désastres et épidémies ». Dieu se retrouve alors confronté à plusieurs catastrophes en même temps et à une difficulté de jeu de moins en moins gérable. « J’ai l’impression que mes civilisations ont perdu des XP de culture et de sagesse alors que j’avais atteint un bon niveau. C’est presque devenu injouable d’un coup » se lamente-t-il. « J’aurais peut-être dû lire le manuel de mon jeu avant de m’y mettre mais ça prend trop de temps ». Dieu se demande maintenant s’il doit continuer à jouer, reprendre une vieille sauvegarde ou simplement tout recommencer à zéro. « Honnêtement, ça m’ennuierait de tout recommencer. Je perdrais tous mes trophées et victoires ». Après une relecture rapide du manuel, Dieu tombe alors sur une phrase qui stipule qu’en mode difficile, lorsque les désastres sont activés, ils ne sont dès lors plus désactivables. « Mais c’est totalement nul, comment on peut programmer un jeu ainsi » s’emporte-t-il en jetant sa souris d’ordinateur sur le clavier, actionnant accidentellement le mode « Très Difficile ».

Le 12 juin 2011 à 10:00

Manuel de communication à l'usage des honnêtes gens et des délinquants

Juin - méprisez vos adversaires

— Sire, le peuple à faim ! — Eh bien, qu’il mange. — Mais Sire, il ne peut pas. — Il n’a qu’à se forcer !   Comme l’illustre ce petit dialogue, réputé avoir été tenu peu de temps avant la révolution, entre Louis XVI et l’un de ses conseillers, il est parfois possible de balayer d’un revers de main les doléances ou les critiques de vos détracteurs. En effet, s’il est des situations dans lesquelles il faut se montrer diplomate, il en est d’autres qui ne nécessitent aucun effort. Après avoir passé la moitié de l’année à recourir à des trésors d’hypocrisie et de mauvaise foi pour faire valoir vos droits, pendant ce mois de juin, vous avez bien le droit de vous lâcher un peu. Certains de vos détracteurs ne méritent tout simplement pas que vous dépensiez votre temps et votre énergie pour réfléchir à une quelconque stratégie afin de leur répondre. Faites le leur comprendre en coupant court à la conversation. Attention néanmoins à bien choisir les victimes de votre mépris, sans quoi, à l’instar de Louis XVI, cela pourrait vous coûter votre tête.   Au SDF qui fait la manche, un : « Tu n’as qu’à travailler. » coupera court à toutes ses revendications. S’il est petit et malade, vous pouvez ajouter : « Fainéant. » Ne le faites pas s’il est plus costaud que vous.   À votre adjoint, qui propose une autre stratégie de vente que la vôtre, un simple : « C’est complètement con. » devrait faire comprendre qu’il a pour devoir de rester à sa place et d'adhérer totalement aux idées de son supérieur, c’est à dire aux vôtres.   Quelques exemples :   "Tout est question de volonté, pas de moyens" – Xavier Lemoine, maire UMP de Montfermeil (Seine-Saint-Denis).     "C’est stupide." – Nicolas Sarkozy au sujet de l’intégration des œuvres d’art dans le calcul de l’ISF. "Il n’y a pas d’alternative." – Nicolas Sarkozy dénigrant les 35 heures.

Le 7 avril 2015 à 08:44

Il passe toute sa journée à commenter des choses qu'il n'aime pas sur les réseaux sociaux

Nevers – Un jeune homme a expliqué aujourd’hui qu’il passait l’intégralité de ses journées à commenter des choses qu’il n’aimait pas sur les réseaux sociaux et sur Internet. Il poste ainsi plusieurs centaines de commentaires négatifs sur des sujets qu’il n’aime pas, n’a au fond jamais aimé et qu’il n’aimera sans doute jamais. Reportage. Une activité très soutenue que Jules, 26 ans, commence quand il arrive à son bureau et qui se poursuit parfois même en dehors des heures de travail. « Je commence d’abord par commenter les émissions de la veille, parce que je n’aime pas la télévision. Mais je regarde beaucoup d’émissions que je n’aime pas, comme tout le monde, c’est nul, c’est tout. » a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse. Interrogé sur le fait s’il y avait des des sujets qu’il appréciait plus ne pas aimer que d’autres, le jeune homme est resté évasif. « Parfois il y a des choses que j’aime moins que d’autres, donc je vais prendre plus de temps pour rédiger mes commentaires, histoire de bien expliquer pourquoi c’est nul et pourquoi c’est comme ça et pas autrement ». Une activité qui le suit aussi chez lui, jusqu’à parfois très tard dans la nuit. « Il y a plein de choses que je n’aime pas sur Internet, et cela prend du temps. Parfois je vois à peine ma femme et mon enfant, mais ils comprennent que c’est important, que c’est ma passion » dit-il avant de s’énerver parce que quelqu’un a dit du bien d’une série télé qu’il n’aime pas mais qu’il continue de regarder quand même. Le jeune homme dit aussi attendre avec impatience une prochaine nouvelle formule du Grand Journal. « Je n’aime pas du tout cette émission et j’attends de voir si la nouvelle formule sera aussi moins bonne que la précédente, j’ai tellement hâte d’en dire du mal » précise-t-il avant de commencer à poster des commentaires négatifs sur sa propre interview.

Le 18 octobre 2012 à 07:40

Copé, une Tourette bien à part

Peillon rouvre le débat sur le cannabis, Copé réclame sa démission. On a tort de s'étonner de cette réaction pour le moins excessive car si l'on étudie bien la biographie du petit Copé, l'on trouvera maints autres faits similaires. Naissance : Bébé Copé criait déjà "Démissiooooooon" en sortant du giron, trouvant que sa mère était dans un tel état de négligence lamentable, à suer les quatre fers en l'air, que les Français n'allaient pas le tolérer. Enfance : Devant la devise Liberté Egalité Fraternité trônant au fronton de l'école, Gamin Copé déclarait déjà à son instituteur "Démission, cher maître. Démission. Les chefs d'entreprise ne vont pas comprendre cette maxime, ça ne fait pas assez compétitif." Adolescence : Lors de son premier flirt, Boutonneux Copé s'offusquait déjà de la présence d'une pilule contraceptive dans le sac de sa petite amie : "Alors là ce n'est pas possible, moi je dis démission. T'as vu à combien ça revient pour la Sécu de se faire rembourser ces machins ? Il n'y a plus d'argent dans les caisses, ma pauvre ! Démission, carrément démission." Futur : L'invention tant attendue de la machine à remonter le temps a enfin permis à Papy Copé d'aller rétroactivement menacer de démission un certain Sarkozy Nicolas qui s'était jadis prononcé pour le droit de vote des étrangers alors qu'il n'était que ministre. "Justice est faite, il ne doit jamais être permis de dégrader à ce point sa fonction et de se désolidariser d'un gouvernement, ou sinon c'est définitivement démission dans la gueule, définitivement. Démission." Comme quoi, remercions-le au final, on va tout pouvoir revivre en mieux et on l'a pas volé.

Le 16 octobre 2013 à 08:48

Jérôme Deshusses

En compagnie de Max Stirner (L'Unique et sa propriété), de Valérie Solanas (Scum Manifesto), de Raymond Borde (L'Extricable), le petit Suisse Jérôme Deshusses fait partie du grain fin des polémistes kamikazes qui ont réussi à « mettre en panique la surface des choses » (comme disait Borde) avec un seul et unique brûlot autoricide. La fort estimable et assez drôlette œuvre séditieuse passée du bonhomme Deshusses (Sodome-Ouest en 1965, et son remake Le Grand Soir en 1971, chez Flammarion tous les deux ; La Gauche réactionnaire en 1969 chez Laffont) n'annonçait pas vraiment à vrai dire le frénétique chef-d'œuvre de la subversion cravachante qu'est Délivrez Prométhée(Flammarion) qui allait nous tomber sur la bouillotte en 1978 et dont l'exceptionnelle puissance de feu dévastatrice n'a pas diminué dune pichenette. Sans se payer de mots ni « se perdre dans le labyrinthe des ergoteries causales », en ne graciant rien ni personne (et surtout pas les honnêtes ouvriers abrutis ou les braves mères de famille pète-sec), l'auteur y fait très savamment « manger du potage aux moules » à « tout ce qui nous aide à passer notre vie à devenir vieux » (René Crevel). C'est ainsi que sont tour à tour réduits en cannelloni par Deshusses : 1. Les principes de l'économie marchande. « Croissance et plein emploi à tout prix et dans tous les sens : l'idéal de Keynes est aussi la devise des cellules cancéreuses. » 2. L'autogestion comme remède miracle. « Des ouvriers qui possèderaient en commun une cimenterie ne le lui donneraient pas un sens nouveau et leur idéal resterait le même ; plus dynamiques, ils viseraient directement le profit au lieu de s'en tenir à leurs salaires. L'autogestion peut bien changer le personnel d'une usine, pour un temps, en une troupe de boyscouts égalitaires et intéressés, libérés de la tutelle patronale et soumis à celle de la concurrence, mais elle ne changera pas une fabrique d'obus en œuvre de paix. Les travailleurs possèderaient-ils tous leurs moyens de production, ni le profit, ni la croissance, ni l'ennui au travail, ni bien entendu la pollution, ne cesseraient d'être des règles. » 3. La sujétion aux pollutions. « Le même public qui déteste qu'on lui parle de pollution demande qu'on la supprime tout en réclamant ce qui la crée : du veau blanc, des fruits plus sucrés que nature, des aérosols, des avions surpersoniques, du plastique partout, du papier en quantités croissantes, bref, la production industrielle tout entière. Il y a quelques années, les usines Ford avaient mis au point un véhicule dans lequel il devenait presque impossible de se tuer ; la voiture ressemblait autant à un œuf mollet qu'à un engin lunaire, et le public la refusa dès les premiers sondages. » 4. « La parade lugubre » de la publicité « qui n'est horrible que par sa ressemblance quasi parodique avec ceux qu'elle convainc. » 5. La misère du couple capsulé, « chaste et productif ». 6. Le mythe du travail crétin désaliéné. « Notre travail, dit-on, serait aliéné par ce qu'il ne nous permet plus de signer nos œuvres, ni de créer au lieu de les produire, ni d'en suivre le développement de leur genèse à leur finition ; tronçonné en mille parties dont aucunes séparément n'a de sens, il nous condamnerait à mille gestes identiques et insignifiants, nous empêchant de voir ce que nous faisons, etc. Mais quel genre de foi devrions-nous avoir pour éprouver quelque réconfort à signer des poupées-gigogne, des brosses à dent, des fers à repasser ou des boîtes de sardines, et que gagnerions-nous en noblesse à suivre ces nobles objets de leur naissance à leur accomplissement comme si nous en étions les créateurs ? (…) La vraie aliénation est là : signé ou non, confectionné par une chaîne d'ouvriers ou par une chapelle artisanale, un fusil-mitrailleur est un fusil-mitrailleur. Gérée par des patrons ou par ses ouvriers mêmes, une usine de plastique est une entreprise polluante, profiteuse et en général inutile. L'ouvrier qui produit en chaîne des carabines à répétition tout en maudissant son travail sauve du moins son âme, quand l'artisan qui fignole les mêmes carabines en chantonnant déshonore la sienne. Taper des factures pour de l'argent est moins ridicule que de les taper par idéal. L'usine-famille est une escroquerie bien pire que l'usine-pensum et il faut avoir une identité servile, c'est-à-dire nulle, pour s'identifier aux services comptables d'une fabrique de café en poudre. » 7. Les attrape-gogos religieux. « Être petit, se faire pardonner, louer sans fin une autorité qui dispense de réfléchir et une omnipotence qui dispense des dangers dans l'action, accumuler le bien commun comme un à-valoir et les sacrifices comme une rente, feindre de voir un but dans le salut des autres pris comme un moyen de réaliser le sien propre, qu'on situera après la mort afin de mieux pouvoir faire le mort pendant la vie : telles sont toutes les religions, telle est, partout, l'idéologie humble. » 8. Les crises d'orgueil national. « Une nation n'est rien d'autre qu'une immense entreprise commerciale envenimée de patriotisme. » 9. Les joyeusetés de la boxe. « Ainsi la boxe s'intitule “ noble art ” : art parce qu'elle se vend mieux que les tableaux, noble parce qu'elle a pour but le coma post-traumatique. » 10. La mystique de la défonce. « L'avantage du psychédélisme est d'offrir tout le bazar religieux, déjà bon marché en soi, avec un supplément de délire et un rabais d'exercice. » 11. Le culte de l'automobile. « Non seulement la voiture avilit tout et tout le monde, non seulement elle est sale, non seulement elle pue, mais encore elle est laide dans tous les tons et de toutes les manières possibles. On nomme beauté d'une voiture son prix, sa vitesse et son confort, soit, dans l'ordre, le fric, la compétition et l'épate. » 12. L'ABC de l'éducastration. « Si l'école est une préparation à la vie sociale, c'est qu'elle donne les mêmes encouragements à la fraude, aux faux-semblants, au conformisme, à la bassesse ; le bon élève ne peut être rien d'autre que le prototype du lâche besogneux et du larbin compétitif. » 13. L'aberration de « la dette d'amour envers les parents ». « Cet amour est aveugle, mais comme l'obéissance militaire ; il a la réputation d'un instinct “ qui ne se commande pas ”, alors qu'il est lui-même de commande. Il se présente comme universel alors qu'il est la partialité même, comme une justice alors qu'il est inique, et comme une dette alors qu'il est indu. Les liens du sang relient autant que la noblesse de sang ennoblit. » 14. La duperie de la révolution marxiste. « Grâce au marxisme, toute la séculaire rancœur humble passe d'une religion à une autre : même culte de la discipline et de l'autorité, même pudibonderie, même matérialisme sournois, même messianisme vulgaire, même… Grâce au marxisme, nous savons maintenant que Marx, et avec lui tous les schémas de révolutions calculées, avaient tort dans tous les domaines et sur tous les points. D'abolition de la famille, du couple, de la censure, de l'ordre militaire, de la rentabilité, pas question ; d'égalité réelle, absolue, pas question ; de société non hiérarchique, d'enseignement non disciplinaire, de travail non aliéné, de philosophie non conforme, pas question ; la révolution, donc la grande différence entre régimes, ne portera pour commencer que sur le reste ; et on n'aura plus qu'à voir que ce reste ne consiste en rien. »   Depuis 1978, plus de nouvelle de Jérôme Deshusses. Lors de ma prochaine escapade en Helvétie, je me lancerai sur ses traces.

Le 4 juin 2012 à 09:59

Giuseppe Pinot-Gallizio (1902-1964)

Les cracks méconnus du rire de résistance

On l’a peu souligné, la plupart des mauvais garnements situationnistes étaient aussi des petits rigolos fort portés sur les transgressions ludiques, sur les incartades surprenantes, sur les canulars poivrés, sur les dérives alcooliques trash et sur tous les autres styles d’excentricités friponnes. Aucun d’entre eux ne fut pourtant aussi « hustuberlu », comme aurait dit le poète émeutier Jean Richepin, que le génial anti-artiste italien Giuseppe Pinot-Gallizio : « En ce moment, l’homme fait partie des machines qu’il a créées. Il est nié et dominé par elles. Il faut renverser ce non-sens, ou bien il n’y aura plus de création. Il faut dominer la machine en la vouant au geste unique, inutile, anti-économique. Ceci aidera la formation de la nouvelle société, post-économique mais sur-poétique. (…) Vous, seigneurs encore puissants de la Terre, tôt ou tard, vous nous donnerez les machines pour jouer, et nous les disposerons pour l’occupation de ce temps libre que vous vous régalez par avance, avec une insane gloutonnerie, d’employer à la banalité perfectionnée et au décervelage progressif. (…) Nous emploierons ces machines à peindre nos routes, à fabriquer les plus éclatants, les plus uniques tissus, dont se vêtiront des foules joyeuses pour le sens artistique d’un seul instant. Des kilomètres de papier imprimé, gravé, coloré chanteront des hymnes aux plus étranges et enthousiasmantes démences. Des maisons de cuir peint, repoussé, laqué, de métal ou de bois, de résines, de ciments vibrants constitueront par terre un inégal et incessant moment de choc. Là où, aujourd’hui, des signaux sont faits par des fusées au sodium, demain nous mettrons d’autres arcs-en-ciels, fata morgana, aurores boréales que nous aurons contruits nous-mêmes. La planète se transformera en un Luna-Park sans frontières, produisant des émotions et des passions neuves. » (…) « Les décors nouveaux, qui vont du tissu à l’habitat, des moyens de transports aux manières de boire, aux aliments, à l’éclairage, aux villes expérimentales, ces décors seront uniques, artistiques, impossibles à répéter. Tous nos biens seront collectifs, et en auto destruction rapide. » (…) « Nous sommes au bord d’un état sauvage au sens moderne, avec les instruments modernes, où la terre promise et le paradis ne pourront être rien d’autre que notre entourage qui se respire, se mange, se touche et se pénètre. Le perpétuel nouveau abolira l’ennui et l’angoisse. Tout le nouveau comportement sera un jeu, et chacun vivra toute sa vie par jeu, ne s’intéressant qu’aux émotions obtenues en jouant avec ses désirs, finalement réalisables. »   Archéologue azimuté (il découvre dans la zone néolithique autour d’Alba de multiples trésors datant de l’âge de la pierre, du bronze et du fer), trafiquant d’alcools expérimentaux qu’on dit vésuvesques, préfigurateur de « l’ambient music » lancée à la fin des années 1970 par Brian Eno (car il pense que la musique électronique peut dévergonder libératricement les machines cybernéticiennes), fer de lance des mouvements latins pro-roms (il est surnommé par Guy Debord « E Principe Zingaro – le prince gitan » parce qu’il a offert tout un terrain à des Tsiganes en lesquels il voyait l’incarnation de « la dérive nomade, du refus du travail, de la résistance contre le monde environnant, du potlatch et de la fête »), Pinot-Gallizio est surtout passé à l’histoire de la contre-culture pour avoir inventé en 1958 la peinture industrielle. Objectif de la peinture industrielle : dépasser louftinguement le refus néo-dadaïste de l’art en poussant les recherches de dévalorisation picturale jusqu’au délire inflationniste. « Montée sur un trépied à roulettes, écrit Jean-François Chabrun dans l’Express, la machine à peindre de Pinot-Gallizio est constituée d’une série de poulies entremêlées qu’anime un petit moteur à deux temps. Un long rouleau de papier se dévide, que des tuyaux encreurs aux mouvements convulsifs couvrent de taches automatiques. Un couteau débite en tranches le produit fini, le tout dans un mouvement circulaire chaotique et pétaradant. » D’où, épilogue Michèle Bernstein, l’ex dulcinée de Debord, « plus de problème de format, la toile est coupée sous les yeux de l’acheteur satisfait ; plus de mauvaises périodes, l’inspiration de la peinture industrielle, due au savant mélange du hasard et de la mécanique, ne fait jamais défaut ; plus de thèmes métaphysiques que la peinture industrielle ne supporte pas ; plus de vernissages !, et naturellement, bientôt, plus de peintres. »   « Il appartient maintenant à nous seuls, artistes et scientifiques d’une même poésie, hurle au clair de lune Pinot-Gallizio, de créer d’une autre manière la terre, les océans, les animaux, le soleil et les autres étoiles, l’air, les eaux et les choses. Et il nous appartiendra de souffler sur l’argile pour donner naissance au nouvel homme, uniquement fait pour le repos du 7e jour. »   À lire parmi les dernières parutions sur les situs : Le Mouvement situationniste. Une histoire intellectuelle de Patrick Marcolini. Éd. L’Échappée Les Situationnistes et l’anarchie de Miguel Amoros. Éd. de la Roue. Les Écrits de la section américaine de l’internationale situationniste. Éd. CMDE. Lettrisme. Vue d’ensemble sur quelques dépassements précis d’Isidore Isou et sa bande. Éd. Villa Tamaris Visages de l’avant-garde par l’Internationale lettriste. Éd. Jean-Paul Rocher. Lettres à mes enfants et aux enfants du monde à venir de Raoul Vaneigem. Le Cherche Midi. Le Devenir Debord d’Alain Jugnon. Éd. Lignes Guy Debord : de son cinéma en son art et en son temps de Guy-Claude Marie. Éd. Vrin. Le Cinéma de Guy Debord (1952-1994) de Fabien Danesi Éd. Paris expérimental.

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