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Publié le 31/07/2015

Clarence Edgard-Rosa : "Le message féministe n'est pas toujours assez clair"


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Les femmes ne vont pas devenir des hommes

Dans cette 4e partie de l'interview qu'elle a accordée à ventscontraires, Clarence Edgard-Rosa revient sur une tendance récente sur les réseaux sociaux où des femmes affirmaient leur rejet du féminisme en s'appuyant sur le slogan "je n'ai pas besoin du féminisme parce que.... Ce mouvement inquiétant est sans le doute le révélateur de la mauvaise compréhension par certaines d'un discours féministe que les anti-féministes se plaisent à caricaturer en prétendant que "les femmes vont devenir des hommes". Il y a donc une nécessité de faire oeuvre d'une plus grande pédagogie pour faire comprendre à tous la nature et les enjeux du féminisme. Dans cette volonté de pédagogie justement, Clarence Edgard-Rosa s'adresse à Clémentine, 12 ans, pour lui expliquer ce qu'est le féminisme et quelles perspectives il porte pour une jeune fille de son âge. Enfin, elle nous parle de la campagne publicitaire "like a girl" qui bat en brèche des clichés sur la condition féminine et le fait d'être une fille. Du marketing certes mais une démarche néanmoins intéressante.

Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

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Clarence Edgard-Rosa

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Le 10 septembre 2014 à 10:29

Philippe Meirieu : "Une école qui libère et qui unit"

Ça va bien à l'école ? #2

D'abord instituteur puis professeur de philosophie et de Lettres, Philippe Meirieu est aujourd’hui professeur des universités en sciences de l’éducation à l'université LUMIERE-Lyon 2. Engagé à plusieurs reprises dans des chantiers importants de l’Éducation nationale, il a beaucoup travaillé sur le collège, le lycée et la formation des enseignants. Parmi ses derniers livres : Faire l’Ecole, faire la classe (ESF éditeur, 2009), Lettre aux grandes personnes sur les enfants d’aujourd’hui (Rue du Monde, 2011), Pédagogie : des lieux communs aux concepts-clés (ESF éditeur, 2013), Le plaisir d’apprendre (Autrement 2014). Une version refondue et actualisée de sa Lettre à un jeune professeur sort en librairie le 10 septembre. Pour Ventscontraires.net, il accepté de répondre à quelques questions. Deuxième partie de cette instructive plongée au coeur de l'école. > Première partie Instruire ou éduquer : quelle doit être, selon vous, l’ambition de cette école ? Je ne crois pas que l’on puisse opposer ces termes ni, a fortiori, que l’on ait à choisir entre eux. D’abord, on ne peut pas instruire sans éduquer, car « instruire » suppose évidemment que l’on choisit des contenus à transmettre et des méthodes pour y parvenir. Or, aucun de ces choix n’est neutre au plan éducatif : enseigner l’éducation physique plutôt que le catéchisme, les mathématiques plutôt que le droit, Baudelaire plutôt que Sully Prudhommme, la loi de Joule plutôt que le système de Ptolémée ou la relativité générale, l’imparfait du subjonctif plutôt que le lipogramme… tout cela a un sens, dit quelque chose du type d’humain que l’on veut former et, au-delà, de la société que l’on veut promouvoir. De même, exclure ou promouvoir l’entraide entre élèves, faire répondre à des questions sur un extrait de Molière ou demander aux élèves de le mettre en scène, les faire travailler sur des manuels ou sur des écrans, faire la moyenne des différentes notes obtenues à toutes les dissertations de l’année ou faire reprendre systématiquement chacune d’entre elles pour retenir le meilleur résultat… rien de tout cela n’est équivalent du point de vue éducatif : dans tous les cas, on instruit, mais on n’éduque pas de la même manière, on ne prépare pas le même avenir individuel et collectif. C’est le philosophe Bergson, professeur « classique » s’il en est, qui expliquait que la simple manière de rendre des copies – en commençant par la meilleure ou la moins bonne, de façon aléatoire, en fonction du type de commentaires que l’on s’autorisait oralement devant toute la classe – en dit déjà beaucoup sur la façon dont on entend « éduquer » les élèves, mettre en avant des comportements et des valeurs et même, finalement, appliquer en classe la devise de la République « Liberté – Égalité – Fraternité »… Nul ne peut donc instruire en s’exonérant d’un projet éducatif et autant qu’il soit explicite plutôt qu’improvisé ou dicté par une mode passagère. De même éduquer sans instruire est un leurre : aucune éducation ne peut se faire sans l’appropriation de langages structurés, sans l’enseignement de savoirs, organisés progressivement dans des disciplines et des progressions ; aucune éducation ne peut se faire sans la médiation d’objets culturels qui en constituent le matériau de base… Il n’est, d’ailleurs, pas d’exemple d’un « petit humain » qui ait accédé au statut d’être humain sans s’être approprié un ensemble de connaissances : les « enfants sauvages » qui en ont été privé dans leur enfance n’ont jamais pu rattraper leur retard et s’intégrer véritablement dans une société… Alors que la créature monstrueuse du docteur Frankenstein - qui a bénéficié de l’instruction grâce à l’observation d’une famille où l’on accueillait une étrangère, a pu accéder aux livres et à l’interlocution d’un maître aveugle – est parvenu, lui, à accéder au statut qui lui a permis de défier son créateur. Certes, la créature du docteur Frankenstein est une fiction, mais une fiction qui en dit long sur « l’humaine condition ». Et le petit Émile de Rousseau – qui est aussi une fiction et qu’on enrôlerait volontiers au service d’une « éducation pure » - reçoit, n’en déplaise aux contempteurs de Jean-Jacques, un programme d’enseignement très précis. Instruire et éduquer sont donc les deux versants inséparables de la même réalité, deux projets qu’il nous faut penser ensemble et articuler étroitement. Au risque – particulièrement grave aujourd’hui à mes yeux - de rabattre l’École sur une inculcation superficielle et de laisser l’éducation des enfants aux mains des « joueurs de flûte » de toutes sortes.   La mission de l’École ne serait-elle pas, alors, tout simplement, de « transmettre » les savoirs et les valeurs nécessaires à la construction de notre avenir commun ? Sans aucun doute. Mais « transmettre les savoirs et les valeurs nécessaires à la construction de notre avenir commun » est tout sauf évident. La transmission entre les générations, c’est l’acte fondateur par lequel l’éducation garantit ce qu’Hannah Arendt nommait « la continuité du monde ». Les nouvelles générations ne peuvent pas réinventer le monde et chaque humain est, comme le disait aussi Hannah Arendt, un « obligé du monde » : il existe toujours un monde qui est déjà là et qui lui permet de se construire à travers des rituels, des langages, des connaissances déjà élaborées, toute une culture qui permet aux humains de se parler et d’habiter ensemble l’univers. Et c’est précisément la transmission de tout cela qui garantit à la fois, selon Hannah Arendt, la continuité du monde et la possibilité de le renouveler… Transmettre est donc un impératif et ne pas transmettre est une démission : l’enfant qui vient au monde y arrive toujours infiniment démuni parce que consubstantiellement inachevé. Contrairement aux animaux, ses savoirs et savoir-faire sont extrêmement réduits et la part d’indétermination qu’il porte est immense : nul n’a jamais vu une abeille démocrate, l’abeille est génétiquement royaliste ! Mais, aucun humain, en revanche, ne porte ses opinions politiques et son projet d’organisation sociale dans ses gênes… C’est pourquoi Kant explique que l’homme est le seul être vivant qui a besoin d’être éduqué. La transmission est le corollaire de « l’humaine condition », c’est aussi ce qui permet à l’humain de sortir de la répétition et d’entrer dans l’histoire grâce à l’invention dont il devient ainsi capable. Mais la transmission, quand elle s’impose brutalement, quand, au nom de son impérieuse nécessité, elle s’effectue au forceps, devient inculcation : elle est alors inévitablement menacée d’indifférence ou de rejet. Pour l’enfant ou l’adolescent, ce qu’on lui transmet ainsi, ce sont les savoirs et les valeurs de « la tribu d’en face », sans autre légitimité que celle du pouvoir que les adultes ont sur lui. La tentation est forte, alors, de les récuser, de camper dans une opposition systématique ou de ne les adopter que superficiellement, pour « avoir la paix », en jouant, par ailleurs, la facilité ou en se soumettant au plus séducteur de ses pairs ou au plus habile des « marchands du temple »… Car, en réalité, on ne transmet rien vraiment sans que celui à qui l’on s’adresse ne s’implique, ne s’engage lui-même dans un apprentissage dont il doit être l’acteur pour devenir progressivement auteur. Auteur de lui-même et auteur dans le monde. « Aucun apprentissage n’évite le voyage », écrit Michel Serres et « tout apprentissage nécessite, comme l’explique Vladimir Jankélévitch, le courage des commencements ». Car, apprendre, c’est toujours faire quelque chose qu’on ne sait pas faire, précisément pour savoir le faire. C’est toujours, quelque peu, une prise de risque, un saut dans l’inconnu. Avant de savoir réciter un poème devant ses camarades, on ne sait pas si l’on va y arriver. Avant de se coltiner un problème de mathématiques, on ne sait pas si l’on va en venir à bout. Avant de s’engager dans un travail écrit, on est toujours saisi de l’angoisse de ne pas y parvenir… C’est pourquoi la transmission éducative n’a rien de mécanique et la pédagogie n’est nullement une science mais plutôt, selon la belle formule de Michel de Certeau, un « art de faire » : il s’agit, pour celui qui veut transmettre, de construire des institutions, d’inventer des situations, de développer des relations qui favorisent l’engagement indispensable du sujet dans ses apprentissages. C’est là un travail qui nécessite une obstination sans faille, d’autant plus qu’on n’a jamais fini de créer les conditions qui favorisent l’engagement de celui qui apprend… tout en sachant qu’aucune condition – aussi élaborée soit-elle – n’exonèrera l’élève de sa décision et de son effort. Il y a donc dans la transmission quelque chose d’irréductible aux approches scientistes - ou même simplement « scientifiques » - des apprentissages : c’est une aventure proprement humaine où s’engrènent la conviction d’un éducateur – qui croit en l’éducabilité de chacune et de chacun – et la volonté d’un éduqué qui se met en jeu parce qu’il entrevoit, même fugitivement, le plaisir d’apprendre et la joie de comprendre. C’est une affaire, à proprement parler, de « pédagogie ». Qu’est-ce que la pédagogie ? Une approche de la mystérieuse complexité du rapport de transmission entre les êtres et les générations, une approche qui se nourrit tout autant de « romans de formation » que d’expériences-limites avec les exclus de toutes sortes, de réflexion philosophique que de rencontres artistiques. Une approche développée, depuis des siècles par quelques grandes figures comme Comenius, Itard, Pestalozzi, Korczak, Makarenko, Montessori, Freinet ou Paulo Freire, tous ceux et toutes celles qui nous donnent à lire, à travers leurs œuvres, les contradictions vives de l’entreprise éducative et peuvent ainsi nourrir notre détermination à « éduquer sans inculquer », à « former sans conformer », à associer devoir de transmission et émergence de la liberté… Mais il semble bien qu’ainsi conçue, la pédagogie soit, aujourd’hui, rangée parmi les vieilleries dont nous devrions nous passer pour conduire, sous l’autorité des neurosciences et des théories du management réunies, les générations qui viennent vers la « société du contrôle » dont parlait Gilles Deleuze dès 1990, avec, en perspective, « le meilleur des mondes » ! Relisons Huxley pour mesurer les dangers qui nous menacent ainsi !   Quels fondamentaux l’École doit-elle  aujourd'hui offrir aux élèves ? A la question « Qu’est-ce qui vaut la peine d’être enseigné ? », le philosophe Olivier Reboul, mort en 1992, répondait : « Ce qui libère et ce qui unit ». Je fais volontiers mienne cette réponse. L’École doit, en effet, enseigner « ce qui libère » du narcissisme enfantin et du fantasme de la toute-puissance : quand toute la société marchande ne propose que la rétention dans le caprice, la précipitation dans la pulsion, le triomphe de l’immédiateté, l’École doit offrir du temps pour la pensée, la réflexion, l’anticipation ; elle a pour mission d’introduire ces médiations nécessaires qui permettent à un sujet de se construire dans une temporalité maîtrisée, en faisant le détour par les savoirs qui permettent de comprendre les enjeux individuels et collectifs de nos actions. L’École nous libère ainsi de nos préjugés, de notre suffisance, de nos certitudes faciles, de nos enfermements claniques ; elle ouvre l’horizon devant nous, nous permet d’aller voir au-delà de nos cercles d’appartenance, de rencontrer d’autres manières de penser : elle nous offre ainsi les conditions d’une véritable liberté de choix. Pas une « liberté du vide », mais une liberté informée, réflexive, distanciée. J’allais dire « une liberté citoyenne », si ce dernier adjectif n’était pas aujourd’hui si galvaudé. Mais l’École doit aussi enseigner « ce qui unit » et c’est là, à proprement parler, où se conjuguent sa fonction culturelle avec sa fonction sociale et politique. D’abord, dans la tradition laïque, l’enseignement a pour mission d’aider chacune et chacun à désintriquer le « croire » et le « savoir ». Non pour discréditer le « croire » - les laïques n’ont presque jamais imaginé, d’ailleurs, qu’on puisse se passer du « croire » -, mais parce que le « croire » relève de la sphère privée alors que le « savoir » est ce qui est vrai pour tous, quelles que soient nos croyances par ailleurs. Certes, cette désintrication n’est jamais totalement aboutie – il restera toujours probablement un peu de « croire » dans tous les savoirs comme on trouvera toujours quelques bribes de « savoir » dans toute croyance -, mais l’École, la classe, la situation pédagogique doivent être portées par l’exigence de vérité ; c’est cette exigence – qui s’exprime à travers la méthode expérimentale ou documentaire, la démonstration et la recherche de cohérence - qui en font une institution publique, une institution « qui unit », non pas « en plus » des enseignements qu’elle dispense mais bien « par » les enseignements qu’elle dispense… Et puis, symétriquement, l’École doit, par la culture qu’elle transmet, permettre aux élèves qui la fréquentent de se découvrir parties prenantes de l’humaine condition, à travers leurs histoires personnelles et sociales, leurs croyances et leurs émotions. L’éducation artistique et culturelle a, à cet égard, un rôle absolument essentiel : non parce qu’elle fournirait des réponses dogmatiques qui s’imposeraient à tous, mais parce qu’elle permet de faire vivre et de partager les questions fondatrices qui nous réunissent au-delà de nos différences : à travers la rencontre des œuvres culturelles comme grâce au travail de création que l’on peut faire dans ce domaine, les élèves peuvent, en effet, se découvrir animés par les mêmes interrogations sur l’amour et la mort, la solitude et la violence, le pouvoir des hommes et l’avenir de notre univers. Pourquoi faut-il continuer à raconter Le petit Poucet aux enfants d’aujourd’hui, sous une forme ou sous une autre ? Parce que tout enfant a peur d’être abandonné par ses parents et qu’en lui offrant un récit littéraire, on lui permet de se reconnaître en lui, d’être relié aux autres grâce à lui, de mettre des mots sur ce qui l’habite… et tout cela sans le violer dans son intimité. Pourquoi faut-il lui raconter l’histoire de l’ogre ? Parce que, comme tout humain, il est hanté par une question sans réponse : peut-on aimer quelqu’un sans le dévorer ou l’étouffer ? Ou encore : peut-on être aimé de quelqu’un sans être mangé par lui ? Et il faut aider l’enfant comme l’adolescent à mettre des images et des mots sur ces questions. Il faut lui permettre d’entrer dans le symbolique pour pouvoir se dégager du chaos intérieur qui peut, sinon, devenir mortifère pour lui comme pour ses proches… Alors, s’il fallait résumer « les fondamentaux » de l’École aujourd’hui, je dirai : la construction exigeante de la pensée contre toutes les formes du « capitalisme pulsionnel », si bien décrit par Bernard Stiegler, et la construction minutieuse de ce qui unit les humains entre eux, aussi bien dans les savoirs positifs que dans les interrogations anthropologiques dont ils sont porteurs. C’est à partir de cela, je crois, qu’il faudrait penser les programmes scolaires. > Troisième partie

Le 26 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 24

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Planet.lundi 18 juin 2007Élysée. Le plan d’économies gouvernementales « un euro dépensé, un euro utile » se poursuit avec une rigueur spartiate. Après avoir fait changer toutes les ampoules de l’Élysée pour des modèles à basse consommation, la présidente fait procéder à un audit des caves, suivi d’une vente aux enchères de 10 000 des 15 000 grands crus en réserve — qui pourrait rapporter entre 2 et 5 millions d’euros. L’opération est rondement menée, malgré la crise de nerfs du sommelier de l’Élysée : le forcené s’enferme dans les caves, criant qu’il n’y laissera jamais descendre la présidente, parce qu’elle ferait tourner le vin. La garde républicaine l’en délogera. Au grand mécontentement des syndicats viticoles, on procède au réexamen des contrats avec les fournisseurs réguliers, essentiellement remplacés par des producteurs de Pineau des Charentes,  pour 200 000 € d’économies à l’année. La droite, sous l’impulsion de Jean Louis Borloo, hurle qu’on brade à l’encan le patrimoine. Les frais de bouche sont revus dans le sens « de l’économie ménagère », c’est-à-dire qu’on accommodera les restes. Les réceptions officielles se voudront « festives et conviviales », centrées autour d’un buffet Pineau des Charentes et chabichou. Le chef du protocole ayant fait circuler une note angoissée sur les menaces que ces disposition font planer sur le prestige de la nation, la présidente a suggéré qu’on les complète — pour les grandes occasions seulement — par des pyramides de rochers au chocolat sur des plateaux : 21 millions d’économie à l’année. L’ensemble du parc automobile est soldé, pour être remplacé par 45 voiturettes électriques Heuliez « Friendly ». La Présidente aligne sa rémunération sur le SMIC — « Ça m’évitera les questions pièges sur le niveau du SMIC », déclare-t- elle — et elle prie à chaque membre du gouvernement de proposer, lui-même, la baisse de ses émoluments : les Français jugeront ces hommes et ces femmes en fonction du pourcentage annoncéLa suite demain...

Le 28 mars 2019 à 18:05

A définir dans un futur proche : Léonie Pernet, Barbara Carlotti, Flèche Love, Ariane Ascaride...

Nos disques sont rayés #3 Festival citoyen des "périféeries urbaines"

A définir dans un futur proche - "Nos périphéries", une soirée imaginée par : Elodie Demey, Mélissa Phulpin, Géraldine Sarratia, avec par ordre d'apparition Léonie Pernet, Victoire du Bois, Barbara Carlotti, Flèche Love, Ariane Ascaride. D'après "Sorcières" de Mona Chollet, adaptation Géraldine Sarratia. Aide à la mise en scène Charles Templon. Cinq artistes femmes au bord de… Comment se définir aujourd’hui ? L’idée même de définition a t-elle toujours un sens ? Il y a sûrement autant de réponses à cette question qu’il y a d’individus, autant de façons singulières de vivre sa relation au masculin, au féminin, à l’identité. À définir dans un futur proche, soirée éphémère et itinérante, explore cette pluralité sur scène en créant des ponts entre des artistes femmes (musiciennes, plasticiennes, danseuses, chanteuses, actrices) d’horizons et de profils différents qui se succèdent et apportent quelques éléments de réponse en interprétant une oeuvre de leur choix (lecture, performance, chanson...). Répondant à l’invitation du Rond-Point, À définir dans un futur proche explore donc cette fois le thème de la périphérie d’une manière poétique, métaphorique, subjective, topographique ou encore politique en invitant cinq artistes femmes sur scène. Programmé le 13 février 2019 par Jean-Daniel Magnin pour le Théâtre du Rond-Point Captation Léo Scalco, Sarah Mei-Chan

Le 24 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 22

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.jeudi 7 juin 2007 De retour du Soudan, Régis Debray publie une tribune : « Choses vues de ma fenêtre au Hilton de Khartoum ». Certains croient y déceler une mise en cause de la réalité des massacres au Darfour, qui ont coûté plus de 200 000 vies. Cela lui vaut une réplique cinglante du porte-parole de l’Élysée : « Il faut croire que la fenêtre de Régis Debray avait un double vitrage. » En sortant de l’hôpital, André Glucksmann est renversée par la voiture de Jean Marie Bigard, qui sortait de chez son psychothérapeute. Le philosophe français a les deux jambes et les deux bras cassés. vendredi 8 juin 2007 La conseillère pour l’éducation du Premier ministre démissionne. Elle ne donnera pas de détails, simplement un certificat médical attestant son épuisement. Elle est remplacée par un homme. samedi 9 juin 2007 Inquiétude au Parti socialiste. Depuis la première de l’émission Vous avez la Parole, le 27 juin dernier, François Hollande a cessé de se raser et se laisse pousser les cheveux. dimanche 10 juin 2007 Premier tour des élections législatives. Elles se caractérisent par une forte participation (65%). mardi 12 juin 2007 L’éminent essayiste Jacques Attali remet au gouvernement un rapport intitulé « L’évolution de l’intellectuel de gauche de Cro-Magnon à moi — réflexions sur l’éclairage des princes ». Ce rapport fera surtout parler de lui quand on découvrira que personne n’avait rien demandé à Jacques Attali. Un laconique communiqué du gouvernement dissipe le malentendu, en précisant que « c’est très gentil de la part de M. Attali » et que ses réflexions « recevront, naturellement, toute l’attention qu’elles méritent ». Questionné par Europe 1, l’auteur s’explique : « Je viens de finir mon livre Pourquoi nous allons dans le mur, à paraître ce printemps ; avant de mettre en chantier mon Atlas amoureux des Timbres, attendu pour l’automne, il me restait un créneau… Si l’on attend le feu vert des gouvernants, de toute façon, on ne fait rien. »…La suite demain...

Le 30 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 28

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 25 juin 2007 Coup d’envoi de la Conférence nationale sur les salaires, les revenus et la croissance. Le mot d’ordre est simple : « On augmente, on augmente, on augmente ». Parmi les mesures phares : toute entreprise ayant bénéficié d’aides publiques sera contrainte de faire des bénéfices afin de ne pas licencier, de passer tous ses employés qui ne le sont pas encore en CDI, d’acheter des tremplins  pour pouvoir accueillir des jeunes et les occuper, de mettre en œuvre systématiquement une démarche de validation des acquis de l’expérience professionnelle, et de reconnaître à tous un droit à la formation et à la reconversion inversement proportionnel à la durée des études  — ce dernier point fera l’objet d’un traitement à part, dans le cadre d’un séminaire d’explication de texte, afin que chacun puisse le comprendre et le rendre opérationnel). Un revenu de solidarité active (RSA), permettant l’amélioration d'un tiers de ses ressources à tout bénéficiaire de minima sociaux reprenant le travail, est confié à Martin Hirsh. Celui-ci fera un étonnant lapsus en conférence de presse : « Je suis ravi, pour tous ceux qui sont en bas de l’échelle sociale, que madame Ségolène Sarkozy me confie cette grande mission. » Le subtil essayiste Jacques Attali, qui venait à l’Elysée remettre un rapport intitulé « La solution au travail, salaires, revenus, croissance et autres », est arrêté alors qu’il tentait d’entrer à Matignon par une porte de service pour y déposer son oeuvre. Conduit au poste de police du VIIIe arrondissement, il sera relâché dans la soirée après confiscation du rapport. mardi 26 juin 2007 Réuni à Montravers, dans le canton de Cerizay, au bord de la Sèvre nantaise, le conseil du ministre annonce un chantier spécialisé, parallèle à la conférence sur les salaires, et qui concerne « la défense des 35 heures à travers leur assouplissement ». Il est décidé qu’une commission participative spéciale sera mise en place au retour de vacances de Martine Aubry, afin de savoir si Martine Aubry doit participer aux discussions… La suite demain...

Le 2 septembre 2010 à 10:46

Libertude, égalitude, fraternitude

Ségolène à l'Elysée - 31

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mercredi 4 juillet 2007 Anne Fulda, la pétillante journaliste politique du Figaro, devait interviewer le Premier ministre. Inexplicablement, elle se voit refoulée aux portes de Matignon sur intervention de la Présidente. Éric Zemmour est convoqué en urgence pour la remplacer.La droite se déchaîne contre ce « fait de la Princesse ».  jeudi 5 juillet 2007 « Meurtrie par les hommes, c’est avec lui qu’elle a pansé ses blessures. » Pour cette photo du chien Poupouille courant sur une plage de Marbella, la langue pendante, Paris-Match sera condamné à 7 500 € d’amende par le tribunal de Nanterre. vendredi 6 juillet 2007 La secrétaire d’État à l'éducation et tout ce qui tourne autour réussit à imposer dans les écoles, malgré la fronde menée par l’ensemble de la droite sous l’impulsion de Xavier Darcos, la projection du film roumain 4 mois, 3 semaines et 2 jours — récit d'un sordide avortement dans la Roumanie de Ceaucescu. La secrétaire trouve un soutien inattendu à droite chez Philippe de Villiers, pour qui « c’est bien que les enfants sachent ».dimanche 8 juillet 2007 Consultation nationale sur la délinquance : « Après les récentes émeutes à Rosny-sous-Bois, ne pensez-vous pas que la jeunesse des cités manque d’amour, mais surtout de repères ? » …La suite demain...

Le 18 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 16

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.vendredi 18 mai 2007 Premier gouvernement. La candidate l’avait promis paritaire et resserré : elle tient parole. La parité est scrupuleusement respectée, avec une seule présidente et un seul ministre, le Premier ministre — tous les autres ministres ayant disparu. Les ministères laissent la place à des secrétariats dont dépendent divers secteurs, sous-secteurs et sous-sous-secteurs, desquels dépendent à leur tour des antennes et des câbles — le tout, sous la tutelle de conseils participatifs qui dépendent, directement, ou bien de la présidente, ou bien du Premier ministre. C’en est donc fini du « trop de ministères » — puisqu’il n’y en a plus. Concernant la composition du nouveau gouvernement, l’ouverture au centre et la diversité partout se généralisent. On pressentait Jean-Marc Ayrault à la tête du gouvernement. L’intéressé, encore sous le choc de l’élection surprise, estime ne pas être prêt. Il est bien au courant, depuis le débat télévisé, de l’existence d’un programme ; mais il avoue ne jamais l’avoir vu ni lu. La présidente se tourne vers Dominique Strauss-Kahn. Ce dernier est un peu déçu qu’elle se tourne, mais son sens des responsabilités prend le dessus et il accepte. Sa prise de fonctions s’accompagnera, toutefois, d’une injonction thérapeutique. Dans un gouvernement strictement paritaire, Dominique Strauss-Kahn devra faire ses preuves : à la première incartade, c’est la porte. Bernard-Henri Lévy s’est vu proposer le portefeuille de la culture, à la condition de ne faire aucun favoritisme et d’écarter tous ses amis de son cabinet. La tâche se révèle impossible : Bernard-Henri trop d’amis. Il se retrouve porte-parole de l’Élysée. C’est donc lui qui annonce, fièrement mais humblement, la composition d’un gouvernement resserré, avec une cravate neuve achetée pour l’occasion par Arielle Dombasle, aux puces de Saint-Ouen, pour ne pas faire « trop ». Ce gouvernement, explique le porte-parole en guise d’introduction, est le meilleur possible, la quintessence d’une réflexion portée à son paroxysme devant l’énorme chantier humain que représente la création d’une société nouvelle, la naissance d’une ère moderne dans le berceau des droits de l’homme… « Et de la femme », ajoute-t-il, prenant une posture qui n’est pas sans rappeler les grands tribuns de l’époque révolutionnaire. Au moment où, changeant de posture, il s’apprête à résumer son discours préalable à la composition de l’équipe gouvernementale, un huissier de l’Élysée tend gentiment le doigt vers sa montre — dans l’espoir d’accélérer le mouvement. Le nouveau gouvernement s’inscrit sous un quadruple mot d’ordre : parité, ouverture, diversité et inconnus. Car c’est l’autre grande surprise de cette composition : elle fait la plus large place à la société civile et aux simples citoyens. Les figures politiques de premier plan s’y comptent sur les doigts d’une main. La présidente a réalisé, enfin, ce renouvellement en profondeur des classes dirigeantes que le Parti socialiste appelait de ses vœux depuis des années…   La suite demain...

Le 23 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 21

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mercredi 6 - vendredi 8 juin 2007 Heiligendamm, Allemagne. Au sommet annuel du G8, Ségolène Royal fait une arrivée remarquée dans un petit planeur électrique aux couleurs de l’Europe, construit par la société Heuliez. Attendue sur le petit aérodrome de Heiligendamm, elle se pose sur le parking d’un supermarché voisin. Un taxi la ramène à l’aérodrome, où Angela Merkel est venue la saluer. Mais la présidente, snobant la chancelière, préférera serrer la main du président de l’aéro-club local. Ses relations avec Mme Merkel sont tendues. Selon Le Canard Enchaîné, la présidente « ne lui pardonne pas d’avoir été élue femme la plus puissante de la planète, alors qu’elle même ne figure pas au palmarès ». Il existe, assure le magazine allemand Der Spiegel, une compétition acharnée entre ces deux femmes, « sur le mode : “ C’était mon idée ! — Non, j’y avais pensé avant ! ” » Sous le manteau, des conseillers diplomatiques confient à Marianne : « L’une traite l’autre de grosse vache [ou bien,plus soft : de Walkyrie luthérienne ? ] ; l’autre appelle l’une la Madone des marais. » Ses rapports avec Vladimir Poutine sont plus ambigus. « Ils balancent entre la fascination et la répulsion, explique le psychanalyste Gérard Miller auquel le magazine Politis a eu la bonne idée de s’adresser. L’homme lui rappelle étrangement son père : ça ne m’étonnerait pas qu’elle lui fasse un procès un jour. » La présidente, ce mercredi 6 juin, s’entretient une heure et demie en tête à tête avec M. Poutine. Au sortir de l’entretien, elle retrouve la presse devant laquelle elle délivre l’un des discours les plus clairs et inspirés de toute sa mandature. C’est tout juste si les journalistes, éblouis, remarqueront le passage d’une civière qui emporte le Russe évanoui, les doigts crispés sur un magnum de vodka vide. Cette rencontre laissera une profonde impression sur Vladimir Poutine, lui inspirant ces mots qui, dans sa bouche, sont le plus beau des compliments : « Elle a des couilles, cette femme ». Avec Silvio Berlusconi, les choses sont plus claires : elle le déteste. Il représente tout ce qu’une femme comme elle, descendante en ligne directe d’Olympe de Gouges, abhorre. Cependant, comme il est le seul à remarquer qu’elle a une nouvelle coupe de cheveux, pour laquelle il la complimente longuement, elle finira par le trouver attendrissant et même, « marrant ». Lors de la conférence de presse clôturant le sommet, prenant tous les participants de court, elle annonce qu’ils se sont tous mis d’accord pour que le G8 se transforme en G 238 [G192 ?], regroupant tous les pays de la planète. Une crise diplomatique est évitée de justesse grâce au traducteur qui avouera s’être trompé dans les chiffres…    La suite demain...

Le 6 juillet 2015 à 08:11
Le 27 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 25

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.mardi 19 juin 2007 Loi de finances rectificatives. Elle est votée des deux mains par la nouvelle assemblée, convaincue qua ça fera plaisir à Ségolène et que de toute façon, le Sénat va rejettera illico cette abomination comptable. Mais le Sénat, victime d’une malencontreuse panne de sonorisation, va l’approuver — il a cru voter la hausse de ses indemnités parlementaires. Cette loi ambitieuse se conforme aux intentions annoncées par la présidente : « On fait tout passer tout de suite, après ça on n’en parle plus. » Le budget de la Justice est doublé. Le budget de l’Armée est doublé. Le SMIC est porté à 1 500 €. Le budget de la Recherche est augmenté de 61,05 % — soit cinq années d’augmentation à 10 % d’un coup. Les petites retraites et les allocations adulte handicapé sont augmentées de 5%. L’allocation de rentrée scolaire est doublée. Trop, c’est trop : au soir du vote par le Sénat, le président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, annonce son retrait définitif de la vie politique et institutionnelle : « Je vais me payer un beau petit ksour à Djerba et à partir de maintenant, ce sera zéro stress et poisson grillé tous les soirs : ça va me faire le plus grand bien », déclare au Figaro l’irascible serviteur de l’État. Catherine Simonet, secrétaire d’État de l’argent à collecter, à compter et à répartir, chargée de financer les réformes, fait une attaque de nerfs dans son bureau de Bercy, avant de sombrer dans une profonde dépression. Elle est consolée par Dominique Strauss-Kahn qui déclare, au sortir de la réunion : « Je n’ai pas touché à sa calculette. » Mme Simonet sera remplacée par l’ancien comptable de l’association Désirs d’Avenir. Celui-ci parviendra, par miracle, à équilibrer les comptes en procédant, selon ses dires, à « des opérations de bon père de famille Poitevin ». A Saint-Martin-du-Fouilloux, dans canton de Ménigoute (79), le conseil du ministre annonce le lancement du grand chantier « Des logements pour tous, par tous, et partout ». L’objectif de la candidate Royal était de construire 120 000 logements sociaux par an : pour être sûr de l’atteindre sur l’ensemble du quinquennat, on en démarre 600 000 d'un seul coup, avec le soutien de l’armée dite « de travail » — et dans demander leur avis aux maires. Le secteur du BTP explose. Dans les  semaines qui suivent, le groupe Bouygues, par la voix de son directeur général Nicolas Sarkozy, annonce l’embauche de 15 000 personnes, pour la plupart des travailleurs immigrés en instance de régularisation : Avocat de formation, Nicolas Sarkozy se battra pour eux avec acharnement afin d’accélérer la procédure. Parallèlement, l’immobilier dégringole et les loyers, en particulier à Paris, chutent — permettant ainsi aux familles de devenir propriétaires, ou bien d’augmenter leur pouvoir d’achat, ou encore d’augmenter tout court. Une épidémie de suicides éclate dans les Hauts-de-Seine. « Les gens ont du mal à se faire au changement, tempère Patrick Devedjian, qui vient de succéder à Nicolas Sarkozy à la tête du conseil général. Il y a une espèce de mode du suicide, mais je pense que ça va se calmer ». Ça se calme, en effet, quand on découvre que les suicides font plonger davantage la valeur des terrains La suite demain...

Le 16 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 14

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.jeudi 10 mai 2007Marie-Olympe de Gouges, révolutionnaire, féministe, avocate inlassable de la tolérance et des libertés, fait son entrée au Panthéon, 215 ans après avoir été guillotinée à Paris. A quelques jours de la passation des pouvoirs, le président Jacques Chirac a consenti à ce transfert, à la requête de Mme Royal. Une « Marche humaniste » déambule dans la capitale depuis la place de la Concorde, ancienne place de Grève, jusqu’à la place des Grands Hommes. Ségolène Royal a pris la tête du cortège, habillée d’une longue tunique blanche sans col, portant dans ses bras un livret au titre évocateur : Déclarations des droits de la femme et de la citoyenne. Elle est pénétrée par la solennité de l’instant. Le silence se fait sur son passage : seuls quelques couples se disputent, très vite séparés par le service d’ordre. Les cadres du Parti socialiste sont venus, par réflexe, mais on les a tenus à l’écart de toute décision. C’est seule que la présidente pénètre à l’intérieur du Panthéon, déposant à l’entrée une photo de François Mitterrand, sans René Bousquet dessus. Une heure plus tard, après s’être perdue dans les couloirs, elle en ressort avec un plan détaillé du monument. C’est alors le fameux discours à Olympe de Gouges, qui marque un temps fort du quinquennat : « Olympe : ne m’en veux pas si je te tutoie — moi, la petite fille de Lorraine née à Dakar d’un père militaire. Car je dis tu à tous ceux que j’aime, même si je ne les enterre qu’une seule fois. Voici plus de deux siècles, tu écrivais : “ L’oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics”. Et pour avoir écrit ces mots — et pire encore, pour les avoir pensés — tu étais condamnée par le tribunal révolutionnaire, guillotinée après avoir eu le temps d’être mère, désavouée par le fils que tu aimais plus que tout au monde, traînée dans la boue par les autres femmes, traitée de virago. De contre-nature. D’immorale. De politicienne ! Eh bien, entre ici, Olympe de Gouges ! Viens contempler, dans les yeux morts des hommes qui se croyaient tes maîtres, ce qu’il est resté de leur puissance ! » Dans l’assistance, une profonde émotion le dispute à une certaine perplexité — surtout chez les jeunes en tee-shirt Vêtimarché, qui avaient compris qu’on allait rattraper la fête ratée du 6 mai. La présidente réclame enfin quarante-cinq minutes de silence « pour les quarante-cinq ans d’Olympe, fauchés par le couteau de Sanson ». La foule les observera scrupuleusement, malgré  l’averse. Enfin l’on se disperse, en se donnant rendez-vous place de la Bastille. Les cadres du Parti socialiste, eux, se regroupent, en se donnant rendez-vous dans une arrière-salle de café pour taper la belote. Le soir, une fois que la grande fête républicaine, familiale et fra-ter-nelle s’est dispersée, le service politique du journal Libération rentre se coucher sans dire un mot, si bien que la rédaction doit à nouveau tirer à la courte paille pour savoir qui, qui qui. Le sort s’acharne : c’est Bayon qui a la plus courte. Affolé, il met sa démission dans la balance. Pour finir, Grégory Schneider, le chroniqueur sportif du quotidien, doit s’y coller. « On allait voir ce qu’on allait voir : on a vu, écrit-il le lendemain, dans un article intitulé “ En attendant Ségo ”. Le peuple de gauche, venu fêter l’élection et les bons souvenirs du dix mai, s’est retrouvé dans un bain de perplexitude hier soir, place de la Bastille. Certes, les regards dubitatifs des citoyens désormais au pouvoir laissaient toujours filtrer une certaine joie intérieure. Mais bon, la joie est tout de même restée très intérieure, et tout au long de la soirée. On ne va pas se faire l’apôtre de la bibine, mais la décision d’interdire la vente de boissons alcoolisées dans tous les magasins, bars et cafés du quartier, hier soir, en a laissé plus d’un sur sa soif : c’est au Champomy qu’il a fallu trinquer devant les portraits géants de François Mitterrand et Olympe de Gouges. On passe sur l’absence de sono — habilement compensée, il faut le dire, par tous les groupes de musique africaine, totalement inconnus, qui se promenaient dans la foule. On a même vu deux filles danser au rythme des « Ségo go go go », un collectif rassemblant diverses ethnies de l’Ouest du Sénégal : Éric Besson, l’un des rares VIP croisés hier à la Bastille semblait apprécier. Sinon quoi d’autre ? L’Europe des régions, était à l’honneur. Les stands avaient mis leurs habits du dimanche — produits locaux, fanfares locales, en sévère concurrence avec le coin du Poitou et sa vedette, le chabichou. Tout ça ne remplaçait pas la présidente, pourtant annoncée, mais qu’on aura vainement attendue toute la soirée. Le peuple de la Bastille, bon bougre, avait fini par en prendre son parti hier soir, et se résignait à passer un tranquille moment : la fin des festivités sonnée dès 22 heures (par arrêté Royal ?) n’aura pas empêché les petits de s’amuser ni les grands d’espérer.         En résumé, une drôle de fête à maman, dont on peut tout de même se demander si elle ne marque pas les débuts d’une certaine idée de l’ennui. »    La suite demain...

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