Marie Gloris Bardiaux-Vaïente
Publié le 20/07/2015

De ces petits riens du tout qui nous gâchent nos soirées dansantes


Parmi les désagréments récurrents de leur vie quotidienne, les femmes subissent les types qui les tripotent sans leur consentement. Et ceux qui les insultent. Et ceux qui, sans mots orduriers, les insultent plus encore. Et c’est de cela dont je vais te parler aujourd’hui.

J’appartiens à ce que les sociologues ont nommé jenesaisplustropcomment, mais tu sais cette nouvelle catégorie socio-professionnelle : milieu culturellement privilégié mais économiquement pas super à l’aise*. Je te raconte ma vie pour t’expliquer mon contexte. Donc je fréquente tout un tas de personnes de même catégorie socio-professionnelle (grosso modo), je vis en province (au fin fond du monde pour tout dire) et je ne suis pas confrontée au « harcèlement de rue » tel qu’il existe dans les grandes villes.

Non, je suis confrontée au mec super lourd, sexiste, cultivé, de classe moyenne à moyenne supérieure. Alors je ne sais pas comment ça se passe rapport au harcèlement de rue, mais celui que je viens de décrire, c’est une plaie.

 

Parce qu’il a raison. Parce qu’il a fait des études supérieures ou qu’il a un job socialement valorisé. Parce que tout le monde sait, mais que personne n’en parle. L’omerta. Parce que franchement, tu pourrais rigoler, quoi. C’est pas méchant. Oh ça va, n’en fais pas tout un pataquès.

 

Ras le bonbon. Et c’est vraiment le cas de le dire.

Ce qui n’est pas supportable dans certains quartiers ne l’est pas plus un cocktail à la main.

L’argent n’achète pas tout (tu le vois là, le Carlton qui se rapproche, mais je ne sombrerai pas dans cette facilité).

Ma problématique face à cette espèce de néandertalien, c’est que je m’en veux. Beaucoup. Par mon manque de réaction, à chaud. Par cet effarement qui a chaque fois me prend à la gorge et m’empêche de renvoyer droit dans ses cordes l’importun.


- « Comment un homme cultivé peut se comporter ainsi au 21ème siècle ? »

- « Peut-être qu’il rigolait en fait ? »

- « C’est moi qui suis trop réactive… »

Etc. Etc. Etc.


Culpabilisation culturelle et éducative (et pourtant vis-à-vis de cette dernière, j’ai plutôt été bien instruite). Finalement, « je dois bien la chercher » cette façon de faire chez l’homo erectus qui me fait face.

Et puis j’apprends au fil des conversations, des bavardages des uns et des autres, qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Qu’untel est très connu pour avoir la main leste sur toute rotondité qui passe à sa portée, que tel autre aime bien coincer les filles dans des coins sombres « sans vraiment leur faire de mal, hein ».

Ah ? Et il commence où « le mal » que l’on fait à un être humain ? Là où les autres ont décidé qu’il devait l’être pour leur propre confort moral ?

Il commence là où il y a plainte. Où la personne (homme, femme) incriminée dans une relation subie – même « uniquement » verbale – dit qu’elle a vécu cela de façon négative, humiliante, qu’elle s’est sentie salie. Et si elle n’est pas reconnue comme victime (« Oui, c’est un connard, non ce n’est pas de ta faute » fait déjà l’affaire pour moi) il y a fort à parier que la prochaine fois elle laissera de nouveau passer le harceleur, sans le faire trépasser (métaphoriquement, je suis pour la non-violence). Enfin, lui ou un de ses congénères. Et culpabilisera encore. Et le cercle vicieux, blablabli.

Alors, toi, homme égalitariste, féministe, du 21ème siècle, s’il te plaît, quand tu es au courant qu’un type n’est pas bien reluisant dans ses attitudes avec la gent féminine, aucune d’entre nous ne te demande d’aller lui casser le nez APRES qu’il se soit comporté comme le dernier des Cro-Magnon. En revanche, n’hésite pas à nous mettre en garde AVANT. On y gagnera tous du temps, de l’énergie et du LOVE sur cette planète. Parce que ce Cro-Magnon-là, il te fait du mal à toi aussi, à ton genre, à ton sexe, à ce que les femmes pourraient trimballer comme préjugés et réactions, par défense.


Give Peace a Chance.

Mais Fuck les affreux.

 

* « Intellos précaires » me souffle l’oreillette.


Dessin : James

Scénariste de bande dessinée, historienne, militante pour l'abolition universelle de la peine de mort et blogueuse féministe en pleine déconstruction, j'écris sur tout ce qui donne du sens à ma colère et à mon désir de comprendre le monde.
Et certains soirs, quand ça ne suffit pas, je compose des poésies érotiques.

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Le 17 août 2015 à 09:08

De ma participation contre le mansplaining

Quand un HOMME vous dit : - L’avortement, je ne suis pas foncièrement contre, mais… On en reparle quand tu seras doté d’un utérus, ok ? - Les filles maquillées, en jupe et avec des talons c’est quand même vachement plus sexy. Vas-y, commence en premier, mec. Je te regarde.   - Tu sais, je ne suis pas contre le féminisme, mais il y a des priorités dans les combats des femmes. Fais-moi la liste de tes priorités pour ne pas déranger ton petit confort de mâle dominant, que j’aille en faire un autodafé.   - Les féministes, je les supporte à partir du moment où elles ne me cassent pas les pieds avec leur hystérie. Et moi les hommes je les supporte à partir du moment où ils ne me disent pas comment penser et réfléchir. Bisous.   - Tu sais, ton histoire de dégenréer la langue franchement, t’as pas autre chose à faire ? Non.   - Si tu veux mon avis… Je ne pense pas te l’avoir demandé.   - Holala, vos histoires de gonzesses ! On parle prostate de suite, histoire de te mettre à l’aise, ou on attend un peu ?   - Je ne comprends pas pourquoi tu n’as pas allaité tes enfants. C’est mieux pour la relation mère/nouveau-né. Rappelle-moi combien de fois tu t’es levé la nuit pour aider ta compagne qui venait d’accoucher ? Ah oui, tu n’entendais pas le bébé pleurer. Tu es sourd. La masturbation, tout ça…   - Ce n’est pas en t’acharnant sur ce type de sujets (ton méprisant) que tu vas faire évoluer la société pour les droits des femmes. Tu ferais mieux de… … De ne pas écouter un mot de plus de ta diatribe sous peine de me créer un ulcère.   - Moi je les connais pas les mecs dont tu parles, je sais pas où tu les croises. J’aurais bien une réponse, mais je vais rester polie.   - Il faudrait arrêter de monter en épingle les propos de X, Y ou Z, occupe-toi des vrais problèmes. Là, tu deviens mon vrai problème, tu vois.   - Tu es certaine qu’il a dit ça ? Bon, écoute, y a pas mort d’homme non plus. Non mais il y a humiliation de femme.   - Tu n’as pas d’humour, franchement. Tu sais ce qu’on dit, « femme qui rit », etc. Et ben là, tu vois, tu vas même pas pouvoir rêver de mon petit orteil.   - Tu te rends compte tout ce que tu as réussi à faire en tant que femme ? Faut croire que je ne suis pas encore parvenue à être traitée en être humain lambda en revanche.   - Une femme doit faire des enfants. C’est important pour elle. Sinon, ça va la vie ?   - Non mais vous parlez d’agression sexuelle à toutes les sauces maintenant, c’est n’importe quoi ! D’ailleurs ça commence quand une agression sexuelle ? Avec ta main actuellement sur mon cul alors qu’elle n’y a pas été invitée.   Vous pouvez continuer la liste ad lib. Et vous avez le droit de crier aussi. Parce que oui, c’est insupportable.    Dessin : James

Le 3 août 2015 à 08:42

Du manque d'ambition

Pourquoi, dans toutes les statistiques, on constate ce cas de figure systématique : les femmes sont moins bien payées, font moins carrière, ont moins de postes à responsabilités ? Éliminons d’entrée le fait qu’elles puissent être moins intelligentes. Merci. Et je ne parlerai pas non plus des difficultés supplémentaires qu’elles peuvent avoir à s’imposer dans des domaines ou à des postes trustés depuis très longtemps par les hommes, qui hésitent à leur faire confiance. Ça va, on le sait, je ne veux faire de procès à personne aujourd’hui, je ne suis qu’amour. Non, c’est un autre sujet qui m’interpelle : elles manquent d’ambition. C’est une réalité culturelle et sociologique. Les femmes sont pour moitié responsables de leur situation. Naître fille, c’est être baignée dans un univers où le discours majoritaire n’est pas leur accomplissement personnel, mais celui de l’Autre. Les femmes sont les championnes du « care ». On leur apprend à être aux petits soins, attentionnées, à l’écoute de. Et on leur dit de faire passer leurs ambitions personnelles après. Nous je ne parle pas de 1954, mais bien d’aujourd’hui. On sait que les filles réussissent mieux à l’école, au moins jusqu’à l’entrée dans le Supérieur. Et même là elles sont plus performantes. Si ce n’est qu’elles choisissent plus souvent des filières dont les débouchés professionnels seront moins rémunérateurs, moins spécialisés. Est-ce que les femmes aiment-moins l’argent et la valorisation sociale que les hommes ? De façon biologique ? Ça m’étonnerait beaucoup... Mais on leur a dit depuis toujours que leur essentiel à elles, n’est pas là. L’orientation pour leurs études est moins poussée, moins réfléchie, moins pensée, l’investissement est en deçà de ce qu’il peut être pour un garçon. L’effort qui est demandé est moindre pour la fille. Leur essentiel (l’injonction sociétale de leur essentiel) c’est d’avoir une famille. Une femme a un utérus, elle doit un jour ou l’autre en faire usage. Point barre. Interrogez toutes les femmes qui n’ont pas procréé autour de vous, elles vous diront la pression qu’elles vivent ou ont vécu de la part de leurs familles, amis, entourages professionnels, etc. Une femme qui veut réussir est suspecte. Une femme qui veut réussir et qui ne veut pas avoir d’enfant est présumée coupable (de tout un tas de choses pas super reluisantes). Quid d’un homme ambitieux qui restera sans descendance ? Il a fait un CHOIX, lui. La femme dans la même situation aura SUBI. Voilà ce que l’on nous radote depuis notre tendre enfance. La pauvrette n’aura pas trouvé d’homme acceptant de lui faire des enfants. On a tous une tante machine à 12 degrés de séparations généalogiques dont on nous a rabâché l’histoire : « Elle n’a pas eu d’enfants : c’est une originale/une lesbienne (que cela soit vrai ou non, l’argument de lesbianisme des femmes sans enfant est très très fréquente)/elle n’en a fait qu’à sa tête et elle mourra seule (le truc super déprimant a priori si ce n’est qu’il me semble que l’on meure tous, seuls…). Tonton bidule, lui, qui a eu un parcours similaire, a « réussi sa vie, a été libre, a choisi de faire son chemin ». Sérieusement ? Il faut être très forte dans sa tête pour passer outre ce que l’on nous propose comme modèle. Les hommes ne sont pas en reste, je ne dis pas le contraire, et je ne nie pas leurs difficultés. Mais vraiment c’est incomparable. Revenons-en à nos moutons. La jeune fille fait des études, trouve un métier qui lui plaît se met en couple et fait un /enfant(s) parce qu’elle le souhaite et que c’est cool. Et là, on ne sait trop pourquoi, elle met sa carrière entre parenthèses. Pas le compagnon/conjoint/époux (je généralise, ne hurlez pas que chez vous c’est différent, bien évidemment qu’il y a des exceptions ; mais voilà : des EXCEPTIONS…) qui continue sur sa voie. Être père n’est pas un frein à la carrière professionnelle. Mais être mère….. Comment dire …. ? Parce que ma cocotte, le poupon (voir les 2 ou 3) qui hurlent la nuit, tu les as voulus (pas le papa apparemment…) et maintenant tu vas t’en occuper tu vas être « UNE BONNE MERE ». Ils sont ta priorité absolue. Plus rien d’autre ne doit passer avant. Surtout pas ton travail. Preuve : qui prend très majoritairement les congés parentaux en France ? ….. Pas les hommes. Mais pourquoi les femmes se sentent-elles obligées de se conforter à ce schéma ? Parce que c’est le modèle dominant qui leur est proposé. C’est être dans la norme. Et casser cette norme, défier la société, et son cercle poche, demande une énergie, un courage qui peuvent souvent anéantir toute velléité de faire « différemment ». C’est accepter aussi de se confronter à un monde tenu par les hommes, à leurs dures ambitions (« Ton bébé a 39 de fièvre, ce n’est pas une raison pour arriver en retard, tu l’as voulu, tu assumes ») parce que l’on ne laissera rien passer aux femmes (et c’est ça l’égalité, puisque c’est ce que vivent les hommes) tant qu’elles ne seront pas rentrées de façon massive dans cette démarche. C’est donc aussi par une transformation générale du monde du travail, que l’égalité homme/femme pourra avoir lieu : une transformation globale qui prenne en considération que l’être humain n’est pas un robot. Qu’il soit homme ou femme. P.S : Je n’ai pas parlé du partage des tâches ménagères. Cela aurait été trop long… P.S bis : Je ne souhaite en aucun cas à être stigmatisante ; être une mère au foyer est un choix (quand il s’agit bel et bien de choix) et une liberté tout à fait respectables. Et je sais aussi comme le regard de la société est dur pour les hommes qui choisissent d’être des pères au foyer.   Dessin : James

Le 20 décembre 2012 à 13:37
Le 25 novembre 2015 à 14:38

Du crime de nommer un acte meurtrier de passionnel

Salut !Alors voilà, ça fait 12 jours que je ne parviens pas à recoller les morceaux de mon cerveau, genre puzzle éparpillé, 12 jours que j’erre d’un point à l’autre, en faisant des ronds avec mon corps, aidé par une marche mécanique.Et là je me dis : « Marie, tu dois te reprendre, et te remettre au travail, et repartir sur le chemin de la vie, de l’amour, du féminisme et des petits oiseaux. » Et bien aujourd’hui pour fêter ça – mon retour à l’écrit – je vais te parler de … Féminicide !(J’ai pas dit que j’allais écrire sur un sujet rigolo, hein …) Nous sommes le 25 novembre et comme tu le sais peut-être, c’est la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.Il s’agit donc de toutes les violences, mais spécifiquement contre les femmes.Le choix est vaste. Je pourrais te parler des viols de masse comme armes de guerre, du harcèlement sexuel, etc. Il n’y a pas de sous cause. Tous ces sujets sont importants.Mais j’ai décidé de te parler d’un certain type de féminicide. Alors on va me rétorquer : ″C’est quoi encore ce « barbarisme sémantique », ce « néologisme de féministes », qu’est-ce donc que le féminicide ?″ Les violences contre les femmes sont systémiques. Elles découlent de ce que l’on nomme le patriarcat. Elles sont une relation de pouvoir, de dominant à dominé. Dans ce système, les femmes sont violentées parce qu’elles sont femmes.Voilà ce qu’est le « féminicide » : tuer un individu en fonction de son sexe. Ça englobe plein de façon de procéder : - Tuer les filles à la naissance, notamment en Asie, où culturellement et économiquement une fille peut être considérée comme un poids pour sa famille. Ce n’est pas sans conséquence (outre le crime) : on assiste à un « déficit de femmes » : les chiffres attestent qu’il s’agit de plus de 100 millions de personnes… - Les crimes d’honneur prémédités (précision plus qu’importante) et exercés contre des individus (très majoritairement des femmes) par une communauté/une famille, qui considère que la victime a porté atteinte à l’honneur du groupe. Les punitions sont connues : jets d’acide au visage, lapidations, etc.(Je te mets pas d’images, tu comprends bien de quels genres d’horreurs je parle). La liste des crimes exercés contre les femmes parce qu’elles sont femmes est longue.Mais je vais préciser pour un cas bien particulier.Je classe dans les féminicides la terminologie que l’on emploie très souvent dans nos médias sur la question du crime dit « passionnel ». La Passion, dans les cours d’Assises françaises (entre autres) semble être une excuse à un meurtre.Ainsi, jusqu’au 11 juillet 1975 (et la dépénalisation de l’adultère), les crimes considérés comme commis sous l’emprise de la passion pouvaient tout simplement être excusés. Jusqu’à cette date, l’article 324 du Code pénal stipulait que « Le meurtre commis par l’époux sur l’épouse, ou par celle-ci sur son époux, n’est pas excusable, si la vie de l’époux ou de l’épouse qui a commis le meurtre n’a pas été mise en péril dans le moment même où le meurtre a eu lieu ». Toutefois, dans les cas d’adultères prévus par l’article 336, « le meurtre commis par l’époux sur son épouse, ainsi que sur le complice, à l’instant où il les surprend en flagrant délit dans la maison conjugale, est excusable. »  « Oui mais c’était il y a longtemps ! » Heu… Bon déjà 40 ans c’est pas si loin que ça (hem) et surtout ce n’est pas parce qu’une chose n’est plus inscrite dans une loi qu’elle disparaît des esprits. Or c’est bien cela le problème. Je ne parle même pas du fait que cette loi n’était pas symétrique : on parle bien de l’époux sur son épouse mais quid de la femme trompée ? Ah non, elle, elle va casser sa pile d’assiettes et puis basta. Ce qui, en dehors du fait que cela soit une excellente excuse pour se débarrasser d’une vaisselle horriblement moche, est l’acte de violence ultime que l’on peut se permettre d’un individu sur un autre. Parce que non, taper ou tuer les gens, désolée pour la tarte à la crème, mais c’est pas bien du tout. Même si on est très en colère. La passion ça te met des étoiles dans les yeux, ça peut te faire pleurer parfois, mais non, ça ne te fait pas tuer quelqu’un. Ce n’est en aucun cas une justification à la violence. Ce qui crée ce meurtre mal nommé, c’est la perte de pouvoir, la jalousie, la possession. Pas la passion. Tout comme le viol n’est pas un acte sexuel, mais une violence de domination d’un individu sur un autre. Dans les deux cas, il s’agit de violences influencées par le désir de pouvoir. Rien d’autre. Aujourd’hui en France, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son conjoint. Ce n’est pas la passion qui tue, ce sont des individus. Et nous ne devons plus accepter que l’on minore un crime par des excuses qui relèvent du non-sens. La loi a changé, le traitement de l’information par les médias, pas vraiment, et combien de fois a-t-on entendu : « Oui, mais franchement, il faut dire aussi qu’elle était pas hyper réglo… » => Elle l’aurait presque cherché, on connaît la chanson… Non, on ne cherche jamais cette violence, les femmes (en grande majorité*) ne peuvent pas continuer à être les victimes d’un système machiste et violent qui pose comme fait aggravant qu’elles soient femmes et qui réduit l’importance d’une réalité bien concrète. On meurt de violences conjugales et les chiffres baissent peu.Les facteurs sont multiples, mais le vocabulaire et la terminologie employés ne sont pas anodins dans ce processus. CQFD. P.S : Faites l’amour. Comme vous l’entendez. Mais s’il vous plaît arrêtez de vous faire la guerre. …………………………….. * En 2014, 134 femmes et 25 hommes sont décédés sous les coups de leur partenaire ou conjoint. (Chiffres issus du Ministère des Affaires sociales, de la Santé et du droit des femmes : http://stop-violences-femmes.gouv.fr/Les-chiffres-de-reference-sur-les.html)

Le 8 juillet 2014 à 08:51
Le 3 janvier 2012 à 08:55

Maman !!!

Il est une question cruciale insuffisamment posée en cette période post festivités : que faire des cadeaux inappropriés ? La FNAC a la solution. Sur la page d’accueil de son site, elle vous donne un ordre clair, en lettres capitales et en orange : « REVENDEZ VOS CADEAUX ». Pour nous déculpabiliser de vouloir tirer profit de la chose, l’entreprise nous explique que ce n’est pas notre faute, car, au choix, et toujours en gros et en orange : « JE L’AI DEJA ! » ; « JE L’AI EU EN DOUBLE ! » ; « EN TRIPLE ! » ; « JE N’EN AI PAS BESOIN ! » ; et attention, on nous garde le meilleur pour la fin : « MAMAN S’EST TROMPEE ! » Ce dernier point d’exclamation est lourd de sens, on sent qu’il contient des précisions qui  démangent, du genre : « cette conne » ou bien « comme d’hab’ ». De plus, Maman étant la seule à être incriminée, on se dit que ce n’est pas Papa qui commettrait une telle bévue. Car pour ceux qui l’ignorent, la FNAC ne vend ni du maquillage ni des couches-culottes, mais des trucs super compliqués comme des téléphones, des livres, des DVD, des ordinateurs ! Pour comprendre leur fonctionnement, il faut en avoir fait des études. Voilà pourquoi Maman, non contente de claquer l’argent du ménage et de courir les boutiques avec ses copines pendant que Papa travaille, Maman donc, cette pétasse, n’est même pas foutue de choisir un CD ! Et ça ne s’arrange pas. On me dit que Maman aurait hurlé « Joyeuses Pâques ! » à ses proches le 1er janvier 2012 à 0h00. Bref, Maman « craint ». Or n’oublions pas une chose, c’est que Maman va voter en mai 2012. Vous imaginez, si elle glisse dans l’urne sa liste de courses au lieu du bulletin gagnant ? Personnellement je ne vois qu’une issue, en orange et en gros dans le texte, avant qu’il ne soit trop tard je vous en supplie : « REVENDEZ MAMAN ! »  

Le 22 janvier 2012 à 08:49

Crac boum hue!

Dans le métro parisien, cette semaine. Les gars, pas tout jeunes, sont entrés à la station Saint-Jacques. Chapeautés de feutres noirs, ils étaient vêtus de costumes de même couleur. Le plus grand s’est adossé à une portière opposée au quai et le petit, plus énergique, a fait une pirouette en s’accrochant à la barre centrale. Puis il a commencé une sorte de monologue, assez comique, sur la conjoncture, la crise et le déficit. Instinctivement, beaucoup des voyageurs occupant le wagon – on était en début d’après midi – avaient tourné la tête vers l’infini, jouant mal l’indifférence. D’autres semblaient amusés, un peu… Sur la banquette, en face de la mienne, était assise une jolie femme, au chic bourgeois et raffiné. Comme c’est la mode depuis quelque temps, elle avait gainé ses jambes de bas noirs qui, je dois l’avouer, troublaient quelque peu la lecture du volume d’austère littérature que je tenais entre les mains. Mes pensées étaient ailleurs… Ma voisine était sérieuse, trop, et ses jolis yeux ne trahissaient aucun passage de folie passagère sous ses cheveux auburn… Méfions nous de l’eau qui dort ! Les deux lascars musiciens avaient enchaîné coup sur coup deux tubes de Jacques Dutronc. Qu’ils chantaient bien et qu’ils étaient drôles ! Un début de sourire se dessina sur le visage de ma voisine puis elle sourit franchement, aux anges ! Et elle se mit à chantonner tout doucement : « Moi, j’ai un piège à fille, un piège tabouuuuuuu ! Qui fait crac boum hue ! Un joujou extra ! » Croyez-moi si vous voulez, mais certaines bourgeoises ne sont vraiment pas sérieuses. Et c’est vachement bien.

Le 24 janvier 2013 à 10:51

Un papa, une maman, trois possibilités

Je dis pas ça pour râler mais au début, le mariage pour tous, j'étais plutôt contre : je suis un farouche partisan du mariage pour personne. Je veux dire, je n'ai rien contre les buffets de dessert et les oncles saouls, mais si ça implique de sacrifier à des traditions archaïques et patriarcales, autant aller directement au stand de tir. Seulement, il paraît que c'est pas ça, la contre-proposition. Je dis pas ça pour râler, mais en revanche, l'adoption pour tous, au début, j'étais plutôt pour, même si j'ai mal saisi le glissement sémantique qui fait invariablement passer à l'un quand on parle de l'autre et inversement. Mais comme je suis un garçon instruit, j'ai quand même lu les arguments des opposants, pour pouvoir me moquer. Il ne faut jamais faire ça. J'ai failli changer d'avis. A cause de cet argument si pertinent : oui mais après, à l'école, les autres enfants se moqueront. Car c'est bien connu, les enfants dont on se moque finissent très mal, il paraît que certains sont même chroniqueurs pour Ventscontraires, la revue participative du théâtre du rond-point, terrible repaire de gauchistes et, pire, d'artistes, c'est dire s'il y a danger. Donc, oui, aujourd'hui, je le clame, supprimons la moquerie, ce si terrible fléau. Et pour cela, la solution la plus évidente est évidemment de supprimer toutes les possibilités de se moquer. Commençons par prohiber la rousseur. Et dans la foulée, interdisons aux gens d'être petits (quelle idée saugrenue!), grands, gros, maigres ou suisses allemands. Plus jamais de Bouboule qui va toujours au but quand on fait du foot, plus jamais ! Et combien de temps devrons-nous encore tolérer les premiers de classe, ces gens si quolibetogènes ? Puis nous nous attaquerons aux défauts de prononciation. A la maladresse et à la nullité en sport. Puis, enfin, nous fermerons nos écoles à tous ceux qui aiment les épinards.

Le 15 septembre 2014 à 15:21
Le 8 août 2015 à 09:20

L'heure de la rencontre

Wow, mon zodiaque est formel aujourd'hui : « Béliers : vous allez faire une rencontre ». Ah la la. Depuis le temps que j'attends ça. Déjà il y une dizaine de mois, les mêmes mots dans le même ordre, mais je n'avais pas réussi à en profiter, trop de pression, je m'étais fait croire à moi-même que j'avais perdu ma clé à l'intérieur de mon appartement, pour ne pas en sortir. Et j'étais tombé dans le panneau. Là, pas question de ce jeu-là. Mon journal sous le bras, je suis allé m'asseoir sur un banc, au coin de la rue de la Mère du Général Leclerc et de l'avenue de la Soeur d'Emile Zola. J'ai lu et relu, page 23, le signe, l'ascendant, le décan, tout est bordé : ce sera pour aujourd'hui. J'y vais sans pression, sans fantaisie non plus, rasé de près, pantalon de ville, moyen et open, voilà l'état d'esprit. Quand elle m'abordera, il faudra que j'évite la familiarité trop rapide. J'aimerais l'appeler « mon trésor », ça j'y ai déjà pensé, ça a un côté précieux et en même temps mystérieux. C'est la richesse et le coffre-fort. C'est ce qui brille, et ce qui est souterrain. Le clair-obscur. Mais peut-être qu'elle ne l'aura pas anticipé autant que moi, alors j'irai mollo sur le surnom. D'ailleurs, il faut bien que je pense à lui demander comment elle s'appelle. Et on passera au diminutif avant d'envisager quelque chose de plus personnel – ça pourra aussi être un animal, poussin ou loutre. Ou un nom de fruit, mais là-dessus j'ai un doute. Elle met un certain temps à arriver, mais je ne m'inquiète pas, l'horoscope délivre une prévision à la journée et non à l'heure. C'est aussi une chose à laquelle j'ai réfléchi : resserrer chronologiquement les prédictions. « Gémeaux, 14h30, vous aurez une belle surprise professionnelle ». « Taureaux, 19h, prévoir un choix à faire ». « Sagittaires, à partir de 21h, une forme de lassitude s'empare de vous, mais rien d'inquiétant ». Et les gens recevraient ça sur leurs terminaux mobiles en temps réel. Ah oui ah oui, je suis sûr qu'il y aurait des clients pour ça. Moi, rien que moi, là par exemple. Si on m'avait dit : « Béliers : vous allez faire une rencontre à 14h35 », ça m'aurait permis de m'organiser. Elle est en robe, j'en suis certain. Le temps s'y prête. Avec un imprimé à fleurs, c'est la mode, en deux couleurs, mais avec une dominante de blanc. L'horoscope ne dit rien là-dessus, mais ce n'est pas une science exacte, et je préfère à la rigueur qu'ils gardent quelques détails pour eux. Un ensemble un peu vintage, style seventies. Mais elle, rien de hippie. Son sac à main sera sans franges. Voilà, exactement comme celle qui passe, là, que je pourrais héler, à la hauteur de laquelle je pourrais remonter, à qui je pourrais dire deux mots, nous engagerions alors la conversation, quelque chose de beau serait en train de naître. Elle est un peu loin de mon banc, malheureusement, ah ça se joue à rien, parfois.

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