Marie Gloris Bardiaux-Vaïente
Publié le 20/07/2015

De ces petits riens du tout qui nous gâchent nos soirées dansantes


Parmi les désagréments récurrents de leur vie quotidienne, les femmes subissent les types qui les tripotent sans leur consentement. Et ceux qui les insultent. Et ceux qui, sans mots orduriers, les insultent plus encore. Et c’est de cela dont je vais te parler aujourd’hui.

J’appartiens à ce que les sociologues ont nommé jenesaisplustropcomment, mais tu sais cette nouvelle catégorie socio-professionnelle : milieu culturellement privilégié mais économiquement pas super à l’aise*. Je te raconte ma vie pour t’expliquer mon contexte. Donc je fréquente tout un tas de personnes de même catégorie socio-professionnelle (grosso modo), je vis en province (au fin fond du monde pour tout dire) et je ne suis pas confrontée au « harcèlement de rue » tel qu’il existe dans les grandes villes.

Non, je suis confrontée au mec super lourd, sexiste, cultivé, de classe moyenne à moyenne supérieure. Alors je ne sais pas comment ça se passe rapport au harcèlement de rue, mais celui que je viens de décrire, c’est une plaie.

 

Parce qu’il a raison. Parce qu’il a fait des études supérieures ou qu’il a un job socialement valorisé. Parce que tout le monde sait, mais que personne n’en parle. L’omerta. Parce que franchement, tu pourrais rigoler, quoi. C’est pas méchant. Oh ça va, n’en fais pas tout un pataquès.

 

Ras le bonbon. Et c’est vraiment le cas de le dire.

Ce qui n’est pas supportable dans certains quartiers ne l’est pas plus un cocktail à la main.

L’argent n’achète pas tout (tu le vois là, le Carlton qui se rapproche, mais je ne sombrerai pas dans cette facilité).

Ma problématique face à cette espèce de néandertalien, c’est que je m’en veux. Beaucoup. Par mon manque de réaction, à chaud. Par cet effarement qui a chaque fois me prend à la gorge et m’empêche de renvoyer droit dans ses cordes l’importun.


- « Comment un homme cultivé peut se comporter ainsi au 21ème siècle ? »

- « Peut-être qu’il rigolait en fait ? »

- « C’est moi qui suis trop réactive… »

Etc. Etc. Etc.


Culpabilisation culturelle et éducative (et pourtant vis-à-vis de cette dernière, j’ai plutôt été bien instruite). Finalement, « je dois bien la chercher » cette façon de faire chez l’homo erectus qui me fait face.

Et puis j’apprends au fil des conversations, des bavardages des uns et des autres, qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Qu’untel est très connu pour avoir la main leste sur toute rotondité qui passe à sa portée, que tel autre aime bien coincer les filles dans des coins sombres « sans vraiment leur faire de mal, hein ».

Ah ? Et il commence où « le mal » que l’on fait à un être humain ? Là où les autres ont décidé qu’il devait l’être pour leur propre confort moral ?

Il commence là où il y a plainte. Où la personne (homme, femme) incriminée dans une relation subie – même « uniquement » verbale – dit qu’elle a vécu cela de façon négative, humiliante, qu’elle s’est sentie salie. Et si elle n’est pas reconnue comme victime (« Oui, c’est un connard, non ce n’est pas de ta faute » fait déjà l’affaire pour moi) il y a fort à parier que la prochaine fois elle laissera de nouveau passer le harceleur, sans le faire trépasser (métaphoriquement, je suis pour la non-violence). Enfin, lui ou un de ses congénères. Et culpabilisera encore. Et le cercle vicieux, blablabli.

Alors, toi, homme égalitariste, féministe, du 21ème siècle, s’il te plaît, quand tu es au courant qu’un type n’est pas bien reluisant dans ses attitudes avec la gent féminine, aucune d’entre nous ne te demande d’aller lui casser le nez APRES qu’il se soit comporté comme le dernier des Cro-Magnon. En revanche, n’hésite pas à nous mettre en garde AVANT. On y gagnera tous du temps, de l’énergie et du LOVE sur cette planète. Parce que ce Cro-Magnon-là, il te fait du mal à toi aussi, à ton genre, à ton sexe, à ce que les femmes pourraient trimballer comme préjugés et réactions, par défense.


Give Peace a Chance.

Mais Fuck les affreux.

 

* « Intellos précaires » me souffle l’oreillette.


Dessin : James

Scénariste de bande dessinée, historienne, militante pour l'abolition universelle de la peine de mort et blogueuse féministe en pleine déconstruction, j'écris sur tout ce qui donne du sens à ma colère et à mon désir de comprendre le monde.
Et certains soirs, quand ça ne suffit pas, je compose des poésies érotiques.

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Le 22 janvier 2012 à 08:49

Crac boum hue!

Dans le métro parisien, cette semaine. Les gars, pas tout jeunes, sont entrés à la station Saint-Jacques. Chapeautés de feutres noirs, ils étaient vêtus de costumes de même couleur. Le plus grand s’est adossé à une portière opposée au quai et le petit, plus énergique, a fait une pirouette en s’accrochant à la barre centrale. Puis il a commencé une sorte de monologue, assez comique, sur la conjoncture, la crise et le déficit. Instinctivement, beaucoup des voyageurs occupant le wagon – on était en début d’après midi – avaient tourné la tête vers l’infini, jouant mal l’indifférence. D’autres semblaient amusés, un peu… Sur la banquette, en face de la mienne, était assise une jolie femme, au chic bourgeois et raffiné. Comme c’est la mode depuis quelque temps, elle avait gainé ses jambes de bas noirs qui, je dois l’avouer, troublaient quelque peu la lecture du volume d’austère littérature que je tenais entre les mains. Mes pensées étaient ailleurs… Ma voisine était sérieuse, trop, et ses jolis yeux ne trahissaient aucun passage de folie passagère sous ses cheveux auburn… Méfions nous de l’eau qui dort ! Les deux lascars musiciens avaient enchaîné coup sur coup deux tubes de Jacques Dutronc. Qu’ils chantaient bien et qu’ils étaient drôles ! Un début de sourire se dessina sur le visage de ma voisine puis elle sourit franchement, aux anges ! Et elle se mit à chantonner tout doucement : « Moi, j’ai un piège à fille, un piège tabouuuuuuu ! Qui fait crac boum hue ! Un joujou extra ! » Croyez-moi si vous voulez, mais certaines bourgeoises ne sont vraiment pas sérieuses. Et c’est vachement bien.

Le 25 novembre 2015 à 14:38

Du crime de nommer un acte meurtrier de passionnel

Salut !Alors voilà, ça fait 12 jours que je ne parviens pas à recoller les morceaux de mon cerveau, genre puzzle éparpillé, 12 jours que j’erre d’un point à l’autre, en faisant des ronds avec mon corps, aidé par une marche mécanique.Et là je me dis : « Marie, tu dois te reprendre, et te remettre au travail, et repartir sur le chemin de la vie, de l’amour, du féminisme et des petits oiseaux. » Et bien aujourd’hui pour fêter ça – mon retour à l’écrit – je vais te parler de … Féminicide !(J’ai pas dit que j’allais écrire sur un sujet rigolo, hein …) Nous sommes le 25 novembre et comme tu le sais peut-être, c’est la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.Il s’agit donc de toutes les violences, mais spécifiquement contre les femmes.Le choix est vaste. Je pourrais te parler des viols de masse comme armes de guerre, du harcèlement sexuel, etc. Il n’y a pas de sous cause. Tous ces sujets sont importants.Mais j’ai décidé de te parler d’un certain type de féminicide. Alors on va me rétorquer : ″C’est quoi encore ce « barbarisme sémantique », ce « néologisme de féministes », qu’est-ce donc que le féminicide ?″ Les violences contre les femmes sont systémiques. Elles découlent de ce que l’on nomme le patriarcat. Elles sont une relation de pouvoir, de dominant à dominé. Dans ce système, les femmes sont violentées parce qu’elles sont femmes.Voilà ce qu’est le « féminicide » : tuer un individu en fonction de son sexe. Ça englobe plein de façon de procéder : - Tuer les filles à la naissance, notamment en Asie, où culturellement et économiquement une fille peut être considérée comme un poids pour sa famille. Ce n’est pas sans conséquence (outre le crime) : on assiste à un « déficit de femmes » : les chiffres attestent qu’il s’agit de plus de 100 millions de personnes… - Les crimes d’honneur prémédités (précision plus qu’importante) et exercés contre des individus (très majoritairement des femmes) par une communauté/une famille, qui considère que la victime a porté atteinte à l’honneur du groupe. Les punitions sont connues : jets d’acide au visage, lapidations, etc.(Je te mets pas d’images, tu comprends bien de quels genres d’horreurs je parle). La liste des crimes exercés contre les femmes parce qu’elles sont femmes est longue.Mais je vais préciser pour un cas bien particulier.Je classe dans les féminicides la terminologie que l’on emploie très souvent dans nos médias sur la question du crime dit « passionnel ». La Passion, dans les cours d’Assises françaises (entre autres) semble être une excuse à un meurtre.Ainsi, jusqu’au 11 juillet 1975 (et la dépénalisation de l’adultère), les crimes considérés comme commis sous l’emprise de la passion pouvaient tout simplement être excusés. Jusqu’à cette date, l’article 324 du Code pénal stipulait que « Le meurtre commis par l’époux sur l’épouse, ou par celle-ci sur son époux, n’est pas excusable, si la vie de l’époux ou de l’épouse qui a commis le meurtre n’a pas été mise en péril dans le moment même où le meurtre a eu lieu ». Toutefois, dans les cas d’adultères prévus par l’article 336, « le meurtre commis par l’époux sur son épouse, ainsi que sur le complice, à l’instant où il les surprend en flagrant délit dans la maison conjugale, est excusable. »  « Oui mais c’était il y a longtemps ! » Heu… Bon déjà 40 ans c’est pas si loin que ça (hem) et surtout ce n’est pas parce qu’une chose n’est plus inscrite dans une loi qu’elle disparaît des esprits. Or c’est bien cela le problème. Je ne parle même pas du fait que cette loi n’était pas symétrique : on parle bien de l’époux sur son épouse mais quid de la femme trompée ? Ah non, elle, elle va casser sa pile d’assiettes et puis basta. Ce qui, en dehors du fait que cela soit une excellente excuse pour se débarrasser d’une vaisselle horriblement moche, est l’acte de violence ultime que l’on peut se permettre d’un individu sur un autre. Parce que non, taper ou tuer les gens, désolée pour la tarte à la crème, mais c’est pas bien du tout. Même si on est très en colère. La passion ça te met des étoiles dans les yeux, ça peut te faire pleurer parfois, mais non, ça ne te fait pas tuer quelqu’un. Ce n’est en aucun cas une justification à la violence. Ce qui crée ce meurtre mal nommé, c’est la perte de pouvoir, la jalousie, la possession. Pas la passion. Tout comme le viol n’est pas un acte sexuel, mais une violence de domination d’un individu sur un autre. Dans les deux cas, il s’agit de violences influencées par le désir de pouvoir. Rien d’autre. Aujourd’hui en France, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son conjoint. Ce n’est pas la passion qui tue, ce sont des individus. Et nous ne devons plus accepter que l’on minore un crime par des excuses qui relèvent du non-sens. La loi a changé, le traitement de l’information par les médias, pas vraiment, et combien de fois a-t-on entendu : « Oui, mais franchement, il faut dire aussi qu’elle était pas hyper réglo… » => Elle l’aurait presque cherché, on connaît la chanson… Non, on ne cherche jamais cette violence, les femmes (en grande majorité*) ne peuvent pas continuer à être les victimes d’un système machiste et violent qui pose comme fait aggravant qu’elles soient femmes et qui réduit l’importance d’une réalité bien concrète. On meurt de violences conjugales et les chiffres baissent peu.Les facteurs sont multiples, mais le vocabulaire et la terminologie employés ne sont pas anodins dans ce processus. CQFD. P.S : Faites l’amour. Comme vous l’entendez. Mais s’il vous plaît arrêtez de vous faire la guerre. …………………………….. * En 2014, 134 femmes et 25 hommes sont décédés sous les coups de leur partenaire ou conjoint. (Chiffres issus du Ministère des Affaires sociales, de la Santé et du droit des femmes : http://stop-violences-femmes.gouv.fr/Les-chiffres-de-reference-sur-les.html)

Le 20 décembre 2012 à 13:37
Le 23 août 2011 à 09:03

Hubert, chien de cirque

Le mois dernier, j’ai revu mon cousin Hubert. Je lui trouvé l’air éteint. Comme nous nous aimons bien, il s’est un peu confié. — En janvier dernier, figure-toi, j’ai ouvert un blog, comme tout le monde. Ça distrait. Trop. Je me suis enflammé pour l’auteur du premier commentaire aimable, une jeune parisienne, à ce que j’ai compris. Et me voilà parti à lui composer des poèmes, à faire des cabrioles, à inventer des tours, à la suivre à la trace sur tous les chemins virtuels possibles. Ah ! Le succès que j’ai eu, c’est peu dire qu’il ne fut même pas d’estime. Alors j’ai fermé mon maudit blog. Pour en ouvrir un second, puis un troisième qui lui était spécialement dédié. Et plus j’implorais un regard, une minute d’attention, plus les coups de pied pleuvaient. Enfin j’exagère, mais elle ne venait plus jamais me lire. La nuit, je dormais sur le paillasson de son blog à elle, sans oser y entrer. Le jour, je mettais au point pour le mien de nouveaux numéros qui auraient pu enfin l’attirer et lui plaire. Niet. Les compliments, les petits mots pleins d’esprit étaient toujours pour les autres. Je dépérissais. Puis, bizarrement, mon visage changeait un peu, mes oreilles aussi, et je me suis mis à manger beaucoup de viande, moi qui avant la détestais. Quand plus personne n’a reconnu ma voix au téléphone, j’ai compris qu’il fallait vraiment faire quelque chose. J’ai voulu supprimer mon compte, mais on m’a répondu qu’il n’existait pas, qu’il n’avait jamais existé.

Le 14 août 2015 à 08:23

Ma femme est jalouse

Ma femme est jalouse, mortellement jalouse, non seulement de toutes ces femmes dont mon donjuanisme effréné a déjà fait la conquête, comme en témoignent mes tiroirs débordant de leurs lettres d'amour, mais aussi, et cette jalousie prospective l'obsède tout autant, de celles, peut-être encore plus nombreuses, que ma séduction extraordinaire et mon ascendant inouï vont fatalement aimanter dans les mois, les années, les décennies à venir. J'ai beau lui dire que je n'aime qu'elle, que je ne pense qu'à elle, mon passé ne plaide pas en ma faveur, où c'est à bon droit qu'elle pourrait lire l'augure d'un futur aggravé, car s'agissant du présent, si ça peut la rassurer, c'est le calme plat, je ne possède ni même ne désire aucune, absolument aucune de ces femmes qu'il m'est donné de croiser tous les jours dans la rue ou de côtoyer au bureau, et pour être tout à fait franc, ma propre épouse, dont je viens d'évoquer la jalousie morbide, je ne l'ai pas touchée depuis, depuis je ne sais quand, je la vois comme une ombre, c'est comme si je ne la voyais pas, et d'ailleurs je ne suis pas tout à fait convaincu de sa réalité, il m'arrive même à certains moments de me demander si je ne suis pas, tout bonnement, solitaire, célibataire, quant à ces lettres que j'évoquais tout à l'heure, qui faisaient de ma chambre une amoureuse caverne d'Ali-Baba, où sont-elles? je ne les vois plus, j'ai beau passer la main dans mon tiroir qui serait vide si n'y subsistaient, tout au fond, quelques vieilles photos découpées dans des magazines spécialisés, et qui ne me font plus rien quand mon désoeuvrement les exhume.

Le 8 mars 2011 à 13:02

Chic, c'est le 8 mars!

Les Chiennes de Garde ont désigné le Macho de l'Année et ses dauphins

Aujourd'hui, c'est la Journée Internationale des Femmes, ça sert à parler des femmes, chouette. Une fois par an.A cette occasion, l'association féministe "Les chiennes de garde" a désigné l'heureux Macho de l'Année 2011, pour ses propos tenus en 2010. And the winner is… le photographe Jean-Claude Elfassi, auteur du brillant : "C’est des salopes qui n’ont rien d’autre à faire […], c’est des amoureuses éconduites." (dans l'émission de Jean-Marc Morandini sur Direct 8, le 12 novembre dernier, au sujet de femmes qui ont osé rendre publique une condamnation pour violences conjugales.) On l'aime parce qu'il est chic.Ses dauphins sont Jean-Marie Bigard pour "Lorsque je lance sur le plateau de Cauet : “Elle est redevenue baisable, en parlant de Christine Bravo, qui a perdu 30 kilos, c'est un moyen d'être gentil.”" (Le Parisien, 20 avril 2010) et Hugo Denoyers pour sa réponse à la question "Comment un bon boucher choisit-il une bonne viande?" : "C'est un petit peu comme quand tu es dans la rue, quand tu regardes une belle fille passer, ça t'interpelle le regard, tu commences à regarder les forme de la bête, les croupes, l'arrière-train s'il est bien développé, et après, il faut réussir à la toucher…" On les aime parce qu'ils sont chics. Sur le même thème, lire aussi : Une épouse slave à gagner sur le site d'une radio néo-zélandaiseQuel toupet! (La Barbe)Culotte ou caleçon? Le féminisme

Le 10 décembre 2012 à 11:09
Le 4 août 2015 à 08:09

Il ne suffit pas d'être femme pour être femme

La France peut déplorer dans son Histoire, un déficit de « femmes politiques », de figures féminines engagées auxquelles la masse des femmes en devenir puisse s’identifier ; ce qui paradoxalement n’a jamais nui à l’identité féminine de la France. Des personnages illustres, tel Dominique de Villepin, n’ont d’ailleurs pas hésité à faire de notre pays une femme… « chaude » : « La France a envie qu’on la prenne, ça lui démange le bassin », voire une femme « chienne » si l’on s’en réfère aux propos de François Mitterrand qui dans sa prime jeunesse, a qualifié la terre de France comme ayant un goût prononcé pour le viol et en redemandant : « La force naît de l’équilibre. Non par la demi-mesure, la fausse sagesse du juste milieu, mais par l’âpre violence, la conquête brutale, la soumission exigée. La terre (de France) aime ce viol et rend à l’homme plus qu’il n’espère. Mais, en le reconnaissant pour maître, elle le tient. Journal des compagnons de France », avril 1943 -récit de son retour de captivité –. Pas étonnant donc qu’au jour où la France a voulu s’ériger au rang de présidente avec la candidature à la présidentielle de Ségolène Royal – le seul exemple que j’ai pu trouver -, les réactions suscitées aient été exacerbées. Là où beaucoup n’ont voulu y voir que la cause d’une personnalité « déjantée », j’y vois d’avantage le reflet d’un rapport du collectif face à ce que l’on pourrait nommer l’érection, pardon l’élection d’une « femme femme » au pouvoir… J’entends par là une femme qui aurait un « mode de jouissance » différent du « tout phallique ». Si l’on regarde la plupart des femmes en politique de l’époque de la candidature présidentielle de Ségolène Royal, qu’il s’agisse de Michèle Alliot-Marie, de Martine Aubry ou tant d’autres, elles avaient toutes accepté d’endosser le costume de l’homme. Toutes adopté leurs codes, leurs modes et… leur phallus. En bref, il ne suffit pas d’être femme pour être femme. A leur décharge, on sait combien le mode de jouissance qui se rattache au féminin a toujours été menacé dès lors qu’il s’est agi de le sortir du champ traditionnel où il a été cantonné. Et si l’homme apprécie à sa juste mesure cette part dite « féminine » et qu’il a laissé à la femme tout pouvoir de l’exprimer dans les champs qu’il n’a pas investi, là où il siège en roi, il ne serait question qu’il perde la main. Inconcevable et paradoxal… La France risquerait de perdre sa virilité ! Il a donc fallu en faire des magouilles pour parvenir à investir le champ des hommes en montrant patte blanche, faire oublier cette part « féminine », et donner à croire qu’on est un homme déguisé en femme. Pour autant, je ne connais point d’homme seul, qui en matière de politique, ait fournit la preuve incontestable qu’il est le détenteur de la solution finale à tous nos problèmes (Hitler a bien tenté le coup…). L’introduction d’un autre mode de jouissance au pouvoir serait donc d’un certain intérêt, que dis-je une cause nationale, voire mondiale. Reconnaissons à Ségolène qu’elle a sûrement été une des premières femmes en politique qui n’a pas cherché à travestir sa part féminine. Elle est celle qui naïvement ou révolutionnairement a choisi de rester « femme femme » en politique. Et non contente de s’identifier à la France, La France Présidente, c’est un peu comme si elle avait ouvert ses bras ou ses jambes pour accueillir tous « les phallus de la renommée », soulevant dès lors, vague d’indignations et violences verbales infinies. Chaque adversaire n’hésitant pas à utiliser le discours argumentaire politique pour servir leur rejet d’une telle possibilité : comment une femme et qui plus est, la France, pourrait-elle au final jouir à ce point ?! Comment pourrait-elle vouloir être pénétrée sans restriction?! Dominique de Villepin avait raison ! (à L’ENA, cet homme visionnaire avait d’ailleurs déjà commencé à mettre en application son programme politique en sortant avec Ségolène... Cf VOICI). Or « il y a un plus de jouir indicible chez la femme » dit Lacan, indicible parce qu’impossible à symboliser et ce plus de jouir nourrit depuis la nuit des temps chez l’homme, un vaste et bien réel sentiment d’infériorité. Rien d’étonnant au fond à ce que n’ait cessé de se manifester cette volonté ancestrale de l’homme de soumettre la femme, de la détrôner de son statut de sujet en la rabaissant au rang d’objet. Iconisée par les uns, diabolisée par les autres, la dame blanche est dès lors devenue la femme à abattre. Jamais une élection n’a suscité autant d’angoisses de chefs, beaucoup n’ont pas supporté cette femme trop… « bonne ». Maintenant, le couvercle de la marmite s’est refermé et tous les éléphants et les buffles soufflent. Tout plutôt que l’élection de cette femme mi-vierge, mi-sorcière qui nous a fait perdre pied un instant… Mais que l’homme se rassure ! Car il n’est pas exclu de ce « plus de jouir », puisqu’il possède, comme la femme, une part féminine et une part masculine… Les maîtres de la psychanalyse mais aussi les grands mystiques tels Saint-Jean de la Croix (cf La montée au Carmel) ont su l’évoquer. Alors si l’homme parvenait à accepter cette accession au pouvoir du mode de jouissance féminin, ce serait un immense pas symbolique, le signe qu’il est enfin prêt à accepter sa propre part féminine sans le vivre comme une menace pour sa part masculine ; le début d’un grand rêve, celui de nous inscrire enfin dans une jouissance harmonieuse du pouvoir où féminin et masculin peuvent

Le 25 décembre 2011 à 08:55
Le 15 septembre 2014 à 15:21
Le 8 août 2015 à 09:20

L'heure de la rencontre

Wow, mon zodiaque est formel aujourd'hui : « Béliers : vous allez faire une rencontre ». Ah la la. Depuis le temps que j'attends ça. Déjà il y une dizaine de mois, les mêmes mots dans le même ordre, mais je n'avais pas réussi à en profiter, trop de pression, je m'étais fait croire à moi-même que j'avais perdu ma clé à l'intérieur de mon appartement, pour ne pas en sortir. Et j'étais tombé dans le panneau. Là, pas question de ce jeu-là. Mon journal sous le bras, je suis allé m'asseoir sur un banc, au coin de la rue de la Mère du Général Leclerc et de l'avenue de la Soeur d'Emile Zola. J'ai lu et relu, page 23, le signe, l'ascendant, le décan, tout est bordé : ce sera pour aujourd'hui. J'y vais sans pression, sans fantaisie non plus, rasé de près, pantalon de ville, moyen et open, voilà l'état d'esprit. Quand elle m'abordera, il faudra que j'évite la familiarité trop rapide. J'aimerais l'appeler « mon trésor », ça j'y ai déjà pensé, ça a un côté précieux et en même temps mystérieux. C'est la richesse et le coffre-fort. C'est ce qui brille, et ce qui est souterrain. Le clair-obscur. Mais peut-être qu'elle ne l'aura pas anticipé autant que moi, alors j'irai mollo sur le surnom. D'ailleurs, il faut bien que je pense à lui demander comment elle s'appelle. Et on passera au diminutif avant d'envisager quelque chose de plus personnel – ça pourra aussi être un animal, poussin ou loutre. Ou un nom de fruit, mais là-dessus j'ai un doute. Elle met un certain temps à arriver, mais je ne m'inquiète pas, l'horoscope délivre une prévision à la journée et non à l'heure. C'est aussi une chose à laquelle j'ai réfléchi : resserrer chronologiquement les prédictions. « Gémeaux, 14h30, vous aurez une belle surprise professionnelle ». « Taureaux, 19h, prévoir un choix à faire ». « Sagittaires, à partir de 21h, une forme de lassitude s'empare de vous, mais rien d'inquiétant ». Et les gens recevraient ça sur leurs terminaux mobiles en temps réel. Ah oui ah oui, je suis sûr qu'il y aurait des clients pour ça. Moi, rien que moi, là par exemple. Si on m'avait dit : « Béliers : vous allez faire une rencontre à 14h35 », ça m'aurait permis de m'organiser. Elle est en robe, j'en suis certain. Le temps s'y prête. Avec un imprimé à fleurs, c'est la mode, en deux couleurs, mais avec une dominante de blanc. L'horoscope ne dit rien là-dessus, mais ce n'est pas une science exacte, et je préfère à la rigueur qu'ils gardent quelques détails pour eux. Un ensemble un peu vintage, style seventies. Mais elle, rien de hippie. Son sac à main sera sans franges. Voilà, exactement comme celle qui passe, là, que je pourrais héler, à la hauteur de laquelle je pourrais remonter, à qui je pourrais dire deux mots, nous engagerions alors la conversation, quelque chose de beau serait en train de naître. Elle est un peu loin de mon banc, malheureusement, ah ça se joue à rien, parfois.

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