Pierre Notte
Publié le 13/08/2015

Si j'étais une femme


Si j’avais du bleu

et du rouge aux lèvres

autour de mes yeux

la

couleur de fièvre

verte

j’aurais le geste mou

les mains fines et lentes

si j’avais un long cou

une voix in-

dolente

si j’avais le turban

d’une sultane

m’aimerais-tu

si j’étais une femme

j’aurais la peau blanche ou bien noire ébène

ou jaune ou mate ou blême

ou rousse tachetée

si je gardais les traces de mes peines

passées comme les

trésors mon or

thésaurisé

m’aimerais-tu

quand même

si j’étais femme

avec mes us

et coutumes et

mes larmes

juste au bas du ventre

une courbe fendue

qui va de là à là juste

au centre

un goût de sel

marin

dans le triangle

au creux du coude

parfum de miel

ou d’ambre

le petit bout des seins rose bonbon

pointes pointues

pointées petites fraises

au bout du bas du dos dans le vallon

le flot le fleuve et l’eau

la glace la braise

(m’aimerais-tu

quand même

si j’étais femme)

à décrocher

la lune et les

étoiles

à ne porter ni chaîne 
ni croix

ni voile ?

Ex Secrétaire général de la Comédie-Française, Pierre Notte a été trois fois nommé aux Molières dans la catégorie auteur. Il chante, joue, écrit, met en scène ses pièces à Paris ou à Tokyo, il est auteur associé et conseiller au Théâtre du Rond-Point, se prend pour Catherine Deneuve et c'est rien de le dire qu'il se la pète. 

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Pierre Notte

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Le 22 février 2012 à 09:04

De qui se moque-t-on ?

8. Les pantalons

Les pantalons… ah la belle invention, les pantalons ! C’est le même ingénieux bonhomme, je suppose, qui aura enfilé au lapin la peau de lapin. Franchement, je veux bien être damné (de toute façon, je veux bien être damné, sans quoi il me faudrait passer mon éternité loin de cette délicieuse petite garce de Pétronille qui le sera à coup sûr, damnée, et je n’imagine pas plus lancinant supplice) si les pantalons n’ont pas été conçus sur le modèle de la paire de jambes. Bravo pour l’originalité, bravo pour l’audace ! Pour ma part, j’attends davantage de l’esprit humain que cette singerie de la nature, j’attends des propositions neuves, des contre-propositions, j’attends qu’il assigne au corps des réalisations plus ambitieuses que celle qui consiste à se couler comme un zombie dans son propre fantôme de flanelle.       Donc, les pantalons imitent l’homme, même s’ils ne lui arrivent qu’à la cheville et si pour eux rien n’existe au-dessus de la ceinture. On voit en quelle estime ils tiennent notre génie, à quoi ils nous réduisent et quelle belle idée ils se font de nos puissants cerveaux. Certes, on ne ressort pas grandi des pantalons. Ceux-ci retirés, en effet, de quoi avons-nous l’air ? Et comment – songez-y la prochaine fois – comment tendrement étreindre notre compagne fidèle (ou plus rudement cette délicieuse petite garce de Pétronille) avec nos pantalons gisant, ridiculement tirebouchonnés, sur la descente de lit – est-ce cela, vraiment, la mue de l’amant vigoureux, de l’amant magnifique ? Et si, comme la mienne, votre carpette est une peau de tigre rapportée d’un séjour méditation et safari au Bengale, ne dirait-on pas que le fauve dans un ultime et tardif sursaut a assouvi sa vengeance et sa faim, qu’il a finalement dévoré le chasseur puis recraché seulement cette incomestible pelure ? Quand Pétronille me griffe le dos de ses ongles affûtés, quand ses canines aiguisées se plantent dans mon oreille, je vous avoue que je ne sais plus très bien ce qui m’arrive et que je fais de la volupté une expérience bien amère.       Et puis, qu’est-ce encore que cette affectation de pluriel ? Les pantalons ! Combien sont-ils ? En portons-nous plusieurs à la fois ? Ou faut-il en déduire plutôt que chacune des deux jambes est en soi (ou en velours) un pantalon ? Ne dit-on pas, d’ailleurs, une paire de pantalons ? Mais que conclure de ces observations, je vous le demande ? L’homme normalement constitué serait-il en réalité l’unijambiste, porteur d’un seul et unique pantalon ? Et le bipède alors, un hominidé inaccompli, mal dégrossi, non encore tout à fait issu de la condition animale ?       C’est bien possible, mais en attendant que l’évolution ne nous parachève, que faire ? Ôtons ce vêtement risible, mes amis, qui s’accroche à nous au moyen de boutons, de ceinturons ou de bretelles – preuve s’il en fallait une encore qu’il ne nous sied pas naturellement –, jetons nos frocs aux orties et nous connaîtrons enfin la douceur des tigres et celle de cette délicieuse petite garce de Pétronille.

Le 25 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 23

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 17 juin 2007 Le second tour des élections législatives confirme la tendance esquissée une semaine plus tôt : la nouvelle assemblée nationale rosit et se féminine. La faible majorité relative pour le PS se transforme en majorité absolue quand on y ajoute les voix du Point G (centristes ségolistes) et des divers gauche.Il semble que les électeurs de gauche aient voulu les pleins pouvoir pour la présidente — bien davantage que les cadres du Parti socialiste qui se sont signalés, tout au long de cette campagne, par leur tiédeur. Jean-Marie Colombani, dans Le Monde impute ce divorce au « piège du non-cumul des mandats » — une exigence non négociable de la présidente, qu’elle a maintes fois réitérée : ce sera, pour tous, le cumul ou le pouvoir.Beaucoup de ténors du PS sont obligés de céder leur place s’ils veulent un jour participer à l’exécutif. Beaucoup d’hommes cumulards  de gauche sont remplacés par des femmes inconnues du grand public, elles profitent de la vague Royal pour faire leur entrée dans la chambre. Trente d’entre eux, surnommés  « Le Groupetto des mauvais perdants », décident de quitter définitivement la vie politique nationale. A droite, une tentative d’accord unitaire dès le premier tour entre le PVG, le RGV, le PNGC, les RG, l’UNG et l’IVG a fait long feu. La droite s’est déchirée au entre listes concurrentes ; pour sauver les meubles, dans la plupart des régions, il a fallu, au deuxième tour, surfer sur la vague féministe en se rassemblant derrière la femme arrivée en tête.  Trente mâles conservateurs, surnommés « les macho men », décident de quitter définitivement la vie politique nationale. Ces législatives ont cristallisé, en fait, la résurgence de tensions entre les sexes dans la société française. Certains hommes commencent à avoir peur. Selon Libération, des « clubs de défense du lui » se créent spontanément dans le pays, « rassemblés par un mot d’ordre simple :  faire travailler les femmes pour créer du chômage chez les hommes, c’est une revanche, pas un progrès ». L’association SOS hommes battus enregistre un nombre record de plaintes.En fin de soirée, on apprend qu’Alain Juppé, battu en Gironde, a été appelé par la présidente Royal au secrétariat d’État du grand Charléty de l’environnement, du développement durable, de la biodiversité et du changement de changement climatique. Le maire de Bordeaux y remplacera la citoyenne Jeanne-Isaure de Couci de Couça, qui vient de remettre sa démission pour incompatibilité d’humeur avec la présidente. La loi du non-cumul s’applique, inflexible : « Adieu, Bordeaux ! s’écrie Alain Juppé sur son blog. Ce fut bref, mais ce fut bon »… La suite demain...

Le 21 février 2013 à 08:36

Eric Chevillard : "Portrait craché du romancier en administrateur des affaires courantes", par Michel Fau et Dominique Reymond

Une chaise, une voix, un texte

Construit autour du petit essai critique, Portrait craché du romancier en administrateur des affaires courantes, qui se propose sur le ton du pamphlet de régler son compte au « bon vieux roman », ce montage de textes met en scène un auteur qui singe les diverses postures de l’écrivain au travail afin peut-être de démêler par l’absurde et le paradoxe ce qui se joue vraiment dans la littérature, une fois celle-ci dépouillée de ses habits de cérémonie. La cohérence recherchée dans ce montage est évidemment factice et conçue pour voler en éclats à la faveur de digressions sauvages et d’accélérations délirantes.extrait :"Mes livres ne se vendraient pas mieux dans les boulangeries. S’y vendraient néanmoins comme des petits pains. Je pourrais m’en vanter sans mentir. Ce serait déjà une satisfaction pour ma vanité. J’allais suggérer cette astuce commerciale à mon éditeur lorsqu’il m’est venu  une bien meilleure idée pour écouler vraiment la marchandise. Ecoutez ça : je vais lui proposer de substituer à la mention roman sur la couverture de mes livres celle de bon vieux roman, beaucoup plus attractive. On imagine déjà le fauteuil qui va avec. Les enfants sont au lit. Le chien est couché en rond sur son tapis. Toute la maisonnée dort. Dehors un crapaud chante. Un nouveau-né pleure dans la poubelle, ou un chat. La lune est à sa fenêtre. Prenons un bon vieux roman." avec le soutien de la SACD et en partenariat avec France Culture Enregistré le 12 mai 2012 dans la salle Tardieu du Théâtre du Rond-Point Durée : 0:55:20

Le 8 juin 2015 à 09:24

De qui se moque-t-on?

7. L'oiseau

Faudra-t-il que nous soyons jusqu’au bout puis au-delà encore – sous la terre couchés –, faudra-t-il, même quand notre vaillante foulée nous conduit aux cimes les plus hautes, faudra-t-il, d’une aube à la suivante, incessamment, faudra-t-il que nous soyons survolés par des piafs ? N’avons-nous rien de mieux à faire de l’infini qui nous surplombe qu’y regarder sourdre puis s’évanouir l’oiseau insensé ? Quoique empenné du croupion et le bec fort pointu, il ne se connait ni archer ni cible et nulle raison donc d’ainsi fendre l’air en sifflant comme une flèche. Pourquoi vole-t-il enfin ? Mais parce que volent le moustique et le moucheron qui lui sont chips et tartelettes – est-ce cependant un suffisant motif pour s’arracher à l’attraction terrestre au mépris des lois physiques les plus élémentaires ?       Or jamais oiseau dans le ciel virevoltant n’a découvert une lune ! Il y aurait au firmament aussi peu d’étoiles que dans la tanière de l’ours à en croire l’astronomie aviaire. À quoi bon l’oiseau décidément si ce n’est comme torchecul, en quel emploi Gargantua lui-même ne lui connaissait rien de supérieur ? Nuançons cependant ses conclusions : il se publie presque quotidiennement en France des romans mieux indiqués encore pour cet usage ; à défaut d’autres qualités, celle-ci n’est pas négligeable et je pourrais citer ici bien des plumes contemporaines qu’il conviendrait de réserver strictement à cela. C’est misère en effet de les voir s’astreindre à d’autres besognes alors qu’elles sont si douées pour celle-ci – quel gâchis ! Et pourquoi dans ce pays ne peut-on vivre honnêtement de ce que l’on sait faire ?       L’oiseau pour sa part fait un frugal poulet rôti et c’est à peu près tout (notez que la garniture de pommes frites ou de haricots n’est même pas fournie : cette mesquinerie constitue le trait le plus flagrant de l’animal). Je suppose que personne ne va m’opposer ses prétendus talents de chanteur et de mélodiste ? Il faut n’avoir jamais eu un geai dans son chêne, une fauvette dans sa haie, une mouette sur son mât ou une ronde de corneilles autour de son clocher ! Ce ne sont que criailleries, jacasseries, sinon d’affligeants et répétitifs pipeaux moins inspirés qu’un sifflet de garde-champêtre.       L’oiseau serait joli ? J’admets qu’il en existe de bien criards. Les autres sont lugubres et s’ils se perchent parfois sur notre épaule, c’est que nous avons fait une partie du chemin en nous élevant dans les airs au bout d’une corde. La Ballade des pendus nous apprend tout ce qu’il faut savoir en matière d’ornithologie. La colombe de la paix elle-même, quand on y regarde de près avec la loupe idoine, possède des pattes de vautour.       Alors que faire ? Nous pourrions être tentés de rejoindre les rangs des chasseurs. Ce serait oublier pourtant que ceux-ci élèvent et engraissent eux-mêmes perdrix et bécasses afin de les tirer plus à l’aise quand elles viennent picorer la farce dans leurs mains et qu’ils attirent avec des leurres les canards sauvages dans nos paisibles marais. Le chasseur est l’ami des oiseaux, il aime à le répéter, son carnage automnal relève du crime passionnel. Nous ne saurions l’encourager dans cette voie : il y entre encore trop d’amour. La plume s’éparpille aussi quand le plomb crève l’édredon de l’épouse pourvue de deux paires de pieds. Non. Fermons plutôt les yeux, bouchons-nous les oreilles, ignorons l’oiseau. Que notre mépris et notre indifférence soient tels qu’ils achèvent de volatiliser complètement les volatiles ; alors il nous sera permis d’éprouver – sans craindre qu’un coup d’aile nous les dérobe ou qu’un coup de bec cruel soudain nous détrompe – la douceur des choses délicatement enfouies sous les cendres et les mousses de ce bas monde.

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